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Tombouctou

De
188 pages
Cet ouvrage sur "Tombouctou la mythique" retrace son histoire de 1090 à 1960. A travers les hommes qui l'ont faite et défaite, Tombouctou a forgé une légende et un lieu dont le seul nom excite l'imagination et fait rêver voyageurs et explorateurs. Récit d'aventures et des conquêtes mettant en évidence les aspects militaires mais donnant aussi un formidable éclairage géopolitique sur une Afrique vue et vécue de l'intérieur.
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Robert Davoine

TOMBOUCTOU
Fascination et malédiction d'une ville mythique

L'Harmattan
5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@ L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-3939-3

Le sel vient du Nord, l'or du Sud et l'argent du pays des Blancs; mais les paroles de Dieu, les choses saintes les histoires savantes et les contes polis on ne les trouve qu'à Tombouctou (proverbe soudanais)

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Avant-propos

Pourquoi un livre sur Tombouctou quand tout semble avoir été écrit sur le sujet? Cela est sans doute vrai, mais, y ayant séjourné un peu plus de trois ans au début de ma carrière, j'ai étê impressionné par la fascination que cette ville avait exercée - êt exerce encore - sur le monde africain et européen. Ainsi, une promotion de l'École Spéciale Militaire de Saint-Cyr, la soixante-douzième (1887-1889), a été baptisée en 1888 du nom de Promotion de Tombouctou, alors même que la ville n'avait pas encore été conquise par nos troupes. Sur les quatre cent soixante élèves qu'elle comptait, cent sept, soit près du quart, sont morts pour la France. Je m'étais promis d'éclairer les raisons de cet engouement dès que je le pourrais. Plus tard en 1982, attaché des Forces armées près notre ambassade en Mauritanie, je me suis intéressé à l'histoire de la. partie orientale de ce pays - le Hodh - qui jouxte le Mali et une zone que j'avais parcourue plus de vingt années avant. En 1991, ayant pris ma retraite à Toulon, j'ai découvert qu'une place de la ville était baptisée place du Colonel Bonnier et cela m'a rappelé mes années de jeune lieutenant à la 3èmecompagnie saharienne motorisée, à Tombouctou. En 1994, m'étant engagé auprès de l'Association des amis du musée des Troupes de Marine de Fréjus à faire un exposé sur le thème« Il y a 100 ans... Tombouctou! » pour évoquer le centenaire de son occupation par la France, je me suis donc replongé dans l'histoire de cette ville. J'ai alors été surpris par le destin réservé à certains de ses découvreurs ou de ses conquérants, à croire qu'une véritable malédiction s'était abattue sur eux. La bibliographie est abondante. De nombreux ouvrages, anciens pour beaucoup, évoquent Tombouctou à différentes épo-

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Tombouctaû..

ques. Mais je n'en ai pas trouvé, de récents notamment, qui rela~ tent l'histoire de cette cité depuis ses origines. Je n'ai pas lu l'article de Péfontan daté de 1922, mais je suppose que, déjà1 à cette époque, il avait ressenti le besoin de faire ce que plus de. soixante-dix ans plus tard je tente de réaliser. Enfin, à une époque où l'événementiel prend trop souvent le pas sur la réflexion, où le présent fait fi du passé, j'ai voulu contribuer au devoir de mémoire envers tous ces hommes, afrl~ cains et européens, morts pour la découverte ou la conquête de cette cité, et pour faire ressurgir de l'obscurité tous ces évén~~ ments oubliés ou volontairement ignorés des hommes de cette fin du XXe siècle. La rédaction de cet essai pourra, peut-être, surprendre le lecteur. Sans vouloir refaire l'histoire, approfondie, de Tombou~:;, tou, il est apparu nécessaire d'en rappeler en quelques pages lêé principaux moments, et de présenter les populations qui habitent cette ville, ainsi que sa région. Les événements qui ont conduit,~ son occupation par nos troupes sont, avant tout, le centre d'intétêt de ce document, ainsi que la période qui suivit jusqu;à l'indépendance du Mali. Cet ouvrage est celui d'un passionné d'histoire qui a eu la chance de vivre, un temps, dans ces lieu" remplis de souvenirs, et de s'y intéresser. Les pages qui suivent sont une évocation d'un moment d,é. l'histoire de Tombouctou, une tentative d'explication sur la fasêi~ nation qu'exerce cette ville et sur la malédiction qui a frappé plu~ sieurs des acteurs, africains ou européens, de son histoire.

