Tarana ou l'Amérique précolombienne

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Tarana est le nom qu'utilisait avant les conquêtes européennes pour désigner leur continent les natifs africains restés Outre-atlantique, mais en contact avec l'Afrique de leurs origines grâce à une navigation séculaire permanente. Ces populations natives africaines sont fondatrices des grandes civilisations précolombiennes, des "Têtes de Nègres géantes" que découvrira Christophe Colomb. Ces mêmes populations natives vont résister dès 1492 aux conquistadores mercenaires blancs et noirs.
Publié le : lundi 1 mars 2010
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EAN13 : 9782296696495
Nombre de pages : 365
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Avant-propos
Tarana est le nom qu’utilisaient avant les conquêtes européennes, pour designer leur continent, les natifs africains marana, marranes, marrounes ou « nègres marrons », restés Outre-Atlantique en contact avec l’Afrique de leurs origines, grâce à une navigation séculaire permanente. C’est en direction de ces populations que Bakari II, Mansa d’un Empire du Mali devenu maritime au XIIIe siècle, après ses conquêtes du Ghana et surtout du Tekrour et du Jolof maritime sénégambien, dirige, en 1312, en connaissance de cause, son expedition transatlantique. Ce voyage sans retour est rapporté par Al Omari, à l’occasion du pèlerinage à la Mecque et du passage au Caire de Kanku Musa, successeur sur le trône du Mali de Bakari II. L’historien arabe, témoin à l’époque de l’événement, le consigne en 1324 dans son Masalik Al Absar Fi Mamalik Al Amsar. Les cartographes signaleront l’événement avec l’Atlas catalan de 1375 et la carte de Mecia de Villadestes de 1413 qui montrent en effigie le Mansa Bakari II, le sceptre à la main levé en direction de l’Outre-Atlantique. Ce sont ces populations natives africaines, fondatrices des grandes civilisations précolombiennes des « Têtes nègres géantes » de la Venta que découvre deux siècles plus tard Christophe Colomb, qu’accompagnent en 1492 comme guides Pedro Alonzo, Nino Rodrigues Xeres, et Luis Torres. Ces navigateurs avaient été choisis pour leur connaissance de l’Afrique, de la navigation transatlantique et des langues commerciales de l’époque, dont le ghanawa, ghuanani-ou garani. Les mêmes populations natives africaines vont résister, à partir de 1492, comme « nègres marrounes », aux conquistadores mercenaires blancs et noirs, envoyés à la fin du XVe siècle par l’Espagne de Christophe Colomb, de Cordoba, de Valiante et de Juan Guerido1. En langage ramakushi, Tarana ou Parana signifie le domaine, le pays ou le continent Ta des adeptes Na, du Dieu Ra ou Yaa, Infini2. Tarana ou Parana est l’un des noms que les populations natives africaines ont donné, à côté de Tara ou Para, Taru ou Peru, Mexikus ou Mexico, aux terres de l’OutreAtlantique. Ces populations se donnaient elles-mêmes, entre autres noms, ceux de Mara ou Maya, de Marana, Maranawo ou Maranayba, de Mehewa ou Mihikus, de Toromagen ou Olmèques, pour indiquer, selon le même langage ramakushi, sur lequel nous reviendrons plus loin, leur statut d’adeptes Ma ou Na des cultes kushiques du Kuli ou Kulikuli, du Kulikan ou
1 Cordoba est européen. Valiante et Juan Guerido sont africains et noirs. Ils sont, tous les trois, entre 1492 et 1530, au service de l’Espagne parmi les premiers et principaux mercenaires et conquistadores meneurs de troupes fondateurs de colonie sur le continent que Colomb n’a pas foulé. Voir plus loin. 2 Selon les régions, on trouve également une onomastique de noms de lieux, de confréries et de communautés de même origine religieuse comme : Paraná variante de Tarana, Taranay ou Paranay, Tara, Para, Taru, Teru, Peru, Marana, Mara, Maya, Marun, Marrons, etc.

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continent déclinent clairement, aujourd’hui encore, leurs références ethniques, à travers les noms des régions et des États américains contemporains. Elles y ont laissé une empreinte indélébile : du Talasakum ou Alaska, du Tanada ou Canada et du Nord des États-Unis actuels au Taracatu Paracatu, en Taragoni Patagonie la « pointe ou catu » Sud du continent ; du Baragway Paraguay et du Burugway Uruguay sur les côtes de l’Atlantique, au Toro-Sila Pérou-Chili, le long des côtes du Pacifique. Leurs mool-mariniers y ont marqué leurs itinéraires, baptisé de leurs noms leurs ports et leurs métropoles. La cartographie historique ancienne et encore contemporaine reconstituée des Amériques et de l’Afrique témoigne de l’héritage natif africain commun aux deux continents, des deux cotés de l’Atlantique et le long du Pacifique américain. Les mariniers Yoruba, Ibo, Jukun, Fon, Aja, Éwé du delta du Niger ont, à partir du corridor nord atlantique, marqué leurs territoires, en particulier au nord du continent américain, dans la zone qui couvre les États-Unis et le Tanada-Canada, comme : Oregun-Oregon, Jukun Yukon, Oyo-Ohio, Oyowa-Iowa, Widah-Utah, Widaho-Idaho, Takuta-Dakota, MinakutaMinnesota, Wahume-Wyoming, Bahume-Bahamas, Horonto-Toronto, Erie-Erie, etc. Les mariniers Akan Bawle de la Volta et de la Bandama, venus de la Côted'Ivoire, du Libéria, du Togo et du Ghana actuel, ont peuplé : le Kumashi des Comanches, le Kotchi des Couchises, l'Akrahume des Oklahoma, le Tarahasi des Tallahassee de la Floride, le Tarabashi des Appalaches. Les mariniers Soninké, Ghanawa Ghanahusto, Tunka Inca, Malinké Palenke, Sasum Soose, Kasume Joola, Nyamanka Mende, adeptes du Nama, ont donné leurs noms au Namata Numide, au Tanama Panama, au Turinama Surinam, au Kasumakennta Kasumacinta, à Kusba ou Cuba. Les mool-mariniers afro-eurasiens maratarana méditerranéens et Ataranta ouest africains, empruntant le même corridor nord équatorial, ont bien avant le Mansa Bakari II, massivement peuplé les îles et le continent comme : Lebu Mennfarite du Lebuta ou Leptis, Mara Maya, Maratana Maradona Maurétaniens, Maragen Imragen, Taragen Twareg, Tagareg Aztek, Baratana Bretons ou British ; Barata Boroto Bogota, comme adeptes du Kulikuli et du Kukulkan, du Samaan et du Sume, le python royal ; comme Magalraba Kasum, Magalraba Sasum, Basakum Basque, Sasumna Soissonais ; comme Sahusa Xosa, Mahuswa Mehewa, Mexikus ou Mexiko. On leur doit la géographie culturelle et historique à l'origine de: Warahus-Warakas Oaxaca, Kulikuli-Cuilicuili, Tirikaskas Titicaca, Pete-Peten, Wakam-Uoakam, Toro-Sila Perou Chili, BaragwayParaguay, Burugway-Uruguay, Taracatu Paracatu, Geejawaay-Kechua, Lebu Lébou, Mehewa-Mexico, Kansasum Kinsasa Kansas, Takasum Aksum Texas, Tarakansasum Arkansas, Tarasasum Tennessee, Tarasakum Talasakum Alaska, Tarakas Caracas, Tarana Parana, Taraguni Patagonie, Tarigona Arizona, Tamaguni Amazonie, Gayrituna Garifunia California, Marawakus Milwaukee, Marakushi Masasuchi Massachussetts, Wirakushi

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Wisconsin Maratanakus Martinique, Gwadaraba Gwadalupe Guadeloupe, Gayeen Gayana, Gayta Gayti Haïti, Tamarakas Jamaïca, Barabata Barbade, Tabakus Tobago, etc.3 Les mariniers sud Bantu d'Afrique australe du corridor sud équatorial de Bengella ont fondé les pays et métropoles Namaba Namib, Namibib, Nambikwara namibiens, Karib, Karibib carribéens, Ngola Angola, Andora Hondura andéens ; les cités de Kito ou Quito, de Rima ou Lima, entre le Brésil sur l'Atlantique, les côtes du Honduras et celles des Andes sur le Pacifique. Tarana, l’Amérique précolombienne : un continent africain est un titre qui exige d’être justifié à partir des découvertes que nous avons accumulées depuis les années 1980-1990 avec la publication de Bakari II 1312, Christophe Colomb 1492 à la rencontre de l’Amérique4. Cet ouvrage prolonge et approfondit les recherches publiées à partir de 1992, dans Tara Para, Revue transatlantique. Les domaines et les disciplines qui sont mises en œuvre dans cet ouvrage, embrassent la préhistoire, l’antiquité, l’histoire, l’actualité moderne et contemporaine, d’une civilisation africaine et transatlantique encore vivante. Ses legs confèrent leurs spécificités et leurs singularités aux cultures populaires anciennes et contemporaines des Amériques du nord, du centre et du sud. Cet héritage spécifique et prééminent, qui n’est pas le fait des esclaves adultes importes morts sans progéniture significative ou influence décisive sous ce rapport, reste manifeste même si l’on tient compte des contributions oceano asiennes et euroasiénnes. C’est l’Afrique qui explique, ici, l’archéologie linguistique et culturelle ramakushi, celle matérielle et monumentale, Toromagen-Olmèque des sculptures géantes des « Têtes de Nègres de la Venta » ; celle de la pyramide permar torogale ou teocali de Kulikuli ou Cuilicuili. Elle éclaire, de la même manière la géopolitique historique du Toro-Silla Perou-Chili, celle des monarchies transatlantiques du Baragwa Paraguaï des Barag du WaaloTrarza, celle du Burugwa Uruguaï des Buur du Jolof, celle du Mehewa

3 Tous ces termes, qui sont des toponymes, prennent leurs sens avec la grille ramakushi, présentée plus loin. Il faut retenir que : Kus, Kushi, Hum, Sus, Sasum, Nama Kuli, Ngoy, Ngay ; Ra ou Ba désignent des divinités: Ta, Tana, Tan, Pa ou Pe sont des locatifs désignant un lieu : Ma, Ka, Sa, Wa ou Ba sont des dérivatifs d'appartenance désignant l'adepte, la confrérie, le prêtre ou la communauté et son territoire ; Tara signifie terre Ta de Ra, Marakushi qui donne Marasushi ou Massachussetts signifie Ma prêtre de Ra Dieu et de Kush, le nain divin des cultes Kushi ou bachique ; Taranama, Turinama, Surinama signifie Terre Ta de Ra, Dieu et du Nama, culte agraire et de chasse. 4 Le Mali des profondeurs considéra que le voyage de Bakari II était une trahison, au moment où le Jolof-Tekrour fermait, après sa révolte contre la conquête de Saakura, la route côtière transsaharienne menant l'or et les échanges vers Talamsen, Sijil Maïsa et la Méditerranée. On demanda de condamner Bakari II. Kankan Musa et Souleyman, ses deux premiers successeurs s'y refusent. Mari Jata exclura Bakari II de l'histoire officielle. Il ordonna qu'aucun griot ne fasse référence à son nom. C'est une part de ce qui a contribué à son oubli.

