//img.uscri.be/pth/fb6f66418a09cc9cb9102ce06059726da5387834
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 13,50 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Représentations du Brésil lors des expositions universelles

De
192 pages
Cette étude pose la question des images de l'altérité, dans le contexte de la représentation du Brésil aux pavillons nationaux des expositions universelles depuis 1867, et plus généralement du rôle dévolu au lointain dans une civilisation qui devient industrielle, coloniale, de masse et de consommation.
Voir plus Voir moins

Les représentations du Brésil lors des Expositions universelles

@ L'Harmattan, 2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan I @wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-09828-2 EAN : 9782296098282

David Cizeron

Les représentations du Brésil lors des Expositions universelles

Préface de Taline Ter Minassian

L'Harmattan

Collection « Inter-National»
dirigée par Denis Rolland avec Joëlle Chassin. Françoise Dekowski et Marc Le Dorh.

Cette collection a pour vocation de présenter les études les plus récentes sur les institutions, les politiques publiques et les forces politiques et culturelles à l'œuvre aujourd'hui. Au croisement des disciplines juridiques, des sciences politiques, des relations internationales, de l'histoire et de l'anthropologie, elle se propose, dans une perspective pluridisciplinaire, d'éclairer les enjeux de la scène mondiale et européenne.
Série générale (dernières parutions) : A Bergeret-Cassagne, Pour une Europe fédérale des collectivités locales. D. Rossignol, Air France. Mutation économique et évolution statutaire. D. Rolland & D. Aarào Reis Filho (dir.), Modernités alternatives. L 'historien face aux discours et représentations de la modernité. A. Bachoud, J. Cuesta, M. Trebitsch (dir.), Les intellectuels et l'Europe de 1945 à nos jours. G. Quagliariello, Gaullisme. Une classification impossible. J. Faure et D. Rolland (dir.), 1968 hors de France. A. Purière, Assistance et contrepartie. Actualité d'un débat ancien. R. Guillot, La chute de Jacques Cœur. Une affaire d'État au XV siècle. G. Brégain, Syriens et Libanais d'Amérique du Sud (1918-1945). F. Bock, G. Bührer- Thierry, S. Alexandre (textes réunis et établis par), L'échec, objet d'histoire. C. Collin Delavaud, Les J001 routes de la Soie. A. Bergeret-Cassagne, Les bases américaines en France: impacts matériels et culturels, 1950-1967. C. Birebent, Militants de la paix et de la SDN. Les mouvements de soutien

à la Société des nations en France et au Royaume-Uni, 1918 - 1925. C. Delbard, Le Père Castor en poche (1980 - 1990), ou comment innover
sans trahir? P.-O. Pilard, Jorge Ricardo Masetti. Un révolutionnaire guévarien et guévariste de 1958 à 1964. É. Gavalda, L. Rouvin, La Chine face à la mondialisation. M. Cottias, A. Stella et B. Vincent (dir.), Esclavage et dépendances serviles: histoire comparée. D. Rolland, D. Georgakakis, Y. Déloye (dir.), Les Républiques en propagande. F. Le Moal, La France et l'Italie dans les Balkans. C. Bernand et A. Stella (coord.), D'esclaves à soldats. Miliciens et soldats d'origine servile. XIIf - xxf siècles.

Remerciements

à Taline Ter Minassian

TERRES Un cargo pointe vers Pernambuco Dans la lorgnette du barman c'est un vapeur anglais tout recouvert de toiles [blanches A l 'œil nu il paraît enfoncé dans l'eau et cassé par le milieu comme la série des cargos américains construits durant la guerre On discute ferme à ce sujet quandj 'aperçois la côte C'est une terre arrondie entourée de vapeurs chromées et surmontée de trois panaches de nacre Deux heures plus tard nous voyons des montagnes triangulaires bleues et noires

