Sur les traces du premier administrateur colonial du Haut-Cavally (Côte d'Ivoire)

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Étudier le parcours de Laurent Charles Joseph, administrateur colonial, est intéressant dans le renouvellement des problématiques de la recherche concernant le rôle des administrateurs et le contact colonial. S'il existe une abondante littérature sur les grands explorateurs et administrateurs de l'histoire, ce corps de jeunes administrateurs dont fait partie Laurent Charles Joseph, "dont l'action a été déterminante dans la gestation des colonies africaines de l'Europe" selon Christophe Wondji, a été négligé. Il est mis à l'honneur dans cet ouvrage.
Publié le : mardi 1 mars 2016
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EAN13 : 9782140003318
Nombre de pages : 246
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l’Europe. C’est pourtant au prix de mille difficultés que ces derniers se sont impliqués dans l’action : ils ont fondé des postes administratifs dans la
en histoire et il enseigne depuis 2007 à la filière des sciences historiques de l’université Félix Houphouet Boigny de Cocody-
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Etudes africaines
Série Histoire
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Sur les traces du premier administrateur colonial du HautCavally (Côte d’Ivoire)
Laurent Charles Joseph (18771915)
Sur les traces du premier administrateur colonial du Haut-Cavally (Côte d’Ivoire)
Laurent Charles Joseph (1877-1915)
Collection « Études africaines » dirigée par Denis Pryen et son équipe
Forte de plus de mille titres publiés à ce jour, la collection « Études africaines » fait peau neuve. Elle présentera toujours les essais généraux qui ont fait son succès, mais se déclinera désormais également par séries thématiques : droit, économie, politique, sociologie, etc.
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SOHI Blesson Florent
Sur les traces du premier administrateur colonial du Haut-Cavally (Côte d’Ivoire)
Laurent Charles Joseph (1877-1915)
© L'HARM ATTAN, 2016 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-08544-9 EAN : 9782343085449
À Prunelle et Victorine…
INTRODUCTION
Pour l’histoire Laurent Charles Joseph n’est pas un inconnu. Il a été administrateur colonial. Le premier qu’ait connu la région forestière et montagneuse de Man, à l’extrême ouest de la Côte-d’Ivoire ; baptisée aux premières heures de la colonisation, « cercle du Haut-Cavally ».
Laurent Charles Joseph a écrit également deux monographies importantes qui sont aujourd’hui des documents de grande valeur pour 1 l’histoire des peuples wê et dan autant que pour celle des débuts de la colonisation et de la formation de la Côte-d’Ivoire :La monographie des Diolas de Danané, écrite en 1907 etLa monographie du cercle du Haut-Cavally élaborée en 1911. L’on sait, en effet, que les monographies de cercle dans lesquelles les administrateurs arrivés en terre inconnue doivent consigner les informations de toute nature qu’ils peuvent collecter sur place sont d’une grande importance pour la recherche historique. Ainsi, reconstituer le parcours de Laurent Charles Joseph, connaitre son histoire personnelle au-delà des connaissances que nous avons des sociétés qu’il décrit dans ses monographies, est sans aucun doute un moyen efficace de comprendre son regard, de mieux cerner les non-dits, de décrypter les informations sous-jacentes à des écrits d’une grande importance pour la recherche certes mais dont l’interprétation est délicate.
Laurent Charles Joseph, administrateur colonial, pris comme sujet d’étude peut être intéressant dans le renouvellement des problématiques de la recherche concernant le rôle des administrateurs et le contact colonial. Par ailleurs, il existe, comme l’a indiqué Christophe Wondji, une abondante littérature sur les grands explorateurs et administrateurs de l’histoire qui a mis en scène les principaux acteurs de la conquête : les Galliéni, Lyautey, Fairdherbe, Archinard, Monteil ; les explorateurs comme Livingston, de Brazza, Binger, Crampel. Cependant constate t-il : «Elle a …négligé ce corps de jeunes administrateurs-explorateurs dont l’action a été déterminante dans la gestation des colonies africaines de l’Europe. C’est pourtant 1  Populations autochtones de la région du Haut-Cavally. Les Wê appartenant au grand groupe Krou et les Dan ou Yacouba, au grand groupe mandé.
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au prix de mille difficultés que ces derniers se sont impliqués dans l’action : ils ont fondé des postes administratifs dans la savane et dans la forêt ; ils ont créé les premières écoles ; ils ont surtout apporté, par leurs écrits, une contribution indéniable à la connaissance des espaces africains, des 2 peuples et des cultures » .
