Souvenirs du mameluck Ali (1813-1815)

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L'abattement deNapoléon devant les défaites de 1813. Sa tentative d'empoisonnement en avril 1814. Ses entretiens tendus aux Tuileries avec les maréchaux Oudinot et Mortier... Autant de scènes parmi beaucoup d'autres, mêlées à de minutieuses descriptions des lieux que raconte le mameluck Ali, témoin proche et privilégié. Ce mameluck de fonction s'appelait en réalité Louis-Étienne Saint-Denis. Ses "Souvenirs" scrupuleux qu'il mit quinze ans à rédiger dans un style réaliste et direct en font un mémorialiste objectif et inclassable.
Publié le : lundi 1 juin 2015
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EAN13 : 9782336383255
Nombre de pages : 222
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Manuscrits déchifrés, établis, annotés et présentés parSouvenirS
EN BONNE PAr TIE INÉDITS Jacques Jourquin
du mameluck ali
1813-1815 SouvenirS
L’abattement de Napoléon devant les défaites de 1813. Sa tentative de EN BONNE PAr TIE INÉDITS
s’empoisonner en avril 1814. Le portrait sur le vif que dessina de lui le valet
Hubert à l’île d’Elbe. Les sévères remontrances qu’il ft aux autorités civiles et areligieuses à Autun et à Auxerre en mars 1815. Ses entretiens tendus aux Tuileries
avec les maréchaux Oudinot et Mortier. Le chef de guerre à Waterloo et le 1813-1815
souverain déchu à la Malmaison… Autant de scènes parmi beaucoup d’autres,
mêlées à de minutieuses descriptions des lieux que raconte le mameluck Ali,
témoin proche et privilégié.
Il sait comment marche l’Empereur en discutant avec un interlocuteur et
comment on le soigne s’il s’enrhume. En quelques traits afûtés il dresse les
portraits de Madame Mère, de Pauline, de Caulaincourt, du général Drouot et
fait revivre des dizaines de personnages. Domestique à la mémoire exceptionnelle,
il ne s’en laisse jamais accroire et sous la dévotion au maître ne cache pas ses
opinions.
Ce mameluck de fonction s’appelait en réalité Louis-Étienne Saint-Denis né
au sein d’une vieille famille versaillaise. Il avait de la personnalité et une grande
facilité de plume. Ses Souvenirs scrupuleux, que retiré dans sa maison de Sens, il
mit quinze ans à rédiger dans un style réaliste et direct en font un mémorialiste
objectif et inclassable.
Jacques Jourquin, vice-président de l’Institut Napoléon, rédacteur en chef honoraire de la Revue
du Souvenir napoléonien, auteur de nombreux livres et articles sur les personnels de l’Empire,
a déchifré et établi le texte de ce troisième opus des manuscrits du mameluck Ali à partir des
autographes originaux.
INSTITUT NAPOLÉON
13 COLLECTION DE L’INsTITuT NapOLé ONISBN 978-2-917232-37-8
SPM EDITIONs spMPrix : 21 €
exe_ALI2.indd 1 20/05/15 12:55:18
SOUv ENIr S EN BONNE PAr TIE INÉDITS DU MAMELUCk ALI
li mameluck duALI 2 (CIN 13).indd 1 20/05/15 13:04:44ALI 2 (CIN 13).indd 2 20/05/15 13:04:44Collection de l’Institut Napoléon
Fondée et dirigée par Jacques-Olivier Boudon et Eric Ledru
Souvenirs
1813-1815
en bonne partie inédits
du mameluck Ali
ALI 2 (CIN 13).indd 3 20/05/15 13:04:44Manuscrits du mameluck Ali
publiés par Jacques Jourquin
« Le troisième voyage en Espagne. Le séjour à Burgos en 1810 », Revue du
Souvenir Napoléonien, n° 439, février 2002.
Journal inédit du Retour des Cendres. Journal inédit du voyage de Sainte-Hélène
en 1840, avec les lettres d’Ali à sa femme, précédé du récit inédit du Retour
de Sainte-Hélène en 1821. Introduction générale sur le mameluck Ali
et ses manuscrits. Annexes, reproductions et index. Paris, Tallandier,
Bibliothèque Napoléonienne, 2003. (Prix Georges-Mauguin de
l’Académie des Sciences morales et politiques.)
Souvenirs du mameluck Ali (Louis-Etienne Saint-Denis) en grande partie inédits
sur la campagne de Russie en 1812, Paris, Editions SPM, collection de
l’Institut Napoléon, 2012.