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mexicain des Tawareg Tagareg Aztek comme, celle ghanawa des Tunka Inca soninke du Ghanahusto et du Ghanata Elle lève le voile sur la démographie historique, prééminente jusqu’au XVIIIe siècle, des nègres marranes ou marrounes, natifs et libres, et le poids actuel de leurs progénitures. Elle explique la spécificité artistique des cultures narratives ou musicales dont les Amériques ont héritées, des mennsatarum, ménestrels du Massasiba-Mississipi, et surtout du Taragin l’Arlequin animateur du Tanabara Carnavala, festival carnavalesque qu’orchestre le Kondombara ou Candomblé, le Tankus ou Tango, la Tamakaskas ou Zamakueca. * Il est utile, pour faciliter la lecture de ce livre, d’évoquer les repères qui légitiment son titre. Ils font l’objet d’une analyse nécessairement technique mais qu’il est indispensable de traduire en un langage compréhensible. L’archéologie culturelle et linguistique explique l’économie du langage ramakushi utilisé par les natifs des terres de l’Outre-atlantique. Les populations natives africaines, ont façonné, de manière indélébile, tout le vocabulaire de la géographie historique, qui nomme aujourd’hui encore des terroirs, des territoires, des fleuves ou des reliefs, des métropoles ou des États qui couvrent le continent devenu les Amériques. Tarana ou l’Amérique précolombienne et post-colombienne, comme continent africain, devient désormais, un fait transparent d’histoire, grâce à l’apport précieux d’une archéologie linguistique et culturelle en refondation, qui profite d’une meilleure connaissance du matériau que livre le lexique précolombien encore vivant à travers son Atlas et ses cultures populaires. Ce lexique dont on dispose offre désormais un champ immense d’investigation. Nous mettons en évidence le vocabulaire lié à la géographie culturelle et historique,.Il couvre la totalité du continent, de Tarasakum, l’Alaska à la Taragoni Patagonie; des Gayrifunia de la Gayana, des Gaytimara du Guatemala, et des Andora du Honduras sur l’Atlantique, aux Gayrifunia de la California sur le Pacifique. Il permet de reconstruire la cartographie précise et l’Atlas géographique, historique voire ethnique, à travers lesquels, les migrations africaines ou océano-asiennes fondatrices, se sont distribuées pour marquer leurs territoires. Le vocabulaire associé à la créativité culturelle, cultuelle et intellectuelle peut être étudié à travers les œuvres scéniques, narratives, musicales et artistiques qui procèdent, avec leurs genres, des traditions du Tannabara, c'est-à-dire du carnaval festivalier. Ce lexique permet de mieux situer et dater les productions culturelles anciennes et de mesurer leur poids sur les cultures populaires contemporaines, spécifiques aux Amériques du nord, du centre ou du sud.

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Il y a le vocabulaire économique que sut utiliser Leo Wiener, un des pionniers les plus précieux de l’Américanisme ancien. Le lexique précolombien met en évidence, un langage ramakushi dont on révèle l’économie interne. Ce langage porte la marque d’une révolution spirituelle, culturelle et intellectuelle, qui permet de le décrypter. Il aide à expliquer, en particulier, le contenu et les sens des éléments d’un lexique constitué par l’onomastique des noms de divinités tutélaires, de cultes, de communautés, de métropoles et de territoires. L’archéologie linguistique peut également recourir aux graphies picto-idéophoniques, combinant des images, des symboles, des signes alphabétiques à valeurs phonétiques. Ces graphies composites sont mises en usage comme écritures et moyens de communication sans frontières, au sein de civilisations et d’empires, d’ethnies, de cultures et de langues différenciées. Elles concernent, dans l’espace civilisationnel nilo-transatlantique, la Palette de Narmer, la Recade Wahume dahoméenne, le Khat Lebu, le Tifinag Taragin Twareg ou le Codex Tagareg Aztek. * La grille de lecture du ramakushi mérite une attention privilégiée. Elle permet, grâce au lexique, à celui qui est familier du langage codifié, lié aux cultes monothéistes ou bachiques de bonne fortune ou de fertilité, planétarisé durant la Préhistoire et dont nous rendons compte dans l’Ère Ramakushi, de décrypter, à travers ce que l'Europe et l'Orient découvrent peu à peu, à partir du XVe siècle, comme le Nouveau Monde. Elle d évoile, une civilisation avec ses spécificités, des traditions spirituelles, culturelles, linguistiques et graphiques qui font de Tarana ou l'Amérique précolombienne, un continent africain. L'apparition des cultes ramakushi à marqué, à l’échelle planétaire, l'avènement avec les métropoles religieuses, dès le 8 e millénaire av JC, de la première révolution spirituelle et intellectuelle de la préhistoire de l'Humanité. L’ère ramakushi s’accompagne d’un langage matérialisé par un lexique dont on possède la grille de lecture. Le lexique ramakushi est constitué de termes qui désignent des divinités, des cultes, des métropoles, des populations, des territoires, des fleuves ou des reliefs ayant gardé, aujourd’hui encore, leurs dénominations. Il est généré par une langue à classes de type mennfarite ou bantu. Celle-ci pour dire l’Unique, Enn, l’associe, selon le groupe auquel appartient cette réalité concernée, à un prolongement morphologique qui prend la forme d’une consonne (Benn, Menna, Senna, Genna, Jenna, Ramenn, Ragenn, Aatmenn, etc.). On a Genntanama ou Guantanamo pour les adeptes de Genn l’Unique et de Kus divinité bachique d’abondance et de fertilité. Kenntakus ou Kentucky désigne les adeptes et le pays de sectateurs de Kenn l’Unique et de Kus egalement. C’est le fait de clase que l’on identifie dans :

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Nit Ki (cette personne), Goor Gi (cet homme), Jigeen Ji (cette femme), Hale Bi (cet enfant), etc. La révolution ramakushi associe des cultes agraires ou de bonne fortune, dits kushiques ou bachiques, au service d'une divinité tutélaire de terroir (Kas Kam, Kus, Bacchus, Sus, Sume, Saman, Nama, Gay, Ngaay, Ngoy, Kuli, Kulikuli, Këlukus, Kukulkan, Ngoyngoy, etc.), à un monothéisme du Dieu Ra ou Yaa, Unique, Enn Suprême, Ba ou Aat, Juste. Le lexique ramakushi compose ses termes avec : − le nom du Dieu du culte monothéiste (Ra, Ba, Ramen, Ragen, Rog, Rig, Ig, Genna, Ogun, Aatmenn, etc.); − les noms de divinités des cultes dits de bonne fortune (Kus, Kas, Kuli, Hum, Sus, Sum, Sume, Saman, Nama, Gay, etc.); − les dérivatifs :  de lieu (Ta, Tan, Tana, Na, Gatti d'où Tara, terre de Ra ; Gaytimara, métropole Gati des Ma, prêtres de Ra, Tanama Panama, terre Ta du Nama, Baratana, terre Tana de Bara, Dieu Suprême, Maratanakus ou Martinique, terre Tana des Mara, prêtres de Ra et Kas) ;  d'appartenance (Sa, Wa, Ka, Ma, Ba, d'où Wara, gens de Ra ; Mara, adeptes de Ra ; Makumba, adeptes Ma de Kum et Ba ;Basum, gens de Ba et Sum ; Bahum-Bakus, gens de Hum ou de Kus, etc.). Avec cette grille, on peut accéder aux significations des termes qui composent le lexique de milliers de termes dont on dispose à partir de l’onomastique des noms de lieux et de métropoles,que recense l’Atlas mondial avec ses faciès culturels régionaux. Tarasakas qui a donné Talasakas, Alaska se décompose en Ta, la terre, Sa des gens de Ra, Dieu et de Kum, divinité de la bonne chance ou de la fécondité. Tarasasum, Terre Ta de Ra et des adeptes Sa de la divinité Sume ou Sum, a donné Tanassasum Tennessee. Taragenn, en Lebu Wolof, qui donne tarag, tarig en Lebu Lamtuna ou ig en Inca se construit en combinant, à l’origine Ta, la terre de Ra, Dieu et de Genn, l’Unique. Taramenn qui donne Tarmania, Armania, Arménie, Almania, Allemagne, désigne Ta, la terre de Ra, dieu Menn, l'Unique. Tarataram a donné Teritaram, Jérusalem ; Tarakus a donné Terikus, Jéricho ; Taba métropole Ta de Ba suprême a donné Thèbes, Tuba ou Tayba. Ces formes originelles, avec leurs variantes et leurs significations étymologiques, appartiennent au même langage ramakushi, universalisé comme on l’a établi dans l’Ere Ramakushi. Ce langage produit toutefois divers faciès (africain, euro-asien, océano-asien ou ouest-atlantique). C’est ainsi que sont forgés dans le faciès africain, nilo-transatlantique, des notions spécifiques telles que : Kelukus, Kukulkan, Guguswatara,