Blaise Cendrars, Feuilles de Route

Préface

Pourquoi le Brésil? La question n'est pas nouvelle, elle est pourtant singulièrement ténue à la lecture du présent ouvrage, fruit du travail d'un tout jeune historien formé à l'Université Jean Monnet de Saint-Etienne qui nous livre ici son premier livre. Issu d'un mémoire de Master l soutenu en juin 2007, l'ouvrage de David Cizeron est porté par un projet de recherche ambitieux centré sur «les espaces du possible », c'est-à-dire l'imaginaire et les représentations des fronts pionniers envisagés dans la longue durée. Comment ces représentations ont-elles façonné les sociétés européennes qui les produisent? Comment, en retour, une nation nouvelle du Nouveau Monde part à la recherche de son territoire et de ses frontières, tente de composer son paysage national? Pour mener à bien un tel projet, David Cizeron fixe son regard sur le Brésil, pays-continent né de l'expansion coloniale et soumis à une économie cyclique qui a constamment repoussé ses fronts pionniers. Le regard porté sur le Brésil n'est pas direct. Il passe par le prisme des représentations et choisit comme poste d'observation les Expositions Universelles, vaste entreprise d'inventaire du monde et de propagande, réunies par intervalles de 1867 à 1937. Notre jeune historien emboîte ici le pas d'une

9

historiographie certes fort abondante! mais, sans négliger tout à fait les aspects de l'histoire politique ou de l'histoire des relations internationales, il s'attaque plutôt aux strnctures qui ont déterminé au fil du temps la contribution brésilienne aux Expositions Universelles. «Tropique des libéraux» selon l'heureuse formule de David Cizeron, le Brésil, terre d'immigration est tout autant le terrain d'exercice d'une certaine prophylaxie sociale qu'une vision de l'avenir projetée dans l'espace. Cet aspect est si bien mis en évidence dans l'ouvrage qu'on s'apprête à lire qu'on en vient à se demander si le positivisme projeté dans l'espace brésilien au XIXe siècle et la vision de l'avenir qui en découle, ne préfigure pas d'une certaine manière «l'avenir radieux» des Soviets en Russie, utopie du XXe siècle projetée elle aussi dans un espace continental, vierge, également riche en ressources naturelles. La mythologie du front pionnier, à laquelle David Cizeron accorde tant d'importance, est donc ici abordée d'une manière tout à fait nouvelle et stimulante. Nouveau méridien de l'universalité qui répond comme en écho à l'universalisme autoproclamé des Expositions Universelles, le Brésil est producteur de «représentations»: jungles végétales, métissages raciaux et culturels, décor d'opéra ou d'opérette d'un pompeux exotisme, le Brésil s'invente comme une autre terre promise, celle du cosmopolitisme qui répond comme écho à l'Amérique de l'autre hémisphère celle de New York et de Chicago qui commence à se hérisser de gratte-ciels. Procédant à la déconstruction de l'altérité brésilienne et aux représentations convenues de l'exotisme, l'étude menée par David Cizeron s'inscrit dans des débats très actuels si l'on songe par exemple aux débats suscités par l'ouverture du Musée du Quai Branly à Paris. Riche d'une iconographie abondante, il procède à une sorte d'archéologie raisonnée des représentations du Brésil, analyse les produits - le
Cf. par exemple, Pascal ORY, Les expositions Universelles de Paris, Paris, Ramsay, 1982, 1889, L'Exposition Universelle, Bruxelles, Complexe, 1989, Madeleine REBERIOUX (dir.), Mise en scène et vulgarisation: l'Exposition Universelle de 1889, Le Mouvement Social, octobre-décembre 1989.
1

10

café en premier lieu, le caoutchouc, les bois

-

et les objets

exposés tout autant que l'architecture des pavillons du Brésil dont l'évolution spectaculaire de 1889 à 1937 résume le chemin parcouru en quelques décennies. D'un petit palais en style pseudo-baroque ibérique aux fomes épurées, évidemment inspirées par les régimes totalitaires européens, de l' Estado Nova, l'architecture éphémère des pavillons du Brésil constitue une source passionnante dans l'ordre des représentations. Il est rare qu'une première recherche par sa qualité d'écriture, sa perspicacité et sa finesse, soit aussi convaincante. C'est pourquoi il faut souhaiter à David Cizeron que cette première publication qui marque sa naissance en tant qu'historien, soit suivie par beaucoup d'autres.

