Un déporté brise son silence

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Quarante ans après Auschwitz, un ancien déporté, devenu professeur de psychologie, raconte la manière dont les images du passé n'ont cessé de torturer sa mémoire : comment vivre, homme parmi les hommes, avec cette fracture infime ? Cette brève confession maîtrisée constitue un des témoignages les plus saisissants de la littérature concentrationnaire en même temps qu'un écrit puissant sur les mécanismes de la mémoire involontaire. Cet ouvrage a reçu le prix W.I.ZO en 1987 sous le titre “Intact aux yeux du monde”.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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EAN13 : 9782296351806
Nombre de pages : 158
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UN DÉPORTÉ BRISE SON SILENCE

Collection Mémoires du XXe siècle sous la direction d'Alain Forest
Dernières parutions

Louis BOYÉ, "Unjour, le grand bateau viendra", chroniques de la Résistance, 1996. Michel BLOIT,Micheline Ostermeyer ou la vie partagée, 1996. Lisa DRACH,Les fantômes de Lisa, juive polonaise émigrée, 1996. Edward REICHER,Une vie de Juif. Souvenirs d'un lnédecinjuijpolonais-

1939-1945, 1996.

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Micheline LARÈS- OËL, France 40-44. Expérience d'une persécution, Y 1996. Rivka COHEN,Mon enfance Sépharade, 1996. Francine CHRITOPHE, ne petite fille privilégiée, 1996 U Mireille NATHAN-MuRAT,Poursuivi par la chance. De Marseille à Bichenwald, 1996. Max V ARADI, e l'Arno aux rives du Jourdain, 1996. D Lucien ELKIND,Caporal Dick, 1997. Général KATZ, "... Une destinée unique..." Mémoires (1907-1996), 1997. Larissa CAIN,Une enfance au ghetto de Varsovie, 1997. Jacques JURQUET, nnées defeu. Algérie 1954-1956, 1997. A Camille V AILLOT,«LE Dus», Mineur de Monceau-Les-Mines. Mémoires, Présentés et annotés par Robert Chantin, 1997. Henri KELLER,AMÉLIEI. Chronique d'un mineur de Potasse, 1997. Evelyne KRIEF, Le temps des mensonges ou la petite marrane, 1997.

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5988-9

Robert Francès

Un déporté brise son silence
reclt
~

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Préface de Léon Poliakov

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques. Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Préface

Curieusement, la rédaction de ce livre a duré près d'un demi-siècle, car la première partie (les chapitres 1 et 2) remonte aux années 1945-46 dès le retour en France de l'auteur, s'achevant sur les mots: "Je dois vivre avec cela", mais la suite fut rédigée dans un village du Vaucluse au cours des années 1980... Sans doute, comme beaucoup de ceux qui sont revenus, il n'a pu parler de l'horreur de ce qu'il a vécu que des dizaines d'années plus tard. La déportation fut une épreuve terrible et c'est pourquoi nombre de survivants se suicidèrent. Le cas du plus illustre mémorialiste d'Auschwitz, Primo LEVI, l'auteur non seulement de "Si c'est u n homme ?", mais d'une dizaine d'autres livres traitant de tout autres sujets (Le système périodique, la Clef à molette, Lilith, etc...) qui, lè Il avril 1987, subitement mit fin à ses jours en se précipitant dans la cage d'escalier de son immeuble, est loin d'être unique. C'est ainsi que mon collaborateur Josef WULF, avec lequel j'ai publié en Allemagne en 1956-59 : "Le Troisième Reich et les Juifs", "Le Troisième Reich et ses serviteurs" et "Le Troisième Reich et ses penseurs" s'est suicidé en se jetant par la fenêtre. Jean AMERY (anagramme de MAYER) suivit son exemple... La liste complète serait trop longue, mais celui qui voudrait
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comprendre les raisons de cette hécatombe les trouvera plus loin en lisant le beau livre de Pierre FRANCES ROUSSEAU, IIIntact aux yeux du monde". Ce que l'écriture historique ne permet pas est accessible à l'écriture littéraire et c'est ce que nous apporte IIIntact aux yeux du monde" ; les scènes du présent, dans la vie quotidienne d'après le martyre, font surgir, par un détail, par un son ou une image, quelque chose qui, dans la vie du camp, lui IIressemblait". Mais l'évocation de l'ancien s'accompagne du contexte de IIlàbas" : le froid, la faim, la souffrance physique 0 u morale. Et c'est l'irruption de l'horreur dans la vie présente. Ainsi, le jour anniversaire de l'arrivée sur le quai d'Aushwitz le 10 octobre 1943 est très mal vécu en 1945 ou 1995, malgré les traits positifs d'une vie familiale et professionnelle accomplie.
Ces évocations constituent le corps de ce livre; elles sont éclairées par les mécanismes d' analogie ~oute subjective que l'entourage comprend mal, dont la société n'a que faire et qui sont pourtant, le lot indéfectible du déporté. Cela l'historien ne peut le présenter, mais il explique la tristesse inattendue que l'on voit longtemps sur le visage de certains d'entre eux et finit parfois par les conduire au suicide d'autant qu'ils doivent paraître intacts aux yeux du monde (pour avoir une chance d'être acceptés) et aimés comme quiconque. Léon POLIAKOV 8