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Ketzacoatl, Kulikuli, Ngoyngoy, Gayrituna, Garifunia, California, Kusba ou Cuba, Kennta-Nama ou Gentanamo, Sume Kasume, Kasumay, Kasumakennta ou Usumacinta, Baragway Paraguay, Burugway Uruguay, Yumatan Yukatan, Toro Silla Perou Chili, etc. On verra, plus loin, comment tout le lexique spirituel, géopolitique, culturel et artistique des civilisations du continent, devenu les Amériques, renvoie dans sa préhistoire, son antiquité et surtout son actualité vivante, aux communautés : Yoruba, Fon, Mina, Lebu Wolof, nord ou sud Bantu, Maratana euro-méditerranéennes, Mandeng -Soninké ou Akan Baoulé. * Le vocabulaire à lui seul ne suffit pas pour donner à tous les concepts et mots-clefs de l'américanisme, leur substance et leur sens plein. Il ne suffit pas de produire quelques calembours, de repérer quelques éléments de similitude ou de convergence linguistique pour faire de Tara/Tarana ou l'Amérique précolombienne un continent africain, un terroir viking ou un territoire mongol. Il faut aller au-delà. C'est ce que la mise en évidence, à partir de l'archéologie maritime, de l'onomastique et de la cartographie africaine transatlantique, des réseaux portuaires, utilisés par les migrations africaines, essaie d’anticiper dans cette partie du livre. L’archéologie maritime prend forme avec la mise en évidence des corridors et réseaux portuaires transatlantiques. Elle construit aujourd’hui les réseaux portuaires qui ont jalonné la navigation africaine et euro-méditerranéenne transatlantique. Le corridor nord-équatorial de Bakari II et de Colomb a été emprunté par diverses navigations et migrations, à partir des deltas du Sénégal, du Niger, de la Volta ou de la Bénoué. Ce corridor est manifestement marqué, sur le plan de l’onomastique actuelle, par l’empreinte des mool-mariniers Lebu nord-bantu de l’ouest-atlantique. Ces « peuples de la mer » (Geejawaay) ont construit l’un des plus grands réseaux portuaires qui, dès l’Antiquité, couvraient la Méditerranée, les côtes de l’Atlantique et le Pacifique américain. La carte en est établie aujourd’hui avec précision. Les mool-mariniers nubo-égyptiens, Lebu Mennfarite, Lebu Lamtuna, Baragwatha, Soninké, Numides, Mara, Marana, MarataranaMéditerranéens, responsables de ce réseau, ont essaimé leurs ports, selon une cartographie reconstituée, entre la Méditerranée, les deux côtés de l’Atlantique et le Pacifique américain. Le réseau passe, à partir de Mennfari ou Memphis, Sa Ise ou Saïs, Lebuta Leptis, Tanisis, Tanit ou Tunis, Kusta ou Ceuta au Magraba Kasum Magraba Sasum, vers Tingita Teungeej ou Tanger sur l’Atlantique. Le réseau qui englobe Taratakas Caracas, Taratagen Carthage ou Carthagène, ports en pays Ghanawa numide Soninké, est prolongé vers le sud-ouest atlantique le long du Baragwatha, empire des Barag et des Buur Lebu Lamtuna, en direction de : Kidira Agadir, Nyultarig à l’antipode du Nyul ou Nil nubo-égyptien. Il descend vers le bassin sénégambien en direction de Calao, Gaynago, Gaymool, Gayleydi, Tingita Teungeej, Port Kusum, Port

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Sasum, Lebu, Wakam, Geejawaay, Lambaygeej. Il emprunte, par la suite, le corridor nord-équatorial transatlantique sur l’axe de la presqu’île et de l’archipel du Cap-Vert, vers les ports et territoires baptisés par les mêmes mool-Lebu nord Bantu sujets du Barag et du Buur, des mêmes noms Lebu de Baragway, Paraguay, Burugway Uruguay, Baragwacu, Escale Wacu du Barag, Taracatu, extrémité Catu de Tara le continent. Le même réseau contourne le continent, en Taragoni Patagonie, pour jalonner les côtes du Pacifique américain avec les mêmes noms portuaires, encore identifiables comme : Gaynago, Tarakus, Lebu, Tariga, Lambayeque, Kechua, sur les côtes de l’Argentine et du Toro Sila ou Perou Chili dont la capitale est Toro Cascas ou Titicaca. Le même réseau portuaire se poursuit, vers le nord, en direction du Talasakum Alaska avec Tarig, Calaw, Gaymool ou Gaymas, Wakam ou Uoakam, sur les côtes de la Tarigunia Arizona et du Gayrifunia California. Ce premier circuit, qui s'articule sur les vents et courants du nordéquatorial, aura conduit de l'ouest-africain nigéro-méditerranéen aux terres de l'outre-atlantique, les getti mool-mariniers : Lebu Lamtuna, BaragwaParagwa, Burugwa-Urugwa, Magaraba Sasum Magaraba Kusum, Tarasakum-Alaska, Tarasasum-Tennessee, Takasum-Texas, KansasumKansas, Garifunia-California, Mehewa-Mehica, Toromagen-Olmèque, Yuma-Huma, Tara-Mara, Tarana-Maratana. C'est ce même circuit qui conduit vers l'outre-atlantique nord, d'une part, les Kushi-Kotchi ou Couchises, les Kumashi ou Comanches, les Talapashi ou Appalaches, les Akrahume-Oklahoma, et les Wirakushi-Wisconsin, venus du bassin de la Volta et, d'autre part, les Yoruba, Fon ou Ibo d'Oyo-Ohio, de Widah-Utah, de Widaho-Idaho, du Takuta-Dakota, du Minakuta-Minnesota, venus du delta du Niger. Le corridor de Benguela est le second circuit. Il est articulé sur les vents et courants menant de l’Afrique australe et centrale vers l'Amérique centrale, comme les migrations venues par le nord-équatorial, pour remonter vers le Golfe du Mexique et le nord ou descendre le long des côtes de l’Amérique du sud, vers l’Argentine actuelle avant de bifurquer en direction du sud africain actuel. Ce corridor de Benguela était utilisé par les navigateurs bantu pour atteindre, à partir de l’Afrique australe, le nord ou le sud du continent américain et en revenir. Ils auront donné leurs noms plus à des terroirs qu’à un système portuaire, comme lieux précis de débarquement. Cette migration concerne, comme leurs terroirs en témoignent, des deux côtés de l’Atlantique, les Namib, Namibib, Namabakwara ou Nambikwara de la Tamagoni, Amazonie de Claude Lévi-Strauss ; les Kasraba Kariba, Karibib ou Karib ; les Andora-Angola, Hondura ou Ngola ; les Umtara-Umtawa ou Umtata. On a rétabli, en particulier entre la Méditerranée, l’Atlantique et le Pacifique américain, les réseaux portuaires Lebu Mennfarite ou Nubo-

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égyptien, Namata Numidien ou Ghanawa Soninké, Maragin ou Maratarana. On sait désormais que ces réseaux ont permis de dresser la cartographie antique de l’ouest-européen et africain atlantique, de la Baratana bretonne British à Elmina au Ghana et celle des côtes américaines de l’Atlantique et du Pacifique, avec une précision remarquable en longitude et latitude. * La mise en évidence de ce réseau portuaire, construit sur les côtes de l’Atlantique et sur celles du Pacifique américain, éclaire l’existence d’une cartographie précise dite jusqu’ici « Ante datée ». Cette cartographie numérique, remarquable en ce qui concerne l’ouest-atlantique eurafricain et le Pacifique américain était inconnue de la basse antiquité gréco-romaine voire ptolémaïque. Elle sera découverte par les Arabes, durant la conquête de l’Égypte et utilisée dans des conditions sur lesquelles on reviendra plus en détail. Cette découverte aura relancé la discipline et l’idée des Indes occidentales, durant le siècle Abbasside, avec Al Fagran. La cartographie nubo-égyptienne, reproduite ou utilisée par les cartes dites ante datées de Mecia de Villadestes 1413, Hamy King 1502, Piri Reis 1513 ou Haaj Ahmet 1559, est remarquablement étudiée et discutée, par Ch. Hapgood, A. Nordenskjöld, Robert Putman, Paul Hoyt et Lunde ou Joan Covey. Elle met en évidence la géopolitique culturelle nilo-transatlantique. Elle éclaire la relation entre la civilisation nubo-égyptienne, nigéro-méditerranéenne, Mehewa-mexicaine et Toro Sila-Perou Chili. Le réseau portuaire nilo-transatlantique explique qu’en 1312, le mansa navigateur Bakari II ait pu accomplir, même s’il n’avait pas le pied marin, son voyage exil sur le corridor nord-équatorial, consigné dans l'historiographie par Al Omari dans son Masalik al Absar fi Mamalik al Amsar, écrit en 1324. Bakari II l’a emprunté, à partir, vraisemblablement, des ports de Sénégambie. Ce périple est illustré par l'iconographie de l'Atlas catalan, de 1375, et la carte de Mecia de Villadestes de 1413. En 1492, Christophe Colomb, bénéficiaire de l’expérience atlantique des Portugais, de Cada Mosto et de Diego Gomez, réalise, pour l’outsider royal espagnol, son périple transatlantique sur le même corridor, en empruntant, à chaque périple, le même itinéraire, à quelques variantes prés. Bakari II et Christophe Colomb utilisent le même patrimoine transatlantique, familier aux mool-mariniers. Il les amène à emprunter la même route utilisée, au début de l’année 2007, par l’équipage ouestafricain, clandestin, pris sur les faits et sauvés par la marine américaine5. Ces navigateurs clandestins ne sont ni les premiers ni les derniers. La voie est simplement ré-ouverte pour qui peut naviguer, sur l’axe allant, sur le corridor balisé par des vents et courants favorables et permanents, de la Presqu’île et des îles du Cap-Vert vers le Golfe du Mexique, Cuba ou les côtes de l’Amérique vers le sud ou le nord.
5 Usborne, D., 2007, »Immigration clandestine : 14 Sénégalais repêchés près des côtes américaines », <www.seneweb.com/news/article/8314.php>.

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Les migrations parties du continent africain par mer avaient déjà largement reconnu, peuplé et transformé, depuis quelques millénaires en pays, en royaumes ou en empires, le « Nouveau Monde » que découvraient, pour leur compte, les deux protagonistes de l'histoire moderne6 qu’étaient Bakari II et Christophe Colomb. L'un et l'autre allèrent, en toute connaissance de cause, à la rencontre plus ou moins secrète d'un continent dont ils connaissaient l'existence, à l'instar de beaucoup de leurs contemporains. Ils étaient au fait du trafic permanent, créé sur les deux seuls circuits praticables, balisés par des vents et courants permanents et favorables et tous les deux localisés au niveau du continent africain. L’archéologie matérielle monumentale ou urbaine peut être mise àcontribution, par référence à des découvertes et des travaux qui demandent surtout à être réinterprétés en dehors des dérives idéologistes. Cette archéologie matérielle s’inscrit dans l’architecture et la sculpture comme en attestent : − la pyramide ou permar entre les complexes de Gizeh, en Égypte, les mbanar Sonrhay, les Torogale des Mehewa de Kulikuli et Kaskas au Baragwatha et au Toro Silla sénégambien ou tékrourien, les Teocali de Cuilicuili et Titikaskas au Mehewa mexicain et au Toro Silla Perou Chili ; − les sculptures monumentales avec les « colosses de Memnon », à Thèbes et les « Têtes géantes de nègres » de Warhoh, WarakasOaxaca et de la Venta au Mexique ; nilo-saharienne Maratana et angulaire − l’architecture transatlantique. Les populations natives africaines urbanisées de l’Outre-atlantique qui se désignaient elles-mêmes comme des Mara, Maya ou Mauro, des Marana ou Marroun, des Maranawa ou Maranao, des Maratana ou Maradona, des Maranayba ou Maranaibo, des deux côtés de l’Océan, se sont vues contestées comme indigènes du continent par les migrations européennes. L’État colonial les aura marginalisées avec l’Église et le Code noir. L’État euro-américain racialiste les traite avec le Code métèque avec condescendance, comme les descendants des esclaves importés, dont la majeure partie était des adultes sans progeniture. Cette controverse reste, aujourd’hui encore, au cœur des conflits d’intérêt et de l’américanisme idéologique encore dominant. C’est pourtant le terme de Mara ou Maya de Marana ou Marrounes qu’ils se donnaient qui sont à l’origine du terme de « nègres marrounes » utilisé par les conquistadores européens et leurs compagnons africains, pour désigner les communautés noires indigènes, libres de toute éternité, qui les combattent. Ce sont ces communautés
6 Cf. Diagne P., Bakari II 1312 Christophe Colomb 1492 à la rencontre de l'Amérique, Éditions Sankoré, Imprimerie Campin, Tournai, 1992.