Etudes sur le mameluck Ali
« L’étrange mameluck Ali » in Catalogue de l’exposition Au service de
Napoléon à Sainte-Hélène, Marchand et Ali, Musées d’Auxerre et de Sens,
2003.
er« Le mameluck Ali, dix ans auprès de Napoléon », Napoléon I magazine,
n° 41, nov. déc. 2006
« A la recherche du mameluck Ali. Les manuscrits et leur publication »,
Revue de l’Institut Napoléon, n° 208, 2014-I.
Ouvrages du présentateur p. 217.
Illustration de couverture
Napoléon, en compagnie d’un mameluck, entend les doléances
d’un soldat et lui accorde la croix
Sire, on m’a fait trois fois la queue pour la croix !!! (détail)
La valeur trouve tôt ou tard sa récompense
De la fabrique de Deckherr
Imp. de Th-Fréd, Deckherr, à Montbéliard
Collection des Musées de Montbéliard. Photo Pierre Guenat.
ALI 2 (CIN 13).indd 4 20/05/15 13:04:44Manuscrits déchiffrés, établis, annotés et présentés par
Jacques Jourquin
SOUVENIRS
en bonne partie inédits
DU MAMELUCK ALI
(Louis-Etienne Saint-Denis)
1813-1814-16 juillet 1815
Suivi des
COMMENTAIRES INÉDITS D’ALI
aux Mémoires de Fleury de Chaboulon sur l’année 1815
Treizième volume de la collection de l’Institut Napoléon
Editions SPM
Paris – 2015
ALI 2 (CIN 13).indd 5 20/05/15 13:04:44REMERCIEMENTS
Au professeur Jean Tulard pour sa longue amitié et ses encouragements,
A maître André Damien, possesseur du manuscrit des commentaires d’Ali
aux Mémoires de Fleury de Chaboulon, pour sa bienveillante générosité,
Au professeur Jacques-Olivier Boudon qui a bien voulu me renouveler
sa confiance en accueillant cette seconde publication des manuscrits d’Ali,
A Eric Ledru, éditeur érudit et vigilant, indulgent aux changements de
programmation,
A Thierry Lentz, directeur de la Fondation Napoléon, initiateur de la
conférence « A la recherche du mameluck Ali » prononcée dans ses locaux,
et amical compagnon de route,
Au baron de Méneval, à MM. David Chanteranne, Guy Devautour et
Jacques Macé ; à MM. Pierre Branda, Peter Hicks, François Houdecek et
Madame Chantal Prévot de la Fondation Napoléon, qui ont obligeamment
répondu à mes demandes et m’ont aidé par leurs précieuses informations,
A Madame Jeanne Simonet, responsable rigoureuse et imaginative du
redoutable premier déchiffrement des manuscrits,
A Chantal enfin, qui n’a pas ménagé sa peine pour saisir et ressaisir les
versions successives du texte, et me soutenir moralement dans les dédales
de cette étude cent fois reprise.
A tous je suis très reconnaissant. « Ce n’est rien de le dire », comme
l’écrivait Ali.
© : Institut Napoléon et Jacques Jourquin
ISBN : 978-2-917232-37-8
Institut Napoléon
EPHE 45, rue des Écoles 75005 Paris
www.institut-napoleon.org
Editions SPM 16, r
Tél. : 06 86 95 37 06
courriel : Lettrage@free.fr - site : www.editions-spm.fr
DIFFUSION – DISTRIBUTION : L’Harmattan
5-7 rue de l’École-Polytechnique 75005 Paris
Tél. : 01 40 46 79 20 – télécopie : 01 43 25 82 03
site : www.harmattan.fr
ALI 2 (CIN 13).indd 6 20/05/15 13:04:44Au Professeur Jean Tulard
A Maître André Damien
Membres de l’Institut
ALI 2 (CIN 13).indd 7 20/05/15 13:04:44Manuscrit autographe d’Ali :
Feuillet de notes mélangées sur l’île d’Elbe et sur la Russie
Cote : JJ/VB2
ALI 2 (CIN 13).indd 8 20/05/15 13:04:45Sommaire

Introduction ..................................................................................... 11
Chapitre 1. 1813. Séjour à Fontainebleau
La campagne d’Allemagne ............................................................ 19
A Fontainebleau. Le Pape et l’Empereur ....................................................... 19
Débuts de la campagne d’Allemagne 23
A Dresde ............................................................................................................. 26
Déplacements de l’Empereur .......................................................................... 29
Bataille de Dresde et nouveaux déplacements ............................................. 33
Bataille de Leipzig et retraite sur Mayence ................................................... 36
Chapitre 2. A Mayence – En France –Voyage vers l’île d’Elbe .... 43
Le blocus de Mayence et le retour à Paris en mai 1814 ............................... 43
Quelques démarches ........................................................................................ 47
Voyage de Paris à l’île d’Elbe .......................................................................... 53
Chapitre 3. Le séjour à l’île d’Elbe ................................................ 63
Arrivée à l’île d’Elbe. Rencontre avec l’Empereur. A nouveau au service
intérieur .............................................................................................................. 63
Le palais de Porto-Ferrajo. Les travaux et aménagements ......................... 67
L’Empereur et son entourage. Le portrait de Napoléon dessiné par le
valet Hubert ....................................................................................................... 72