Taline TER MINASSIAN Maître de conférences en histoire contemporaine
Université Jean Monnet (Saint-Etienne)

11

Introduction Le port

Paris ville-lumière. La Rue des Nations, une grande artère, palpitante de vie qui réconcilie les antipodes, touffue de pavillons fantaisistes, à deux pas des boulevards rectilignes et rationnels. La ville est le centre du monde; l'ailleurs se réinvente dans Paris. Le travail qui doit commencer ici est le fruit de différents projets, tous ont été abandonnés, soit trop contraignants pour être menés sur une année, soit pas assez scientifiques... Il n'en reste pas moins qu'ils auront laissé des traces et l'on peut considérer ce qui suit comme une résistance ténue des premières intentions mais recadrées sur l'étude d'un moment et d'un espace plus précis. Des thèmes, la problématique et même le sujet reprennent un certain nombre d'aspects de l'ébauche entreprise au printemps dernierl, envisagée de longue date, à propos de l'espace pionnier comme vecteur d'imaginaire. Si le projet fut irréalisable, il explique néanmoins les choix faits pour cet ouvrage et les idées qui le sous-tendent. Ce n'est pas pour débuter de manière ennuyeuse que ce préambule à sa place ici, mais simplement pour tenter de répondre à une question récurrente. Le Brésil, pourquoi? Le Brésil, quelle idée? Dans le premier sujet, le Brésil devait être une simple étude de cas, il est devenu le centre de ce travail. Il avait été choisi pour l'abondance des auteurs et intellectuels européens
1

Voir reproduction

en annexe

13

qui l'avaient bien plus que découvert, rêvé et réinventé. Régulièrement, des deux côtés de l'Atlantique, l'image de cet immense pays-continent-île entre l'océan bleu et l'autre vert de l'Amazonie est devenue synonyme de promesse. Comme les Etats-Unis, le Brésil, pays du Nouveau Monde s'est cru porteur d'un messianisme, d'une nouvelle humanité, d'une nouvelle civilisation capable de réconcilier les extrêmes, le mangeur d'homme et le bâtisseur de ville, la nature et la culture, le Paradis luxuriant des délices et des richesses à l'Enfer des fièvres, des bêtes, de la violence et des solitudes. Né des rêves coloniaux, transformé par l'indépendance et la construction d'un empire centralisé, moderne, d'une économie surprenante, ce messianisme a trouvé, dans un mouvement de balancier, un écho fort en Europe où le Brésil est devenu l'éternelle «terre d'avenir» et le support de nombre de nos rêves d'aventure. Tout un legs d'images est passé d'une rive à l'autre. Mais alors que les techniques modernes facilitent ce transfert, alors que le pays se transforme et prend des allures du vieux continent, ces images divergent en significations, relues dans leur « climat» respectif. Le Brésilien sort du champ européen des représentations. 11 faut entendre par-là que le Brésil « s'invente» et part à la conquête de sa «brasilianité »]. Prenons l'exemple simple du sauvage amazonien. Alors que l'Europe y voit un Autre capable de satisfaire ses besoins d'exotisme, en Amérique, se développe un mouvement indianiste, qui relie le Brésilien à ses origines. Une nation se forme ainsi, se cherchant une identite et des frontières. Le Brésil du XIXe et du début XXe est un ensemble complexe, mouvant. Les quelques lignes qui suivent ne donnent pas un aperçu complet de l'histoire du pays pour cette période. Néanmoins, il paraît important de dégager quatre grandes articulations qui nous serviront d'outils et de cadres de réflexion.
1

Le terme est de Guy Martinière. Le Brésil et l'Europe Atlantique, XVlo-XVlllo:

l'invention contemporaine de la brasilianité. 2 Dès 1836, L'Institut d'Histoire et de Géographie lance un concours « Comment écrire l'histoire du Brésil? ii. Il est remporté par un Allemand, Karl von Martius, qui établit une des premières mythologies nationales.

