Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Quand les hommes en armes s'imposent aux politiques

De
210 pages
À partir de 1975, les hommes en armes s'imposent aux politiques sur la scène tchadienne, plongeant le peuple dans le désarroi. Les militaires tout comme les rebelles issus du Frolinat sont à l'origine d'un chaos qui va durer des décennies, mettant à mal l'unité nationale. Cette situation génère dans le pays des guerres civiles, l'ingérence des puissances étrangères et une instabilité politique chronique sur lesquelles des conférences nationales et internationales n'auront que très peu de prise.
Voir plus Voir moins
P    
Bichara Idriss H
Quand les hommes en armes s’imposent aux politiques TCHAD(19751982)
POURMIEUXCONNAÎTRE LETCHAD C O L L E C T I O N D I R I G É E P A R M A R I E - J O S É T U B I A N A
Le but de notre collection est de contribuer à l’édification du Tchad moderne en permettant aux Tchadiens de mieux connaître leur pays dans toute sa diversité et sa richesse. Nous avons publié des travaux inédits, des documents d’archives, des traductions françaises d’ouvrages étrangers et réimprimé des textes devenus introuvables.
2000
2001
2002
2003
2004 2005
2006
2007
2008
2010
2011
2013 2014
2015
2016
2006 2016
D E R N I E R S O U V R A G E S P A R U S Baba Moustapha.Le souffle de l’harmattan.(PRIXALBERTBERNARD DE L’ACADÉMIE DESSCIENCES D’OUTRE-MER) Gérard Serre.Une nomadisation d’hivernage dans l’Ouadi Rimé (Tchad 1956). Géraud Magrin.Le sud du Tchad en mutation : des champs de coton aux sirènes de l’or noir.(PRIXALBERT BERNARD DE L’ACADÉMIE DESSCIENCES D’OUTRE-MER) Victor-Emmanuel Largeau.À la naissance du Tchad 1903-1913(Documents présentés par Louis Caron). Claude Durand.Les anciennes coutumes pénales du Tchad. Les grandes enquêtes de 1937 et 1938. Joël Rim-Assbé Oulatar.Tchad. Le poison et l’antidote.Essai. Le Tchad au temps de Largeau 1900-1915(photographies, dessins). Al-Hadj Garondé Djarma.Témoignage d’un militant du Frolinat. Bichara Idriss Haggar.Tchad. Témoignage et combat politique d’un exilé. Marie-José Tubiana.Parcours de femmes. Les nouvelles élites : entretiens. Les contes oubliés des Hadjeray du Tchadrecueillis et édités par Peter Fuchs, traduits de l’allemand par Hille Fuchs. Alain Vivien.N’djaména naguère Fort-Lamy, histoire d’une capitale africaine. Zakaria Fadoul Khidir.Le chef, le forgeron et le faki. Lidwien Kapteijns.Mahdisme et tradition au Dar For. Histoire des Massalit 1870-1930,traduit de l’an-glais par Geneviève d’Avout et Joseph Tubiana. Mahmat Hassan Abakar.Chronique d’un enquête criminelle nationale. Oumar Djimadoum.Un vétérinaire tchadien au Congo. Contes Toubou du Sahararecueillis au Niger et au Tchad par Jérôme Tubiana. Antoine Bangui-Rombaye.Taporndal. Petites chroniques du pays gor et d’ailleurs. Bichara Idriss Haggar.François Tombalbaye 1960-1975. Déja, le Tchad était mal parti. Arnaud Dingammadji.Ngarta Tombalbaye. Parcours et rôle dans la vie politique du Tchad (1959-1975). Hommes sans voix.Forgerons du nord-est du Tchad et de l’est du Niger.Textes réunis par Marie-José Tubiana. Louis Caron.Au Sahara tchadien. L’administration militaire au moment de l’Indépendance. Borkou -Ennedi - Tibesti 1955-1963. Jean Laoukolé.Les rebelles selon Monsieur le préfet. François Besnier.Moussoro. Cent ans déjà. Jean Laoukolé.La démocratie humiliée. Le référendum de la République de Bekoï dans le canton Hillé Chingnaka. Hissein Idriss Haggar.Des Grottes du Darfour à l’exil. Chronique d’une lutte inachevée. Ahmad Allam-Mi.Autour du Tchad en guerre : tractations politiques et diplomatiques 1975-1990. Bichara Idriss Haggar.Les partis politiques et les mouvements armés de 1990 à 2012. Jean Laoukolé.Histoires extraordinaires du commandant Béchir. Jean-Pierre Ningaïna Taraïna.Pardon et réconciliation. Ouvrir un avenir politique en Afrique. Jean-Baptiste Laokolé.Terre des lézards.
E N C O L L A B O R AT I O N AV E C L’ A R E S A E
Marie-José Tubiana.Carnets de route au Dar For 1965-1970. Marie-José Tubiana.Une émigration non choisie. Histoires de demandeurs d’asile du Darfour (Soudan).