Introduction

Rares sont, au monde, les villes qui, comme Tombouctou, ont suscité autant de controverses et de convoitises, mais aussi de fascination. Inscrite en 1988 sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO en tant que site culturel, pourquoi Tombouctou attiret-elle donc à ce point? N'est-elle qu'un mythe, qu'une légende, ou bien la réalité est-elle tellement trompeuse par l'aspect qu'elle offre à la vue du voyageur qui la découvre? Dès sa création, elle semble s'être entourée d'un mystère que les siècles n'ont fait qu'épaissir. Qui sont ses fondateurs et d'où vient son nom? Créée pour des fins essentiellement commet-

çantes, cette étape de transit et « d'échanges entre la pirogue et le
chameau» va devenir pendant un long temps, un haut lieu de culture et de spiritualité. L'est-elle encore? Son rôle de grand centre de commerce est-il toujours réel? Les empires noirs sahélo-sahariens et les Touareg se sont disputé sa possession, mais on saisit mal les raisons de ces conflits. Certes, sa position géographique est bien plus favorable que celle de Ghana (actuellement localisée et confondue avec les ruines de Koumbi Saleh, au sud-est de la Mauritanie) ou de Oualata, mais Gao présente de bien plus grands avantages. La volonté des Touareg de dominer la ville se conçoit fort bien en raison de l'important commerce qui s'y faisait, et du profit que les pillards pouvaient en tirer, mais les richesses aurifères, supposées emplir ses coffres, relèvent de l'imagination collective, de la légende. C'est cependant en se fondant sur ces croyances, que le Maroc, puis les États européens, vont partir à sa découverte et la conquérir. 1591 est une date capitale dans l'histoire de la ville. Avant, elle n'était qu'un objet de convoitise locale; après, elle devient un en-

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Tomboucto.U

jeu international d'abord africain, mais très vite européen,. L'Angleterre, puis la France vont se lancer dans une compétitiô,fi pour la conquérir - compétition qui, normalement, aurait dû sourire à la première. Après bien des tentatives malheureuses - mâ,~ lédiction - le sort décida que le premier Européen à revenir dé cette cité interdite serait un Français, et c'est finalement la Fran~ê

qui hissera son drapeau sur la ville, après que deux drames
core la malédiction

- eurent

- en~

endeuillé cet exploit.

1894 marque le début d'une période de paix pour Tombouctou, bien que la région connaisse des soubresauts jusqu'en 1932. Mills la prospérité commerciale ne revient pas et le déclin culturel.êt spirituel s'accentue, même après l'indépendance du Mali en 19ôO,
en dépit des efforts de plusieurs organisations internationales.

Il

est vrai que la situation dramatique de la région (accroissement dé la désertification due à la sécheresse), et les attaques mêmês (rébellion des Touareg) subies par la ville ces dernières années, fia sont pas de nature à favoriser un essor dans quelque domaine qUé ce soit. Les raisons ayant motivé la création de la ville et l'origifiê des fondateurs seront évoquées avant de rappeler l'histoire et lés mœurs des diverses populations qui s'y côtoient et vivent dans ta région. Sa découverte, d'abord, par les voyageurs arabes, puis Ba conquête par le Maroc seront développées. Devenue un enjeu pott.r les pays de l'Europe, on cherchera à comprendre les causes de là fascination exercée par cette ville sur les explorateurs européens
~