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Janvier 1945

Les jours qui précédèrent le 18 janvier 1945 furent marqués, dans les camps de Haute-Silésie, par un climat d'agitation inaccoutumée. Dans chacun de ces camps il y eut probablement des indices différents et chacun des hommes ou des femmes qui en sont revenus pourra en parler autrement. Cependant, toute cette population sentit que quelque chose allait changer. Le canon se faisait entendre de temps à autre: l'avance des Russes dans la région, longtemps espérée et déjà connue depuis d~s semaines, se précisait, irrévocable. Leur arrivée dans notre secteur semblait imminente. Je n'ai vu l'événement que de mon point d'attache, le camp de Monowitz, dépendance d'Auschwitz où les Allemands plaçaient les déportés jeunes et capables de travailler à la construction d'une immense usine de caoutchouc synthétique: La Buna quitte à les ramener vers le lieu d'extermination au fur et à mesure que leurs forces s'épuiseraient.

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Intact aux yeux du monde La journée du 18 janvier fut celle où l'événement éclata. Des bruits contradictoires circulaient parmi nous: y aurait-il une évacuation du camp? Etait-elle possible? De quelle manière, par quelle voie? Que ferait-on des nombreux malades? Ou bien y aurait-il une exécution générale des déportés, quel que soit leur état? Toujours est-il que, le matin du 18, nous fûmes tous consignés dans les blocks. L'hypothèse de l'évacuation circula parmi nous. Je ne sais si l'idée en fut clairement formulée par les S.S., mais c'est elle que nous retînmes d'instinct. Chacun s'y prépara, rassemblant ses quelques effets personnels: cuillère métallique dont le manche était affûté en couteau, chiffons effrangés, une chemise ou une galoche qui avait pu être mise de côté malgré la vigilance des chefs de blocks.Le tout était contenu dans une couverture individuelle, seul bien légitime du déporté: le toit sous lequel il s'abritait chaque nuit dans son châlit et sous lequel il s'échappait en rêve vers sa vie antérieure. L'indécision des s.s. se traduisit par un appel général sur la grande place du camp, à une heure inhabituelle. Nous restons immobiles, par rangées régulières de cinq, comme pour le départ au travail. L'hypothèse de l'exécution collective vient alors à notre esprit. Elle eut été facile à réaliser, au vu des armes dont disposaient nos gardiens. Pour beaucoup d'entre nous, elle eut été facile à accepter, comme une suite logique à leur existence exténuée et sans espoir.