Quand les hommes en armes s’imposent aux politiques TCHAD (1975-1982)
Du même auteur Tchad : Témoignage et combat politique d’un exilé,L’Harmattan, 2003. François Tombalbaye 1960-1975. Déjà, le Tchad était mal parti !L’Harmattan, 2007. Les partis politiques et les mouvements armés de 1990 à 2012, L’Harmattan, 2014.
REMERCIEMENTS
Je remercie sincèrement tous ceux qui m’ont de près ou de loin soutenu et encouragé à écrire ce livre, en particulier Marie-José Tubiana et le Doyen Antoine Bangui, ainsi qu’Annette Carayon pour sa relecture attentive. Mes remerciements vont également au général Mamari Djimé N’gakinar, au général Gouara Lassou, à M. Mahamat Djarma Khatre Aboulanwar, ancien maire de Fort-Lamy et à de nombreux Tchadiens qui, sous anonymat, ont accepté, malgré leur charge de travail et les risques encourus, de répondre à mes questions au cours de différentes interviews, à tous ceux enfin qui m’ont aidé dans la recherche de l’information et m’ont fourni les renseignements et documents demandés. Merci enfin à ma chère épouse Nouracham Hissein Haggar qui a toujours été à mes côtés, y compris dans les moments difficiles.
L’auteur de ce livre s’est exprimé ici librement et revendique la responsabilité de son texte.
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École polytechnique - 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-12283-0 EAN : 9782343122830
CONCEPTION GRAPHIQUE & MISE EN PAGE – ANNE LEBOSSÉ
POURMIEUXCONNAÎTRE LETCHAD
BICHARA IDRISS HAGGAR
Quand les hommes en armes s’imposent aux politiques TCHAD (1975-1982)
LIBYE
LA RÉPUBLIQUE DU TCHAD
INTRODUCTION
1971. La politique de réconciliation nationale lancée cette année-là par le président N’Garta Tombalbaye n’a pas donné les résultats escomptés. Même si elle allait dans le bon sens, cette ouverture en direction de l’opposition armée était trop limitée, insuffisamment politique, pour être acceptée par la plus grande partie des insurgés ; d’autant que le président Tombalbaye concevait la réconciliation comme un pardon que le père de la nation accorde aux égarés. 1972.Les troupes françaises commencent à se désengager des zones 1 d’opérations sans toutefois anéantir complètement l’opposition armée . Elle va au contraire se ressaisir rapidement et reprendre l’initiative des 2 hostilités avec l’opération « Askanit » dont les objectifs sont de frapper le cœur vital de la capitale en détruisant quelques points stratégiques. D’autres attentats sont également prévus dans certains lieux publics tels que les salles 3 de cinéma ou les marchés . L’opération « Askanit » du 5 juin 1972 sonne le glas de la politique de réconciliation nationale. Selon Mahamat Djarma, l’ancien maire de Fort-Lamy, « c’était une opération décidée par le groupe de Mahamat Abba Seïd du Frolinat à partir du Nigeria. Ceux qui étaient en charge de sa réalisation devaient prendre contact avec les cellules 4 dormantes de la capitale pour plastiquer des sites importants » . En dépit
1. Voir le regain de l’opposition armée et non armée dans le livre :François Tombalbaye 1965-1975, du même auteur, p. 314. 2. Plante rampante du Sahel dont les épines accrochent dangereusement. Nom donné à une opération commanditée par le Frolinat destinée à frapper au cœur même de la capitale. Trahie par un des leurs et repérée par la gendarmerie nationale et les services de renseignements du commandant Gourvenec, elle fut interceptée à Milézi (aux abords de Fort-Lamy), le 5 juin 1972. D’après le président Goukouni Weddeye, les cerveaux de cette opération étaient Mahamat Abba Seïd, Adoum Togoï et Jean-Claude Gentil, (voir son interview dansArchives d’Afriqued’Alain Foka, RFI 2008). 3. Le colonel Djogo Negué chef du cabinet militaire à la présidence, meeting à l’hippodrome le 27 juin 1972, à Fort-Lamy. 4. Interview de M. Mahamat Djarma, février 2016, au Caire. Selon l’ancien maire « parmi les militants arrêtés à cette occasion figuraient des cadres supérieurs comme Hissein Guiagoussou, les frères Aziz, Naïm et Philippe Sabit, Oudaa Ramadane et autres. Ils devaient être une dizaine » Il faut ajouter à cette liste les noms d’Ahmat Issa, Issa Talaf (un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères), André Mougnan, Mahamat Térap, Ali Idrissa, Ali Djalal, Tahir Tunis, Mallah Pleven et bien d’autres ; beaucoup périront dans les geôles de Tombalbaye.