14

- colonisation. On peut dire que le XIXe siècle perpétue un système productif de type « colonial» dont les caractéristiques seraient la grande propriété latifundiaire, la monoculture et l'esclavage. Dans sa préface de Maîtres et esclaves, Gilberto Freyre montre bien comment ces traits sont passés du nord au sud, du sucre au café et persistene. Cette continuité est en partie due aux conditions de l'indépendance, indépendance qui tient davantage d'une évolution graduelle que d'une rupture brutale capable d'ébranler et de remettre en cause tout un système. Par ailleurs, le Brésil, toujours tourné vers l'Europe, de colonisé devient le colonisateur de son propre territoire. Pour Pierre Monbeig, c'est un même mouvement qui pousse les Européens vers l'Outremer et les Brésiliens vers le front ou la frange pionnière, le deuxième terme traduisant peut-être de façon plus juste les localisations incertaines et l'absence de véritable stratégie2.
- esclavage. La principale cause de tension à l'intérieur de la société comme dans les relations internationales. On ne peut comprendre cette période que comme un passage, en trois étapes majeures, d'une maind'œuvre servile à une autre salariée. La loi de 1850 qui met fin au trafic négrier inaugure cette lente transition de presque cinquante ans. Elle provoque de vastes mouvements de population du Nord au Sud et l'arrivée des premiers émigrés, esclaves et employés, au sort semblable. 1871 marque une date charnière. L'Etat organise la première véritable société d'immigration; l'afflux, en particulier d'Italiens, s'amplifie. La même année est votée la loi dite du « Ventre libre ». Tout enfant d'une esclave naît affranchi. Un pas décisif. Cependant, l'abolition n'est proclamée qu'en 1888, plus de quinze ans après, ce qui laisse assez bien envisager les difficultés et les
I
2

FREYRE (Gilberto), 1952, 550p.

Maîtres

et esclaves

(Casa

grande

e senzala),

Gallimard,

Paris,

Pierre Monbeig, Pionniers et planteurs de Sào Paulo, Armand Colin, Paris, 1952,
p.82 et p.147.

376 p. Il insiste sur « une mise en valeur de la planète par les Blancs»

15

inquiétudes. Si elle marque la fin d'un régime, l'Empire, elle ne représente pas la fin d'une ère; la main-d'œuvre salariée est depuis longtemps majoritaire, la vraie révolution s'était enclenchée plus tôt.

- fazendeiros. C'est le nom du propriétaire d'une exploitation de café, une fazenda. Or, notre période pourrait coïncider avec un « âge des fazendeiros ». En effet, le café, à partir du milieu du XIXe devient la plante hégémonique, une quasi-monoculture. Le groupe des planteurs prend alors sous l'Empire une position essentielle et dominante. Ils sont le moteur politique et économique du pays. La chute de l'Empire ne change rien, la Vieille République est toujours dominée par ces mêmes hommes]. Ils sont la continuité de la période, jusqu'à leur mise à l'écart par Getulio Vargas. - intégration. A la fois territoriale, politique, économique et sociale. Le Brésil au XIXe n'est qu'en partie exploré et encore bien moins exploité. Sillonner l'espace, le maîtriser, construire des villes vont être les leitmotive d'une marche en avant souvent éphémère mais qui met le Brésilien au contact de son pays. Ainsi, le Brésil, d'espaces enclavés devient une unité. Les «îlots isolés» de Monbeig, «plus solidaires des économies étrangères que du reste du Brésil» deviennent un territoire et un Etat grâce à la centralisation de l'Empire, à l'exploration, aux flux internes de la population. Les velléités de sécession sont de plus en plus rares et limitées aux marges. Le fédéralisme facilite la formation de réseaux de dominations locales autour des notabilités nouvellement
I

lacy A]ves de Seixas dans Mémoire et oubli, anarchisme et syndicalisme

révolutionnaire au Brésil, rapporte une lettre d'un ambassadeur français en 19] 1 « Le Brésil est le pays par excellence du paradoxe [..] on semble y avoir résolu avec

