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Pour comprendre la Bolivie d'Evo Morales

De
447 pages
Peut-on réduire la Bolivie à une image d'indigène impassible au vêtement multicolore sur fond de montagne andine ou de lac Titicaca et de musique folklorique ? A un étalage de feuilles de coca ou de patates incroyablement variées ? A l'image d'un Président Indien ? Certainement pas. Cet ouvrage propose un panorama interdisciplinaire de ce pays méconnu d'Amérique du Sud. Riche de nombreux documents, fiches et analyses, ce livre offre les éléments essentiels Pour comprendre la Bolivie d'Evo Morales.
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Pour comprendre la Bolivie d'Evo Morales

Horizons Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
La collection Horizons Amériques latines publie des synthèses thématiques sur l'espace s'étendant du Mexique à la Terre de feu. Les meilleurs spécialistes mettent à la disposition d'un large public des connaissances jusqu'alors souvent réduites, sur ce sous-continent, à quelques stéréotypes. Déj à parus VIGNAL Robert, Lexique amoureux de sao Paulo, 2007. DiAS Esther, L'esprit de Buenos Aires. Une ville et ses démons, Traduction de Laure et Philippe Pigallet, 2007. TREUILLER-SCHLACHTER Xavier, David Alfaro Siqueiros, 2006. DURAND A. et PINET N. (éditeurs), L'Amérique latine en mouvement. Situations et enjeux, 2006. GAY-SYLVESTRE D., Être femme à Cuba: des premières militantes féministes aux militantes révolutionnaires, 2006. LAPOINTE M., Histoire du Yucatan. XIX - xxr s., 2006. DURAND A. et PINET N. (éditeurs), L'Amérique en perspective. Chroniques et Analyses, 2005. CHAS SIN J. et ROLLAND D. (coord.), Pour comprendre le Brésil de Lula, 2004. DURAND A., éditeur et PINET N. (éditeurs), Amériques latines. Chroniques 2004, 2004. KONDER COMPARATO Bruno, L'action politique des SansTerre au Brésil, 2004. TEITELBOIM Volodia, Gabriela Mistral, 2003. SALLERON D., Tingo Maria au Pérou. Comment j'ai failli devenir péruvien I, 2003. ROLLAND D. et CHASSIN 1. (dir.), Pour comprendre la crise argentine,2003. COMBLIN J., Où en est la théologie de la libération, 2003. LANCHA C., Histoire de l'Amérique hispanique de Bolivar à nos jours, 2003. De AlMEIDA P. R. et de QUIEROS MATTOSO K., Une histoire du Brésil, 2002. LANGUE F., Hugo Chavez et Ie Venezuela, 2002.

Pour comprendre la Bolivie d'Evo Morales
Denis Rolland et Joëlle Chassin dire
avec
Hervé Do Alto Gérard Borras Cécile Casen Christine Delfour Norma Gonzalez Isabelle Hillenkamp Zéline Lacombe Laurent Lacroix Claude Llena Françoise Martinez Gilles Rivière Jean-Claude Roux Erwan Sommerer et Eduardo Aguilar Cuevas Diana Alvarez Moreno Aurélie Aubry Estefania Beltran Ortega Faïza Chaouch Lina Maria Mejia Marcela Santacoloma Mariajulia Martinez Georgina Herrera Molina Mathilde Moulinou Alexia Nunez Bachmann Marcela Santacolonna Valencia Andrés Vengoechea Ricardo Paloma Villareal Michal Zapendowski

Sciences Po Paris

L'Harmattan

Pour Isabelle,

Recherche documentaire, constitution des « documents» et illustrations, coordination des recherches documentaires des étudiants, mise en page: Denis Rolland (DR)

Remerciements à la communauté des auteurs réunie dans ce livre, pour sa disponibilité et sa patience, à RFI et Reza Nourmamode. Couverture: maquette Isabel Lavina; photos Gilles Rivière, Marie-Carmen Macias, Presidencia de la Republica de Bolivia et Denis Rolland

(QL'Harmattan, 2007 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-04494-4 EAN : 9782296044944

SOMMAIRE

Introduction

.9

Carte: La Bolivie, divisions administratives et principaux axes de communication ..17 Fiche: La Bolivie, données de base 18 PREMIERE PARTIE: HERITAGES ET CHANGEMENTS POLITIQUES 19 21 22 28 30 36 37 .4 .4

Chapitre 1 : Fiches, cartes et documents - Histoire de la Bolivie: repères chronologiques - Le régime politique - Les ftontières - La perte de l'accès à la mer -Documents (Cartographie, l'armée et les représentations de l'histoire) - Evo Morales: éléments biographiques - Documents (le socialisme d'Evo Morales, photos, discours)

Chapitre 2 : La gouvemance politique: des acteurs partenaires et concurrents. Le cas du Mouvement Nationaliste Révolutionnaire (1952- 1964) .66

Chapitre 3 : Changements de modèles, changements d'acteurs (1982-2005) 79 Chapitre 4: Le MAS-IPSP d'Evo Morales, à la croisée des politiques institutionnelle et contestataire ..94 Chapitre 5 : Paroles du président, parole(s) du peuple: aspects souverainistes et populistes du discours d'Evo Morales 105 Chapitre 6 : Les Orients boliviens: de la quête identitaire à l'instance de divorce avec l'Etat andin central ..121 Chapitre 7 : Ni syndical, ni politique: le champ civique, espace de pouvoir spécifique du régionalisme de Santa Cruz ..147
DEUXIEME PARTIE: TRANSFORMATIONS SOCIALES ET CUL TURELLES 157 159 160 161 163 166 169 171 173 176 178 179 180 182 184 185 186

Chapitre 8 : Fiches, cartes et documents - La population, données de base - Les populations indigènes - L'enfance -L'éducation - La pauvreté -Document (Droits de l'homme) -Le problème de l'eau, de Cochabamba à El Alto - Documents (L'eau) - La littérature - Le cinéma bolivien -L'urbanisation - La Paz - El Alto - Santa Cruz - Documents (Santa Cruz) 7

Chapitre 9 : Pour une nation blanche, métisse ou pluriethnique et multiculturelle ? Les trois grandes réformes éducatives du XXe siècle Chapitre 10 : De la chefferie à la communauté et retour? Les nouvelles organisations indigènes dans les hauts-plateaux de Bolivie Chapitre Il : Les mouvements sociaux: de la guerre de l'eau à la guerre du gaz (avriI2000-octobre 2003) Chapitre 12 : Néoindigénisme d'Etat et ethnicisation (1994-2005) Chapitre 13 : Musique et politique

188 207 220 233 263

TROISIEME PARTIE: ECONOMIE ET DEPENDANCE 273 Chapitre 14: Fiches, cartes et documents 275 -L'agriculture 277 - La coca .280 - La coca aujourd'hui 282 - Documents (Etats-Unis, coca et cocarne en Bolivie) 284 - Les ressources minières 287 - Simon I. Patino, « Roi de l'étain » 292 - Document (Mission, vision, objectifs et politiques de la Comibol en 2007) 294 - Les hydrocarbures: chronologie de base 297 - Documents (Hydrocarbures) 299 - L'industrie 305 - Le mouvement ouvrier 306 - Le secteur informel 309 - Documents (Tourisme) 311 -Les priorités de la politique extérieure 313 -Document: Evo Mora1eset les relations internationalesau lendemain de son élection... 315 - La Bolivie, le FMI et la Banque mondiale 316 - La balance commerciale 319 - Le capital étranger 321 -Relations internationales, XXe_XXIesiècles 323 - Document (Evo Morales et le projet de Parlement sud-américain) 327 - Les relations entre la Bolivie et les Etats-Unis 328 - Documents (Etats-Unis/Bolivie) 331 - La voix de la diplomatie d'Evo Morales en France: Luzmila Carpio 333 Chapitre 15 : La crise agraire en Bolivie: entre agriculture « ethnique» et agriculture de rente dans la mondialisation 336 Chapitre 16 : Conflit social et vie publique dans les régions minières: la longue marche de Huanuni pour la vie et pour la paix .31 Chapitre 17: Le dilemme de l'exploitation des hydrocarbures: le nationalisme économique, otage de la mondialisation des ressources? 373 Chapitre 18 : Quelle place pour l'économie populaire dans la réalité économique et sociale de Cochabamba? .44 Chapitre 19 : Utopie et mise en œuvre d'une économie authentiquement indienne: l'économie solidaire et la Bolivie d'Evo Morales 430 Table des matières détaillée 443

8

INTRODUCTION

Denis Rolland] et Joëlle Chassin2

Peut-on réduire la Bolivie à une image d'indigène impassible au vêtement chatoyant sur fond de montagne andine ou de lac Titicaca et de musique folklorique? A un étalage de feuilles de coca ou de patates de formes et de couleurs incroyablement variées, sans imaginer que l'altiplano ne produit pas tout dans ce pays? Ou à l'image, souvent sympathique à nos yeux d'Européens en mal d'exotisme, d'un Président indien? Certainement pas. Encore faut-il essayer de donner des éléments de connaissances complémentaires à ces stéréotypes d'un monde andin, voire latino-américain, indistinct et confus, pétris de quelques références omniprésentes; références anciennes - des aventures de Tintin à la mélodie d'El Condor pasa - ou plus récentes, comme l'idée d'un axe antilibéral et indigène autour des Présidents Evo Morales en Bolivie ou Rafael Correa en Equateur... Comme l'écrivait Thierry Saignes: « Ce haut pays, au-dessus des nuages, s'abrite derrière ses mythes [...]. La Bolivie laisse prospérer les clichés, le plus souvent développés par les Occidentaux,de l'Indien taciturne, du mineur exploité,du guerillero martyr »3.
Examinons alors quelques-uns des stéréotypes accolés à ce pays.

La Bolivie est-elle « un petit pays andin» ? Sur nos planisphères, c'est effectivement un espace réduit. Néanmoins, à l'échelle de l'Amérique du Sud, la Bolivie, grande tout de même comme deux fois la France (1,1 million de km2), est un Etat« moyen ». C'est un pays profondément andin où moins de 4 000 kilomètres de routes goudronnées donnent une idée des contraintes imposées par le relief (et de la faiblesse des équipements), où seuls 2% du territoire national peuvent être considérés comme de bonnes terres cultivables. Tout n'est cependant pas à l'image de ce «bout du monde» combinant «le sel, le froid, le vent, l'altitude» merveilleusement étudié par Nathan Wachtel4! Vus d'Europe, montagne et altiplano ne doivent pas faire oublier les terres chaudes de
1. Institut Universitaire de France, Etudes Chaunu, des « Pierre Sciences Po Strasbourg-URS, latine (lHEAL). et nous, Les Indiens essai d'égo-histoire d£ Bolivie, », Cahiers XX-XV! des Amériques siècle, essai lati11£s, d'histoire Centre d 'histoire de Sciences Po Paris.

2. Parisl-Institut

des Hautes

de l'Amérique l'Amérique ancêtres,

3. Thierry Saignes, naB, 1992, p.lO. 4. Nathan régressive, Wachtel,

Le Retour

Urus

Paris, Gallimard,

1990, p. 73.