en dépit d'une malédiction

certaine

-

avant d'exposer

la politiquë

française, initiée dès le XVIe siècle, lancée sous le Second Emp1:ré et réalisée sous la Troisième République. La mise au point dé l'expédition organisée pour secourir la flottille de canonnières, )a conquête de la ville par nos troupes et les circonstances des dra~ mes qu'elle causa, seront examinées avec une approche plus spécî~ fiquement militaire. La pacification de la région puis la périodê qui s'ensuivit jusqu'à l'indépendance du Mali seront ensuite lotlguement traitées dans la dernière partie de cet ouvrage. Les mêmes faits sont mentionnés dans plusieurs chapitrés. Cela est apparu souhaitable pour leur compréhension. De mêmê, pour bien situer certains événements, il a paru judicieux d'évoqué't ceux qui avaient lieu en France ou en Europe, à la même date. Lê lecteur comprendra ainsi que ces États africains n'étaient pas aue-si barbares et arriérés que des auteurs l'ont longtemps lais~é

Introduction

Il
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croire. Le décalage avec notre civilisation occidentale commence~
peu près au XVIe siècle.

Des annexes regroupent les biographies sommaires d'acteurs dont il est longuement question, et évoquent très succinctement ce qu'ils sont devenus. D'autres reproduisent in extenso des documents cités dans le cours du développement. Une chronologie rappelle les principales dates et les principaux événements de l'histoire de la ville. Il a semblé souhaitable de constituer, in fine, un glossaîrë pour donner au lecteur l'explication de mots et expressions cou.... ramment utilisés dans le langage des nomades et des sahariens même s'ils ne figurent pas tous dans le texte. La bibliographie est abondante et diverse. Elle ne reprodùit pas, bien évidemment, tous les ouvrages publiés sur Tombouctôll ou sur la région. En particulier, aucun document édité sur lérs Touareg ou sur le fleuve Niger n'est mentionné: cela tient à là raison que les renseignement recherchés ont été trouvés dans dès ouvrages déjà compulsés. Les cartes et croquis que l'on trouvera dans cet essai sont, dans la mesure du possible, extraits de livres ou autres documents contemporains des faits. Cependant, une carte moderne du Mali à été insérée pour que le lecteur puisse se rendre compte dé l'évolution de la cartographie et ainsi mieux appréhender les dim... cuItés rencontrées par les voyageurs ou par les explorateurs. Il réalisera de cette façon beaucoup mieux les distances à parcourlt:, qu'on n'évalue pas de nos jours comme à l'époque des faits. Les photographies elles aussi ont été, autant que faire ~ë peut, choisies pour leur date de tirage. Néanmoins certaines -lés
paysages en particulier

-

sont beaucoup

plus récentes

et ont été

préférées pour leur clarté.

" PREMIERE

PARTIE

LES ORIGINES (1090 1630)

-

Chapitre I Origine et peupleInent

Tombouctou n'a pas encore célébré son premier millénaire d'existence. Néanmoins et depuis longtemps, elle fait partie de cee villes dont le nom évoque tout de suite le mystère, la légende, le rêve, le mirage. En un mot, elle exerce une fascination sur les hommes. Dans la langue anglo-saxonne, l'expression « To go to Timbuctu » est utilisée pour aller au loin. Les expressions françaises, aller au diable vauvert ou aller au bout du monde en sont sans doute les meilleures traductions. Les Anglais ont, vraisemblablement, voulu exprimer ainsi les difficultés rencontrées par leurs compatriotes pour atteindre cette ville dont plusieurs furent les victimes comme d'une malédiction. Situation géographique.

Sise au cœur d'un continent africain considéré comme très souvent hostile par sa nature et son climat, Tombouctou est réel... lement isolée. Pour l'atteindre, il faut traverser soit le plus grand désert du monde, le Sahara, soit des régions difficiles d'accès, soit naviguer sur un fleuve dangereux. Située en zone sahélienne, au nord de la boucle du Niger, à une quinzaine de kilomètres du cours principal du fleuve, Tombouctou apparaît de manière différente selon l'époque de l'année où l'on y arrive, et selon le côté d'où l'on vient. A cette latitude (16°46), l'étoile polaire est basse sur l'horizon, et le voyageur européen doit faire un effort pour la trouver, habitué qu'il est de la chercher plus haut dans le ciel. Bâtie sur des dunes, elle est enserrée, pendant la période des hautes eaux du Niger (notre hiver), par des mares qui sont autant de résurgences du fleuve. Venant du