La maison de Saint-Martin .............................................................................. 81
L’île de la Pianosa et Longone ......................................................................... 83
L’ermitage de la Madone de Marciana et Madame Walewska .................. 84
Madame Mère, la princesse Pauline. La vie à Porto-Ferrajo ...................... 92
L’échouage de l’Inconstant et le départ pour la France ................................ 100
Chapitre 4. Le retour de l’île d’Elbe. Les Cent-Jours .................. 107
Le débarquement. Premières étapes .............................................................. 107
Entrée dans Grenoble ....................................................................................... 113
De Grenoble à Auxerre ..................................................................................... 115
D’Auxerre à Paris .............................................................................................. 118
Les Cent-Jours : aux Tuileries .......................................................................... 124
La relation par le valet Hubert de la tentative de suicide de Napoléon
en avril 1814 ....................................................................................................... 126
A l’Elysée ............................................................................................................ 137
ALI 2 (CIN 13).indd 9 20/05/15 13:04:45Chapitre 5. Les dernières semaines : 12 juin - 16 juillet 1815 .... 143
La campagne de Belgique. Waterloo .............................................................. 143
Le retour à L’Elysée .......................................................................................... 150
Le départ vers l’exil : La Malmaison et Rambouillet ................................... 155
En route vers Rochefort ................................................................................... 160
Napoléon se rend aux Anglais ....................................................................... 166
Notes ................................................................................................. 171
Annexe
Commentaires aux Mémoires de Fleury de Chaboulon
sur l’année 1815 ............................................................................... 191
Avant-propos ..................................................................................................... 193
Citations des Mémoires et commentaires d’Ali ............................................. 197
Sources et bibliographie ................................................................. 211
Table des illustrations ..................................................................... 215
Napoléon et un mameluck
Collection des Musées de Montbéliard. Photo Pierre Guenat
ALI 2 (CIN 13).indd 10 20/05/15 13:04:45Introduction
I
Jean-Louis-Etienne Saint-Denis est né à Versailles le 22 septembre
1788 au sein d’une famille de domestiques du roi. Entré aux Ecuries
erimpériales le 1 mars 1806, élève-piqueur, sous-piqueur, il était voué
à une modeste et anonyme carrière à l’instar de ses parents, si sa vie
n’avait pas basculé le 11 décembre 1811. Ce jour-là, il est choisi par
l’Empereur désireux de doubler le poste du célèbre Roustam, comme
« second mameluck porte-arquebuse » et engagé sous le surnom
administratif d’Aly (avec un y).
Il sert auprès de l’Empereur pendant toute l’année 1812 et en
1813 jusqu’en novembre, quand il est laissé à Mayence, puis retenu
dans le blocus. Libéré après l’abdication et le retour des Bourbons,
il regagne Paris d’où il rejoint l’île d’Elbe en juillet 1814. Dès lors,
il ne quittera plus Napoléon jusqu’à sa mort. Mameluck-premier
chasseur à l’île d’Elbe et aux Cent-Jours, premier chasseur à
SainteHélène, il y ajoute grâce à son apprentissage de petit clerc chez un
notaire dans sa jeunesse, la fonction de copiste (en dernier ressort du
Mémorial de Las Cases et de presque tous les écrits sortis de l’île). Il
devient « garde des livres » de Longwood dont il établit le catalogue
de la bibliothèque.
De 1821 à 1828 Il réside à Versailles et à Paris, et se retire ensuite à
Sens – il ne s’absente que pour l’expédition du Retour des Cendres.
Grâce aux legs du Testament il est dégagé des soucis matériels et
vit en petit retraité, marié à l’ancienne gouvernante des enfants du
Grand Maréchal Bertrand épousée à Sainte-Hélène, et père de trois
filles. Féru d’écriture, hanté par ses souvenirs, pendant les quinze
dernières années, il entreprend de les rédiger, ainsi qu’une série
d’examens critiques des mémoriaux alors parus (Antonmarchi, Montholon,
O’Meara, Hudson Lowe, Las Cases) et qu’un ensemble d’études sur
des sujets essentiellement religieux. Il meurt le 9 mai 1856. L’immense
corpus conservé de ses papiers est resté dans les mains familiales
jusqu’aux années 1970.
