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PRINCE ALBERT RAKOTO RATSIMAMANGA

De
210 pages
Le 16 septembre 2001, Madagascar apprenait la disparition de son fils illustre, Albert Rakoto Ratsimamanga. A 94 ans, il quittait la vie pour rejoindre les Ancêtres, dont il fut la fierté durant une longue existence vouée à l'Humanité et à la Science. L'auteur a eu le privilège d'avoir été, durant soixante-sept ans, son frère de lutte et son compagnon de route. Le devoir de mémoire s'imposait, à lui d'en témoigner.
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PRINCE ALBERT RAKOTO

RATSIMAMANGA
TOME 2

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Prince Albert Rakoto Ratsimamanga
1907-2001

JI tVJIm-ŒXl(OPOS

Le dessein de cet ouvrage est simple. A travers des doctUIlents inédits, essayer de présenter la figure d'un personnage, hors du conunun, du monde malgache.
Albert Rakoto Ratsimamanga aura presque parcouru le XXe siècle (1907-2001). L'essentiel de son existence a été consacré à la Science, dans le domaine de l'Anthropologie et de la Biologie. Dans sa prime jeunesse, marquée par les vicissitudes de l'Histoire, il s'identifiait à «un enfant aux pieds nus qui regardaitles étoiles en parcourant la plaine de Mahamasina ») pour se rendre à l'école sur les collines d'Ambohijatovo. Puis le Destin le prendra volonté de vaincre les obstacles confiance en soi, il atteindra cormaissance et se placera panni les en charge. Grâce à la par les études et la les sonunets de la savants de son époque.

Qui plus est, animé par la vive passion de servir la Terre desAncêtres, l participera au combat pour l'Honune i
la fraternité et la tolérance. Durant près de quinze ans, il représentera MADAGASCAR à l'extérieur, en Europe, en Extrême Orient et en Afrique. On trouvera - ici - le
dans

témoignage de son long partours diplomatique, illustré par des réflexions, émaillé par quelques anecdotes.
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8

TITRE

PREMIER

LES

AMBASSADES

CHAPITRE I

UNE AMBASSADE A PARIS

REMISE DES LETTRES DE CREANCE PALAIS DE L'ELYSEE

Monsieur

le Président de la Communauté,

Les paroles que vous avez prononcées, voici à peine tm an, au pied de notre ville de Tananarive, étaient une promesse qu'aujourd'hui réalise, et ce sont bien elles qui constituent le sceau même de la Sécurité et de l'Entente des pays de la Communauté. C'est leur résonance qui me place en cet instant devant vous, et c'est leur sens aussi bien que leur fonne qui attachera à jamais à votre nom cette grande réalisation: l'indépendance malgache pour l'union francomalgache. Vaus comprenez donc, Monsieur le Président de la Communauté, que j'identifie votre pays de France que je considère comme mien à votre nom et que, souhaitant ne pas abuser d'instants dont je sais par votre service du Protocole combien il est précieux, j'abrège une profession de loyalisme national dont le texte vous a sans doute été remis. Vous avez bien voulu réserver un accueil favorable à la confiance que m' a témoignée le Président Tsiranana en m'appdant au poste de Haut Représentant de la République Malgache. Alors que je viens de vous dire combien à nos yeux vous concrétisez la France et combien son geste était le vôtre, vous comprendrez qu'à l'honneur 13

que J en ressens prusse s ajouter une tres vIve emotIon, et vous me pennettrez de faire succéder aux relations officielles, les relations personnelles dont augurait déjà votre si aimable réponse aux quelques mots que j'avais eus l'honneur de vous adresser. Agissant ainsi, nous ne ferions que demeurer dans la ligne qui, au long de trois siècles, marque les rapports franco-malgaches. Les exemples abonderaient de ces rois de

.,

.,

.

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,

.

notre Levant, de ces bâtisseurs de nos villes - dont Jean
Laborde - qui, tous, aimèrent notre TIe et en furent aimés, et il semble que, constamment, le personnage officiel ait été dépassé par un autre personnage plus spontané, qu'emportait la sympathie et la profonde affmité de caractère qui a toujours poussé nos deux peuples l'un vers l'autre. De telle sorte de loyalisme absolu qui doit être celui de ma mission, je voudrais adjoindre un engagement personnel auquel m'amène le grand exemple qui fut le vôtre lors de l'édification de la Communauté. Gardien des accords signés après avoir contribué à l'élaboration de leurs modalités, je voudrais l'être à la fois pour le bonheur de nos deux pays et pour l'honneur du Président Tsiranana, dont le mien n'est pas distinct. Car ce qui, dans la réalité donne vie à notre œuvre, c'est l'immense addition de volontés humaines et l'épawement précis de mwtiples efforts personnels qu'elle suscite. C'est pourquoi vous avez vowu l'union fraternelle des pays d'expression française, fondée non pas sur la 14