bonheur ce problème plus difficile que celui de la quadrature du cercle

-

d'être à la

fois républicain et monarchiste, franc-maçon et catholique. Jadis, l'Empereur Pedro Il se proclama le premier républicain de son Empire dont les monarchistes eux-mêmes jUrent les démolisseurs. Aujourd'hui, les Républicains rendent hommage au souverain qu'ils ont renversé ,- ils veulent rapatrier ses cendres [..] lis ouvrent l'accès des plus hautes fonctions de la République aux hommes de l'Empire, qui déclarent les accepter tout en restantfidèles à leurs convictions monarchistes. De sorte qu'on ne sait pas bien si c'est la République qui absorbe les monarchistes ou si ce sont les monarchistes qui s'installent dans la République. !i

16

installées en ville. Ces « seigneurs féodaux »1 s'appuient sur leur coronel, dans les campagnes, pour maîtriser l'espace. Se forment de vastes réseaux de clientèles qui se heurtent localement en luttes de clans ou de partis. Le Brésil vient prendre place dans l'économie monde, en réseau avec l'Europe et l'Amérique du Nord. 11produit sans repos une agriculture spécialisée pour l'exportation quitte à subir de plein fouet une crise du produit pilote. Pour répondre à cette agriculture de masse, des émigrés affluent et réinventent l'identité brésilienne. En réponse à ces métamorphoses, le monde rural se refuse et résiste au monde moderne. Témoins, la révolte de Quebra-Quilos contre le système métrique ou les émeutes des communautés messianiques comme à Canudos. Mais la révolte est écrasée dans le sang. Le progrès avance, inexorable.

La naissance de la nation brésilienne ne se fait pas contre l'Europe qui reste la référence, jusqu'à l'admiration; ce Vieux Continent, en industrialisation, qui croit au progrès et en la science. 1867-1937, c'est l'optimisme candide du XIXe et son ombre étirée de doute puis de peur. L'optimisme d'un Empire et d'une Belle époque, qui projettent leurs mythes et leurs désirs, corps et âme, dans les fêtes, rétrospectives et célébrations de l'avenir, que sont les Expositions universelles. Leur démarche apparente semble s'accorder au mieux avec la philosophie positiviste qui imprègne l'élite du Brésil. Paris accueille six de ces expositions, en 1855, 1867, 1878, 1889, 1900 et 1937. A peu de temps près, tous les onze ans, sauf après l'apogée de 1900. La régularité de ces jalons est assez heureuse pour étudier ces événements. Afin de la prolonger, il est intéressant d'intercaler l'exposition internationale urbaine de Lyon en 1914, au thème assez large. Une autre exposition, durant les années vingt aurait été la bienvenue, mais aucune n'avait vraiment d'intérêt pour le sujet. Celle de 1925 est limitée aux seuls Arts décoratifs. Quand en 1931, elle est coloniale et ne concerne donc pas le Brésil. On
1

L'expression est d'Ariano Suassuna dans son Romance d'A Pedra do Reina, v.
histoire, regard croisés,

l'article d'Idelette Muzart-Fonseca dos Santos in Littérature! Presses universitaires de la Sorbonne, Paris, 1996.

17

ne peut que le regretter, cette période étant celle d'un bouillonnement intellectuel au Brésil, lié au modernisme. De même, il paraît nécessaire d'écarter l'exposition de 1855. En effet, elle s'inscrit davantage dans une concurrence entre la France et la Grande-Bretagne; elle est universelle mais rassemble principalement des exposants français. De plus, le jeu de correspondance entre les dates des expositions et les événements brésiliens est beaucoup plus satisfaisant en commençant en 1867. Car, si tout à l'heure, nous avons parlé de 1871 comme d'une date charnière, il faudrait étendre cette charnière à la période 1867-18711. En effet, 1867 marque l'inauguration de la première ligne de chemin de fer qui ne soit pas d'apparat (comme celles autour de Pétropolis). Dorénavant, Santos, le grand port de Sào Paulo, est relié à son arrière-pays. Par ces rails, le Brésil se tourne résolument vers une économie agro-exportatrice. Cette évolution semble donner raison à Gilbert Durand pour qui les siècles commencent dans les années soixante et soixante-dix, années de fin et de recommencement de cycles, de basculement idéologique, économique2. La date exutoire est celle de 1937. C'est la dernière Exposition universelle parisienne. L'optimisme a laissé place à une mise en scène des tensions idéologiques. Un monde s'achève. Voici, l'année du coup d'état de Vargas et de la proclamation de l'Estado Novo. Le Brésil devient une dictature militaire, avec de nouveaux appuis et soutiens. La donne sociale et politique s'en trouve changée. Fin de l'âge des fazendeiros.