ALI 2 (CIN 13).indd 11 20/05/15 13:04:4512 Souvenirs du mameluck Ali. 1813-1814-1815
II
Les Souvenirs du présent ouvrage – qui font suite à ceux sur la
1campagne de Russie – ont la variété, l’intensité et le mouvement de
la période cruciale qu’ils recouvrent. Ils sont en bonne partie inédits
2par rapport aux pages correspondantes de l’édition sélective de 1926 ,
et ils le sont inégalement. Tantôt c’est un chapitre entier, tantôt ce sont
de longs passages, tantôt des paragraphes, des phrases et jusqu’à
des membres de phrases. Afin que la lecture reste fluide et garde ses
enchaînements, nous avons repris le récit dans sa continuité en ne
marquant pas la distinction entre textes inédits et textes parus.
Le caractère composite de l’ouvrage ainsi refondu (dont le lecteur
ne s’apercevra heureusement pas) tient autant aux choix de Gustave
Michaut, le premier publicataire, qu’à la méthode d’écriture d’Ali.
Le premier a retenu les morceaux jugés de son point de vue les plus
intéressants, a négligé variantes, ajouts, notes et rectifications divers,
et ne s’est pas préoccupé des ruptures, des manques, des défauts
d’ordonnancement et de table des matières qui rendent parfois le
suivi ardu. Quant au second, dont nous avons disséqué la méthode
2,3dans les introductions des deux précédents livres , il progressait par
strates successives. Des cahiers numérotés (20 x 31, le plus souvent
en double colonnage) constituent une sorte de canevas, presque un
script. D’autres cahiers enregistrent en désordre les nombreuses notes
destinées à enrichir le canevas. Et les uns et les autres comportent
compléments, suppléments et corrections souvent étrangers au sujet
traité, selon – on l’imagine – les errances de la mémoire et une
démarche de type analogique. Pourquoi ne s’est-il pas servi de fiches qu’il
aurait interclassées ? Probablement parce que l’usage notarial veut
que l’on écrive tout bout à bout et sans blanc comme un inventaire,
afin que rien ne se perde ou ne soit imprudemment interposé. Il en
résulte sous l’apparence d’une formulation stricte un véritable fatras
de thèmes, apostillés de références de renvois et de mentions « à
fondre », qui prouvent que l’auteur prévoyait une réécriture et une
intégration ultérieures. On a donc été amené à l’entreprendre à partir
de ses indications et à puiser dans tous les textes existants, bien au
dehors du temps concerné des deux années et demie. Sans
compter la consultation de feuillets isolés dans une masse de plusieurs
centaines susceptibles de recéler des informations. On ne s’étendra
ALI 2 (CIN 13).indd 12 20/05/15 13:04:45Introduction 13
pas plus avant sur ces difficultés additionnées à celle récurrente sur
le déchiffrement de la graphie à la plume, de moins en moins lisible
à mesure que s’accumulent les notes, et de celles au crayon à demi
effacées, épineuses à interpréter même sous l’éclairage en lumière
rasante.
Quoi qu’il en soit et en résumé, qu’il s’agisse de passages publiés
par Michaut revisités mot à mot ou des inédits, ils ont été aménagés,
développés et restructurés, quand les comparaisons entre les
multiples versions permettaient de découvrir un élément nouveau, une
narration mieux conduite ou un avis plus vivement énoncé. Nous
n’avons fait que nous couler dans l’esprit de l’inventeur et prolonger
l’emploi de son procédé.
Le séjour à l’île d’Elbe en offre une juste illustration. Tel qu’il est
connu par l’édition Michaut, c’est un pêle-mêle de vague chronologie,
d’états des lieux, de personnages et d’événements, réduit au regard
des inédits. Par exemple, les portraits de Madame Mère et de la
princesse Pauline sont incomplets, celui du général Drouot n’y figure pas.
Certaines occupations et réactions de l’Empereur sont passées sous
silence, comme celles d’Ali lui-même. La description des lieux est
beaucoup moins fouillée. Des détails matériels, des aspects humains,
plaisants ou triviaux, des évocations de la gent féminine à laquelle est
sensible l’homme de 26 ans ont été évacués. Alors que tout cela est
représentatif d’une existence monotone dans un cadre étriqué. Cette
vue par le petit bout de la lorgnette participe à la réalité historique
et donne de la chair et du relief à la personne d’Ali, autant que ses
descriptions maniaques qui sont à prendre pour des outils
indispensable à la recréation. Ces observations sont d’ailleurs valables pour
l’ensemble de l’ouvrage. A noter que des allusions y sont faites à l’exil
de Sainte-Hélène avec cette mention : « j’en ai déjà parlé », preuve,
s’il en fallait, qu’Ali commença ses souvenirs par la fin.