L’exercice n’est pas une sinécure. Loin s’en faut. Parce qu’il faut d’emblée régler la question des sources à même de favoriser cette entreprise. C’est, en effet, un problème crucial que le chercheur peut cependant résoudre en suivant différentes pistes. Retrouver les descendants de l’administrateur et recueillir leurs témoignages ou accéder aux archives familiales est une première option. Une deuxième consiste à dépouiller les archives administratives. Les deux pistes sont à explorer. Mais, il nous faut admettre toutefois que les archives privées ne sont pas toujours à portée de main comme le sont les archives administratives coloniales. Intéressons-nous en premier à ces dernières.
Les archives administratives souvent fort accessibles restent dans certaines circonstances très délicates à manipuler. C’est, en effet, le cas lorsque le chercheur s’intéresse à une biographie. En fait, compte tenu de leur statut, la recherche documentaire concernant les administrateurs militaires impose que le chercheur prenne en compte uniquement les centres de documentation ordinaires, c’est-à-dire, les centres traditionnels auxquels tout chercheur se réfère aussitôt quand il doit entreprendre une recherche archivistique. Ce sont les Archives Nationales, patrimoines des anciennes colonies ; les bibliothèques, musées et centres archivistiques métropolitains tel le Centre National des Archives d’Outre-mer d’Aix-en-Provence, qui offrent une variété de documents. Mais, celui-ci devra, quelquefois, surmonter un certain nombre de travers pour les exploiter. C’est le cas notamment des difficultés classiques liées à l’accessibilité et à l’opérationnalité de la structure. Car, faut-il le rappeler, la disponibilité de certains fonds d’archives, surtout en Afrique, est tributaire de la qualité des infrastructures et des modes de conservation.
2  Note introductive à l’ouvrage de Georges Thomann,Carnets de route en Côte-d’Ivoire (1893-1902), Paris, Sepia-Ceda, 1999, p.7
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Autre souci : les subtilités de l’objet d’étude lui-même imposent parfois au chercheur de voir au-delà des centres archivistiques classiques où sont entreposées les archives administratives traitant des questions d’ordre général. Pour des questions particulières se rapportant quelquefois à certains corps de métier, il existe des centres de documentation spécialisés. C’est, en effet, le cas des archives militaires dont nous distinguons en France deux centres de référence. Le Service Historique de la Défense situé au château de Vincennes et le Musée des troupes coloniales de Fréjus qui abritent notamment les dossiers retraçant les parcours individuel et professionnel des officiers ayant servi le drapeau français, et les corps constituant les troupes coloniales. A titre d’illustration, la série « YE » répertoriée au château de Vincennes, par exemple, le registre « 4YE » regroupe les dossiers individuels des officiers des troupes coloniales ayant cessé le service entre 1900 et 1926. Le grade, le corps d’armée, l’année de cessation du service et le numéro du dossier y figurent en bonne place suivant une nomenclature par ordre alphabétique.
Formellement le chercheur n’éprouve aucune difficulté particulière à accéder à ces documents d’archives. L’éloignement de notre période d’étude nous a dispensé d’une demande d’autorisation pour consulter ces archives. Ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’il s’agit de dossiers ayant encore prise sur l’actualité. Toutefois, pour les questions de fond, des obstacles existent qui ne sont pas de moindre importance. Notamment, lorsque le chercheur doit identifier l’auteur de telle ou de telle autre monographie. L’exercice ci-après traduit éloquemment le problème posé. Comment retrouver le lieutenant 3 Laurent auteur de «La monographie des Diolas »de Fort Hittos alors que le chercheur ne dispose d’aucune autre indication sur son identité nominale à part le nom de famille « Laurent » précédé du grade ? Cette tradition militaire n’est pas un obstacle mineur à surmonter d’autant que pour le cas qui nous préoccupe, le répertoire affiche environ une dizaine de pages contenant en moyenne une trentaine de noms d’officiers ayant comme nom patronymique « Laurent ». Duquel des « Laurent » il s’agit ? Les mentions relatives au grade, au corps d’armée et à la date de cessation du service que l’on retrouve dans le registre posent d’ailleurs plus de problèmes qu’ils n’en résolvent. En 3 Créé en 1906, Fort Hittos renvoie à la localité de Danané. Le poste a été fondé en 1906 par le lieutenant Laurent et baptisé ainsi en mémoire du sergent Hittos tué lors des opérations de pacification de la région.
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