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natives africaines qui leur résistent, comme des Kulimbo, des Marrounes, des Arawak ou des Karib à partir des XVe-XVIe siècles, à l’échelle du continent, à côté des migrations océano-eurasiennes de type mélanésien ou mongoloïde. Les populations natives africaines qui ont, sur des millénaires, contribué au peuplement des Amériques, durant la préhistoire, à côté des migrations océano-eurasiennes, ont été, dès l’antiquité, porteuses, outre-atlantique, des civilisations agraires, urbaines, spirituelles et artistiques avancées qui prospèrent singulièrement à partir du premierr millénaire avant J.-C. Cette période, antérieure d’un à deux millénaires à la naissance de la civilisation grecque ou romaine, est contemporaine des débuts de la désertification du Sahara ou Sakasra. L’espace nilo-transatlantique est alors habité par les mêmes adeptes, du même Dieu Ra ou Ro des Nubo-égyptiens. Ils sont serviteurs de Ra, Ramenn ou Aatmenn, comme les Mara Maya, les Taragen Twareg ou Aztek. Ils sont, outre-atlantique, les fondateurs de la culture Mehewa, Toromagen-Olmèque ou Mara Maya. Ce sont les mêmes populations de cultes ramaniques qui, des deux côtés de l’Atlantique, ont fondé les mêmes métropoles aux dénominations communes. Elles ont bâti répetons le, les mêmes permar ou pyramides que l’on identifie comme des Mbanar, Torogale ou Teocali, à Kulikuli, capitale du Jolof sénégambien, à Cuilicuili, métropole du Mehewa mexicain, à Warakas, Warkhoh, autre métropole du Jolof, à Oaxaca Warakas, une autre métropole du Mehewa, à Tirikaskas ou Kaskas, métropole du Toro Sila et à Titikaskas ou Titicaca, capitale du même Empire aux deux couronnes du Perou Chili. Les migrations africaines qui utilisent le Looco ou le Tara, embarcations longilignes encore en usage, ont marqué, comme on l’a vu, leurs territoires culturels et politiques, tout en se métissant, sur des siècles, avec des migrations océano-eurasiennes continues et importantes de pêcheurs qui utilisent le catamaran sur le pacifique. Elles se métissent également dans le même melting pot, avec les migrations nomades mongoloïdes qui traversent le détroit de Behring. Les mool-mariniers Lebu Wolof qui, dans l’espace sénégalo-méditerranéen, se définissent comme des Makka ou des Gayeen, tout court, identifient, du fait de ce mélange racial, les populations métissées Tarawakus Arawak, Maratanakus Martinique ou Kasraba Karibe comme des Makka Toube de teint noir foncé ou comme des Makka Cembe, couleur de graine rouge d’arachide. La dénomination a survécu pour désigner, aujourd’hui encore, les Antillais de la couleur, non pas noire foncée, d’Aimé Césaire mais de Léon Gontran Damas. C’est là également que se trouve l’origine de la distinction classique, outre-atlantique, entre Karibe ou Caribéens noirs et caribéens rouges. Les migrations natives africaines comme Makka Cembe, Makka Toube, ou Nègres Marrounes, ont prolongé, outre-mer, cette culture supérieure nilotransatlantique de la pyramide ou permar et des têtes géantes Toro Sila ou

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Toromagènes Olmèques de Warahas ou Oaxaca, et de la Venta, ignorée à l’époque par l’Eurasie du Pacifique et l’Occident européen. Elles introduisent, ainsi, Tarana, devenu les Amériques contemporaines, dans la grande histoire, au IIe millénaire avant J-C, en relation avec les grandes civilisations nilo-transatlantiques. Ces civilisations et communautés humaines nilo-transatlantiques auront défini, à l’intérieur de la ceinture méridionale transcontinentale, un faciès africain propre, qui les singularise, à l’intérieur de l’ère ramakushi. C’est la tradition nilo-transatlantique qui diffuse comme faciès caractéristique, sur les côtes de l’Atlantique et le long du Pacifique américain, ses empreintes. Elles sont uniques, même à côté de la Mésopotamie suméro-kushite, de l’Asie des métropoles de Taraba Harappa, de Makentara Mohenjo Daro ou du Kambatera Kampuchéen. * La mise en évidence de l’histoire démographique de l'Amérique précolombienne et post-colombienne, comme continent africain, ajoute un autre repère de poids dans le débat et la recherche dite américaniste. Elle montre que l'essentiel des Africains-Américains n'a jamais été impliqué dans la traite, contrairement à une idée forgée lors de la naissance de l’État racialiste américain contemporain. Les esclaves mâles adultes, à 80 % importés par générations et classes d’âge, sont morts sans progéniture significative. Les régions continentales et celles du Pacifique à très fortes populations natives africaines des Amériques n'ont jamais été impliquées dans l'économie esclavagiste. La conquête européenne tardive de l’ouest et du Pacifique Sud et Nord découvre sur place les populations natives africaines indigènes qui leur servent de guide et de cow-boys. Les travaux de démographie historique de Ph. D. Curtin, auteur de Slave Trade, dont on ne peut soupçonner le parti pris indigéniste, ont débouché sur un paradoxe. Les conclusions, qu’on peut en tirer, établissent qu’au maximum les neuf voire douze millions d'esclaves mâles importés dont 500 000 aux États-Unis, entre le XVIe et le XIXe siècle, ne peuvent, par leur nombre, et un taux normal de reproduction, expliquer l'importance actuelle des Américains, d'origine africaine, et des populations de couleur, en général. * L’histoire culturelle africaine précolombienne des mennsatarum ou ménestrels, des tarabatura ou troubadours du Massasiba ou Mississipi, producteurs des contes animaliers de Dobson, apporte un autre repère de poids. Ce sont ces artistes, natifs africains, qui réinventent ou naturalisent des genres qui ont parfois disparu du continent d’origine avec le Tannabara ou festival carnavalesque, le Ragen Time, Ragtime ou Reggae, le Jëys ou Jazz, le Funki ou Blues, le Tamakaskas ou Zamakueca. On leur doit le Tankus ou Tango qui, comme le Fandango en Espagne, se danse au Toro Silla ou Perou Chili des Mara Maya, des Toromagènes Olmèques comme à Cuba chez les Kusba et les Gentanama. Ces genres

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précolombiens ont gardé leurs noms et leurs significations, des deux côtés de l’Atlantique. La relation de fondation entre l’Afrique ou Tara et Tarana, l’Amérique précolombienne, un continent africain est une réalité et un fait d’histoire incontestable. On tenterait, en vain, sur ce plan, au vu des résultats proposés à ce stade, d'établir des rapports significatifs et directs entre le patrimoine culturel, religieux et linguistique des grandes civilisations précolombiennes et celui des traditions indo-européennes, sémitiques ou sino-mongoloïdes. Cela, en dépit d'une migration océano-eurasienne, mélanésienne et mongoloïde, précolombienne importante, ancienne et, de plus en plus, influente sur le plan démographique et linguistique avec surtout le déclin africain de l’Empire et de l’espace civilisationnel nilotransatlantique, au début du dernier millénaire avant J.-C. Pour des raisons historiques liées au génocide des natifs africains et amérindiens, entériné à l’époque par la Papauté, dès le début de la navigation européenne et ses conquêtes, et la marginalisation instrumentalisée des populations par l’État euro-américain, à partir de ses indépendances, initiées à la fin du XVIIIe siècle, l’américanisme des migrations européennes conquérantes et exclusivistes, s’est inventé ses « Amériques ». Pour légitimer ses droits de conquêtes, il a substitué le Code métèque au Code noir, pour imposer paradoxalement, aux populations natives de couleur, le statut d’esclaves importés généraliser l’usage d’identités « clientelisées » et de noms europeanisés : Washington, Burghart, Dubois, Gates, Armstrong, Ellington, Dunham etc L’américanisme dominant a ainsi, inventé ses Amériques pour des raisons plus idéologiques que scientifiques. Sur le plan historiographique, cet ouvrage renouvelle et révise d’excellentes études sur l’Amérique précolombienne et post-colombienne. Il se singularise, toutefois, par les découvertes d’une archéologie en fondation, à même d’éclairer les questions majeures sur lesquelles le chercheur formulait des hypothèses, avançant ou récusant des idées. Leo Wiener est, en cela, un pionnier précieux avec son ouvrage, Africa and the Discovery of America (1920). Il y a également les œuvres essentielles de S. Morrisson, Admiral of the sea (1942), de W. Lorentz Katz, de Madriarga, de Cyrus H. Gordon, Before Columbus (1971), d’Ivan Van Sertima, They Came Before Colombus (1876), de Michael A. Bradley, Dawn Voyage: The Black African Discovery of America, etc. Le travail des archéologues est impressionnant autant que ceux des linguistes comme J. Greenberg et son équipe dont Bob Zaguri. Tous ces travaux trouvent ici leur prolongement et leur renouvellement. Tarana : l’Amérique précolombienne : un continent africain, est en effet un fait d’histoire que confirme aussi bien l’archéologie linguistique, l’histoire démographique et culturelle, que l’actualité au début de ce millénaire marqué par une mondialisation récurrente.