III
Au terme de ces analyses et de ce travail, la période considérée
s’est avérée divisible en cinq parties.
1 - L’année 1813 et les premiers mois de 1814. Ali est d’abord
en France (surtout à Fontainebleau) puis accompagne la campagne
d’Allemagne avant d’être pris dans le blocus de Mayence, qui n’est
ALI 2 (CIN 13).indd 13 20/05/15 13:04:4514 Souvenirs du mameluck Ali. 1813-1814-1815
levé qu’après l’abdication de Napoléon. Cette partie est inédite à
partir de la campagne d’Allemagne.
2 - Le retour d’Ali de Mayence à Paris en mai 1814, les journées dans
la capitale occupées à préparer activement le départ pour l’île d’Elbe, et
le long voyage vers l’île en passant par l’Italie. Cette partie est inédite.
3 - Le séjour à l’île d’Elbe à partir de juillet 1814. Ali a rédigé
quantité de pages sur le sujet. Elles ont été réorganisées autour de
plusieurs thèmes. Elles sont environ pour moitié inédites.
4 - L’expédition du retour de l’île d’Elbe (incidemment, Ali
n’emploie jamais l’expression « Vol de l’Aigle »), suivie du séjour dans la
capitale. Une part de la relation des semaines parisiennes au service
intérieur est inédite.
5 – La campagne de Belgique, Waterloo, le retour à l’Elysée puis
à La Malmaison, le départ pour l’exil, la nuit à Rambouillet, ultime
palais impérial fréquenté, le voyage vers Rochefort et la reddition
aux Anglais. On y trouve « ça et là » (pour s’exprimer comme Ali)
plusieurs pittoresques passages inédits. On a pris le parti d’arrêter le
récit continu, sans pause (évident dans Michaut et dans les manuscrits)
au moment où Napoléon se rend aux Anglais sur le Belllerophon.
Pour autant, parties inédites ou non, on n’a jamais touché au style
sauf coquilles manifestes, laissant en particulier les respectueuses
répétitions de « l’Empereur » et de « Sa Majesté », les « je crois », « je
me rappelle », « j’ai appris ensuite », « on m’a raconté », et les
questionnements émouvants sur la fiabilité de la mémoire, qui en font le
charme et l’authenticité. On a seulement modernisé la ponctuation
abondante qui rendait la lecture malaisée.
Ali n’ayant pas divisé son récit et Michaut n’ayant pas cru devoir
y suppléer, les titres de chapitres et sous-chapitres introduits
permettront au lecteur d’identifier aisément les différentes séquences. Des
courtes précisions de noms propres et de dates ont été insérées entre
crochets pour éviter d’avoir à se reporter aux notes réservées à de
plus amples renseignements. Voilà pour la préparation, la forme et
le plan de l’ouvrage.
IV
S’agissant du fond, on doit insister sur son triple intérêt. Ali n’a
jamais eu le dessein de construire une histoire événementielle et
ALI 2 (CIN 13).indd 14 20/05/15 13:04:45Introduction 15
encore moins celle des opérations militaires qui lui échappent. C’est
la personne physique, intellectuelle et morale d’un Napoléon intime,
auquel il voue une dévotion absolue, qui l’intéresse au premier chef,
et accessoirement ses propres faits, gestes et réflexions quand il est
éloigné du maître.
La datation est imprécise sinon inexistante. Ali avait bien rempli
des agendas de 1808 à 1812, mais il les a perdus à la fin de la
campagne de Russie. On ignore si ensuite il en a tenu et s’il les aurait à
nouveau perdus. (On apprendra seulement plus tard qu’il a détruit,
sur ordre, les notes accumulées après le départ de Las Cases de
SainteHélène et qu’il l’a regretté). Pour la période ici présentée, lorsqu’il
commence à écrire à partir de 1841, sous l’effet du choc émotionnel
du Retour des Cendres, il utilise l’Histoire de Napoléon par Norvins
(seule histoire générale accessible à l’époque), dont il extrait de
minutieuses éphémérides. Et pour la marche de Golfe-Juan à Paris, il se
fonde sur le calendrier figurant au début des Mémoires de Montholon.
Ephémérides et calendrier recopiés ont été retrouvés dans ses papiers.
Pourtant, l’ordre des notations a du être revu.