9

l'ouverture sur l' Amazonie (accessible parfois par des routes où le paysage exceptionnel compense généreusement la dangerosité) et un piémont au sudest qui fournit aujourd'hui l'essentiel de la richesse agricole exportable licite. Qui pense en Europe que les plaines tropicales couvrent les deux tiers d'un pays volontiers résumé dans notre imaginaire à l'altiplano? Ou que cet espace est marqué profondément par cette dualité « haut-bas », andin-tropical, à laquelle il faut ajouter un important espace diversifié de transition (vallées, versants.. .) ? L'enclavement continental est-il à la source de tous les maux du pays? En 1893, Elisée Reclus, géographe exceptionnel, constatait en ces termes la pesanteur de ce découpage territorial. « L'ancien territoire du 'Haut Pérou' ou de Charcas, qui appartint à la viceroyauté de Buenos Ayres jusqu'à la guerre de l'Indépendance, et qui se constitua en république sous le nom de Bolivie, en l'honneur de Bolivar, est, de tous les Etats sud-américains,celui dont les limitespolitiques ont été le plus bizarrement tracées. A l'issue de la lutte victorieusemententreprise contre la métropole, la Bolivie avait été déjà sacrifiée au Pérou, ses communications naturelles avec la mer ayant été attribuées à ce dernier Etat; elle a perdu beaucoup plus encore, depuis que le Chili lui a enlevé jusqu'à la voie détournéepar laquelle on pouvait des plateauxboliviensdévaler à la mer» 1. La Bolivie est certes confrontée à une géographie qui ne facilite en rien les communications, au fait montagneux et à cette absence d'accès à la mer qui ont parfois conduit à la qualifier de « Suisse d'Amérique du Sud ». Pourtant, comme le rappelle le géographe contemporain Jean-Paul Deler, « elle en serait plutôt le Tibet, le toit des Andes »2. Suisse ou Tibet, peu importe: l'originalité bolivienne s'enracine dans cette omniprésence d'un imaginaire national d'amputations, littoral en particulier. L'histoire nationale et plus encore les catéchismes nationalistes donnés à l'opinion publique sont très profondément marqués par la contraction des frontières. Comme le Mexique à l'extrémité nord du sous-continent latino-américain en 1848, la Bolivie a perdu la moitié de son territoire initial: 1,2 million de km2 ont été acquis par ses voisins au XIXe siècle en plusieurs étapes: Pérou et Chili à l'ouest (Guerre du Pacifique, 1879-1880); Brésil à l'est (1903-1904); Paraguay ensuite au Sud (Guerre du Chaco, 1932-1935). Si l'on peut toutefois considérer que cette amputation mexicaine au profit du géant du Nord est à peu près «gérée» (mais pas oubliée), il n'en est pas de même pour la Bolivie. En outre, le traumatisme n'est pas proportionnel aux superficies cédées. Si c'est à l'est des Andes que la Bolivie a perdu l'essentiel de son territoire initial, le pays vit dans la mémoire très cultivée et quasi unanimement partagée d'un Occident perdu, de cet accès impossible en toute souveraineté à la mer, en contrebas de la

I. Elisée

Reclus,

Géographie

universelle,

XVIII,

Amérique

du Sud, Les régions

andines,

Paris, Hachette,

1893, p.

629. 2. Jean-Paul Deter, « La Bolivie, Hachette-RECLUS, 1991, p. 296.

enclave sous influences », Géographie

universelle,

vol. Amérique

latine,

10

forteresse andine!. Aujourd'hui, si l'enclavement ne facilite pas l'intégration à une économie régionale ou mondialisée, la mémoire des amputations la complique assurément. La Bolivie est-elle un pays peu peuplé, indigène et pauvre? Avec une des fécondités mais aussi un taux de mortalité les plus élevés d'Amérique latine, la Bolivie demeure un pays faiblement peuplé, le moins peuplé des pays andins. Cela a déjà été souligné, forêts denses, marécages et déserts occupent plus des deux tiers de l'espace et les 10 millions d'habitants se répartissent très inégalement sur son territoire. La densité moyenne est de 8 habitants au km2; hors agglomération, elle oscille cependant entre moins d'une personne au kilomètre carré dans les plaines tropicales de l'est du pays et dix dans l' altiplano à l'ouest; et, rapportée au kilomètre cultivé, cette densité change radicalement, passant à plus de 500 habitants au km2! La majorité de la superficie du pays étant très faiblement peuplée, cela contribue à l'insularité des grandes villes. Trois grands centres se distinguent (La Paz, Santacruz et Cochabamba) même si l'altiplano et les vallées concentrent les trois quarts de la population. - La Paz, « capitale» la plus haute du monde2, rassemble 820000 habitants; El Alto est la deuxième grande ville du pays avec 870 000 habitants; ces deux agglomérations réunies constituent incontestablement le premier centre urbain du pays: presque deux millions d'habitants, 20% de la population nationale. - Santa Cruz rassemble 15% de la population totale du pays: avec des rêves anciens d'autonomie ou d'hégémonie et aujourd'hui une agglomération de 1,4 million d'habitants, la ville conserve néanmoins une physionomie hétérogène de gros bourg rural, en raison du caractère relativement peu dense et peu élevé des constructions. - Cochabamba, ville de transition ou d'interface, «périphérie centrale» concentre 7% de la population, avec plus de 900 000 habitants. Il n'y a que quatre autres villes de plus de 100000 habitants, loin derrière ces trois grands centres. La Bolivie est l'un des pays les plus « indigènes» du continent, avec le Guatemala et le Pérou: comme au Guatemala, cette « indianité maintenue» s'impose au voyageur étranger. Mais, même en omettant le métissage et les populations d'origine européenne3, l'unité ethnique n'est qu'apparente: en dépit de près de quatre siècles de colonisation puis de nombreuses décennies de mépris des cultures et langues autochtones, le pays demeure officiellement multilingue. Certes l'espagnol, la langue du colonisateur ibérique et des élites de l'indépendance, est demeuré du xvr au XXe siècle la langue exclusive et excluante du pouvoir. Mais deux autres langues sont déclarées « officielles» dans la Bolivie du xxr siècle où le multilinguisme est une réalité qui
I. Cf. cartes et docwnents 2. Sur ce terme identitaires de capitale, l'éloge 3. Et les incertitudes métisses: du premier cf l'article chapitre. correspondant du premier 1994). chapi1re. (cf Thérèse Bouysse-Cassagne, « Incertitudes qui lui sont inhérentes Caravelle,

identitaires

métisses

de la bâtardise»

11

s'impose: l'aymara est la langue du groupe ethnique le plus important du pays (35% de la population totale, et un premier Président élu en 2005) et le quechua, langue administrative de l'Empire inca, celle de groupes rassemblant environ 30% de la population. La Bolivie demeure, sans aucun doute, l'un des pays les plus pauvres du continent latino-américain et de la planètel. Et ce n'est pas une réalité nouvelle, même si la dégradation économique et sociale des années 1980 a aggravé la situation. Depuis les années 1990 et jusqu'à l'arrivée au pouvoir d'Evo Morales, période de la politique libérale du président Sanchez de Lozada et de ses successeurs, la croissance économique moyenne en Bolivie est d'environ 4% par an. Mais les bénéfices de cette politique, largement liés au cours des hydrocarbures, ne semblent pas avoir changé la situation de la grande majorité des habitants d'un pays très inégalitaire. Plus de la moitié de la population vit toujours au-dessous du seuil de pauvreté et la sousalimentation est particulièrement forte dans les zones rurales d'altitude. En Bolivie, la part du territoire utilisé pour l'agriculture est faible (3%). Certes, le pays a connu une des rares réformes agraires abouties du continent (1952-1953), chronologiquement la deuxième, après celle, complexe, liée à la Révolution mexicaine et avant celle de la révolution castriste à Cuba: l'Etat a exproprié les grands domaines d'alors et confirmé aux communautés indigènes la propriété de leurs terres. Mais l'espace agricole ainsi créé s'est généralement trouvé émietté par les partages successoraux (malgré l'exode vers les villes et vers les fronts pionniers) et se mesure parfois «moins à l'hectare qu'au sillon ». Et la paysannerie bolivienne traditionnelle et licite n'est aujourd'hui «ni autarcique, ni autosuffisante »2. Deux réalités sont venues compléter ce paysage agricole: la culture illicite de la coca assure des revenus incomparables; et les cultures agro-industrielles des terres chaudes, qui connaissent un essor remarquable, ont souvent aussi pris le chemin de l'exportation via notamment l' hidrovia et le Rio de la Plata. En outre, cette « Bolivie des champs» a durablement été occultée par la Bolivie des mines. Le haut plateau andin, riche en minerais non ferreux, a fourni dès le xvr siècle l'argent à la métropole coloniale et à l'Europe et, au XIXe siècle, à ses «patriarches» locaux; puis, au siècle suivant, est venue l'ère de l'étain, avec ses dynasties familiales toutes puissantes, dont la richissime Patifio3. Mais les Andes boliviennes ont produit ou produisent encore du plomb, du zinc, de l'antimoine, du tungstène.. . Avec la nationalisation de 1952, le secteur minier a pris une ampleur visible considérable dans la société: 1'« Etat minier », l'entreprise publique COMIBOL (Corporacion Minera Bolivianat, la puissante COB

1. Un des derniers de gauche Terra, Paris, 2007). 2. Jean-Paul Deler,

guides

parus pays

en ftançais riche,

titre pourtant,

non sans faire écho à un thème pauvre" (Carlos

récwrent Terrazas

du nationalisme Orellana, Bolivie,

bolivien,"Un

une majorité

de la population », art cité.

« La Bolivie, 14. 14.

enclave

sous influences

3. Cf la fiche du chapitre 4. Cf la fiche du chapitre

12

(Confederacion Obrera Boliviana) ont contribué à ce que la «culture de la mine» investisse plus encore l'espace public et la mémoire collective; et même après l'effondrement de 1985 et les restructurations drastiques des années 1986-1988, ce secteur minier continue à marquer de son empreinte la société bolivienne et ses représentations à l'étrangerl. La Bolivie est-elle menacée d'éclatement et durablement marquée au sceau de l'instabilité politique? Pays aux ressources comptées, même si l'ère du soja au sud et des hydrocarbures (gaz surtout) aide, dans un âge industriel et globalisé, à ne pas désespérer de cette terre, la richesse du sud-est, plus métis, contribue certes à alimenter des velléités autonomistes, voire séparatistes. Depuis une indépendance apportée de l'extérieur en 1825, la Bolivie, clivée par la géographie, n'a cessé d'être confrontée au problème de son identité. S'il existe assurément une dominante andine, la construction territoriale « transrégionale» qui a artificiellement soudé des régions aux milieux physiques très diversifiés a réuni des populations hétérogènes: d'un côté, le massif andin, ossature du pays et matrice humaine et culturelle; de l'autre, les llanos orientaux ou terres basses tropicales longtemps restées très faiblement peuplées. Un centre de gravité traditionnel dans l'altiplano, un regard obsessionnel vers l'ouest, un Orient en développement très rapide depuis les années 1950, tourné vers l'est et le sud-est, Brésil et Argentine, dopé au sud par la production et l'exportation de gaz naturel puis de soja, à l'est, dans le Chaparé, par la montée en puissance de 1'« or vert» ou blanc, la culture de la coca et ses transformations, la Bolivie est-elle un pays écartelé, risquant d'autant plus l'éclatement que l'économie souterraine, en particulier la nouvelle économie de la drogue, la corruption irrigueraient une part importante de la société? Cultiver l'identité nationale ou tenter de construire un projet national en Bolivie aujourd'hui équivaudrait-il, pour reprendre l'expression de Simon Bolivar, à« labourer la mer»? L'instabilité de la Bolivie n'est pas une idée nouvelle. A la fin du XIXe siècle, Elisée Reclus parlait de « fiction constitutionnelle» et constatait déjà: « En aucun des Etats hispano-américains,si fréquemment bouleversés par la guerre civile, les meurtres politiques n'ont été plus nombreux qu'en Bolivie. [...] Presque tous les chefs d'Etat furent des militaires, arrivés par la force et chasséspar la force, pour mourir assassinésou en exil >?

1. Si l'on en juge ainsi par les livres sur la Bolivie publiés ces dernières années en fIançais. Ainsi, chez le seul éditeur qui publie cet ouvrage (L'Harmattan) on relève depuis 2000 les titres suivants en sciences humaines: Véronique de Véricourt, Rituels et croyances chamaniques dans les Andes boliviennes (2000) ; Jean-Claude Roux, La Bolivie orientale (2000) ; Carmen Salazar-Saler, Anthropologie des mineurs des Andes (2002) ; Pascale Absi, Les ministres du Diable, Le travail et ses représentations dans les mines de Potosi (2003) ; Christine Delfour, L'invention nationaliste en Bolivie (2005) ; Véronique Marchand, Organisation et protestations des commerçantes en Bolivie (2006); Jean-Claude Roux, La question agraire en Bolivie (2006); Jean-Pierre Lavaud et Isabelle Daillant (dir.), La catégorisation ethnique en Bolivie (2007)... 2. Elisée Reclus, Géographie universelle, XVIII, Amérique du Sud, Les régions andines, Paris, Hachette, 1893, p.689.