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Les migrations clandestines africaines, paisibles ou dramatiques, qui, en cette fin de la décennie 2010, empruntent, vers les Amériques, ces Tara, pirogues longilignes, tout comme celles qui, des côtes européennes, ont recours au pédalo et à la planche, pour faire ce périple, rappellent et ramènent avant tout au rôle du corridor nord-équatorial de navigation transatlantique qu’utilisèrent Bakari II et Christophe Colomb. Ces faits permettent en particulier de poser, du seul point de vue de la science historique, la question de plus en plus significative dans le nouvel ordre mondial qui est dominé par les Américains, de la nature et de la place des migrations volontaires et anciennes, natives africaines et océanoeurasiennes, dans l’histoire de leur continent. * Les découvertes qui donnent forme et contenu à ce livre, éclairent et légitiment les recompositions qui doivent s’opérer dans les esprits, dans les visions et les politiques, au sein d’un État euro-américain d’autant plus racialiste, aujourd’hui encore, qu’on se déplace du nord anglo-saxon, pluraliste vers le centre mexicain et sud latino du continent. Il y a lieu de penser, dans la rigueur, non seulement l’Américanisme inventé et vécu mais de le repenser et de le réinventer. Cette démarche ne se fera, au niveau scientifique, qu’en dehors de tout manichéisme et de toute arrière-pensée portée sur des revendications obsolètes, de réparations ou de pardon, qui oublieraient la responsabilité partagée de l’histoire des hommes. L’aventure transatlantique relève d’une histoire commune. Elle ne pouvait pas laisser en rade, aux XV-XVIe siècles, une participation africaine, volontaire ou forcée, indispensable que certains historiens euro-américains, consciemment ou par ignorance, avaient tendance à effacer des mémoires. D’aucuns souhaiteraient parfois anéantir, avec Michael Coe, la pyramide ou la sculpture monumentale nilo-transatlantique à Kulikuli Cuilicuili et à Warakas Oaxaca où trônent ces têtes géantes de nègres qui sont les répliques de l’art yoruba d’Ife et des Colosses de Memnon, à Tayba ou Thèbes. D’autres effacent le caractère cosmopolite des mercenaires qui ont rendu victorieuses les guerres de prédation et la conquête génocidaire des Amériques. Le Portugal et l’Espagne, qui ont initié l’aventure transatlantique européenne engagèrent des mariniers ouest-africains, des Génois, des Vénitiens, des Numides berbères, des Morarabes, familiers des lieux et qui, dès cette époque, découvrent les natifs africains, identifiés comme nègres non pas « marrons » mais « marrounes ». Valiante, conquérant noir et espagnol, au Toro Sila-Perou Chili ou Juan Garrido, en Floride, au Mexique et en Californie, combattent des États natifs africains, entre 1500 et 1540. Ils appartiennent, comme Samba Coulibaly, initiateur, en 1732, d’un complot contre l’autorité française en Louisiane, à ces cadres africains, recrutés pour leur savoir-faire. L’aventure transatlantique et tricontinentale s’inscrivait ainsi dans le processus devenu classique, depuis l’Antiquité et Rome, en particulier, qui utilise des mercenaires étrangers et des indigènes, pour assurer le succès des entreprises de prédation, de conquêtes et de colonisation. Il est heureux de voir nombre de chercheurs

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américains ou européens, venus aujourd’hui de tous horizons, tenter, comme Ricardo Algeria7, Peter Voeltz8 ou Hall Gwendolyn9, de réécrire, en particulier, la période de gestation et de colonisation qui précède la naissance de l’État euro-américain indépendant et racialiste contemporain. La colonisation des Amériques, comme celle de l’Asie et de l’Afrique, opérée au XIXe siècle, s’est faite, par ailleurs, à partir du XVe siècle, avec des élites et des auxiliaires indigènes. Les natifs africains, océano eurasiens ou « amérindiens » vont voir débarquer, sur leur continent, à partir du XVe siècle, des Européens, en particulier Espagnols, Portugais accompagnés d’Africains, associés à tous les niveaux, à leur conquête, comme en Afrique, à la fin du XIXe siècle. Les amiraux des flottes, au service des royaumes européens, sont accompagnés, dans leurs activités de conquêtes, de prédation des richesses et de colonisation, par des mariniers navigateurs, interprètes, hommes d’armes, cadres et auxiliaires africains et noirs employés, par les marines européennes, leurs compagnies et leurs gouvernements. Dans le processus de conquête, les Hollandais, les Français et les Anglais viendront bousculer les Portugais et les Espagnols et étoffer, des deux côtés de l’Atlantique, les migrations volontaires, en même temps que les migrations forcées de bannis de l’inquisition, de bagnards, d’esclaves et de victimes des guerres de religion en Europe. On y verra, de la même manière, sur le long terme, en réaction à l’hégémonie racialiste euroaméricain, une alliance des populations indigènes de couleur, migrants volontaires ou involontaires, libres, libérés ou affranchis, s’insurger contre leurs commanditaires espagnols, dès l’époque de Colomb ou Cordobès, entre 1492 et 1530 ou se coaliser contre le pouvoir colonial avec les Kulimbo et Kondombara, au Brésil, ou les Massasiba, en Louisiane, en 1732. * L’État euro-américain racialiste indépendant se libérera avec Bolivar et Hidalgo, avec la participation massive des populations de couleur, qu’il faudra, à partir de la fin du XVIIIe siècle, et tout le long du XIXe siècle, marginaliser par le blanchiment et l’éviction de la sphère politique, administrative, civile, militaire et économique. La sociologie complexe, cosmopolite, euro-africaine qui s’introduit, par ce biais, et qui va prévaloir jusqu’au XVIIIe siècle, au moment de la naissance de l’État euro-américain indépendant et racialiste, s’était progressivement forgée. Elle prend forme d’abord à l’intérieur des premiers comptoirs, que furent au-delà de Madère,Taragin ou Arguin, Portenujuk ou Portendick, Gorée, Elmina ou Sao Tome. Elle développe une nouvelle séquence, au cours de la conquête du Mexique, à partir de 1450, avec ses mercenaires, ses commerçants, ses juifs expulsés mais actifs dans le négoce ouest-atlantique. Il y a ainsi non seulement une histoire précoloniale et coloniale des Amériques entre le
Ricardo Algeria, Juan Garrido, El Conquistador Negro, Porto Rico, 1992. Peter Voeltz, «Slave and Soldier : The Military Impact of Blacks in colonial Americas», Ph.D Dissertation, University of Michigan, 1978. 9 Hall, Gwendolyn Midlo, Africans in Colonial Louisiana, The Development of Afro-Creole Culture in the 18th Century, Baton Rouge, Louisiana State University Press, 1992.
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XVIe et XVIIIe siècle qui reste à écrire, mais également une histoire postcoloniale avec, comme temps forts, à la fin du cycle, l’indépendance des États-Unis et de Haïti, suivie des guerres de libération conduites par Bolivar, Hidalgo et leurs émules. L’Amérique pré-colombienne et postcolombienne constitue une histoire parfaitement documentée, mais entourée d’enjeux et de tabous. Les conquêtes, les colonisations et la naissance, à partir de la fin du XVIIIe siècle, de l’État racialiste euroaméricain, le poids du génocide des natifs africains et océano-eurasiens ou « amérindiens », continuent d’hypothéquer les études américanistes. Ce passif pèse aujourd’hui encore, sur la pleine reconnaissance de l’histoire réelle d’un continent baptisé Nouveau Monde pour des raisons surtout idéologiques, nées dès les premières installations européennes. La question de « l’invention » ou de la « réinvention » de Tarana : l’Amérique précolombienne, continent africain par son peuplement et son histoire est ainsi un enjeu scientifique et politique majeur d’actualité. Elle interpelle le discours américaniste dominant à la fois eurocentriste et négationniste. L’État racialiste euro-américain a mobilisé les esprits et les idéologies, dès l’époque des conquistadores bénis par la Papauté et les Églises eurochrétiennes. Son historien et idéologue a pu ainsi, en moins d’un siècle, à l’époque cruciale de la formation des nations aux Amériques, marginaliser dans la pensée, les populations natives africaines et océano-eurasiennes qui ont façonné et habité ce continent sur des millénaires. On a ainsi inventé, aux XVIIIe-XIXe siècles avec l’avènement de l’État euro-américain minoritaire et racialiste, face aux majorités natives africaines et océanoindiennes, libres de toute éternité, le Code métèque, après le Code noir de l’économie de l’esclavage. Le Code métèque sera pensé sur le modèle d’exclusion comme le Code juif a été conçu contre l’entrepreneur sémite. Ce Code tacite a servi et sert encore à accoler, pour les inhiber, aux populations de couleur, le statut d’esclaves importés, exclus des institutions, par l’immigration européenne de «blanchiment ». Il faudra, là encore, revenir au fait d’histoire et réaliser que les centaines de millions d’Américains de couleur qui vivent aujourd’hui sur les terres d’outre-atlantique ou qui en émigrent, ne sont pas les descendants des 9 millions d’esclaves adultes importés par générations sur quatre siècles. Le paradigme de l’homme de couleur esclave importé aura, à l’instar de celui du juif responsable de la crucifixion de Jésus, été progressivement naturalisé par les victimes ellesmêmes. Il continue d’être orchestré par l’État racialiste latino-américain moderne et l’américanisme nord-américain eurocentriste. Il a visé à exclure du pouvoir, au XIXe siècle, dans une Amérique colonisée mais démographiquement et culturellement dominée par les populations majoritaires de couleur, assimilées comme « métèques », descendants d’esclaves importés. Les victimes ont été conduites à vivre, voire à légitimer l’histoire qu’on leur a construite. Ce phénomène a gangrené les esprits malgré les revendications d’africanité, indigène ou non, dont se firent l’écho, avec la révolution haïtienne, les mouvements panafricanistes qui accompagnent, à partir de 1777, les revendications d’identités et