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Tombouctou

nord, c'est à dire du désert, après avoir franchi une forêt de tâ~ hlas 1, le voyageur débouche sur une vallée dénudée, surmontée au sud par un cordon dunaire dont la crête disparaît sous des cubé~ qui sont les habitations, dominées par la masse d'un fort (Fort HU~ gueny) et le minaret tronconique de la mosquée de Sankoré. Qu~il vienne de l'ouest (de Goundam) ou du sud (c'est-à-dire de Kabatà~ donc du fleuve), le voyageur atteint la ville en empruntant uné piste de sable noirci, serpentant au milieu de nombreux tablas êt palmiers. A l'orée de cette masse boisée, il entre quasiment dans là ville et découvre, sur sa gauche, la forme imposante de la mosquéë de Djinghereber et, devant elle, le Fort-Bonnier. Envahie par lé sable, la cité est composée de maisons en forme de cubes dont lé~ plus cossues possèdent un étage. Les toitures plates (argamasseê.) servent de terrasses et deviennent le centre de la vie nocturne e'fi. saison chaude. Au nord et à l'est, des groupes de paillotes héml$" phériques et de khaïmas blanches abritent les populations de Bél* lah ou de Berabich qui se sont agglutinées autour de la vilté:, fuyant la sécheresse et les conditions de vie difficiles.

Époque de la fondation.
La date de sa fondation et l'identité de ses fondateurs quî ne sont pas connues avec certitude ajoutent au mystère. A Torn.. bouctou même, en 1957, d'éminents lettrés restaient prudents Sy.t ces points. On peut cependant admettre, avec la majorité des auteuts1 que la ville fut fondée à une date comprise entre 1090 et 1100, c'est-à-dire à la fin du XIe siècle. En Europe, c'est la période de là première croisade. Si un consensus semble s'être fait sur la datë de la fondation, il n'en est pas de même sur l'origine du nom et S'\1;:t l'identité des fondateurs. Des auteurs 2 estiment que l'existence du Niger est connûé cinq siècles environ avant J.C., à la suite du voyage des Libyens Nasanons venant du désert de Libye. Ils auraient atteint le f1euvè:~

1 Espèce d'acacia aux branches munies de longues épines, fort appréciéês par les chameaux et les chèvres 2 La Revue africaine, tome XI -1867- Voyage des cinq Nasanons par le général Faidherbe, cité dans Bonnier: L'occupation de Tombouctou, p.9.

Origine et peuplement

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en un point situé entre Bourem et l'actuel site de Tombouctou, mais il est avéré qu'aucune cité n'existait alors dans la contrée. Ce sont les voyageurs arabes qui, les premiers, semble-il; ont parlé de la région. Le nom de "Timbouct" apparaît pour la première fois sur tt"fi atlas européen, la Mappemonde Catalane 1, œuvre de géographé~ espagnols, parue vers 1375.

Origine du nom. L'origine même du nom est l'objet de controverses. Reptênant le Tarikh-es-Soudan 2,F. Dubois 3écrit en 1897 :
Vers le cinquième siècle de l'Hégire 4, c'est-à-dire vers l'ah 1100 de notre ère, une tribu de Touareg, les Maksara ou MarkàiJ~ seghi 5 déambulait avec ses troupeaux entre Araouane et le village d'Amtagh (ou Hamtagal au sud-ouest de Tombouctou) ou encqfè Amadia 6 sur une dune au bord du Niger. Au cours de leurs déplttcements, ils distinguèrent, au milieu des dunes, une sorte d'oasis ayant, en toute période de l'année, une végétation abondante ain.si que de l'eau. Les nomades décidèrent de s'en assurer la possession exclusive. Un campement fixe y fut installé, des huttes furent drèSw sées. Les Touareg y déposèrent des provisions et divers objets.
«