Le second intérêt émane de sa fonction de mameluck-chasseur
dans la Maison de l’Empereur et de son état de domestique, assumé
voire revendiqué, au plus près des incidents quotidiens de la vie du
souverain, et très loin de l’exercice du pouvoir et du commandement.
En bon serviteur, il est à la fois présent ou absent selon les heures et
les endroits, disponible, indispensable, familier et transparent. Ce
qui ne l’empêche pas de penser.
Grâce à sa forte personnalité, affinée par les copiages de
SainteHélène et les études des années de retraite, il a développé une position
politique affirmée, et c’est là le troisième intérêt. Le rapport qu’il
conçoit entre Napoléon et le peuple est un lien direct, sans
intermédiaires – « populiste » oserait-on dire aujourd’hui ? Agnostique et
anticlérical, il estime que le clergé s’est constamment maintenu dans
l’opposition. Il n’apprécie pas davantage, sauf exceptions, les grands
notables y compris les militaires, soucieux de préserver leurs statuts
et leurs biens. Sa jeunesse l’a empêché de mesurer les épreuves des
vingt années mouvementées qu’ils venaient de traverser. Si
l’Empereur fut finalement vaincu, croit-il, c’est qu’il a été trahi par ceux-là
qui lui devaient tout, alors qu’il était généreux et faisait confiance.
ALI 2 (CIN 13).indd 15 20/05/15 13:04:4516 Souvenirs du mameluck Ali. 1813-1814-1815
V
En plus de l’écriture de ses Souvenirs, Ali s’est investi pendant
quinze ans, de 1841 à 1856, dans une œuvre polymorphe
histori4que et spiritualiste , en particulier, dans des examens comparés
des mémoriaux de Sainte-Hélène. Les lecteurs des Souvenirs sur la
campagne de Russie ont pu remarquer sa vive critique des pages sur
Moscou extraites des Mémoires de Larrey et insérées dans le Mémorial,
postérieurement à l’ultime copie faite à Sainte-Hélène. Le fond du
témoignage et l’adjonction de Las Cases lui ont paru répréhensibles,
et c’est sans doute à cause de sa protestation que Las Cases enlèvera
le passage incriminé dans son édition de 1840.
Dans la même attitude et selon un processus identique (lignes
citées et soulignées suivies d’appréciations), Ali s’est astreint à
rédiger des commentaires des Mémoires pour servir à l’histoire de Napoléon
en 1815, par Fleury de Chaboulon, quatrième secrétaire du cabinet.
Ils ont leur place légitime à la suite des Souvenirs. Les motifs et les
circonstances romanesques de ce « pensum » sont exposés plus loin
dans un Avant-propos. Le texte est inédit, son existence était
insoupçonnée à ce jour.
VI
A côté de la destinée de Napoléon fréquenté dans son intérieur,
l’humble existence d’Ali s’inscrit en creux. Il est un observateur
curieux, attentif, limité à son champ de vision et d’audition, comme on
s’y attend d’un domestique en permanence aux aguets. Il se cantonne
scrupuleusement à ce qu’il peut connaître à son niveau. Quand il se
souvient, l’acuité de sa mémoire visuelle – une sorte de regard
intérieur – le fait se replonger dans l’ambiance. Il reconstitue à partir des
images les propos et les actes des intervenants, et on constate qu’une
image en entraînant une autre, c’est ainsi que le récit se construit
plus de vingt-cinq ans après les faits. Obsédé d’objectivité, il ne fait
pas le tri, engrange tout, quitte à se distancier par une petite réserve.
Il donne un témoignage que ne procurent pas ceux qui furent ses
commensaux, Constant, Roustam et Marchand, toujours enclins à
outrepasser ou déformer leurs expériences personnelles, que ce soit
d’eux-mêmes ou par la plume de leurs « teinturiers ». Il y a chez ce
ALI 2 (CIN 13).indd 16 20/05/15 13:04:45Introduction 17
polygraphe compulsif du romancier naturaliste et du journaliste de
terrain, bien conscient – il le présumait – qu’on pourrait trouver dans
ses écrits ce qu’on chercherait vainement ailleurs.
Caractère complexe, intellectuellement honnête et d’une
sincérité exigeante stimulée par le doute, sa fidélité sans faille a perduré
pendant des décennies jusqu’à la mort. La nature de son loyal et
profond attachement de serviteur n’a jamais varié. Son rang social
est resté quasiment le même et il a ignoré les changements de régime.
Rendre compte était pour lui la seule façon de se survivre sans
déroger. Ce n’est pas qu’il soit meilleur ou plus intelligent, il est autre,
unique dans son modeste registre.