13

Jean-Pierre Lavaud écrit un siècle plus tard (en 1991), après avoir constaté l'existence de 18 constitutions depuis l'Indépendance et l'importance des «présidences éphémères (moins d'un an, 33 sur 73 de 1825 à 1982), que « la Bolivie apparaît bien comme un pays particulièrement instable relativement à ses voisins latino-américains» et que « le passage d'une présidence à l'autre s'opère souvent par un coup de force de l'armée» 1... La période antérieure à l'arrivée à la mandature suprême d'Evo Morales n'a pas démenti ces statistiques... Mais, comme l'écrit Marie-Danièle Demélas, l'instabilité andine n'est toutefois «ni une fatalité, ni le prix très lourd à payer pour avoir pris le risque d'adopter précocement des régimes démocratiques »2. Il fut un temps où Evo Morales, leader syndical et cocalero d'un pays en crise, était volontiers encensé pour son militantisme et son enracinement dans la tradition autochtone ou, au contraire, diabolisé par une partie de l'opinion mondiale. Et l'on se souvient ainsi du vif mécontentement de l'ambassadeur des Etats-Unis, localement appelé « le vice-roi» ou simplement « l'ambassadeur» (même parmi les autres diplomates locaux I), lorsqu'une remarquable ambassadrice française, curieuse de comprendre en finesse le pays, recevait il y a quelques années Evo Morales à la résidence pour la garden party du 14-Juillee... Les temps ont changé. Sur fond d'incapacité des élites de continuer à maîtriser le pouvoir, Evo Morales a accédé démocratiquement à la Présidence en 2005. Mais les représentations n'ont pas nécessairement changé selon le même tempo après l'accession au pouvoir du leader syndical et l'incertitude politique demeure. Dans ces conditions, il n'est pas aisé d'écrire ou même de réunir une série d'articles convaincants et de pensée diverse sur la Bolivie d'aujourd'hui: les enjeux symboliques et idéologiques sont forts, les stéréotypes occidentaux non moins pesants4 et la communauté des scientifiques spécialistes du pays ou de la zone n'est pas si étendue. Nulle volonté alors de donner ici une vision monolithique de la situation bolivienne. Le souhaiterions-nous que nous n'en aurions d'ailleurs pas les

1. Jean-Pierre Lavaud, L'instabilité politique de l'Amérique latil12, le cas de la Bolivie, Paris, 1HEALL'Hannattan, 1991, p. 21. 2. Marie-Danièle Demélas, L 'invention politique, Bolivie, Equateur, Pérou, auXIXe siècle, Paris, ERC, 1992, p.

514.
3. Qu'elle soit ici chaleureusement remerciée de son accueil. 4. Que penser d'une ambassade occidentale qui, sur son site, n'hésite pas en juillet 2007 à alerter énergiquement l'opinion sur les risques du tourisme étranger en Bolivie (cf le document dans cet ouvrage) mais donne en même temps des informations politiques vieilles de deux ans (<< Chef de l'état: Eduardo Rodriguez »), juridicoadministratives pour le moins discutables (<< capitale La Paz », «langue officielle: espagnol ») et démographiques très vieillies (http://www.ambafrance-bo.org/fiibolivie!fiche_bolivie.htm. 20-07-2007). Certes, il est difficile de maintenir la documentation à jour, mais la responsabilité est importante: à défaut de les renouveler, dater les informations présentées permet d'éviter ce type d'écueil.

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moyens: les enjeux sont parfois difficiles à peser et nous n'avons pas l'ambition de « tout» comprendre. A côté des articles de nos collègues, dont nombre de jeunes chercheurs, nous avons souhaité donner une série de fiches permettant d'étayer une connaissance élémentaire de ce pays. Rédigées initialement et en partie par nos étudiants de Sciences Po Paris, ce complément est un pari: nous espérons qu'après l'indispensable filtrage qu'il a fallu leur faire subir et l'aide de plusieurs contributeurs de ce livre (deux chronologies ont ainsi été remodelées par des enseignants-chercheurs), elles complèteront utilement et de manière unique en français ce coup de projecteur donné sur un «petit» pays d'Amérique du Sud en mouvement (politiquement du moins) rapide. De nombreux documents (en langue originale, notamment pour qu'ils puissent éventuellement servir de textes d'études) permettront au lecteur de construire sa propre représentation, du discours politique et des hydrocarbures au tourisme, des relations interrégionales aux questions des droits de l'homme. La communauté scientifique francophone rassemblée autour de cet ouvrage est assez réduite. Trois raisons justifient cette limite. D'abord, le facteur temps et l'impossibilité de répondre à toutes les sollicitations. Puis le nombre relativement modeste de chercheurs consacrant tout ou partie de leur travail à la Bolivie a été déterminant (on notera cependant la soutenance croissante de thèses en français et un site Internet privilégié «Aportes Criticos.com» qui rassemble nombre d'articles en français de qualité sur la Bolivie). Enfin, et cela ne s'est pas produit pour les ouvrages antérieurs (sur l'Argentine et sur le Brésil), certains collègues ont pu s'abstenir de participer, craignant a priori le voisinage avec des articles militants, tandis que d'autres ont hésité à manifester publiquement leurs doutes quant à la gestion nationaliste de ce Président d'origine indigène. Les enjeux contemporains seraient-ils plus brûlants pour la Bolivie que pour l'Argentine ou le Brésil? Ou sont-ils jugés comme pouvant atteindre plus affectivement notre sensibilité occidentale? Pour comprendre la crise argentine (2002) réunissait, autour d'un cœur d'articles scientifiques de disciplines et de pensées très diverses, des analyses contrastées de dirigeants du FMI ou de militants altermondialistes en passant par des contributions beaucoup moins «engagées ». Pour comprendre le Brésil de Lula (2005) rassemblait de même des études n'allant pas toutes dans le sens doublement unique - pourtant dominant en Europe - d'un encensement ou d'une critique inquiète de ce pouvoir d'un grand pays dirigé par un leader charismatique d'origine métisse et ouvrière. Avec La Colombie d'aujourd'hui vue par elle-même (2007), la préférence était donnée aux chercheurs, intellectuels et journalistes du pays. L'objectif de ce livre sur la Bolivie est simple: proposer un ensemble de contributions pouvant éclairer un peu notre lanterne... Certains textes ont été écrits dès la fin 2005, d'autres sont venus depuis. Nous pensons toutefois que l'incertitude qui prévaut encore en 2007 n'obère pas les analyses.

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L'ouvrage est organisé en trois parties, chacune s'ouvrant par une série de fiches et de documents. Face à la nécessité de comprendre les processus en cours dans cette phase « révolutionnaire », l'accent est délibérément mis sur les dynamiques à l' œuvre. La première partie, sur les «Héritages et changements politiques », examine les questions de gouvernance politique (Christine Delfour), les changements récents de modèles et d'acteurs (Laurent Lacroix), l'affirmation politique du mouvement d'Evo Morales, le MAS (Hervé do Alto), le discours de son leader (Erwan Sommerer), et les tensions politiques à l'intérieur de l'espace bolivien (Zéline Lacombe), ouvrant sur les questions d'identité (JeanClaude Roux). La deuxième partie cherche à introduire aux « Transformations sociales et culturelles », abordant les logiques identitaires des trois grandes réformes éducatives du XXe siècle (Françoise Martinez), les nouvelles organisations indigènes (Gilles Rivière), les mouvements sociaux (Cécile Casen) puis l'appréhension par l'Etat des questions ethniques (Laurent Lacroix), avant de mesurer le poids des arts dans l'accompagnement de la politique (Gérard Borras). La troisième traite d'« Economie et de dépendance », entre tradition, nationalisme et mondialisation: des défis agricoles entre agriculture traditionnelle et agriculture de rente (Jean-Claude Roux), des mines et de la culture minière (Norma Gonzalez), de l'exploitation des hydrocarbures (JeanClaude Roux), à l'économie populaire (Claude Llena) ou solidaire (Isabelle Hillenkamp ). On l'aura compris: point de présupposé global pour cet ouvrage. Il ne s'agit pas de cultiver une Bolivie de stéréotypes ou de faire l'apologie d'un «cœur rebelle de l'Amérique latine» 1. Il s'agit tout juste de réunir informations, documents et compétences diverses pour donner à penser, de manière panoramique et polyphonique, un pays magnifique qui ne se laisse pas saisir simplement.

1. Juan Luis Hemândez, Newen Mapu, 2007, p.B.

Ariel Salcito, La Revolucion

boliviana, Documentas jUndamentales,

Buenos Aires,

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La Bolivie: divisions administratives et principaux axes de communication

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LA BOLIVIE, DONNEES DE BASE Indépendance: Capitale: Gouvernement: Président: Superficie totale: dont eau: Population totale: Densité: Population urbaine: Langues officielles: IDH: DR 6 août 1825 politique: Sucre (d'après la Constitution) administrative de facto: La Paz (siège du gouvernement) République parlementaire Evo Morales I 098581 km2 1,4% 9 329 676 hab. (2005) 8,4 hab.1km2 63,4% (2004) Espagnol, quechua, aymara

0,681 ; 114emondia1/177; 1er Norvège 0,956, dernier Sima Leone 0,273 ; moyenne pays en dévt. : 0,663 (2002) Espérance de vie: 63,7 (2002) Nombre de médecins (%0): 0,73 (2001) Taux d'alphabétisation (adultes) : 86,7% (2002) Analphabétisme (hommes) :6,9% (2004) Analphabétisme (femmes) : 19,3% (2004) Taux brut de scolarisation: 86% (2001-2002) Routes: Voies ferrées: Voies navigables: Nombre d'aéroports: Lignes de téléphone: Accès à Internet: 53 790 km (2000) : 3 496 km goudronnés, 13 km d'autoroute 3519 km (2003) 10 000 km (2004)
I 067 dont 16 seulement disposant de pistes goudronnées (2003)

600 100 (2003) Téléphones portables: I 401 500 (2003) 32,37%0 (2004)

Monnaie: boliviano (BOB), 100 bolivianos = 9,54 € (04-2005) PNB (Produit National Brut) : 9,27 milliards de dollars (2005) PIB réel/hab. (PPA) : 2460 (2002) PIB/hab. : 2902 $ US, 137emondial/233 (2003) Energie (taux de couverture): 189,1%(2002) Dépense publique Education (%PIB) : 6,3 Dépense publique Défense (%PIB): 1,3 Dette extérieure: 4 735 millions de $ US (2003) Importations: 1772 millions de $ US (2004) Principaux fournisseurs (%) : Amérique latine 69,6 Etats-Unis 11,2 Union Européenne 9,2 Exportations (douanes) : 2092 millions de $ US (2004) Principaux clients (%) : Amérique latine 69,9 Brésil 34,0 Etats-Unis 12,4

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PREMIERE PARTIE: Héritages et changements politiques

La Bolivie: situation géographique et circonscriptions administratives

Source: US Central Intelligence Agency

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CHAPITRE 1 FICHES, CARTES ET DOCUMENTS

1833 : Pérou et Bolivie 1855 : Pérou et Bolivie - Carte: 1894 : Carte élémentaire de la Bolivie - Carte: 1904 : Carte générale de la Bolivie -La perte de l'accès à la mer - Carte: Les transferts territoriaux entre la Bolivie, le Pérou et le Chili, 1874-1929 - Document: La revendication de l'accès à la mer et les relations avec les voisins - Document: Propagande du Venezuela chaviste en faveur de l'accès à la mer de la Bolivie - Document: Lettre ouverte de 154 intellectuels du Chili et de Bolivie à propos de l'accès à la mer de la Bolivie -Document: Résistances chiliennes à toute négociation territoriale: le site Internet www.soberaniachile.c1 - Documents: L'armée, le passé guérillero et la question de la fidélité à Evo Morales - Evo Morales: éléments biographiques - Document: Evo Morales et le socialisme au lendemain de son élection - Document: Le programme d'Eva Morales Aima: Discours lors de son investiture comme Président constitutionnel de la République, La Paz, 22-01-2006 - Document: L'urgence des tâches à accomplir: Discours du Président de la République Eva Morales Aima lors de la prise de fonction de son cabinet ministériel, 23-01-2006

- Carte: - Carte:

- Histoire de la Bolivie: repères chronologiques -Le régime politique - Les frontières - Carte: 1810 : Les possessions territoriales du Haut et Bas Pérou

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HISTOIRE DE LA BOLIVIE: REPERES CHRONOLOGIQUES Françoise Martinez Période préhispanique