C'est à l'entrée du Parc qu'on vend des tickets, pour quelques francs. Au moins 11 millions de visiteurs en 1867, 16 millions en 1878,32 en 1889, 50 en 1900 et 31 en 1937. Les Expositions universelles sont un des premiers phénomènes de masse. La population y est toujours favorable, toutes classes confondues. C'est que les organisateurs misent chaque fois davantage, à côté
I C'est aussi l'avis d'Alfredo Basi qui considère « l'année 1868 comme étant la ligne de partage des eaux: d'un côté, la première phase plus stable du Second Empire et de l'autre, la longue crise qui, avec l'abolition et la République, allait atteindre son point culminant vingt ans plus tard i! p.267 in La culture brésilienne, une dialectique de la colonisation, L'Harmattan, Paris, 2000.
2

Gilbert Durand, cité par Michel Cazenave in Histoire et imaginaire, Poïesis, Payot,

Paris, 1986, 147p.

18

des classifications scientifiques, sur les attractions, la Tour Eiffel, la Grande Roue, ou sur l'exotisme d'une «Rue du Caire ». Divertir, instruire, attacher insidieusement au progrès. Mais l'exposition est aussi un voyage, sur place pourtant dans le monde entier. « Les Français ignorent la géographie, la géographie vient à eux »1. Nombre de décors ou d'expôts sont des découvertes, une ouverture sur l'ailleurs pour la plupart des visiteurs, cette première confrontation avec un lointain. Jarry, à la recherche d'un bout de bout du monde pour son Ubu songe à la Pologne, cela laisse envisager la distance imaginée d'un Brésil; au-delà du bout du monde. Au gré des regards et des commentaires se forge l'imaginaire collectif autour d'un pays. Au XIXe siècle, l'Exposition universelle est la matrice des représentations de l'ailleurs. Le XXe siècle y substitue le cinématographe, au contact moins physique mais peut-être plus direct et réaliste. Le pavillon pourtant reste un emblème, jamais négligé. Le pavillon, c'est la vitrine nationale, très importante pour un pays, dans le concert des Nations2. Il peut montrer la richesse, passer un message, sans lasser; Florence Pinot de Villechenon insiste sur le « rôle vernaculaire de l'architecture pavillonnaire »3. Jeu sur et avec l'imaginaire. Ce type d'architecture apparaît dès 1867, en annexe du Palais, à titre expérimental. Le Brésil n'en a pas. Il n'en a pas plus en 1878, car sa participation n'est pas officielle. 11 faut attendre 1889 pour voir le premier pavillon brésilien. Le XXe siècle généralise ces constructions qui concentrent désormais toute l'exposition d'un pays, parfois entourées de jardins ou dotées d'un restaurant ou d'un bistrot aux produits locaux. Ainsi, le langage de l'Exposition, hormis pour quelques initiés, lecteurs des rapports, semble d'abord, pour le commun, celui des signes et des sens. Des représentations différentes se heurtent, se rencontrent, muent... iconiques et mentales.
1

Paul Morand, 1900, cité par Pascal Ory in Les expositions universelles à Paris,
Paris, 1982, p.1l4.

Ramsay,
2

Au XXe surtout, le scientifique s'efface devant ]e politique. Nous verrons que ce
bien avant et qu'il a toujours eu cours lors des que l'idéologie scientiste marque ]e pas devant

phénoméne commence pourtant Expositions. Concevons plutôt l'idéologie politique.
3

F]orence Pinot de Villechenon, Les expositions universelles, Que sais-je?, PUF, Paris, 1992, p.89. 19