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d’indépendance, singulièrement, aux États-Unis, avec l’African Baptist Church d’Allen et Absolom. La figure de proue de l’élite native africaine qui contribuera le plus à accréditer l’idéologie fondée sur le paradigme du natif africain esclave importé sera toutefois Frederick Douglas, un intellectuel militant des droits civiques. Ce natif africain, issu d’une lignée indigène libre et métissée, estima, à une époque cruciale, en connaissance de cause, devoir emprunter le manteau d’esclave importé édicté par le Code métèque tacite, pour ne pas indisposer l’Amérique libérale, paternaliste. Il comptait par l’acceptation de cette sujétion mentale impliquée dans le statut d’esclave libéré, réaliser une compromission nécessaire et un raccourci efficace pour l’accès pacifique des Africains-Américains aux droits civiques. Le résultat sera décevant à l’issue d’un siècle comme les événements de 1950 l’ont montré. Dans le reste des Amériques, le temps et l’amnésie des mémoires finiront par faire leur œuvre, en dehors des îlots du Garifunia, des enclaves du Pérou, du Venezuela ou de l’Équateur où l’on continue de revendiquer, avec les Océano-Asiens, une identité d’indigène, au nom des centaines de millions d’individus, marginalisés par le système économique et politique euro-américain immigré qui a « blanchi » l’État. Il fallait, à l’époque de Colomb, et au moment des guerres de sécession et d’indépendance, que le Tarana-Parana, devenu les Amériques, soit inventé, à sa conquête comme une terra incognita, vierge de toute spiritualité, libéré de tout ancrage civilisationnel identifiable. On se souvient que le moine Fray Gregorio Garcia, contemporain de Colomb et de Hernan Cortès, s’aventura à consacrer un ouvrage à ces natifs dont les civilisations étaient alors plus avancées et plus riches que celles de la plupart des nations européennes, africaines ou eurasiennes. Il sera frappé d’excommunication, en 1512, par la papauté, le parrain des conquêtes portugaises et espagnoles. La vision du nègre marrane ou marroun natif, « africain libre de toute éternité », transformée en nègre fugitif, nègre marron ou nègre émancipé, aura ainsi rattrapé l’Amérique contemporaine de l’État eurocentriste qui accède aux indépendances, à la fin du XVIIIe siècle, avec les États-Unis et Haïti. Il faudra attendre, sur le plan de la recherche historique, Léo Wiener auteur de Africa and the discovery of America, publié en 1920, pour commencer à accumuler le matériau qui permet aujourd’hui d’affirmer que toute l’histoire économique, urbaine et artistique de l’Amérique dite précolombienne, est surtout le fait des migrations natives africaines et de migrants venus de l’Ancien Monde. C’est la peur des fortes concentrations de peuples de couleur, souvent majoritaires le long du Pacifique, le centre, le nord et le sud du continent, et leurs irruptions dans les mouvements de libération et les nouvelles institutions, qui ont fait dresser, à partir du XVIIIe siècle, à l’avènement de l’État indépendant, à travers les Amériques, l’idéologie d’exclusivisme et la ligne de couleur dont parle W.B. Dubois aux XIXe et XXe siècles. L’historiographie et les historiens en ont souffert. L’étude sereine de la Préhistoire et de l’Histoire réelle, antérieure à la conquête coloniale et de celle postérieure à l’avènement de l’État américain indépendant, à partir du XVIIIe-XIXe siècle, ont été obscurcies jusqu’à

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aujourd’hui. Elle aurait pu continuer à l’être, n’eussent été les données massives qu’apportent, aujourd’hui, l’archéologie linguistique, une géographie historique, économique et culturelle africaine profondément enracinée et extraordinairement vivante des États-Unis et du Canada, au sud de l’Argentine et du Chili, de la Bolivie, des Caraïbes, du Mexique, et des Antilles au Perou, au Paragway ou à l’Urugway. * Ce livre s'organise autour d’une réflexion sur l’historiographie. Il dresse un état des lieux. Il privilégie comme contribution scientique, quelques thèmes majeurs qui préoccupent l’Américanisme. L’intérêt porté à ces sujets justifie les parties et les chapitres qui le composent, et dont la distribution, apparemment non linéaire, est voulue pour la commodité des lecteurs qui ont des centres d'intérêts différents. L’ouvrage s'ouvre sur l'étude des sources et des connaissances à partir desquelles le continent d'outre-atlantique a été étudié de l'extérieur. Elle est légitimée par la nécessité d'une relecture de l'histoire et de sa périodisation et aussi du fait de l'écart des niveaux de connaissance qui ont prévalu dans le temps et dans l'espace. La haute antiquité avait unifié la terre. Elle la connaissait mieux que la basse antiquité ou le moyen-âge. La connaissance que l'ouest-africain, en particulier, a pu avoir du monde transatlantique, du fait de contacts permanents, sera sans commune mesure avec celle que l'Europe et l'Orient en auront jusqu'au XVIe siècle après J.-C. L'historiographie africaine est bien plus riche grâce à l’apport de l’archéologie linguistique et culturelle que celle traditionnellement constituée en Orient et en Occident, à partir des dépositions, plus ou moins contrôlables, prêtées aux Égyptiens et transmis par les Grecs, les Latins ou les voyageurs arabes. On distingue ici des sources internes transatlantiques, allant de la Haute Antiquité à nos jours, des sources externes, non africaines. Ces dernières sont orientales ou européennes, plus tardives, datées essentiellement de la Basse Antiquité (-500 avant J.-C.) à la Renaissance (Xe-XVe siècle). La deuxième partie du livre porte sur la présentation de la géographie historique et la cartographie culturelle des terres d'outre-atlantique comme continent africain. Cette partie privilégie l'archéologie culturelle et linguistique porte sur la présentation d'une géographie africaine précolombienne. Elle établit à elle seule, par son existence massive, le rôle unique et, à peu près, exclusif de l'Afrique dans l'introduction du Nouveau Monde à la civilisation et à l'histoire. C'est le thème de Tarana l'Amérique précolombienne : un continent africain. La troisième partie évoque, en introduction, la mémoire absente ou volontairement faussée qui continue de frapper l’histoire précolombienne et post-colombienne de Tarana devenu les Amériques. Elle a jeté un voile épais sur l'histoire réelle du « Nouveau Monde », malgré les dépositions et les relations que l'on doit à partir du XIIIe siècle, au voyage de Bakari II, en 1312, à la cartographie catalane et arabe, au périple de Christophe Colomb,

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en 1492, à l’archéologie matérielle, monumentale, économique ou à l’histoire démographique. C'est le thème de la perte ou de l'absence de mémoire dans l'appréhension et la compréhension d'une histoire transatlantique qui a eu du mal à s'écrire. L'Afrique, actrice et personnage principal de cette histoire, y a perdu ses repères, au cours des siècles. L'extérieur non africain, qui découvre ou redécouvre l'univers transatlantique, sur le tard, et qui engagera, avec les conquêtes européennes, l'histoire sur de nouvelles pistes, semble lui, avoir choisi, pour des siècles, d'absenter sa mémoire, d'effacer l'histoire réelle d'une Amérique: continent africain. Cette partie du livre traite ainsi simultanément, de questions méthodologiques et épistémologiques, liées à l'écriture et à la réécriture de l'histoire transatlantique. On verra comment les mêmes sources permettent, selon la diversité des perspectives, de construire parallèlement, soit une science historique, soit une histoire biaisée qui débouche sur des affirmations parfois péremptoires ou des discours de valeur simplement idéologique sur le passé et ses faits. Cette troisième partie porte, sur l’aventure transatlantique tricontinentale amorcée au XVe siècle avec les navigations européennes vers le sud et l’ouest-atlantique. Elle montre comment les migrations africaines précolombiennes participent et expliquent l'évolution post colombienne moderne et contemporaine d'un continent où l'idéologie de l'État d'obédience européenne s'évertue, depuis deux à trois siècles au moins, à inhiber comme « esclaves affranchis », la descendance de communautés africaines indigènes libres de toute éternité, et sans laquelle les civilisations américaines contemporaines n'auraient été ce qu'elles sont. La quatrième partie porte à travers la relecture critique de quelques ouvrages de référence, sur les racines des cultures populaires des Amériques, qui doivent aujourd’hui encore, leurs spécificités, par rapport aux civilisations de l’Occident ou de l’Orient, au legs de la tradition africaine du Festival carnavalesque, porteur de créativité et de genres artistiques. La dernière partie du livre est une annexe qui présente brièvement quelques résultats liés aux recherches sur l'onomastique topologique, culturelle, cultuelle et religieuse des Amériques anciennes et contemporaines. Cette partie fait l'objet d'une étude intitulée l'Archéologie linguistique africaine transatlantique de l'Amérique précolombienne.

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PREMIÈRE PARTIE INTRODUCTION AUX SOURCES

À la redécouverte de l'histoire transatlantique
Les civilisations précolombiennes, Toromagen-Olmèque, Mara Maya, Marana ou Marroun, Toro Silla, Perou Chili, Ghanawa ou Ghanahusto, Baragway ou Paraguay, Burugway ou Uruguay, Maratana ou Maradona qui ont construit la Pyramide de Kulikuli, sculpté les Têtes géantes de nègres de Warakas Warhoh ou Oaxaca, à la Venta, au cœur du Mehewa mexicain et de Tarana ou les Amériques, se sont développées au IIe millénaire avant J-C, avec un certain retard sur celles du continent africain. C’est à cette époque que leurs homologues nilo-atlantiques du Sahara fertile, nubo-égyptien, nigéro-méditerranéen, numide-ghanawa du Ghanata, ou Lebu Maratana du Baragwatha, avaient, bien avant, atteint leur palier de maturité. Ces dernières seraient même sur le déclin, au début du dernier millénaire avant l’ère chrétienne. Elles sont, en repli accentué de la Méditerranée qu’elles dominaient vers les régions méridionales subsahariennes nigérotchadiennes, sénégambiennes, guinéennes ou nigéro-congolaises. Le contact des terres d’outre-atlantique avec le monde euro-méditerranéen est certainement rompu physiquement à l’époque de Néchao, au moment de la naissance de la civilisation grecque, hellénistique et ptolémaïque, de l’Empire romain destructeur d’Alexandrie et de Tarakas ou Carthage, lors des guerres puniques. En dépit de sa prééminence sur la Méditerranée après les règnes des monarques numides que furent Kastaraba alias Hasdrubal, Tannabara alias Hannibal, Jëgwaratha alias Jugurtha, Masaani Siise alias Masinissa, empereur du Ghana ou Bokus monarque du Baragwatha sur l’Atlantique, la puissance romaine échouera face à l’Œkoumène atlantique et le transsaharien. L’idée de Tarana, terres de l’Atlanta, continent situé outre-atlantique désormais en relation exclusive, à la fin du dernier millénaire avant J.-C., avec les navigateurs des corridors du nord et du sud-équatorial, ouestafricain, n’en habite pas moins les mémoires. Elles en ont perdu les traces. Elle hante les imaginaires. L’historien et le politique, en Occident et en Orient, vont, durant deux mille ans, fantasmer sur Tarana, baptisé non sans raison, l’Atlantide ou avec moins de bonheur les Hespérides ou les Îles fortunées. La conversation de Platon –427 - –348 avant J.-C. – avec le Ham, savant nubo-égyptien du Timée sur l’Atlantide, est révélatrice d’une amnésie croissante sur le sujet. On est loin des auteurs nubo-égyptiens sources précieuses de la cartographie inspiratrice des œuvres dites « ante datées ». Cette cartographie que refonde Al Faghran au IX e s, recopie après les conquetes et sources islamo-orientales, non seulement les côtes de l’Atlantique, celles des pays du nord européen jusqu’à Elmina, au Golfe de Guinée, dans la zone du Corridor nord-équatorial, mais également, les côtes du Pacifique américain jusqu’au-delà du Garifunia californien. Le Monde méditerranéen gréco-romain qui prend la relève de l’Égypte pharaonique, de la Numidie et du Baragwatha en Maratarana