- 1 500 avonotre ère: période dite « archaïque» caractérisée par les débuts de l'agriculture et de l'élevage dans la région. 1 500-ne s. avo notre ère: période dite « formative» avec les cultures andines en formation, Wankarani, Chiripa et surtout Tiahuanaco. nes. avonotre ère-XII" siècle: expansion de l'empire panandin de Tiahuanaco. Xne siècle-XVe siècle: effondrement de l'empire qui laisse place aux « royaumes aymaras », tandis que dans les plaines de l'est vivent les Moxos, Baures, Chiriguanos, Chiquitos etc. L'empire inca (tahuantinsuyo) s'impose à partir des territoires andins.
10 000 Période coloniale XVIe siècle: arrivée des Espagnols. Mort de l'Inca Ruascar et rançon demandée pour la libération de son frère Atahuallpa, finalement assassiné lui aussi. Le territoire fait partie du Virreinato dei Peru. Création de la Real Audiencia de Charcas. Début de l'évangélisation avec l'arrivée des premiers moines franciscains. 1545 : En pleine période de guerres civiles, découverte des mines d'argent et de la « colline riche» de Potosi. Expansion de la ville du même nom, décrétée par la suite ville impériale par Charles Quint et qui devient l'une des cinq plus grandes villes du monde. 1548: Pizarro et Carvajal sont exécutés. La ville de La Paz est fondée et ainsi nommée pour marquer la fin des affrontements et des guerres civiles du viceroyaume. 1572: Le vice-roi Toledo établit le système de travail forcé de la mita pour l'exploitation des mines à grande échelle par les Indiens des communautés. La monnaie est désormais frappée sur place, à Potosi. 1584 : Après le troisième Concile de Lima, l'extirpation d'idolâtries est généralisée pour contrôler les mouvements subversifs de nature religieuse (taqui oncoy). 1624: Fondation, par le prêtre Juan Frias de Rerran, de l'université de Chuquisaca, placée sous la protection de San Francisco Xavier, et qui connaît un rayonnement très important. 1671 : La Real Audiencia de Charcas autorise les Jésuites à fonder des missions dans la région des Moxos et des Chiquitos. Dans le dernier quart de siècle, fondation d'une vingtaine de villages. 1701 : Un traité délimite la frontière entre la Real Audiencia de Charcas et l'actuel Brésil. 1767 : Expulsion des Jésuites. 1776 : La Real Audiencia de Charcas dépend désormais du Virreinato dei Rio de la Plata qui a son siège à Buenos Aires. 1780-81 : Rébellions indigènes, en particulier celles menées successivement par le cacique Tupac Amaro sur les hauts plateaux, par Tomas Catari, chef des Indiens de Chayanta, et par Julian Zapata dit Tupac Catari avec l'organisation du siège de La Paz. Tous trois sont tour à tour condamnés à mort. 22

Processus d'Indépendance 1809 : Insurrection de Chuquisaca menée par Bernardo de Monteagudo, Manuel et Jaime Zudânez. Elle est suivie par un mouvement révolutionnaire à La Paz qui prend pour chef Pedro Domingo Murillo. 1822 : Réalisant son rêve de libérer l'Amérique, Bolivar, parti de Colombie, arrive à Guayaquil, où San Martin le rejoint. L'armée de Bolivar poursuit la lutte sur les territoires encore aux mains des royalistes. 1824 : Les batailles de Junin et Ayacucho marquent la victoire des « patriotes» et celle du maréchal Sucre. 1825 : Le 6 août est signé l'Acte d'Indépendance qui proclame la République de la Bolivie. Sa capitale constitutionnelle prend le nom du maréchal Sucre (devenant ainsi la « ville aux quatre noms» successivement nommée Chuquisaca, puis Charcas, puis La Plata, et enfin Sucre) et son premier président est Simon Bolivar. Période républicaine Le XIX. siècle 1826: Le Congrès nomme président Antonio José Sucre, chargé d'affermir le régime constitutionnel. 1829 : Andrés de Santa Cruz, élu président, dirige le pays pendant dix ans, et le dote d'une nouvelle constitution et d'une série de codes (civil, pénal, marchand, des mines.. .). 1836 : Création de la Confédération péruviano-bolivienne, du Pacifique aux actuelles limites orientales de la Bolivie. 1839: Bataille de Yungay contre le Chili. La Confédération est dissoute. Velasco prend le pouvoir par un coup d'État. 1841 : Bataille d'Ingavi. La victoire face à cette tentative péruvienne d'annexer la Bolivie consolide définitivement l'indépendance du pays. 1841-1847: José Ballivian, qui avait tenté en vain de se proclamer président au moment de la dissolution de la confédération, gouverne et dote le pays d'un certain nombre de lois progressistes. 1848-1855: Après avoir gagné la bataille de Yamparâez contre le général Velasco, Manuel Isidoro Belzu prend le pouvoir en étant acclamé. Militaire populaire défiant l'oligarchie, il doit faire face à de nombreuses tentatives de coups d'État. 1857: Jorge Cordoba, beau-fils de Belzu, dirigeant le pays depuis les élections de 1855, doit céder le pouvoir à Linares. Les grands propriétaires du secteur minier accroissent leur pouvoir économique. 1863 : Tensions avec le Chili à la suite de la découverte, dans le département bolivien du Littoral, d'importants gisements de guano et de salpêtre. 1864-1871 : Présidence de Melgarejo, incarnation du « caudillo barbare» du XIX. siècle. 1873 : Traité secret d'alliance défensive signé avec le Pérou. 1879-1883: La guerre du Pacifique oppose la Bolivie et le Pérou au Chili. La Bolivie perd son département du Littoral au profit du Chili et reste privée de tout accès maritime.

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Du libéralisme à la guerre du Chaco 1898-1920 : A la suite de la « guerre fédérale» opposant libéraux et conservateurs, le parti libéral accède au pouvoir; plus longue phase de stabilité politique du pays. 1903 : La Bolivie perd la guerre de l'Acre contre le Brésil et renonce à une partie du nord-est de son territoire possédant des réserves de caoutchouc (Traité de Petr6polis). 1904: Traité signé avec le Chili: la Bolivie cède le département du Littoral en échange de la libre circulation des marchandises, de la construction d'un chemin de fer entre Arica et La Paz et de 300 000 livres sterling. 1909: Fondation à Sucre de l'École Normale de Précepteurs de la République. 1920: Une Junte présidée par Bautista Saavedra met fin, par un coup d'État, à vingtdeux ans de libéralisme. Le droit de grève est reconnu par décret. 1921 : Massacre de Jesus de Machaca, soulèvement indigène durement réprimé. 1924: Lois sociales (accidents du travail, journée de huit heures). 1927 : Soulèvement de Chayanta. Leaders amnistiés par le président Hernando Siles. 1928 : Création de la Banque Centrale de Bolivie. 1930 : Un coup d'état empêche la réélection de Hernando SiIes et place au pouvoir Carlos Blanco Galindo. Proclamation de la loi d'autonomie universitaire. 1931-1934: Gouvernement de Daniel Salamanca et décision d'intervention militaire dans Ie Chaco. 1932-1935 : La Guerre du Chaco contre le Paraguay se traduit par d'énormes pertes nationales de population pour les deux pays. Un premier protocole de paix est signé en 1935. La montée du nationalisme et la Révolution nationale 1936-1940: Le coup d'État du colonel David Toro ouvre l'ère du « socialisme militaire» plaçant à la tête du pays de jeunes officiers s'étant illustrés pendant la guerre du Chaco et incarnant le rejet des dirigeants traditionnels jugés responsables de la défaite. 1936 : Toro nationalise le pétrole en expulsant la Sandard Oil Company, et crée Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos (YPFB). 1937: Un autre jeune héros de guerre populaire, Germân Busch, accède à la présidence à 33 ans. 1938 : Traité de paix, d'amitié et de délimitation définitive des frontières entre la Bolivie et le Paraguay. 1939: Bush s'autoproclame dictateur avant de se suicider en août. L'armée place alors Carlos Quintanilla au pouvoir. 1941 : Fondation du Movimiento Nacionalista Revolucionario (MNR) (officiellement reconnu en juin 1942) par des jeunes politiques et intellectuels, parmi lesquels Victor Paz Estenssoro, Hernân SiIes Zuazo, WâIter Guevara Arce, Carlos Montenegro, Augusto Céspedes. 1943-1946: Gualberto Villarroel incarne l'alliance entre le MNR et la loge militaire Radepa (Raz6n de Patria). Au cours de son mandat est organisé le premier Congreso Indigenal (1945). Victime d'une conspiration, il finit assassiné, jeté du baleon du palais présidentiel et pendu à un réverbère par une foule en colère (21 juillet). Une junte présidée par Tomâs Monje assume le pouvoir. Au Congrès Extraordinaire de la Federacion Sindical de los Trabajadores Mineros de Bolivia est adoptée la tesis de Pulacayo.

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1947-1952: Durant l'époque dite du Sexenio (six années visant à récupérer l'ancien ordre conservateur, contre les courants militaires progressistes et la montée du MNR), Victor Paz Estenssoro s'affirme comme leader de l'opposition. 1949 : A la suite de la grève générale et du massacre de la mine Siglo XX, coup d'État avorté du MNR soulevé et mené par Heman Siles Zuazo. 1951 : Victor Paz Estenssoro gagne les élections mais celles-ci sont annulées par Urriolagoitia, qui refuse de transmettre le pouvoir et déclare l'état de siège. Le 16juin il passe le pouvoir à une junte de gouvernement, c'est le mamertazo. 1952 : Le 9 avril, avec les confrontations armées dans les rues et la prise du palais par des partisans MNR, le coup d'État planifié devient une insurrection populaire. Elle permet, le Il avril, de revenir aux résultats électoraux initialement obtenus et de faire de Victor Paz Estenssoro le président de la République. 1952-1964: Période de « la Révolution Nationale ». 1952 : Proclamation du droit de vote universel, étendant la citoyenneté aux femmes et aux indigènes sans plus de discrimination économique, sociale ou culturelle. Nationalisation des mines et création de la Corporaci6n de los Mineros de Bolivia (CoMiBol). Fondation de la Central Obrera Boliviana (COB) dirigée par Juan Lechin. 1953: Loi de la Réforme agraire. Création de l'lnstituto Cinematogrcifico de Bolivia. 1954: L'inauguration de la route goudronnée entre Cochabamba et Santa Cruz marque le début d'un développement très rapide de l'orient. 1955: Code de l'Éducation bolivienne. 1956 : Heman Siles Zuazo gagne les premières élections au vote universel. 1960: Victor Paz Estenssoro est élu pour un second mandat. Les gouvernements militaires 1964 : Victor Paz Estenssoro gagne les élections pour la troisième fois. Coup d'État militaire d'une junte menée par René Barrientos Ortufio, qui gouverne seul de mai à décembre. 1965 : René Barrientos dirige le pays, partageant ses fonctions avec Alfredo Ovando. 1967: Échec de la guérilla d'Ernesto Che Guevara, lui-même exécuté à La Higuera le 9 octobre sur l'ordre du général René Barrientos. 1969 : Mort accidentelle du général Barrientos le 27 avril. Luis Adolfo Siles Salinas lui succède légalement et signe l'adhésion de la Bolivie au Pacto Andino. Coup d'État du général Alfredo Ovando Candia le 26 septembre. 1970: La guérilla de Teoponte tente de ressusciter l'entreprise du Che. Elle est écrasée par l'armée. Coup d'État de Juan José Torres Gonzalez (7 octobre). 1971 : Création de la Asamblea Popular (1 er juin) présidée par Juan Lechin, avec des représentants des différents secteurs socioprofessionnels comme contrepoids à la représentation exclusivement politique du Congrès. Coup d'État d'Hugo Banzer Suarez (19-21 août). Sept années d'une dictature violente marquée par un nombre élevé de prisonniers et d'exilés politiques. Reprise des codes civil, pénal, de la famille et du commerce restés intacts depuis leur promulgation par Santa Cruz. Création du Partido Socialista, mené par Marcelo Quiroga Santa Cruz, et du Movimiento de la lzquierda Revolucionaria (MIR) incarnant une génération éloignée du MNR et du marxisme traditionnel et disposée à lutter contre Banzer. 1977 : Une grève de femmes de mineurs (dont Domitila Chungara) précipite la chute du gouvernement de Banzer. 25