simple similitude du langage mais sur le libre et efficace vouloir que seule peut inspirer l'entente de l'esprit. De cette fraternité consciente témoigneront toujours sur notre sol ces précieux messagers: l'Université et la Recherche Scientifique que vous avez édifiées dans notre lie comme aux rives de cette jeune nation maintenant jumelle: le Mali, et qui assureront avec le rayonnement de l'humanisme français, votre marque indélébile sur l'âme malgache. C'est à ne pas laisser s'estomper la reconnaissance qui est due que j'engage aujourd'hui ma personne. Mieux que quiconque, vous savez, Monsieur le Président de la Communauté, combien la pensée même de l'action et que le « Fil de l'épée»lui-même n'est efficace que par la connaissance. Puisqu'aujourd'hui ce sont des relations personnelles qui s'instaurent, c'est au philosophe et à l'écrivain aussi bien qu'au chef de l'Etat que j'adresserai avec les remerciements de mon pays les miens propres. Cette grandeur du rayonnement culturel de la pensée française qui, pour vous, fut profonde joie quotidienne s'est révélée miracle pour nombre de mes compatriotes et pour moi-même et nous ne pourrons jamais ni l'oublier ni oublier ceux à qui nous la devons parce qu'elle nous a façonnés et que pour certains d'entre nous, dont je suis, elle est notre vie même. Ainsi s'édifiera la grandeur des nations d'expression française, vocable qui traduit la commune unité d'inspiration et auquel j'entends garder vigueur. Ainsi pourrons-nous en toute sincérité et en toute efficacité prononcer les paroles bienfaisantes des souhaits ancestraux 15

malgaches. C'est à les rejoindre que visent ces quelques mots connne ceux que j'ai l'honneur de vous exprimer par écrit voici quelques mois. Et la vie de mille ans qu'appelleraient ces souhaits n'est pas inaccessible car la vie dans le cœur et dans la mémoire des honnnes droits dépasse toute autre vie... Et nous devons, et nous pouvons la souhaiter à la France et à Madagascar, nations souveraines et sœurs, à leur fraternité et à leur union, à celle de toute la Connnunauté des pays d'expression

française groupés par l'esprit et le cœur
aujourd'hui symbolise! dans ma pensée autour

et présents

de celui qui les

Paris) 30 Juin 1960

16

DISCOURS AU PRESIDENT

D'ADIEU G. POMPIDOU

Monsieur le Président, Nos chemins se sont croisés bien souvent. Et il m'est difficile aujourd'hui de discerner entre l'honneur de parler au Chef de la N arion, et l'émotion suscitée par tant de souvenirs attachés à l'homme d'Etat, avec qui je ressens si profondément une communauté d'idéal. En effet, en venant vous remercier, Monsieur le Président, de votre compréhension de notre pays, ainsi que de la courtoisie de vos égards pour ses représentants, je ne puis m'empêcher d'évoquer des dates historiques jalonnant les années calmes ou les heures houleuses de ces treize dernières années. Cette voie de la Coopération, vous l'avez, nous l'avons fondée sur un idéal de fraternité. Vous définissez l'aide par une notion de justice et nous maintenions entre deux personnalités nationales une symbiose volontairement acceptée. En tant que Premier Ministre, vous avez été l'animateur de cette généreuse conception, et c'est pourquoi, lorsque vous avez été élu à la Présidence, j'ai été si heureux d'être le messager de mon Pays, pour vous en dire notre joie. 17

V ous avez été attentif à toutes les diffictÙtés africaines, et l'tm des privilèges de mon rôle de Doyen des Ambassadeurs francophones aura été le pouvoir de cette amitié et son exercice, particulièrement l'année dernière. La Grande lie, elle aussi, a connu des heures harassantes, inhérentes à de longues marches difficiles et, aujourd'hui, les relations entre nos pays s'établissent selon tm nouveau mode qui, je le souhaite, sera animé, de part et d'autre par la compréhension et la bonne volonté réciproques. Des liens se défont, d'autres se tissent. A la coopération, dont, avec les années, les conditions d'application ont dû se modifier, peut et doit succéder tme «amitié priférentielle» qui puisse inspirer et régir tous les , . . rapports qu auront nos orgarusmes ou nos natIonaux. Car toute alliance, toute loi ou toute mesure administrative correspond à une éthique et n'en est fmalement que le reflet. C'est en y pensant qu'il m'est particulièrement précieux de clore ma carrière diplomatique en m'adressant à votre «personnalité». Vous n'avez jamais été, Monsieur le Président, l'homme du hasard, mais celui de la réflexion. V ous cherchez le but lointain avant de poser l'action proche ou la règle de cette action. Et je sais que dans votre conception du Bien à accomplir ou à préserver s'inscrit, à côté du désir d'tme paix et d'une amélioration universelles, celui de la fidélité aux amitiés. L'une des œuvres auxquelles vous attacherez votre nom pour l'histoire future, Monsieur le Président, c'est la 18