méditerranéen, aura, à défaut de mieux, inauguré la période de l’Atlantide fantasmée des Hespérides et des Îles fortunées. Ce sera en Méditerranée, jusqu’à l’avènement du judéo-christianisme et de l’islam, la quête par le transsaharien de « l’or du Soudan » de « l’Or, d’Elmina ». On a, par contre, sur l’ouest-africain, une vision assez claire de cet « Audelà de l’océan » dont se font l’écho, en connaissance de cause, les récits yoruba du « Voyage d’au-delà des Mers » ou ceux Lebu Wolof des moolmariniers. Ces derniers désignent l’Europe sous le nom de Tougal et les Européens comme des Tubaabu Geej (Peuples de la Mer ). Les terres de l’outre-atlantique sont par contre le pays des « Makka Cembe », des « hommes de couleur ocre », de couleur de « grain d’arachide ». Ils sont encore appelés comme peuple de la Mer, du terme lebu bantu de « Bambara Geej » ou « Bambara de la mer », toujours en relation avec cette couleur claire qui distingue les Bambara de teint clair, de leurs congénères Mandeng Malinké d’un noir de geais. Ces surnoms sont encore donnés de nos jours aux Antillais par les Wolof et les populations maritimes de la Sénégambie. À la Basse Antiquité qui marque le déclin de l’Empire nubo-égyptien et Numide, et l’émergence, au milieu du dernier millénaire avant l’ère chrétienne, de la Grèce puis de Rome, c'est de l'Afrique de l’ouest, de l'Afrique australe, de l'Europe atlantique et du sud-est asiatique, liés en permanence aux Amériques, de la Préhistoire à la conquête européenne, que l'on peut, en principe trouver les sources et l'information de première main, sur Tarana. L’Occident et l’Orient, éloignés des corridors nord et sud-équatorial, ne cesseront de s’intéresser au continent de l’outre-atlantique. On pourra juger de l’importance et de la qualité des sources et informations externes qu’ils fournissent. On en jugera de manière évidemment critique, par rapport à l’information de l’époque et à nos connaissances actuelles. Les sources les plus riches et les plus sûres, abondent aujourd'hui, grâce à l'apport de l'archéologie matérielle, maritime, linguistique et culturelle. Elles n’ont évidemment rien à voir avec les légendes qui alimentent les textes grecs, romains ou même ceux des premiers voyageurs arabophones. L'histoire transatlantique peut désormais, sans être contaminée par des mythes, se construire d'elle-même, de l'intérieur, à partir de ses acteurs, de leurs œuvres, de leurs points de vue et de leurs perspectives. Cette histoire qui est celle des terres, devenues les Amériques à partir de la conquête européenne, se confond, à l'origine, dans son évolution et dans ses sources avec celle du Monde méridional. Toutes les premières grandes civilisations dont celles du Sahara fertile, de l'Égypte, de la Mésopotamie sumérienne, de l'Indus ou du Golfe du Mexique naissent dans la mouvance d'une culture mésocontinentale et intercontinentale transocéanienne. On peut en découvrir, aujourd'hui, les relations, mettre en évidence les caractéristiques matérielles et spirituelles,

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techniques et intellectuelles, économiques et politiques. Cette thèse a été largement esquissée dans Bakari II 1312 et Christophe Colomb 1492 à la rencontre de l'Amérique, publié en 1992. Le monde méridional, ce sont les métropoles religieuses dites ramakushiques ou bachiques, fondatrices liées aux cultes agraires de bonne fortune de fertilité et de fécondité identifiables à leurs toponymes (Kush, Kish, Kusta, Kita, Ketu, Kito, Kite, Cité, etc.). Il est l'univers qui invente la vie urbaine, l'architecture angulaire, le temple-tumulus ou pyramide cultuel ou funéraire, la sculpture monumentale, l'écriture picto-idéographique, l'épistémologie à l'origine des techniques et des sciences. Il amène l'humanité et l’humanisme, à l'histoire avec ses Codes d'Innocence et ses Codes d'équité qui légifèrent sur l'inviolabilité physique, spirituelle et intellectuelle de la personne comme Ramatu créature de nature divine, qui participe de la juste Maat, de la Complétude de l'Unique qu’est Aatmenn. Cette première révolution spirituelle et intellectuelle de l'humanité dite ramakushi ou ramakushique s'étendra sur la planète comme les âges du lithique, des mégalithes, du rupestre... cf. Pathé Diagne, L'Archéologie linguistique et culturelle de la Préhistoire : l'ère ramakushi. C'est cette révolution qui unifie, sur les plans culturel et géographique, la terre pour la première fois durant la Haute Antiquité. Son déclin, qui coïncide avec les avancées de la désertification et la rupture des communications, correspond à la Moyenne et Basse Antiquité qui a duré du second millénaire avant J.-C. à l'avènement de la géopolitique islamique. L'avènement de l'islam conquérant va contribuer à la réunification physique progressive de la terre. Il va, en renouant avec les legs de l’Antiquité nuboégyptienne, suméro mésopotamienne et la Basse Antiquité grecque alexandrine ou hellénistique, initier les renaissances, à partir du IXe siècle, des Abbassides et d’Al Fagran, le voyage de Bakari II, en 1312 et le périple de Christophe Colomb, en 1492. L’historiographie qui s’est développée autour de ces périodes et de leurs questions mérite attention pour y situer la place de Tarana/l’Amérique précolombienne : un continent africain.

1- L'historiographie des faits
L'histoire du Nouveau Monde peut être écrite à partir de deux points de vue, eu égard aux sources. Le point de vue externe est propre à ceux qui ont ignoré ou cessé de connaître l'existence des terres d'outre-atlantique. C'est le cas de la Basse antiquité ptolémaïque et post pharaonique, grecque, phénicienne ou carthaginoise. Le Timée de Platon et l'Almageste de Ptolémée d'Alexandrie en témoignent. Le point de vue interne relève du témoignage fourni par les populations qui ont façonné l'histoire des terres d'outre-atlantique et celui légué par les

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nations restées, comme en Afrique de l’ouest, en contact permanent avec ce continent. En ce qui concerne les sources, on peut utiliser en particulier celles fournies par : − l'historiographie constituée par les dépositions des écrivains, géographes ou cartographes ayant été intéressés par le continent d'outre-atlantique ; − l'archéologie maritime, matérielle, linguistique ou culturelle, économique ou technique, spirituelle ou intellectuelle ; − la cartographie dite «ante datée» réalisée durant la migration de la Haute Antiquité, sur les terres d'outre-atlantique et découverte par les Arabes après la conquête de l'Égypte ; fournit une des sources les plus précieuses sur ce plan. 1-1 Le point de vue externe : l'Atlantide fantasmée Les sources que l’on détient de la Basse Antiquité comme composante du long Moyen-Âge ont le défaut d’avoir perdu le contact avec la navigation transatlantique. C’est le cas ce qui concerne, l’Égypte ptolémaïque et la Méditerranée qui, à la Basse Antiquité ont cesse tout contacr avec la navigation transatlantique permanente. La géopolitique gréco-romaine qui prend la relève en Méditerranée, de l’Égypte, de la Numidie et du Baragwatha ouest-atlantique, à défaut d’éventer sérieusement le secret de la navigation transatlantique et du continent de l’outre-atlantique, avec l’enquête que mène Platon dans le Timée, auprès d’un prêtre nubo-égyptien, va fantasmer autour d’une réalité qu’elle ne maîtrisera jamais. Le mythe de l’Atlantide et les représentations fantasmagoriques sur l’Archipel des îles du Cap-Vert, promontoire sur le corridor du nordéquatorial, sur ses habitants et ses monstres, vont libérer les imaginaires. On cherche non seulement à situer l’Atlantide, continent effectivement perdu pour les Méditerranéens mais aussi, ces Îles fortunées de l’Archipel du Cap-Vert « jardin où poussent des pommiers producteurs d’or », sous la surveillance des Hespérides qui en sont les gardiennes. Cette ignorance va se perpétuer durant tout le long Moyen-Âge marqué en Méditerranée par les hégémonies grecques puis romaines, impuissantes, même avec l’avènement de l’empire chrétien d’Occident, à rouvrir la géopolitique antique. L’expansion de l’islam oriental et de ses conquêtes marquera une réouverture considérable de la géopolitique afro-eurasienne. Elle initie, après la conquête de l’Égypte dépouillée de ses archives, une renaissance des sciences et de la géographie qui va prendre de l’ampleur. Les connaissances qu’a du Monde et de l’outre-atlantique le long MoyenÂge qui retient notre attention, sont limitées comme sources d’information. Elles ont été marquées en amont, par Néchao et sa circumnavigation et en

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aval, par l’essor de la géographie, elle-même stimulée, à l’époque Abbasside, par les conquêtes territoriales islamo-orientales et les travaux d’Al Fagran qui ont été poursuivis par les cartographes andalous. Les sources les plus courantes sur l’intérêt que suscite Tarana ou les terres de l’outre-atlantique dans cet espace géopolitique, remontent au pluspour cette période au VIIe siècle avant J.-C. Elles relèvent de la production des auteurs égyptiens, grecs et romains plus ou moins héritiers de la tradition pharaonique, de ses géographes et cartographes. Les auteurs clés de cette période sont tous des élèves de l'école pharaonique pré-hellénistique ou de l'Égypte « Alexandrine et des Ptahramen ou Ptolémée ». Les sources islamo-orientales Arabes relèvent en aval du même contexte : une Basse Antiquité prolongée par le long moyen-âge. Elles vont toutefois, apporter une information de première main sur l'espace géographique conquis. Elles ont commencé à balbutier, au départ, en prenant en compte Ptolémée d'Alexandrie son Almageste et sa géographie porteuse de toutes les incertitudes de la Basse Antiquité. Mais l'expansion de la géographie islamique allait rapidement permettre, à partir du VIIIe siècle, de corriger bien des erreurs par l'expérience concrète du terrain. Les géographes musulmans étrangers à l'ouest-africain ne pourront toutefois pas lever tous les secrets d'une navigation transatlantique étroitement contrôlée comme le commerce transsaharien, par l'empire subsaharien. Celui-ci en gérera exclusivement l'accès et les enjeux jusqu'à l'avènement du Mali couronné par l'expédition outre-atlantique de Bakari II en 1312. C'est l'écho du voyage de Bakari II, rapporté par l'historiographie de l'époque, avec Al Omari qui le consigne, dès 1324, dans son Masalik Al Akbar fi Mamalik Al Amsar et la cartographie catalane, publiant son effigie sur l'Atlas de 1375, repris par l'œuvre encore plus précise de Mecia de Villadestes de 1413, qui matérialisent l'idée des Indes occidentales et du Nouveau Monde. Cette idée est née à partir du IXe siècle, dans la mouvance de la Renaissance, stimulée par les Abbassides et les travaux d'Al Fagran, traducteur de Ptolémée d'Alexandrie. L’évolution des sources n’est pas sans intérêts avec ses deux séquences et ses auteurs plus ou moins avertis.