1978 : Coups d'État successifs plaçant au pouvoir les généraux Juan Pereda Asb(m et David Padilla Arancibia. 1979 : Les élections donnent un nombre de voix très proche à Heman Siles et Victor Paz Estenssoro. Leur incapacité à remporter une majorité absolue au congrès laisse la porte ouverte à deux autres coups d'État militaires successifs menés par Walter Guevara et Alberto Natusch Busch. En novembre, Lidia G. Gueiler, nommée par le Congrès, est la première femme à accéder à la présidence. 1980 : Les élections donnent Heman Siles gagnant dans une atmosphère politique tendue. Dix-huit jours plus tard, le général Luis Garcia Meza s'empare du pouvoir menant la violence d'État à son paroxysme. Assassinat de Marcelo Quiroga Santa Cruz. 1981 : Un conseil militaire désigne Celso Torrelio Villa comme président. Continuité de la dictature de Garcia Meza. 1982 : Guido Vildoso est désigné par les Forces Armées comme nouveau président. La crise économique bat son plein. L'armée est discréditée. Le congrès qui avait été élu en 1980 est convoqué et désigne Heman Siles Zuazo comme nouveau président, ouvrant ainsi un nouveau cycle démocratique. Le retour à la démocratie 1982-1985 : Gouvernement de la Unidad Democratica y Popular (UDP) rassemblant le Movimiento Naciona/ista Revolucionario de Izquierda (MNRI), le Movimiento de la Izquierda Revolucionaria (MIR) et le Partido Comunista de Bolivia (PCB). Années d'instabilité interne, de crise économique et d'hyperinflation. 1985-1989: Les élections donnent le pouvoir à Victor Paz Estenssoro, pour son quatrième mandat présidentiel. Il parvient à conjurer la crise économique et l'hyperinflation historique par le décret 21060 qui signe la fin du modèle d'État que lui-même avait créé en 1952 (salaires bloqués, augmentation du prix de l'essence, rationalisation de la bureaucratie, renvoi de travailleurs, libéralisation du marché, liberté des prix etc.), mais il regagne la confiance des investisseurs et du FMI. 1986 : Organisation d'une force de résistance au coût social de l'opération (le renvoi de 23000 mineurs) à travers la « marche pour la vie» arrêtée par l'armée. Dans les villes, explosion du secteur informel. El Alto devient une ville à part entière. 1987: Premières réélections municipales postérieures à l'expérience de la Révolution. 1989-1993: Gouvernement du MIR de Jaime Paz Zamora, président grâce à un « accord patriotique» controversé, passé avec l'ADN de Banzer, son ennemi d'antan, pour barrer la route au MNR. 1993-1997: Le MNR revient au pouvoir avec Gonzalo Sanchez de Lozada et son viceprésident, Victor Hugo Cardenas, présenté comme le premier vice-président indigène du pays. Trois réformes-clés de ce gouvernement: loi de participation populaire (donnant aux municipalités un plus grand pouvoir de décision); lancement de la loi de réforme éducative mettant en avant le bilinguisme et un apprentissage tenant compte de la diversité culturelle et ethnique du pays; privatisation de nombreux secteurs (loi de « capitalisation»). 1992 : La Bolivie est membre associé du Mercosur. 1995 : Mort de Max Fernandez, riche entrepreneur très populaire, dirigeant de la DCS. 26

1997 : Mort de Carlos Palenque, leader du parti Conciencia de Patria (Condepa) peu de temps avant les élections. Victoire d'Hugo Banzer Suarez au terme d'une alliance impliquant plus de 75% des membres du congrès: c'est la « mégacoalition ». 2001 : Démission du général Banzer pour raison de santé. Son vice-président Jorge Quiroga Ramirez assume la responsabilité du pouvoir jusqu'à l'organisation des élections suivantes. 2002 : Gonzalo Sanchez de Lozada est le nouveau président élu, avec une courte avance face au leader « indigène» du Mouvement pour le Socialisme (MAS) Evo Morales. 2003 : Dans une atmosphère sociale déjà très tendue, le projet d'exportation du gaz naturel bolivien au Chili finit par déclencher une opposition massive contre Gonzalo Sanchez de Lozada, l'amenant à fuir le pays en octobre, après des affrontements ayant fait 80 victimes. Son vice-président Carlos Mesa constitue un gouvernement provisoire. 2004 : Un référendum organisé pour définir une politique des ressources pétrolières et énergétiques renforce le pouvoir de Mesa en même temps qu'il donne une forte visibilité à une revendication de nationalisation prônée par le MAS. 2005 : Une nouvelle montée du mouvement social à partir de janvier amène Carlos Mesa à démissionner en juin. Le pouvoir [mit dans les mains d'Eduardo Rodriguez, président de la cour suprême de justice, qui organise de nouvelles élections en décembre. Evo Morales obtient une victoire nette avec 54% des voix dès le premier tour. 2006 : Investi le 22 janvier, le gouvernement d'Evo Morales s'attache à appliquer son programme. La nationalisation des hydrocarbures est proclamée en mai et les contrats déjà passés sont renégociés avec les investisseurs étrangers. L'Assemblée constituante, élue le 2 juillet, ouvre ses sessions en août: le MAS y est majoritaire mais ne dispose pas des deux tiers nécessaires au vote des projets. Un référendum sur les autonomies montre que les quatre départements de l'est du pays y sont favorables. Santa Cruz apparaît comme la ville leader de la résistance au gouvernement en place.

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LE REGIME POLITIQUE Marcela Santacoloma Valencia Indépendance de la Bolivie Constitution Constitutionalisme libéral (individualiste) Réforme constitutionnelle Constitutionalisme Social, 3 Pouvoirs Réforme constitutionnelle Constitutionalisme Social Réforme constitutionnelle Constitutionalisme Social Réforme constitutionnelle Constitutionalisme Social Réforme constitutionnelle République Unitaire, Démocratie représentative et participativel 2004 Réforme constitutionnelle République Unitaire, Démocratie représentative et participative 2006-2007 L'Assemblée constituante (les délégués élus en juillet 2006 sont à 60% issus du Mouvement vers le socialisme, MAS), le gouvernement d'Evo Morales et l'opposition concluent un accord sur les modalités d'approbation des articles de la nouvelle loi fondamentale: les articles ne recevant pas une majorité des deux tiers seront soumis à une commission spéciale. Le problème posé par la réécriture de la Constitution tourne autour de la possible réélection du Président (l'actuelle Constitution n'autorise qu'un seul mandat). En mars 2007, le président, élu pour cinq ans en 2006, a annoncé que son mandat pourrait prendre fm en 2007 même, quand l'Assemblée aura défmi un nouveau cadre politique, et que des élections anticipées devraient se tenir en 2008. Selon la Constitution bolivienne (réforme du 13 avriI2004), la Bolivie est un État Social et Démocratique de Droit, constitué comme République Unitaire dont la forme de gouvernement est la démocratie représentative et participative avec séparation des trois pouvoirs. C'est un pays libre, souverain, multiethnique et pluriculturel. L'Exécutif est formé de la Présidence de la République et des ministères. Le président est chef de gouvernement et chef d'Etat: il a la capacité de nommer les membres de son cabinet, c'est-à-dire ses ministres2. Le Pouvoir Législatif est incarné par le Congrès National, formé de deux chambres, et présidé par le Vice-président. Le Sénat est composé de trois représentants par département, au total 27 membres; les deux premiers membres des départements appartiennent au parti qui obtient la majorité des votes exprimés, et le troisième représentant au parti arrivant en second. Ces représentants sont choisis pour une période de cinq années tout comme le Président. La Chambre des Députés est formée de 130 membres, dont 69 sont choisis par vote direct dans une circonscription électorale, les députés restants étant choisis à la proportionnelle dans les listes de chaque parti en circonscription unique. Les élections présidentielles et législatives ont lieu le même jour.3 La Cour Suprême est l'institution qui personnifie le Pouvoir Judiciaire, puis viennent les Cours Départementales, locales et provinciales. Le Congrès National est
1. http://www.cervantesvirtual.com/servlet/SirveObrasl070374078229I4995209079/pOOOOOOI.htm#C 2. http://www.cia.gov/cialpublications/factbook/geos/bl.htmI#Govt. 1_

1825 1826 1938 1945 1947 1967 1994

3. Ibidem. 28

chargé de désigner les juges de la Cour Suprême, pour dix ans 1. Les dernières élections menées en Bolivie ont eu lieu le 18 décembre 2005 (les prochaines auront normalement lieu en 2010). Le Président actuel de la Bolivie est Evo Morales Ayma, qui a obtenu 53,7% des suffrages, contre Jorge Fernando Quiroga Ramirez (28,6%) de la coalition de droite Pouvoir Démocratique et Social (PODEMOS), et Samuel Doria Medina Arana (7,8%) de Unité Nationale (UN): une victoire électorale incontestable. Ayant pris ses fonctions le 22 janvier 2006, Evo Morales est membre du parti politique qu'il a luimême fondé, le Mouvement vers le Socialisme (MAS). L'actuel vice-président est Alvaro Garcia Linera. Au Sénat la répartition des sièges est la suivante: PODEMOS 13, MAS 12, UN l, MNR 1. A la Chambre des Députés, le MAS a 73 sièges, le PODEMOS 43, le UN 8, et le MNR 6. Ainsi, le MAS a la majorité au Congrès National, ce qui donne une certaine latitude au Président élu, en dépit des blocages potentiels au Sénat. Parallèlement aux Il principaux partis qui animent la vie politique bolivienne, d'importants groupes de pression influencent le pouvoir: producteurs de coca (coca/eras), organisations indigènes et syndicats, regroupés dans le monde rural au sein de la CSUTCB, la Confédération Syndicale Unique des Travailleurs ruraux de Bolivie. La Bolivie a connu plusieurs vagues de gauche dans son histoire politique. Toutefois, à partir des années 2000 et plus précisément de 2003, la nouvelle vague de gauche, dans un contexte latino-américain où les élections ont porté de nombreux gouvernements « à gauche », n'a aucune relation avec la gauche traditionnelle. Cette nouvelle gauche bolivienne s'est formée à partir de mouvements sociaux réclamant une participation politique accrue et rejetant volontiers le néolibéralisme, l'implantation ou le développement d'entreprises transnationales et du capital étranger dans l'économie nationale, et particulièrement dans l'exploitation de ressources comme l'eau et le gaz. En 2000 a eu lieu la première de ces mobilisations avec la « Guerre de l'Eau» à Cochabamba. La seconde a eu lieu la même année, lorsque les paysans ont bloqué l'approvisionnement de La Paz; une mobilisation où la revendication d'une place plus grande pour la culture aymara dans la société bolivienne est apparue au premier plan. Puis "la Guerre du Gaz", entre septembre et octobre 2003, demanda la nationalisation du gaz et l'interdiction de son exportation via le Chili (il n'ajamais été question de sa vente au Chili puisque c'est un tabou de la vie politique bolivienne et qu'elle est conditionnée par un échange « gaz contre accès à la mer ») : elle aboutit au "renoncement" du président Gonzalo Sanchez de Lozada2. La nouvelle gauche a des caractéristiques marquées: lien syndical des principaux partis politiques, proximité avec la « base », nouveaux chefs d'origine indigène ou populaire, en rupture avec la gauche traditionnelle dont certains chefs étaient issus d'une petite partie de la bourgeoisie (tel Marcelo Quiroga Santa Cruz du PS, mais pas d'autres tels Juan Lechin de la COB ou Guillermo Lora du paR); le discours de la nouvelle gauche inclut une participation politique élargie, des demandes culturelles, des revendications économiques dont, au premier plan, la souveraineté économique, notamment pour les ressources naturelles3. Le discours politique du gouvernement actuel est nettement anti-néolibéral et prétend reconstruire un État capable d'être le pilier du tissu productif national.
I ; Ibidem.
2; http://memoria.com.mxI?q=nodel492&PHPSESSlD=e3fD67I 068036308e2e005f6079ai9aO

3.Ibidem.

29

LES FRONTIERES Andres Vengoechea Ricardo

Source: US CIA

Au XVIe siècle, l'Amérique espagnole est découpée administrativement en plusieurs vice-royaumes (Virreinatos) subdivisés en audiences. L'Audience royale de Charcas (Real Audiencia de Charcas), créée en 1561, fait partie du Vice-Royaume du Pérou et s'étend de Cuzco à Buenos Aires et, d'ouest en est, de l'océan Pacifique à la frontière avec la colonie portugaise du Brésil: soit à peu près le territoire de l'actuelle République de Bolivie. Lorsque le Vice-Royaume de la Plata voit le jour en 1776, l'Audience de Charcas est l'une de ses composantes. Après la proclamation de l'Indépendance en 1825, les frontières de la Bolivie sont délimitées sur la base du principe de l'utis possidetis juris de 1810 : son territoire est divisé en huit départements administratifs (puis neuf), subdivisés en provinces, puis en cantons. La division départementale correspond dans une certaine mesure aux intendances de l'époque tardive de la colonisation espagnole. Cette division administrative ne correspond presque jamais aux territoires indigènes car, si chaque groupe ethnique a un territoire bien défini, celui-ci se superpose aux différents départements et ne respecte pas les frontières modernes. Depuis l'Indépendance, les frontières boliviennes avec les pays voisins ont connu de nombreuses et notables évolutions, avec comme conséquence, une amputation de plus de la moitié du territoire bolivien. Jusqu'au début du XXe siècle, la Bolivie s'ouvrait largement sur le Pacifique, entre le Pérou au Nord et le Chili au Sud.