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Mais l'ordre est donné de regagner les blocks et nous y attendons quelques heures que notre destin se joue. Au soir tombant, les blocks se vident un à un et le départ commence. Il fait nuit noire lorsque le nôtre s'ébranle. Pour la première fois, nous sortons du camp sans musique. Le convoi passe devant les projecteurs du poste s.s. On nous compte par mille. Nous fermons le cinquième mille. La neige tombe. Il est 21 heures. Dans cette immense collectivité, il y a une double rangée de Français qui se connaissent et qui forment un IInous" plus certain. Parmi eux, quelques-uns sont pour moi de vrais amis: Raymond, Jean-Paul, Julien. Nous partons vraiment ensemble vers une aventure sans visage. Nous savons seulement que nous partageons des points communs, éprouvés au long des mois de lutte dans cet univers hors de pair: nous avons cherché à écarter de nous les faibles, ceux qui manifestaient un mauvais moral, ceux qui colportaient des bruits alarmistes, comme ceux qui rêvaient trop haut. Maintenant nous marchons ensemble. Longtemps nous avions imaginé ce qu'il pouvait y avoir au-delà des barbelés, plus loin que l'espace dépendant de l'usine à laquelle nous étions affectés. Et voilà que, cette nuit, nous pouvons franchir cet espace, mais sans rien voir que la rangée de cinq hommes cheminant le dos courbé devant nous et, si nous nous haussons sur nos galoches, le prolongement de la colonne qui se perd dans l'obscurité.

Il

Intact aux yeux du monde Raymond, à ma droite, suppute avec moi nos chances de franchir l'épreuve, étant donné ce que chacun est, ce qu'il a connu et déjà supporté. Puis il continue par une de ses sorties accoutumées, avec l'humour qu'il sait avoir en tous temps: "Plus tard, je ferai apposer, à la gare de l'Est, une affiche illustrée: Auschwitz, ses usines, ses lagers *, ses crématoires: week-end mouvementé." Il ajoute: "Il faut parler pour ne pas sombrer dans le sommeil, pour se tenir vigilants contre le froid." Les souliers de bois agglutinent la neige à nos semelles. Nous marchons sur des échasses. Au bout d'une heure, l'exercice devient de plus en plus difficile: la neige tombe plus dense et nous suffoquons à moitié. Certains d'entre nous se débarrassent déjà de leurs baluchons, les faisant tomber à droite ou à gauche de la colonne pour ne pas gêner la marche des camarades, les faire trébucher ou même chuter. Ce serait leur perte. Tout à coup on aperçoit le traîneau de la musique, chargé des instruments qui réglaient notre sortie au travail à l'aube et notre rentrée au camp le soir. Il est poussé par les quelques déportés musiciens qui composaient l'orchestre réduit. Ces hommes emportent - peut-être sur l'ordre des s.s. - les instruments qui avaient fondé leur privilège, par attachement à leur art et dans l'espoir qu'arrivés "ailleurs" leur distinction sera reconnue. Ils nous supplient de les aider à pousser le traîneau. Leur
* Camp de concentration

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demande n'est entendue par personne, soit par crainte de perdre un peu d'énergie, soit par ressentiment contre cette musique, posée comme une cruelle dérision sur notre vie sans joie. Le traîneau prend peu à peu du retard sur l'allure de la colonne. Si l'on tourne la tête, on le verra bientôt s'estomper avec la fin visible du troupeau. Quelque temps plus tard, Raymond me dit: "Ne parlons plus, il faut ménager notre souffle." Chacun de nous se referme sur lui-même, essaie de prévoir son prochain pas, de le rendre moins douloureux, s e demande si ce ne sera pas le dernier. Pourtant, nous savons que celui qui s'arrête sera vite abattu sur place par les s.s. De fait, un coup de feu éclate à c e moment-là. Regy* est tombé derrière nous, au deuxième rang des Français. Ceux qui restent pensent: voilà le premier d'entre nous à sortir de l'aventure, moins fort peut-être que les autres, ou bien victime de l'aléa, de l'incident imprévisible dans son corps ou dans son esprit, sur la route ou seulement dans sa manière d'être chaussé - une semelle de bois qui se fend et la vie vous quitte. La marche de la colonne se poursuit. Personne ne peut dire si, depuis le départ dans la nuit, l'allure s'est ralentie. Dans ce fleuve humain, la conscience du mouvement est la conscience de soi. Nous sentons,
* Nom illisible sur mon manuscrit. Je transcris ce que je crois lire. Ce nom ne me rappelle personne.

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Intact aux yeux du monde cependant, que notre marche devient ,de plus en plus douloureuse. Je me dis pourtant: voilà une souffrance dérisoire, comparée à l'attente de mon exécution, tout le mois d'août 1943 à Fresnes, seul dans une cellule, au secret. A cette époque les minutes étaient interminables, parce que sans autre issue que le tressaut sous les balles, les yeux bandés, devant un mur inconnu. Ici, la souffrance laisse la place à une chance, si mince soit-elle, de voir la fin de la guerre et le retour.