A/La Basse Antiquité, le long Moyen Âge et les sources gréco-romaines
Les historiens, géographes ou cartographes qui, à la Basse Antiquité, parlent de l'Afrique d'au-delà du Delta du Nil ou du pourtour méditerranéen, ne sont que peu informés des faits relatifs à la vie sur les deux rivages de l'Atlantique où s'écrit une part de l'histoire. Stéphane Gsell, auteur de l'Histoire ancienne de l'Afrique du nord, ouvrage paru à Paris, en 1913, recense l'essentiel de ces sources sur lesquelles gloseront nombre de ses successeurs, et des générations entières de chercheurs avec F. Braudel et son École. On contestera avec celui-ci l'existence d'une navigation africaine, tout court, tout en tenant pour négligeable une historiographie arabophone des plus riches. La recherche se contentera d’approfondir surtout cette contribution ancienne

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s'interdisant, en même temps, d'explorer l'historiographie non occidentale et surtout une archéologie ouest-africaine, maritime, riche de découvertes potentielles. Ils isoleront l'Afrique maritime de l'Europe méditerranéenne et atlantique alors que leurs liens étaient anciens et importants. Aucun auteur n'a affirmé l'existence d'un continent outre-atlantique fréquenté, à son époque, de manière permanente et vérifiable par une nation européenne ou méditerranéenne. Tout, ici, relève d'hypothèses, de conjonctures ou de visions fantasmagoriques. Cependant, une navigation transatlantique euro-méditerranéenne secrète, nubo-égyptienne, syrophénicienne judéo-israélite ou philistine, Karatagana ou carthaginoise, grecque ou romaine, Basakum ou basque, Baratana bretonne, british, britannique ou Tabara ibérique, n'est pas à exclure. Ce que les auteurs nous apprennent à ce propos, reste, malgré tout, du domaine de la légende. C'est au VIe siècle que le pharaon Néchao II fit entreprendre l'une des dernières expéditions de circumnavigation de l'Afrique. C'est à peu près à la même époque que les Grecs font leur entrée dans l'histoire. Platon est, dans ce contexte, l'une des premières sources sérieuses que l'on peut consulter. Il a été l'élève des Ham, les savants pharaoniques, qui l'ont initié. C'est lui qui a rapporté, dans le Timée, l'histoire antédiluvienne de l'Atlantide, continent d'outre-atlantique, qu'un vieux prêtre égyptien de la ville de Sawu ou Saïs sur le Delta du Nil, avait racontée à Solon en 570-560 avant J.-C. Le vieux Ham ou Horon, prêtre de Saïs aurait dit à Solon, selon Platon : « Vous Hellènes, vous êtes d'éternels enfants, il n’y a pas un vieillard parmi vous. Vous n'avez aucune tradition, aucun souvenir de l'antiquité lointaine… Il y eut, jadis, en face de ce détroit que vous appelez les colonnes d'Hercules, une île, une terre plus grande que la Libye (l'Afrique) et l'Asie réunies : elle s'appelait l'Atlantide. Nos archives racontent comment votre cité fit échec à une grande puissance qui, de sa base située dans l'océan Atlantique, s'avançait pour attaquer les villes d'Europe et d'Asie ». Hérodote, cinquante ans après, signalait, en relation avec ce récit, les Atarantes ou Atalantes (Wa Tara) comme populations vivant non loin des Garama-Tarama. Diodore de Sicile a vécu au dernier siècle avant J.-C. Il parle lui « des amazones occidentales » africaines qu'il met en parallèle avec des « amazones orientales ». Ptah Ramen alias Ptolémée ou Pathé Lamine, faisant, au premier siècle avant J.-C., sa synthèse des connaissances de la terre dans sa Géographie qui servira de référence jusqu'à la Renaissance initiée par l'avènement de l'islam, fixera les limites du Monde connu dans la Mer des ténèbres : l'Atlantique parsemée de 24 îles éternelles ou fortunées, habitées par les adeptes du culte d'une idole, vénérée sous forme de statue. La Basse Antiquité, dominée en Occident par les Grecs et les Romains, à une époque de recul des connaissances de la terre, lâchera la bride aux imaginations. L'océan inaccessible des ténèbres allait amplifier des rumeurs dont on continuera à avoir des échos jusqu'à l'époque moderne. Les légendes sur l'Atlantide, continent disparu ou en dérive, feront fonctionner

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les esprits, stimulés par les spéculations les plus diverses sur des navigations transatlantiques, initiées d'un peu partout, et plus ou moins hypothétiques. Égyptiens, Phéniciens, Grecs, Romains, Sumériens, SémitoBabyloniens ou Israélites seront tour à tour crédités d'exploits plus ou moins secrets et plus ou moins établis à ce sujet. Cela bien avant la saga des vikings ou des normands. Les thèses les plus fantaisistes fleuriront au point où il est, aujourd'hui encore, risqué d'associer à une recherche sérieuse sur le Nouveau Monde, les sources anciennes, pourtant précieuses, mais à l'origine de bien des thèses plus ou moins fragiles. Elles peuvent facilement contaminer les faisceaux de preuves les plus évidentes. D'aucuns, à dessein, ont vite fait d'assimiler toute découverte sérieuse et capitale aux légendes d'antan sur l'Atlantide ou aux voyages mythiques, inventés par quelques poètes ou prosateurs de la Basse Antiquité. En dehors de l'idée d'une Atlantide antédiluvienne, continent disparu dont Platon se fit l'écho, comme on l’a vu, les sources anciennes grecques, romaines ou arabes donnent surtout des repères qui peuvent servir à identifier des populations, des régions, des géographies culturelles. On a vu comment on pouvait tirer partie de ces données, en les maniant avec précaution et rigueur (cf. Pathé Diagne, Bakari II 1312, Christophe Colomb 1492, publié en 1992). Hérodote, au Ve siècle avant J.-C. (484-420), intervient dans le débat avec ses informations sur les Andurmakhidae comme premier peuple libyen, c'est-à-dire africain, sur les frontières de l'Égypte. Les Andurmakhidae sont les adeptes du culte Kelukus Kelukan, alors, universel, en Méditerranée africaine et ibérienne. Hérodote a également évoqué les confréries ramakushites, nubo-égyptiennes et éthiopiennes. C'est encore lui qui relate l'histoire de deux Waraman prêtres de Ra ayant rencontré des Kondoron ou pygmées. Les Garama, Tarama ou Zarma Sakum adeptes de Ra et Kum, divinité naine de la fécondité, et les Garama Sasum, adeptes de Sum, le python royal, lui sont familiers. Claudien, dans «Guerre contre Gidon», narre l'intervention des Garama contre le pouvoir romain. Frontin, auteur des Stratagèmes, donne des informations assez intéressantes sur l'armée carthaginoise composée, comme celle des Massasi, Massasum ou Masila-Masyles, à l'époque de Masaani Siise, de contingents redoutés de Sara. Diodore de Sicile, au 1er siècle avant J-C, fournit également des informations sur la population qu'il appelle éthiopienne et qui peuple la Libye et la Méditerranée, en 307 avant J.-C. Silicus Italicus évoque le «Nil Nigéro-Sénégalais » et ses rives, sans grande précision sinon sur le «corpora nigrantia» ou les «corps noircis » de ses riverains. Il connaît les Andurmakhidae Andoramakondira. Strabon, 58 avant J.-C., géographe universel, rapportant Poseidonios, 1er siècle avant J.C., lie le nez épaté, les lèvres saillantes et les cheveux crépus des populations Taranakus de la Cyrénaïque intérieure, à l'extrême sécheresse

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du climat. Ibn Haldoun reprendra l'argument, des siècles plus tard, à propos des populations africaines du nord et du centre. Pline l'Ancien connaît les Garama qu'il considère comme des Éthiopiens. Il évoque le Fleuve Nigris-Nyagara, à la frontière de la «province» dite de l'Afrique et celle dite de l'Éthiopie. Il faut voir, dans le Nigris de Pline, une identification du Nagura-Nyagara comme limites (ñag) du pays de Ra, désignant les chutes de la Falémé et plus tard les chutes du Niagara dans le Nouveau Monde. Pline identifie également les Tarakus Tarachi Tarageni et les Ochalices (Bacili Wasili). Pomponius Mela, dans sa Chorégraphie, identifie le Fleuve Ñuul ou Wadi Nuul, Fleuve noir, en Lebu Wolof. C'est la même racine qui a donné le Nil. Pline parle des Darae, Tarae ou Tara et des Darahta ou Tarata à l'ouest. Les Marac Tara Para-Peror sont assimilés à des Éthiopiens vivant dans le Magarabga Sasum, Magaraba Kasum. Ptah Ramen, alias Ptolémée ou Pathé Lamine, décrit, au premier siècle de l'ère chrétienne, un demi-millénaire après Hérodote, les Garama-Zarama dans sa Géographie. En Libye intérieure, il parle des Girrhei ou Garo, des Nigritae ou Ñagarata, des Odrangidae ou Andoragen. Il décrit l'organisation du pouvoir royal Garama étendu à divers peuples. Tout cela est mince comme références mais pas tout à fait inutile, au plan des repères. La grille de l'onomastique africaine kushique et ramakushique les éclaire. La limite des connaissances que la Basse Antiquité avait des terres de l'ouestatlantique et de l'outre-atlantique, est corroborée par la pauvreté de ses cartes, comparées à celles de la Haute Antiquité, découvertes après la conquête islamo-orientale de l'Égypte pharaonique et qu'utilisent les auteurs des œuvres dites «ante datées » : Mecia de Villadestes et les catalans, avant Haaj Ahmet ou Piri Reis. Le débat sur cette question a déjà été largement fait dans Bakari II 1312 Christophe Colomb 1492 et Tara Para nº 1 et 2. Au vu de la faiblesse relative de l'information, on est en droit de dire que les sources externes à l'ouest-atlantique euro-africain attestent d'une méconnaissance certaine de l'histoire et de la réalité transatlantique. Le Moyen-Âge marquera un recul plus considérable que la Basse Antiquité. Il faut attendre la fin du long Moyen-Âge (Basse Antiquité et «Moyen-Âge européen«), la réouverture de la géopolitique mondiale par les conquêtes islamo-orientales, pour voir renaître curiosité et intérêt à l'endroit du monde transatlantique.

B) La Renaissance et les sources arabo-musulmanes
Le retard enregistré par les savants contemporains sur une bonne lecture de l'histoire africaine et transatlantique tient en partie, on l'a dit, au peu d'intérêt porté aux sources arabes, à leurs informations et éclairages. Il est certain que ces sources sont d'autant plus instructives qu'elles saisissent les populations avant l'islamisation et l'arabisation, qui vont raboter non seulement la pensée religieuse et métaphysique africaine, mais également

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