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les plus importants de l'histoire de la Bolivie indépendante a eu lieu en 1904 : après avoir été vaincue lors de la « guerre du Pacifique» et après la signature du « Traité de Paix, Amitié et Commerce entre la Bolivie et le Chili », la Bolivie perdit le département du Litoral (plus de 120 000 km2), seul accès souverain à la côte Pacifique. Le territoire bolivien a été aussi amputé par d'autres voisins. - Après la guerre du Chaco qui a opposé la Bolivie et le Paraguay entre 1932 et 1935, environ 180 000 kilomètres carrés ont été perdus par la Bolivie au profit du Paraguay. - Le territoire bolivien a été considérablement réduit au Nord-Est (plus de 400000 km2), dans les marches amazoniennes, Acre et Mato Grosso, « incorporées» par le Brésil en 1903, après la guerre de l'Acre. Par le traité de Petr6polis, la région disputée est passée sous la juridiction brésilienne. - De la même manière, la Bolivie céda à l'Argentine le territoire de Puna de Atacama entre 1889 et 1891 et perdit encore une partie de ses terres au nord, intégrées par le Pérou. La superficie actuelle de la Bolivie est de 1 098 580 km2. Ses ITontières s'étendent sur 6743 km: 832 km avec l'Argentine; 3400 km avec le Brésil; 861 km avec le Chili; 750 km avec le Paraguay; et 900 km avec le Pérou. Le pays est divisé en neuf départements ou unités administratives: Beni, Chuquisaca, Cochabamba, La Paz, Oruro, Pando, Potosi, Santa Cruz et Tarija. Les ITontières les plus actives de la Bolivie sont celles avec le Pérou et l'Argentine. Sur la ITontière avec le Pérou, et malgré des moyens de transport souvent encore rudimentaires, d'importants mouvements commerciaux ont lieu, spécialement à travers El Paso deI Desaguadero par lequel circulent environ 75% du commerce entre les deux pays. La ITontière avec l'Argentine concentre un flux migratoire très important (selon des estimations, environ 10000 Boliviens traversent annuellement la ITontière, dont 60% retourneraient dans leur pays). Cette ITontière est un lieu de passage de la feuille de coca (légale dans plusieurs provinces andines de l'Argentine), mais aussi de la cocaïne. Une nouvelle ITontière ouverte s'est beaucoup développée récemment: à travers 1'« hidrovia» Paraguay-Parami1 circulent dès 2005 près de 50% des exportations boliviennes2 (de Santa-Cruz et Cochabamba), en particulier l'essentiel du soja et du sucre boliviens, et la plus grande partie du commerce vers les pays de la Communauté Andine.

- Mais un des chapitres

Sources: Barragan Rossana, Medinaceli, Ximena. "Introducci6n Bolivia", http://lanic.utexas.edu/projectltavera/bolivia/intro.html L6pez Montano, Isabel. "Mar Para Bolivia" http://www.monografias.comltrabajosI6/mar-parabolivia/mar-para-bolivia.shtml Central Intelligence Agency (CIA), World Factbook, http://www.cia.gov/cia/publications/factbook/geos/bl.html "La frontera con Bolivia es incontrolable" El Pais, 15-04-06, http://www.lanacion.com.ar/Archivo/nota.asp?nota _id=797656&aplicacion _id= 12

1. Cf carte en chapitre 2. www.la-razon.com.

14. 21-03-2005.

31

1810 : Les possessions territoriales du Haut et Bas Pérou

("Mapa de las posesiones territoriales deI Alto y Bajo Peru en 1810", E. Ydiaquez) source: Instituto Geografico Militar et http://www.mirabolivia.com

32

source: boIiviaweb.com

1855 : Pérou et Bolivie

("Colton's

Peru and Bolivia", GoWo & CoB.Colton & Co. New Cork,1855) Instituto Geografico Militar et http://www.miraboIivia.com

33

1894: Carte élémentaire de la Bolivie

""Mapa elemental de Bolivia por E. ldiâquez, ingeniero civil", La Paz, 1894 lnstituto Geogrâfico Militar et http://www.mirabolivia.com

34

1904 Carte générale de la Bolivie

"Mapa general de Bolivia", Luis Garcia Mesa Ingeniero, 1904
lnstituto Geognifico Militar et http://www.mirabolivia.com

35

LA PERTE DE L'ACCES A LA MER
Lina Maria Mejia et alii "Notre espoir, c'est que la Bolivie, le Chili et le Pérou puissent parvenir à un accord sur un couloir qui permettrait à la Bolivie d'avoir un accès direct à la mer en territoire bolivien". Jimmy Carter, 8 septembre 1977 « La signature du traité de 1904 a eu pour la Bolivie une signification politique et économique néfaste. Le traité a scellé sa méditerranéité, limité son développement, constitué un obstacle pour son commerce et a représenté une menace pour sa sécurité nationale ». Communiqué officiel du ministère bolivien des Affaires étrangères, à l'occasion du centenaire du Traité Le Traité de 1904 est « ignominieux, profondément injuste, profondément non-solidaire, pour un pays qui en a vaincu un autre ». Juan Ignacio SHes, ancien ministre des Affaires étrangères

La Bolivie d'avant 1874 : l'accès à la mer La Bolivie actuelle et ses voisins

Source: http://es.wikipedia.org/wiki/Guerra_del]a c%C3%ADfico

La limite de la frontière Sud suivait le 24e parallèle; et une zone de condominium «économique» avait été instaurée entre les 23e et 27e parallèles par le premier traité de limites de 1866 conclu entre le Chili et la Bolivie; elle fut source des litiges entre les deux pays, conduisant à la Guerre du Pacifique. C'est avec cette guerre (1879-1884) qu'apparaît la question cruciale de l'accès à la mer: après la victoire chilienne, la Bolivie perdit l'accès à la mer (1904), entrant dans une nouvelle ère de confrontations potentielles, diplomatiques, économiques et sociales, avec ses voisins.

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Les transferts territoriaux

entre la Bolivie, le Pérou et le Chili 1874-1929
,,? " La réprésentation des frontières ne fait pas nécessairement autorité

Lac Titica

PÉROU

(Ii;

Frontière internationale fixe Frontière internationale non définie Capitale de province ou de département Localité Territoire péruvien administré par le chili de 1883 à 1929; rendu par le Chili au Pérou, 1929
Territoire péruvien administré par le chili de 1883 à 1929;

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cédé par le Pérou au Chili, 1929
Cédé au Chili par le Pérou, 1883 Cédé au Chili par la Bolivie, 1883

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la Bolivie, 1874 50 " 100 kilomètres , " ' ill

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Source: http://upload.wikimedia.orglwikipedia/commons/6/64/War_oUhe]acific

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d'après United States Library ofCongress Country Studies.

37

Ce conflit régional a une dimension économique essentielle: le littoral contesté comporte d'importants gisements de salpêtre et de guano (excréments d'oiseaux marins, riches en azote et phosphore, excellents fertilisants naturels, indispensables avant l'invention des engrais chimiques). Ces ressources avaient une valeur économique significative au XIX. siècle, notamment pour le monde entré dans la révolution industrielle. Ce fut l'un des éléments déterminants à l'origine du conflit territorial entre le Pérou, la Bolivie et le Chili. II existe nombre d'interprétations divergentes concernant la propriété et la souveraineté de ce territoire. L'absence de littoral pour le territoire bolivien a aujourd'hui un impact considérable, mais peut-être plus encore social ou politique qu'économique. En matière sociale, s'est construit et sans cesse renforcé en Bolivie un imaginaire du territoire perdu, transformé en ressentiment vis-à-vis de la nation voisine, le Chili, et très largement instrumentalisé en politique intérieureI. Demeure une mémoire commune d'injustice, de claustrophobie territoriale et de frustration. Ce « droit à la mer» clamé notamment sur tous les murs des casernes du pays et omniprésent dans la presse comme dans le discours politique, est toujours vécu comme une agression directe à la souveraineté nationale et comme une blessure ouverte du patriotisme. Dans la sphère économique, les effets négatifs de l'absence de mer sont encore plus évidents. Le manque d'un littoral maritime pour la Bolivie constitue un inconvénient économique certain, pas même nuancé, comme pour le Paraguay, l'autre pays enclavé d'Amérique latine, par une sortie fluviale2. La Bolivie est une des économies les moins développées dans le monde et l'absence de côtes aggrave sans aucun doute son retard économique. Cela est principalement dû au fait que le pays ne peut pas profiter des ressources maritimes, ce qui complique la participation bolivienne au commerce international. Le droit à l'accès à la mer est un reftain constant de la politique extérieure et de la diplomatie boliviennes. Toutefois, il a pris un nouvel essor si l'on en juge par le discours d'Evo Morales, l'actuel Président. Il a commencé une campagne politique au niveau régional (l'Amérique du Sud) comme au niveau international (ONU et Union Européenne) pour rallier l'opinion internationale à la cause bolivienne. Son discours politiquea été accompagnéet légitimépar la mobilisationd'environ 200000 personnes pour une « Marche de retour à la mer» et par l'appui inconditionnel du Président vénézuélien Hugo Chavez, ouvrant même une crise avec la diplomatie de la nouvelle Présidente chilienne, Michèle Bachelet. Selon les termes du chancelier bolivien, « la signature du Traité de 1904 a eu pour la Bolivie une signification politique et économique défavorable. Le traité, en déterminant son enclavement, a limité son développement, empêché son commerce et représenté une menace pour sa sécurité nationale ». Et, avant l'accession au pouvoir d'Evo Morales, nombre de manifestations ont eu lieu au son des revendications territoriales, de l'accès nécessaire à la mer et de l'opposition à l'acheminement du gaz bolivien à travers le territoire chilien. Parallèlement, la Bolivie a cherché à redéployer son image régionale, continentale et internationale et tenté de se réapproprier ce qui peut paraître comme
1. Expression citée par ('ambassadeur de la Bolivie auprès de l'ONU, Ernesto Aranibar, à Stockholm (Conférence Internationale de Lutte contre la Pauvreté), février 2004, http://www.lostiempos.comlnoticias/23-07OS/23_07_05 ""pvl.php 20-10-2004, 759000/3759740 .stm 2. Cf BBC: "Claves: Bolivia, Chile y el mar", http://news.bbc.co.uk!hi/spanish/latin_americalnewsid_3

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déterminant pour son développement, notamment les hydrocarbures. Elle a de fait réussi à se replacer au cœur des relations internationales de l'Amérique du Sud, mais pas toujours dans une perception positive. En dépit de quelques déclarations conciliantes des deux côtés, les relations du pays avec le Chili restent bloquées à l'horizon de la frontière contestée. Et il n'est pas certain que l'affmité « de gauche» entre les deux Présidents pèse d'un poids notable face à l'écart idéologique considérable entre les deux mouvements ayant porté ces leaders à la Présidence et face à un siècle d'instrumentalisation et de catéchisme patriotique bolivien anti-chilien. Alors que le Chili social-démocrate apparaît comme un paradis de l'investissement international, la nouvelle tonalité socialiste et anti-américaine du gouvernement bolivien tranche. Il ne faut néanmoins pas simplifier les problèmes (voir la fiche sur les relations internationales en dernière partie de cet ouvrage). Certaines tensions ne sauraient éluder le fait que la relation Morales-Bachelet est sans doute historiquement la plus « fluide» et intéressante du point de vue des rapports entretenus entre Bolivie et Chili... Carlos Mesa, par exemple, fit du sentiment anti-chilien une authentique bannière alors que le gouvernement Morales a imposé dans le débat public la possibilité de vendre du gaz au pays voisin... Montrer ainsi l'arrivée au pouvoir de Morales comme un pic de tension dans les rapports Bolivie/Chili serait apriori une erreur. En 2006, la revendication de l'accès à la mer imprègne certes encore le discours politique d'Evo Morales et demeure une priorité insatisfaite du pays. La visite d'Evo Morales à Santiago en mars 2006 éclaircit un peu l'avenir, mais l'éventuelle résolution du problème apparaît, quoi qu'il en soit, bien lointaine. Le 23 mars 2007, comme les années précédentes, on a célébré dans les rues de La Paz et de nombreuses grandes villes le « Dia deI mar », jour de la mer (anniversaire de la mort en 1879 du « héros» bolivien Eduardo Abaroa, défenseur de Calama)...
Sources: "Claves: Bolivia, Chile y el mar", 20-10-2004,
http://news. bbc. co. uk!hilspanish/latin