1 Histoire de l'Humanité -UNESCO- tome IV p.857 et Bonnier, op. cÎt. p.9. 2 Le Tarikh es Soudan est une chronique des événements politiques, lit.. téraires et religieux survenus au Soudan, depuis les temps les plus re~u" lés, jusqu'en 1656. L'explorateur allemand Heinrich Barth, qui vécut six mois à Tombouctou (du 7 septembre 1853 à mars 1854), en découvrit un exemplaire. Il attribua, à tort, la rédaction de l'ouvrage à Ahmed Baba1 lé grand lettré tombouctien (1556-1627). En réalité, il convient d'attribu~:r la paternité de l'œuvre au savant Abderahmane ben Abdallah ben AntI' Es-Sâdî el Tomboucti (1596-1658). 3 Félix Dubois, explorateur français, effectua un voyage au Soudan, sut lé Niger en 1895-1896. Auteur de Tombouctou la Mystérieuse publiée an 1897. 4 Ère des musulmans qui commence en l'an 622 de l'ère chrétienne. 5 Cette tribu targuia n'a pas été identifiée avec certitude de nos jours. 6 L'emplacement de ce village n'a pas été déterminé avec exactitude. l~é village d'Amadia existe réellement.

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Tomboucto.u

Quelques Bellah 1 furent commis à la garde de ce dépôt et placés sous l'autorité d'une vieille femme de confiance appelée "Tombouctou", c'est-à-dire "la mère au gros nombril". Le sobriquet devint populaire et contribua à faire connaître rapidement ce campemelit

fixe et ses avantages.

»

«Les voyageurs sy arrêtèrent, dit le Tarikh-es-Soudan, en~ suite les gens commencèrent à sy installer à demeure fixe. Les c~.~ ravanes venant du nord et de l'est et allant vers le royaume de Mali et Ghana 2 séjournèrent là pour renouveler les provisions. Un mar~ ché sy établit. Ce fut le lieu de rencontre de ceux qui voyagent èn pirogue et de ceux qui cheminent à chameau. » Cette explication, tirée d'un document considéré comme capital pour la connaissance de l'Afrique pré-coloniale, est, certè$, poétique. Elle contient, sans aucun doute, une part de vérité. Une autre hypothèse recherche les racines du nom dans là géographie du site et dans l'étymologie. En arrivant du nord, c'està-dire du désert, on découvre brusquement en franchissant lé~ dunes, une région vallonnée couverte d'épineux, de doums et dé rogniers 3. Des mares y stagnent en période des hautes eaux du. Niger. Les puits y sont nombreux et peu profonds. Nul doute qué1 pour des nomades dont le principal souci était de trouver de re.au et du pâturage pour leurs troupeaux, ce lieu apparaissait commê
1 Les Bellahs forment dans la société targuia, une caste au plus bas dé l'échelle sociale. Ce sont d'anciens esclaves ou serviteurs attachés géne.. raIe ment à une famille ou à un clan. 2 L'Empire de Ghana est le premier et le plus ancien des empires noirs du Sahel. Fondé par des Soninkés, il avait pour capitale Ghana, actuel;. lement identifiée à Koumbi Saleh, ville en ruines située en Mauritanie à environ 50 km au sud-est de Timbédra. Cet empire dura du début dé notre ère à l'an 1076. L'Empire de Mali fut créé par les Mandingues, peuple vivant sur le Haut. Sénégal et le Haut-Niger. D'abord royaume indépendant, il contribua à ln destruction de l'empire de Ghana et se constitua alors en Empire. Son :rôî (ou Mansa) le plus célèbre fut Kankan Moussa (début XIVème siècle) qui s'empara de Tombouctou. 3 Les doums sont des palmiers formant des bosquets. Les phacochèrés adorent s'y cacher. Les rogniers ou rôniers sont une espèce de palmièf dont le tronc, très long, sert de poutres à la plupart des maisons de Toni... bouctou.