J. J.
N.B. : Les noms des lieux et des personnes souvent transcrits de l’oral ont été rétablis.
Au chapitre de l’île d’Elbe, l’orthographe de l’époque a été conservée, comme les
appellations francisées de quelques lieux, communément utilisées par les exilés.
Notes de l’introduction
1. Souvenirs du Mameluck Ali en grande partie inédits sur la campagne de Russie en 1812,
Editions SPM, collection de l’Institut Napoléon, 2012.
2. Souvenirs du mameluck Ali sur l’Empereur Napoléon, Introduction de Gustave
Michaut, Payot, 1926. Prépublication in Revue des Deux mondes, 1921.
3. Journal inédit du Retour des Cendres en 1840, par le mameluck Ali, Tallandier,
2003.
4. « A la recherche du mameluck Ali. Les manuscrits et leur publication », Revue
de l’Institut Napoléon, n° 208, 2014-I.
ALI 2 (CIN 13).indd 17 20/05/15 13:04:45Manuscrit autographe d’Ali : A Fontainebleau
e2 feuillet de 1813
cote : JJ/VB1
ALI 2 (CIN 13).indd 18 20/05/15 13:04:46Chapitre 1
1813. Séjour à Fontainebleau,
la campagne d’Allemagne
A Fontainebleau – le Pape et l’Empereur
Quelques semaines après son retour de Russie (c’était vers le
commencement de la seconde quinzaine de janvier) l’Empereur alla
à Gros-Bois pour une partie de chasse chez le prince de Neuchâtel
[Berthier]. J’avais été envoyé en avant avec une toilette dans le cas
où l’Empereur aurait besoin de quelque chose au moment de
chasser ou même qu’il voudrait changer de vêtements. Avant la chasse il
y eut un déjeuner, il y avait un bon nombre de personnes. Je servis
l’Empereur. Contre son ordinaire il but presque les trois-quarts de sa
bouteille. Le déjeuner fini, je montai immédiatement à la chambre à
coucher qui lui avait été proposée pour lui donner un mouchoir, une
tabatière, un cure-dents ou des ciseaux, tout ce dont il aurait eu besoin.
A peine étais-je entré que je le vis paraître suivi du Grand Maréchal
Duroc. Il me demanda du papier, des plumes, de l’encre, et le Grand
Maréchal écrivit sous sa dictée un ordre de service pour un voyage
à Fontainebleau. J’étais dans un coin de la chambre ne sachant si je
devais m’en aller ou rester. Je me décidai à prendre ce dernier parti en
me retirant dans un coin de la pièce. J’entendis dicter tout l’ordre. La
dictée finie, le Grand Maréchal me dit : « Vous avez entendu ? Montez
de suite en voiture et dites que l’Empereur vous suit. »
J’allai le plus promptement possible et je fis connaître l’ordre qui
m’avait été donné. Tout le monde du château de Fontainebleau en un
moment fut en mouvement, chacun se mit en devoir de tout disposer
pour l’arrivée de l’Empereur et de l’Impératrice. Il y avait des tapis à
mettre dans tous les appartements, à faire du feu dans les cheminées,
etc. La chambre à coucher fut la première arrangée, et j’y organisai
mon petit service pour me trouver en mesure à l’arrivée de
l’Empereur. Tout était en ordre quant à ce qui me regardait lorsque j’entendis
le roulement des voitures et le bruit des équipages. En même temps
que j’étais parti de Gros-Bois des ordres avaient été envoyés à Paris
ALI 2 (CIN 13).indd 19 20/05/15 13:04:4620 Souvenirs du mameluck Ali. 1813-1814-1815
pour que les différents services eussent à se rendre à Fontainebleau.
Ils y arrivèrent successivement dans la soirée.
Aussitôt après son arrivée [19 janvier], l’Empereur se fit servir à
déjeuner dans une pièce du rez-de-chaussée. Les tapissiers n’ayant
pas encore terminé leur travail, étaient à clouer le tapis de cette pièce
lorsque l’Empereur entra pour se mettre à table. Il paraissait de
mauvaise humeur. Il fit appeler le Grand Maréchal et le gourmanda
un peu durement de ce que les ouvriers n’avaient pas fini et du peu
d’empressement qu’on mettait dans l’exécution de ses ordres. Celui-ci
pour se justifier allégua le peu de temps que l’on avait eu pour tout
disposer dans son appartement.