_america/newsid _america/newsid
-05/23

_3759000/37597
_3435000/3435927.
-2v 1. php

40.stm stm

"Bolivia arremete por salida al mar",
http://news. bbc.co. uk!hilspanishllatin
http://www.1ostiempos.comlnoticias/23-07

Conferencia lntemacional de Lucha contra la Pobreza, février 2004,

_07 _05

"Evo Moralespide apoyo intemacionala su demandade salidaal mar para Bolivia", avril2006,
http://www.rebelion.orglnoticia. php?id=2887 4 Gumucio, Jorge, "Estados Unidos y el mar boliviano", http://www.boliviaweb.comlmar/main.htm Diario virtual Terra: "Chilenos darian salida al mar sin soberania a Bolivia", http://www.terra.comlnoticias/articulolhtml/act369005.htm Revista virtual Puntas de Vista, "El mar boliviano y el nuevo milenio",
htt ://www.1ostiemos.comlnoticias/23-07 -05/23 07_05 -2v 1.php

_

"América sin fronteras, un mar para Bolivia" 39

DOCUMENT: La revendication de l'accès à la mer et les relations avec les voisins

http://news. bbc. co. uk/hi/spanish/latin _ americalnewsid_3 759000/3759740.stm#xq

1

Le drapeau chilien brûlé à La Paz, 2002
http://www.soberaniachile.cVcomodatl.html

Propagande du Venezuela chaviste en faveur de l'accès à la mer de la Bolivie
http://www.simon-bolivar.orglbolivar/por_el_mar_boliviano.html

El pais que quiere existir (extrait), Eduardo Galeano Ecrivain et journaliste uruguayen y ... desapareci6 el mar En e] sig]o diecinueve, cuando Bo]ivia fue derrotada en ]a Hamada Guerra de] Pacifico, no solo perdio su sa]ida a] mar y quedo acorra]ada en el corazon de América de] Sur. También perdio su salitre. La historia oficia], que es historia militar, cuenta que Chile gano esa guerra; pero ]a historia rea] comprueba que e] vencedor fue e] empresario britanico John Thomas North. Sin disparar un tiro ni gastar un penique, North conquisto territorios que habian sido de Bolivia y de Peru y se convirtio en e] rey del salitre, que era por entonces el fertilizante imprescindib]e para alimentar las cansadas tierras de Europa. Pagina/i2, BuenosAires, 19-10-2003

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DOCUMENT: Lettre ouverte de 154 intellectuels du Chili et de Bolivie à propos de l'accès à la mer de la Bolivie Santiago / La Paz, 19 de marzo de! 2004 , "Bolivia pide un puerto (,Hay algo mas 16gico?"Vicente Huidobro, Un puerto a Bolivia', La Opinion, Santiago, 1938. "Los estudiantes, cada 23 de marzo se vuelcan a buscar (mi libro) Puerto imposible. Claro, devuelven inmediatamente el libro cuando se dan cuenta que no tiene nada que ver con el mar boliviano" Antonio Teran Cabero, La Prensa, febrero, 2004. Un pais es como un pais: Ûllico, sorprendente, inigualable. Pero si no cultiva su vecindancia se expone a ser devorado por la prepotencia dei mas fuerte. Traduciendo: si Sudamérica no afianza sus vinculos como regi6n en el actual escenario mundial, nos arriesgamos a no ser mas que un apéndice de los bloques dominantes en la emergente "aldea global". No es extrafio, entonces, que ante el in/actual diferendo entre Bolivia y Chile, que remite a una historia guerrera del siglo XIX, distintos gobiemos de paises latinoamericanos hayan manifestado su preocupaci6n y la disposici6n a o&ecer sus buenos oficios para desatar un nudo ciego que, de no destrenzarse con destreza y mirada de largo plazo, no haria sino enturbiar las posibilidades de una Sudamérica regionaImente
cohesionada. Mas claro: Chile y Bolivia no s610 comparten un "pasado" de encuentros y desencuentros sino también deseos e intereses comunes de cara al porvenir. Las y los abajo fmnantes, ciudadanas y ciudadanos de Bolivia y de Chile, escritoras y escritores, artistas, académicos, docentes e investigadores, mediante esta carta lIamamos a los pueblos, ciudadanos/as y gobiemos de Chile y de Bolivia a: 1. Iniciar desde ya conversaciones a todo nivel (no s610 entonces de caracter intergubemamental sino también en el ambito de 10 que s610 hasta ayer lIamabamos sociedad civil), destinadas a alcanzar un nuevo acuerdo satisfactorio para ambas partes. 2. Un acuerdo satisfactorio para ambas partes - es nuestra "hip6tesis" (pero esto es precisamente 10 que habra de ser re&endado 0 modificado en los encuentros por venir)-, implica al menos, por un lado, concordar un acceso soberano de Bolivia al océano Pacifico que no divida el territorio chileno y, por otro, asentar las bases para un desarrollo duradero y equitativo dei norte de Chile, el occidente de Bolivia y el sur deI Peru. Sabemos que alcanzar un nuevo acuerdo en estas materias no es cosa facil ni tarea de un dia ni responsabilidad de unos pocos. El centenario extrafiamiento y desconocimiento mutuo y, sobre todo, la pervivencia de acendrados narcisismos nacionales miopes, y muchas veces agresivos, son acaso las mayores dificultades que ha de en&entar la posibilidad de arribar a un acuerdo. Hay demasiados prejuicios y caricaturas por deshacer, excesivo chovinismo por desmontar y mucha mirada cortoplacista por interrogar. En todo eIIo, sin embargo, habremos de persistir, pues asi como las &onteras pueden ser espacios fecundos de encuentro en la diferencia, asi también las identificaciones (nacionales y regionales) pueden constituir una posibilidad ITuctifera de cohesi6n en la diversidad y otro nombre de la solidaridad ante la adversidad. Que esto sea asi, es decir, que las &onteras no se conviertan en mecanismos de exclusi6n, aislamiento 0 encierro, y que las identificaciones no se transformen en signos de desprecio y agresividad hacia los demas, es responsabilidad de todos y de cada cual, pero acaso en ello nos cabe una responsabilidad especial a quienes desde distintas tradiciones imaginamos y anticipamos laCs)cultura(s) por venir... http://www.avizora.comlatajo/informes/bolivia_textos/0008_salida_mar.htm

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DOCUMENT: Résistances chiliennes à toute négociation territoriale: le site Internet www.soberaniachile.cI

EL PROYECTO DE UN "COMODATO GASIFERO" PARA BOLIVIA EN EL LITORAL NORTINO CHILENO
TRAS VARIAS NEGOCIACIONES SECRETAS QUE SE SOSTUVIERON CON BOLIVIA EN LOS SUCESIVOS GOBIERNOS DE LA CONCERTACION, DURANTE 1993, 1996, 1997 Y 2000, VIO LA LUZ UN NUEVO PROYECTO PARA ENTREGAR TERRITORIO CHILENO A BOLIVIA EN LA COSTA NORTINA: EL "COMODATO" LITORAL PARA INSTALACIONES GASIFERAS EXTRAIDAS DESDE EL ALTIPLANO, CON EL RÉGIMEN DE OFERTA DE "GAS POR MAR". UN MEDIO DE PRENSA PACENO, SIN GUARDARSE NINGUNA RESERVA DE OPTIMISMO, LLEGO A PUBLICAR LA NOTICIA COMO "YA SE PUEDE HABLAR DEL MAR BOLIVIANO". MULTITUDINARlAS PROTESTAS BOLIVIANAS SE HARlAN SENTIR, NO OBSTANTE, COMO REACCION EN CONTRA DE LOS SUPUESTOS "BENEFICIOS" QUE OBTENDRIA CHILE DE ESTE OSCURO NEGOCIO Y EXIGIÉNDOSE LA NACIONALIZACION DE LOS RECURSOS ENERGÉTICOS. INCAP ACES DE CONVENCER A LAS MASAS y A LOS CAUDILLOS LOCALES, UNA A V ALANCHA DE RECHAZO POPULAR SE VOLCO CONTRA EL PLAN DE COMERCIALIZACION DE LOS HIDROCARBUROS, HACIENDO CAER AL GOBIERNO DE LA PAZ Y LLEV ÂNDOSE DE PASO -AFORTUNADAMENTEEL PELIGROSO PROYECTO DE UN "COMODATO" BOLIVIANO EN CHILE.
Page d'accueil, http://www.soberaniachile.cl/comodatl.html

;,ES LA FALTA DE MAR LA RAZON DEL RETRASO BOLIVIANO?, PARTE I: BOLIVIA ES UNA FICCION GEOGRAFICA y POLlTICA. AUSENCIA CONNATURAL DE UNIDAD GEOPOLîTICA y EL AUTORRELEGO EN LAS ALTURAS -Ampliado y actualizado ellS de enero de 2007BOLIVIA CUENTA DESDE 1904 CON EL MAs COMPLETO LIBRE TRANSITO, y LIBERACION DE USO DE LOS PUERTOS CHILENOS DEL DISPONIBILIDAD NORTE GRANDE, MEDIDAS MAs GENEROSAS AUN QUE LAS FACILIDADES QUE SE HAN OTORGADO A NACIONES COMO SUIZA POR PARTE DE SUS VECINOS, BASTANDOLE TALES FACULTADES PARA CONVERTIRSE EN UNA DE LAS MA YORES POTENCIAS DEL PLANET A SIN TENER MAR. COMO EL PAIS ALTIPLANICO CUENTA CON ESTAS LIBERTADES, LA SUELTA EXPLICACION DE QUE LA "F AL TA DE COSTAS" SERIA LA CAUSA DE SU EVIDENTE SUBDESARROLLO, ES UNA ACUSACION INFUNDADA QUE DESCONOCE LA SERIE DE F ACTORES CULTURALES, ECONOMICOS, SOCIALES Y GEOGRÂFICOS QUE HAN DETERMINADO LA INVOLUCION BOLIVIANA Y SU NOTORIO RETRASO EN EL DESARROLLO CONTINENTAL
http://www.soberaniachile.cl/bolivpro.html

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DOCUMENT:
L'armée, le passé guérillero et la question de la fidélité à Evo Morales: 1. L'histoire officielle de l'armée bolivienne (07-2007) CAMP ANAS CONTRAGUERRILLERAS El 23 de marzo de 1967- una patrulla militar fue emboscada, por guerrilleros cubanobolivianos encabezados por el «Che» Guevara. La reaccion de nuestro pueblo y Ejército fue de enérgico rechazo a la aventura marxista extranjera en los combates [.. .]. Finalmente, los insurgentes acabaron enftentindose contra tropas de la 8a.Division en El Churo, el 8 de octubre de 1967, dando fin con el movimiento guerrillero. La victoriosa campana habia durado tan solo ocho meses (fu1ico caso en el continente) y a esta se la conoce con el nombre de NancahuazU Después tres anos surge la campana de Teoponte, el 18 de julio de 1970, aIrededor de 100 jovenes e inexpertos guerrilleros, esta vez bolivianos, se internaron en las selvas deI norte de La Paz para iniciar un nuevo intento marxista. Sucumbieron pronto, tanto por el eficiente accionar deI Ejército en los combates [. ..] cuanto por su falta de preparacion para este tipo de lucha. Hacia octubre deI mismo ano, todo habia acabado. Nuestro ejército se habia apuntado una victoria mas, a costa de un centenar de idealistas. A casi tres décadas de la ultima accion de armas, las paginas de nuestra historia son el fiel reflejo de 10 que fue y es nuestro Ejército que hoy ocupa orgulloso el noble sitial en el coraz6n de nuestro pueblo. Desde la victoriosa bataIla de Aroma hasta la ultima accion en la Quebrada Quevedo, puso su cuota de sangre, en aras del cumplimiento del testamento politico del Gran Mariscal de Ayacucho, "A UN PEDIRE OTRO PRECIO A LA NACION EL DE NO DESTRUIR LA OBRA DE MI CREACION y EL DE CONSERVAR paR ENTRE TODOS LOS PELIGROS LA INDEPENDENCIA DE BOLIVIA" Y de la mision de permanente ideal de superacion, renovândose constantemente en sus cuadros y en su estructura técnica para marchar junto al armonioso progreso que impone la permanente evolucion deI Estado boliviano. El Ejército de Hoy identificândose con los grandes ideales de grandeza, desarrollo y progreso se constituye en el pilar de la DEMOCRACIA y la estabilidad politica de un nuevo Estado con una nueva vision del futuro. Este es el Ejército, con una trayectoria de honor y lealtad jalonada por luchas, victorias y derrotas; que hoy es orgullosa reserva moral del pueblo boliviano siendo su lema, "FORJADOR DE LA PA TRIA" por 10 tanto la patria que es la suma de la bolivianidad le debe al F;jército la continuidad dei Estado libre e independiente. Source: http://www.ejercito.mil.bo/(07-2007)