transmutation du colonialisme en fraternité des nations. C'est une œuvre à laquelle je crois beaucoup car les pays sont comme les hommes et ne se développent que dans la sympathie réciproque, - et la paix politique ne vient que de la paix de chaque cœur humain. Je sais que vous n'épargnerez aucun de vos efforts pour que cette œuvre chaque jour se poursuive et s'accomplisse mieux. Soyez assuré, Monsieur le Président, que, quittant mes fonctions officielles, je resterai attaché, en tant que Malgache, à cette France dont je ne puis oublier ni l'espoir généreux de ses vues politiques, ni la diplomatie courtoise, ni l'université si fascinante et originale, ni tant d'autres biens. Et je continuerai selon mes moyens privés, à soutenir cet idéal qui nous est commun et qui est le bien de ces deux nations qui nous sont chères, en travaillant à la préservation de leur amitié.
1973

19

SE. à

M. un

Albert Grand sous

Rakoto Dîner le Général

Ratsimamanga au Palais de Gaulle de

(à l'Elysée

droite)

20

Anecdote

COMMENT

J'AI PRESENTE

MES LETTRES DE CREANCE

AU GENERAL DE GAULLE

De Gaulle était la simplicité même. Quand il était dans l'intimité, il était très amical. Mais quand il s'agissait des affaires officielles, c'était Louis XIV 1 Devant lui, il fallait se présenter en tenue stricte avec toutes les décorations. il a envoyé le Chef du Protocole de l'Elysée pour me dire comment il fallait s'habiller. il se trouvait que c'était l'Ambassadeur de France en Pologne que j'avais connu lors d'tm voyage à Varsovie. Je me trouvais en quelque sorte en terrain conquis. J'avais préparé mon discours, il m' a donné des conseils. Dieu merci! Tsiranana me laissa faire. Je l'avais prévenu.
A.R.R.: - Mr. Le Président) je dois présenter mes Lettres de créance au

Président de la République Franfaise. Le Ministre des Affaires
Etrangères pourrait) peut-être) préparer

le texte?

Tsiranana:

- Faites comme vous voulez. Moi) j'ai préparé la lettre de

votre nomination.

J' ai donc présenté mes Lettres de créance au Général de Gaulle. La cérémonie fut parfaite. Voilà le début de la première Ambassade à Paris. J'avais l'impression, au bout d'un certain temps, qu'il y avait beaucoup de réceptions. Les dîners à !'Elysée, les invitations diplomatiques. L'Hôtel 21

Lutétia, nos

bomevard réceptions.

Raspail

à

Paris

était

le

lieu

privilégié

de

* * *

Dans Remise De
S.E. M. A.

les

Salons d)une gauche

di

l'Ambassadi à S.E. M.

di M.

Madagascar A. R.

à Paris

décoration à droite

Ratsimamanga Tsiranana)

le Présidint

R.

Ratsimamanga)

le Général

et Mme

Ramanantsoa

22

L'ORGANISATION DE L'AMBASSADE

Comme cela a pu être révélé, aussitôt que la proposition me fut faite d'être le Haut Représentant de la République de Madagascar à Paris, j'avais sollicité l'avis de Raymond William Rabemananjara, mon inséparable compagnon de lutte. A l'issue du déjeuner dans notre vieux

restaurant chinois de la roe Royer Collard, nous eûmes une
longue conversation dans les Jardins du Luxembourg.

Je n'avais pas à le convaincre, il était d'avance convaincu de la nécessité d'occuper ce poste qu'il disait de travail et d'observation. Notre confiance était réciproque. Avec lui, j'étais toujours assuré de trouver la solution adaptée aux circonstances. TI était, à la fois, réfléchi et audacieux. A sa manière il était bien le disciple de Machiavel.
J'avais donc accepté avec enthousiasme la mission qui m'était offerte dans le but de servir Madagascar. J'avais fonnwé tIDe sewe condition: pouvoir continuer mes travaux scientifiques. En même temps Ambassadeur à l'UNESCO, je pouvais m'occuper de la Cwrure. Ma tâche était singulièrement facilitée par l'expérience acquise auprès des Institutions annexes de l'Organisation des Nations

23