Origine et peuplement

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un paradis. C'est pourquoi, on peut raisonnablement admettre que les Touareg désignaient cet endroit "Tin" ae lieu de...) Bouch (pè~ tites dunes), déformation de "Nebka" (petite dune). On trouve éfi~ core dans les tayerts 1 au nord de l'actuelle ville, des puits dénommés Tin Tehoun, Tin Eguelhâi, Tin Boukri... La forme actuelle do. mot est due, très certainement, à une évolution dans la prononciâ... tion par les Songhaïs, par les Bambaras et enfin par les Européens (Timbuctu en anglais, et Tombouctou en français). Pour notre par"t~, en nous remémorant nos souvenirs, nous faisons crédit à cette hYpothèse, plus vraisemblable que celle citée par Dubois. Les fondateurs de la ville.

Il est généralement admis que des Touareg sont les fondateurs de la ville. Mais à quelle tribu appartenaient-ils? Reprenant le Tarikh-es-Soudan, le professeur Sékéné ModY Cissoko, dans son remarquable ouvrage, Tombouctou et l'Empirè Songhay, appelle Maghcharem les fondateurs de Tombouctou. Après avoir confronté plusieurs hypothèses, il conclut: « On peut admettre que les "Maghcharem ", fondateurs de Tombouctou étaient les fractions nobles des tribus Sanhadja, ~éw; dâça, Messoufa, Antassar et probablement d'autres tribus Touarèg. Il est possible que la ville fût fondée, plus particulièrement, par une fraction des Medâça dont l'habitat était précisément dans les enviw; rons de Tombouctou. Les Messoufa, caravaniers et commerçant.s; seraient venus renforcer le noyau primitif et en firent un centre commercial, débouché du sel destiné à la boucle du Niger. » Une certaine analogie de nom peut être trouvée, aussi, éfi~ tre ces Maghcharem et les Markasseghi de Dubois. Quelles que soient l'origine du nom et l'appartenance ttîbaIe de ses fondateurs, le campement Tin Bouch et ses avantagés furent rapidement connus.

1 Une tayert est une vallée entre deux cordons de dunes parallèles.

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Tombouctou

Bref survol historique. Fondée vers l'an 1100, Tombouctou commence son ascension au XIIIème siècle, grâce à la fréquentation des caravanes venant de l'est 1,qui apprécient les avantages de sa situation. Cependant, ce lieu ne devint réellement une ville mérita'Ïl.t cette appellation que le jour où les commerçants de Djennê ~:; vieille déjà de plus de trois cents ans, y vinrent et s'y installèrent.. « Les Touareg sont les pères de la ville, mais Djenné est lii mère de Tombouctou, car c'est elle qui fit vivre et grandir le campement et l'éleva à une grande place de commerce en y apportant des marchandises nombreuses 3. » Les Djennéens enseignèrent aussi l'art de bâtir des demëûres en briques de terre séchée. C'est vraisemblablement ava.n't 1325 qu'a été construite la première mosquée qui est devenue là mosquée cathédrale de Djinghereber. La ville aurait été entouréë par un mur de faible hauteur. Au même siècle, en 1330, le Mansa (c'est-à-dire le roi) dé l'empire de Mali, Kankan Moussa, revenant du pèlerinage de La Mecque, s'empare de la ville. De 1337 à 1434, Tombouctou connâtt une période de paix et de prospérité. Un siècle plus tard, vèrs 1430, - en France, Jeanne d'Arc est faite prisonnière par les Bourguignons à Compiègne -la mosquée Sankoré, devenue par la suitë
mosquée université, est construite grâce à la générosité d'une

ri-

che habitante. Tombouctou devient alors la rivale de Oualata. Cependant les Touareg, profitant du déclin de l'empirâ1 chassent les gens de Mali et reprennent le contrôle de la cité. Péfi~ dant quelques dizaines d'années la ville doit subir les exactions des nomades. Les habitants excédés, font appel à Sonni Ali, Askîa du royaume songhaï de Gao qui s'empare de la ville en 1469.
1 Pendant de nombreuses années, des caravanes sont venues d'Égypte jusqu'à Tombouctou. On pense que ces liaisons cessèrent après la priSé de la ville par le pacha Djouder. 2 Djenné, centre commercial très important, située sur le Bani (l'un dês affluents du Niger), a été fondée au milieu du IXèmesiècle, vraisemblâi* blement par des Songhaï. 3 Dans le Tarikh-es-Soudan, cité par F. Dubois.