Dans la chambre de l’Empereur il y avait trois portes. Une qui
donnait dans la petite pièce où se tenaient les valets de chambre
(antichambre) ; à droite de celle-ci sur l’autre face, la porte de la salle
du trône. En face de la porte de l’antichambre était la troisième qui
donnait entrée à une petite chambre à coucher. En plus, il y avait une
porte-fenêtre à laquelle aboutissait un escalier extérieur par lequel on
descendait dans le jardin intérieur. Le lit était à gauche en entrant par
la porte des valets de chambre. La cheminée faisait face aux fenêtres,
et du côté opposé la commode. La tenture de la chambre, les rideaux
du lit, etc. étaient de soie fond blanc avec fleurs et feuillages verts.
Dans la petite chambre à coucher il y avait un lit de fer, dossiers,
courte-pointe et rideaux en étoffe de soie verte et petit baldaquin en
couronne ornée de plumes blanches. Il y avait quatre glaces placées
au milieu de chacun des côtés de la pièce. A droite du lit qui était en
face des deux fenêtres était une porte où aboutissait un petit escalier
par lequel on descendait dans le cabinet. Une autre porte qui se
trouvait en face de celle de la grande chambre donnait entrée au salon.
Un valet de chambre d’intérieur se tenait dans cette pièce près de la
porte de la grande chambre à coucher pour ouvrir à l’Empereur ou
la porte du salon ou celle communiquant avec le cabinet.
Etant à déjeuner le lendemain de mon arrivée, l’Empereur fit entrer
le sous-gouverneur du château. C’était un capitaine de la
gendarmerie d’élite que j’avais vu à Rioseco [en Espagne]. « Eh bien ! Et
le Saint-Père ? » dit l’Empereur. Le sous-gouverneur rendit compte
de différentes choses concernant la vie du pape et de son entourage
et de tout ce qui s’y disait, mais dont je ne me rappelle aucunement
les détails.
ALI 2 (CIN 13).indd 20 20/05/15 13:04:461813. Séjour à Fontainebleau, la campagne d’Allemagne 21
Ordinairement, l’Empereur déjeunait dans une petite pièce au
premier. Dans les premiers jours peut-être le surlendemain de son
arrivée, il reçut la supérieure des Sœurs de l’Hospice, femme déjà sur
l’âge. Elle avait son franc-parler avec l’Empereur : elle ne paraissait
aucunement empruntée pour lui répondre. Elle s’exprimait fort bien.
Pendant tout le déjeuner la conversation eut beaucoup de suite, et sans
la nuit il n’y eut pas eu d’interruption. D’après ce que l’on m’a dit,
toutes les fois que l’Empereur allait à Fontainebleau, cette religieuse
ne manquait jamais de lui faire visite et tout ce qu’elle demandait lui
grétait accordé. Plusieurs fois à son déjeuner il a reçu M l’évêque de
gr 1Nantes : il faisait grand cas de ce prélat [M Duvoisin] .
Dès son arrivée, l’Empereur était allé faire visite au pape qui la
lui avait rendue immédiatement.
J’étais dans la petite chambre à coucher lorsqu’eurent lieu les
discussions relatives au Concordat de 1813 entre le pape et
l’Empereur. Celui-ci parlait avec véhémence et s’exprimait moitié en français
moitié en italien, et souvent avec cette articulation brève qui marquait
l’impatience. La voix du pape était plus douce et lente, je l’entendais à
peine, et souvent interrompue par l’Empereur dont la réplique n’était
jamais en retard. J’avais soin dans de telles circonstances de me tenir
assez éloigné de la porte de la pièce où était l’Empereur pour que, en
cas de surprise, je ne puisse être soupçonné d’écouter aux portes, ce
qui du reste n’était pas dans ma manière d’être. Il m’a été impossible
de saisir une phrase, les deux interlocuteurs parlant le plus souvent
italien, langue que je ne sais pas. Ce que je me rappelle, c’est que
l’Empereur répétait fort souvent les mots « Santo-Padre » (Saint-Père). Les
débats furent vifs et durèrent longtemps. M. Jouanne, sténographe,
2remplissait des fonctions de secrétaire . De temps à autre il sortait
du salon pour descendre dans le cabinet d’où il revenait presque
immédiatement.
Dans une pièce qui servait de salle à manger à l’Empereur, pièce
où aboutissaient les salons et la galerie, une table avait été dressée
comme à l’ordinaire, mais avec cette différence qu’elle était beaucoup
plus grande et plus magnifiquement ornée. C’est là que devait avoir
lieu un grand dîner que l’on nommera banquet. Tous les mets étaient
servis, les personnes de service à leur poste. L’heure était arrivée. Le
pape que l’on attendait ne venait pas. L’Empereur et l’Impératrice eux
aussi attendaient dans le salon. Un quart d’heure, une demi-heure
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