8
QUAND LES HOMMES EN ARMES SIMPOSENT AUX POLITIQUES
de son échec, l’impact de cette opération est considérable sur le plan psychologique, d’autant plus que les complicités découvertes à Fort-Lamy mettent en cause certaines personnalités membres du Bureau politique national du PPT/RDA. Tombalbaye pique une colère épouvantable, réalisant que tous les efforts qu’il a menés jusque-là pour ramener la paix se révèlent sans effets, que son ouverture en direction de la vieille classe politique du Nord ne lui apporte aucun bénéfice et que, ce faisant, il s’est aliéné une partie de la classe politique du Sud. Son exaspération et son amertume sont d’autant plus grandes qu’en 1972 il avait cru sincèrement en la réussite de sa nouvelle politique. Cet échec le plonge dans un profond désarroi qui l’amène à mettre un terme brutal à sa politique de réconciliation nationale, sans même tenter de comprendre les raisons de cet échec ni prendre en compte la situation dégradée du pays. Il procède alors à d’innombrables arrestations, aussi bien dans la capitale qu’à l’intérieur du territoire et, pour légitimer le durcissement du régime et la répression qui s’abat sur le pays sous prétexte de punir ou prévenir des complots, il déclare avec lyrisme : « Personnellement, je n’ai jamais cessé de me tenir sur la dernière marche de l’autel de la réconciliation, les deux bras ouverts pour offrir le pardon aux traîtres, aux renégats et aux apostats. Malheureusement, comme l’albatros de Baudelaire, ceux que vous lâchez aujourd’hui se laissent prendre demain la main dans le sac, parce que le néo-colonialisme est toujours là pour 1 exposer au flux et reflux de la mer agitée la barque de notre Nation » .
Puisqu’il refuse de se remettre en cause, il lui faut trouver des responsables. Le premier d’entre eux n’est autre que le néo-colonialisme qu’il dénonce violemment, alors que sans lui il ne serait certainement pas arrivé au pouvoir… La faillite du régime ne fait que s’amplifier et le mécontentement gagne tous les niveaux de la société, s’étendant même jusqu’aux bastions traditionnels du régime. Dans l’administration et les zones méridionales du pays, les cadres et les jeunes sont en effet de plus en plus confrontés à l’autoritarisme grandissant du président. De cela il a parfaitement conscience puisqu’il déclare en octobre 1972 : « Mes 2 opposants les plus acharnés à l’heure actuelle sont au Sud » . Mais, sur tout le territoire, le climat politique ne fait que se dégrader et l’insécurité s’accroît dans le centre-est et le nord du pays. La mission pour
1. Rapport moral de François Tombalbaye au congrès du P.P.T./R.D.A. le 27 août 1973, p. 43. 2. B.A.N. n° 708 du 18 octobre 1972.
INTRODUCTION
9
la réforme administrative (MRA) ne s’occupe guère des campagnes laissées aux mains des rebelles. Avec la reprise des activités militaires du Frolinat, le pouvoir de Tombalbaye perd peu à peu le contrôle du centre-est du territoire que l’intervention militaire française avait re-stabilisé. L’insécurité « règne toujours au Guéra, au Salamat, au Batha et au Ouaddaï où la 1 circulation n’est possible que sous l’escorte des forces armées » . Selon les observateurs de l’époque, le gouvernement de Tombalbaye se « résigna à ne tenir que les principaux centres du Nord en abandonnant la 2 brousse qui reprit son vieil équilibre ».
Tout semble donc indiquer que le président Tombalbaye, en contradiction avec ses tentatives maladroites et insensées de reprendre le contrôle du pays, se résigne pourtant à en lâcher les zones troublées. Ainsi, tout en mettant au rebut la politique de réconciliation nationale, adopte-t-il une nouvelle stratégie destinée à renforcer son pouvoir. Il décide la dissolution du parti unique, le PPT/RDA, et le remplace par le mouvement national pour la révolution culturelle et sociale (MNRCS) appelé, selon lui, à devenir le fer de lance de la révolution culturelle, en réalité un retour aux sources ou, plus précisément, un recul dans le temps. Par ce biais, il revalorise la chefferie traditionnelle et remet à l’honneur la pratique de l’initiation sara, leYondo.
Imposé à tous les natifs des régions méridionales, leYondo, qui dans la culture sara ne concerne que les jeunes qui, par là, accèdent à l’état d’adulte, devient un instrument de répression et d’élimination. C’était, selon D. G. Lavroff, « l’occasion de mesures répressives contre tous ceux, chrétiens et musulmans, qui n’acceptaient pas de se soumettre à des pratiques dont le véritable objet était de créer une confrérie au service du 3 pouvoir du président Tombalbaye » . Loin de calmer les tensions existantes, ce changement politique qui se veut une révolution culturelle contribue à durcir l’opposition et à l’étendre aux populations christianisées ou animistes qui sont obligées de renier leur foi au nom d’une tradition manifestement détournée de son rôle éducatif. Quant au président, il sombre dans une folie mystique entretenue par ses conseillers haïtiens.
1.Jeune Afrique, n° du 11 mai 1974, p. 25. er 2.Marchés Tropicauxnovembre 1974.du 1 3. D. G. Lavroff,Les systèmes constitutionnels en Afrique Noire. Les États francophones,p. 377.