2. La commémoration de la mort du Che et le malaise des militaires boliviens FFAA dicen que no hay malestar con Evo Morales El comandante en jefe de las Fuerzas Armadas, Wilftedo Vargas, asevero que no existe ningfu1malestar y desestimo el supuesto fastidio que surgio en las FFAA con la actitud asumida por el presidente Evo Morales, quien rindio homenaje a los guerrilleros de NancahuazU y no a los ex combatientes militares. "Como va a haber malestar si estamos viviendo en democracia [...]", dijo el jefe militar. El lunes, los beneméritos de NancahuazU reclamaron la presencia de Morales en los actos en honor a los soldados muertos, realizados en varios lugares deI pais. El Presidente estuvo en Vallegrande en un acto de homenaje al guerrillero Ernesto Guevara. Esta presencia genero criticas deI ex comandante de las FFAA, Alvin Anaya, de los ex combatientes y de los generales y almirantes en servicio pasivo.
Extraits, La Razon, Edicion Digital, 11-10- 2007

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EVO MORALES:

ELEMENTS

BIOGRAPHIQUES Denis Rolland

1959: 26 octobre: naissance à Isallavi, ayllu Sullka du canton d'Orinoca, dans la province de Carangas à Oruro (3686 m) de Juan Evo Morales Ayma. Il naît dans une famille modeste d'indigènes aymara produisant des pommes de terre et élevant des lamas. De ses sept frères et sœurs nés, trois seulement ont survécu. Il ne parle bien ni l'aymara de sa région d'origine, ni le quechua de sa région d'adoption: nombre d'indigènes ne parlent pas, ou mal, leur langue traditionnelle en raison de l'urbanisation et de leur déconnexion d'avec leur communauté originelle. En 2006, un peu plus de 50 % des Boliviens s'identifient comme indigènes aymara ou quechua mais seuls 40% d'entre eux maîtrisent leur langue traditionnelle. 1965 : A 6 ans, il participe avec son père et sa sœur à la récolte de la canne à sucre dans le nord-ouest de l'Argentine. 1971 : A 12 ans, il suit son père avec un troupeau de lamas pour un trajet d'un mois. 1975: Bon joueur de football, il est choisi à 16 ans par les trois ayllus de la communauté comme directeur technique de la sélection du canton. Pour continuer ses études secondaires,il part à Oruro, où il travaille comme briquetier et boulanger. Il ne parvient toutefois pas à terminer ses études secondaires, et moins encore à réaliser son rêve d'être journaliste. Il joue de la trompette avec le Banda Real Imperial et, de ce fait, voyage notamment dans les centres miniers du sud de Potosi. 1978 : Il effectue son service militaire obligatoire à La Paz où il vit les coups d'Etat de Juan Pereda Asbun et de David Padilla Arancibia. Il rentre ensuite au sein de sa communauté et participe aux travaux de la terre. 1980: Le phénomène El Niiio contribue à un recul de la production agricole de 70% et réduit les troupeaux de plus de moitié. La famille décide alors d'émigrer vers des terres tropicales (San Francisco) à la recherche de nouvelles terres et productions: elle suit en cela nombre de migrants andins dans les basses-terres du département de Cochabamba, accompagnant le boom de la culture de la coca dans le Chapare. Evo Morales s'engage alors dans le combat politique et la lutte syndicale face aux injustices dont lui semblent être victimes les producteurs de coca. Au-delà des livres, des doctrines ou des personnalités, l'éducation d'Evo provient de la vie elle-même, de sa participation à la lutte quotidienne. « Il n'y a pas de temps pour la formation académique », a-t-il dit, « et je n'en éprouve pas le besoin. La meilleure école et la meilleure université, c'est la vie elle-même, l'expérience elle-même: la souffrance, la faim, la misère, les marches, les luttes sociales. Je n'ai pas besoin d'une formation, encore moins d'un bout de papier, ou que sais-je encore ». 1981 : L'assassinat d'un cocalero à Senda Bayer aurait frappé Evo Morales: des militaires ivres après l'avoir roué de coups pour qu'il "avoue" être un trafiquant, l'arrosent d'essence et le brûlent vif. Il est nommé Secrétaire des Sports de son syndicat, San Francisco. 1983 : Mort de son père. Il laisse ses charges syndicales pour se consacrer entièrement au travail des champs et à sa famille. Il voyage régulièrement à Orinoca pour participer aux travaux agricoles de sa communauté d'origine.

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1985 : Il est nommé secrétaire général de son syndicat, San Francisco. 1988: Le gouvernement du MNR, à la satisfaction des Etats-Unis, fait voter par le Congrès la Ley dei Régimen de la Coca y Sustancias Controladas (Ley 1.008, 1907) qui vise à la suppression des récoltes de coca « excédentaires» et « illégales» et à leur substitution par d'autres cultures. La politique d'éradication de la coca accentue l'attitude anti-américaine d'Evo Morales, considérant que les Etats-Unis nuiraient aux petits exploitants sous couvert de lutte contre les narcotrafiquants. Morales est l'un des principaux dirigeants d'une Fédération de paysans producteurs de coca (cocaleros) qui résiste aux plans gouvernementaux. Pour lui, la coca fait partie de la culture traditionnelle aymara. La Fédération oppose au plan "coca cera", établi en accord avec le gouvernement nord-américain, le plan "cocafna cero " (cocaiile zéro). Il est nommé secrétaire exécutif de la Fédération du Tropique de Cochabamba. 1989: Au moment d'un hommage à des compagnons tombés en défendant leurs plants de coca, des membres de l'UMOPAR (forces spéciales de lutte contre les drogues) l'assaillent avant de le laisser pour mort. 1995: 27 mars: fondation de l'Assemblée pour la Souveraineté des Peuples (Asamblea par la Soberanfa de los Pueblos-ASP) avec l'objectif de prendre le pouvoir, au niveau local et national. La Cour nationale électorale refuse de donner à ce mouvement une personnalité juridique, ce qui conduit l' ASP à rejoindre les listes électorales d' « Izquierda Unida » (lU). Décembre: lors des élections municipales, le groupe lU enlève 10 mairies dans le département de Cochabamba. 1995-1996: un groupe d'hommes politiques et d'universitaires propose de présenter Evo Morales, "pacifiste des drogues", comme Prix Nobel de la Paix. Voyages en Europe. 1996: Il est nommé Président du Comité de Coordination des 6 Fédérations du Tropique de Cochabamba. 1997: Un hélicoptère de la DEA Drug Enforcement Administration (DEA) mitraille à Eterazama un groupe de petits producteurs, tuant cinq d'entre eux. Elections générales. lU obtient 4 députés (130 membres). Morales est l'un d'entre eux, élu avec 70% des suffrages dans la circonscription des provinces de Chapare et Carrasco. Il fait don de 80 % de son salaire à ses compagnons malades ou dans le besoin. Il dénonce depuis la Chambre la « militarisation» du conflit et le « massacre» perpétué au Chapare. Il invoque en outre le droit des paysans à résister « militairement» aux troupes encadrant l'éradication. 1998 : A la suite de la division entre le leader Alejo Veliz et son rival cocalero Morales, est créé l'Instrument Politique pour la souveraineté des Peuples (Instrumenta Politico par la Soberanfa de los Pueblos-IPSP). 1999: Désireux de participer aux élections locales de décembre, Morales s'entend avec le chef d'un petit parti, le MAS-U, David Afiez Pedraza. Cet épisode est encore sujet à polémiques et les rivaux de Morales s'en servent pour démontrer son « opportunisme». Selon Hervé Do Alto, le MAS concentrait le bloc ouvrier de Phalange Socialista Boliviana (FSB, parti catholique conservateur) dont la base d'appartenance était un nationalisme religieux et une opposition frontale au MNR. Afiez Pedrasa lui-même est un retraite des chemins de fer. Le MAS-Unzaguista (de Unzaga de la Vega, fondateur de la FSB) regroupe le bloc ouvrier qui, en 1993, ne

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parvient pas à contrôler le parti. Il décide de sa sortie de la phalange pour créer un projet nationaliste orienté à gauche: avant l'alliance avec Evo Morales, le MAS est l'une des composantes de ru, et David Afiez Pedraza entretient de bons rapports avec Domic, l'actuel secrétaire général du PCB. C'est dans ce cadre que David Afiez Pedraza et Evo Morales font connaissance et que le premier cède (ou vend) le sigle du parti. Janvier: Le MAS-IPSP commence à fonctionner et Morales est le président du groupe tandis qu'Afiez est désigné au poste honorifique de« président à vie ». 5 décembre: Aux élections municipales, le MAS recueille 3,2% des suffiages de l'Etat: c'est alors une petite formation politique de dimension régionale dont le rayonnement est limité aux régions de Cochabamba et La Paz (en particulier dans la région des Yungas, région productrice de coca), 2000: Evo Morales échappe à une tentative d'attentat au siège de Derechos Humanos à Villa Tunari. La balle ne fait que l'effleurer. 2002: 24 janvier: Une majorité de 104 députés de l'ADN, du MNR et du MIR, de l'Union Civica Solidaridad (DCS) et de la Nueva Fuerza Republicana (NFR) vote la destitution du leader du MAS, Evo Morales, pour avoir mené la protestation contre la fermeture du seul marché de coca de la région de Cochabamba, Sacaba, qui s'est soldée par un lourd bilan: 9 morts, dont 1 policier, 3 militaires et 5 cocaleros. 5 mars: après un recours auprès du Tribunal Constitutionnel pour violation de droits de la présomption d'innocence, de ceux de la défense et de son immunité parlementaire, après avoir renoncé à diriger la Corifederacion de Productores de Coca de Cochabamba, Morales est désigné par les délégués des 6 Federaciones deI Tropico comme candidat présidentiel du MAS aux élections présidentielles. Dans la perspective des élections générales, Morales et le MAS élaborent un programme de vocation nationale, incluant la convocation d'une Assemblée Constituante pour modifier la constitution et l'esquisse d'une politique nationale des hydrocarbures. 26 juin: L'ambassadeur des Etats-Unis, Manuel Rocha, déclare que si les Boliviens élisaient « ceux qui veulent que la Bolivie redevienne un exportateur de cocafue important, ce résultat mettrait en danger l'aide future des Etats-Unis ». Cela a un effet contreproductif, renforçant le report des voix sur Evo Morales. 30 juin: Evo Morales est réélu au Parlement, tandis que le MAS remporte le cinquième du Congrès, faisant une percée inattendue: aux élections présidentielles, il obtient 20,9 % des voix, avec seulement 1,6% point de retard sur le candidat élu, le libéral Sanchez de Lozada. Le MAS obtient 27 députés et 8 sénateurs, devenant la deuxième force parlementaire, derrière l'alliance MNR-Movimiento Bolivia Libre (MBL). 2003 : Opposition ftontale du MAS et d'autres organisations syndicales et sociales aux mesures fiscales du gouvernement de Gonzalo Sanchez de Lozada. 12-13 février: La Paz et ses environs voient s'affionter des milliers de manifestants, de policiers en grève et des soldats chargés de maintenir l'ordre. Bilan: 33 morts et des centaines de blessés. Septembre-octobre: nouvelles manifestations et blocages de routes menant à La Paz après l'annonce de l'exploitation par un consortium international du gaz de Tarija. Affiontements violents à El Alto avec de nouveaux morts.

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