Soudain, des lumières au loin. Un collier de lumières resplendit dans la nuit. Un semblant d'espoir parcourt le convoi. Le scintillement représente certainement l'enceinte d'un camp. C'est Gleiwitz. Nous en connaissons l'existence. Nous ne comprenons pas pourquoi on nous y mène. La cohue est devenue incompressible. Je perds mes compagnons, je perds Raymond, mais Jean-Paul m'a accroché à lui. La colonne se presse vers le camp. Chacun a peur de ne pouvoir y entrer. Nous passons sur un chemin défoncé. Je tiens Jean- Paul par le bras pour ne pas dériver seul. Tout isolé est fichu. Nous parvenons à entrer dans la cour intérieure du camp enceinte de blocks. Je tire Jean-Paul qui hésite, mais les blocks sont pris d'assaut. Nous entrons dans l'un d'eux: il est presque vide encore. C'est la chasse aux paillasses. J'avise un lit vide. Nous nous y précipitons, écartant les autres prétendants. Nous ne
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cherchons pas à en savoir davantage. Nous sommes étendus, à l'abri de la neige. C'est merveilleux. Il est

quatre heures du matin. Sourire et JI Ah !" douloureux
de Jean-Paul. Le Blocklovi'" annonce: départ à 6 heures. Nous sommes consternés - mais enfin, l'heure est à nous. Autour de nous s'agitent les nouveaux arrivants qui cherchent une petite place pour s'étendre. C'est la bagarre. Nous nous rendons à peine compte de ce qui se passe et nous sombrons dans le sommeil. Avant de fermer les yeux, je vois un groupe de Juifs hongrois qui s'inclinent en cadence en murmurant des prières. C'est peut-être le sabbat... Je ne crois pas pourtant que ce soit samedi. A l'aube nous sommes réveillés. Branle-bas de combat. Au-dessous, des Polonais comptent des pommes de terre. Nous comprenons qu'il ne peut s'agir que des cuisiniers du camp. Peut-être le pillage. Jean-Paul garde notre lit et je me dirige du côté des cuisines. Tout le camp s'y trouve déjà. C'est la bataille rangée pour quelques patates, un peu de choucroute crue. Il y a eu des morts et des membres du groupe des Prominenten * se sont emparés des cuisines et organisent la distribution. J'avise l'un d'entre eux que j'ai connu à la musique. Il me distingue avec mon bonnet par- dessus la foule. Avantage d'être
* Chef de block. On dit aussi Blockiilteste en allemand, ou plus rarement Blockführer. * Déportés exerçant au camp une fonction de direction, d'autorité ou d'administration: Kapos, chefs de blocks, secrétaires.

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Intact aux yeux du monde grand. Il me le rend plein de patates bouillies. Je les dévore. Des Polonais se ruent sur moi en me voyant manger. Je me dégage et reviens au block. J'ai réussi à chiper une poignée de choucroute: je la partage avec Jean-Paul. Il sort à son tour, mais la distribution est finie. J'ai échangé avec un Polonais une poignée de choucroute contre cinq pommes de terre crues. Il faut les faire cuire. Tous ceux qui en ont vont se trouver devant la même nécessité, les pommes de terre crues donnant la diarrhée. Je n'y crois pas, mais j'ai entendu dire qu'elles ne sont pas assimilables. L'important, c'est cela; je demande à Jean-Paul si c'est vrai. Il exprime un doute. Mais dans la cour des feux s'allument. On brûle des lits, des paillasses pour faire cuire. J'essaie d'en faire autant mais les patates s'échauffent à peine. Nous les mangeons. D'autres les rejettent, craignant la diarrhée. Soudain les S.s. surgissent. Interdit de faire du feu. Ils bondissent ça et là sur les groupes accroupis autour des foyers. Les détenus se dispersent, puis reviennent entretenir leur feu aussitôt l'alerte passée. Ils n'ont plus la terreur des S.S., l'éventualité du crématoire étant écartée. Alors il y a des coups de feu dans le tas. Quelques blessés. Les foyers sont abandonnés. Les pommes de terre crues traînent partout. Nous nous résignons. Vers midi, rumeurs de départ. Jean-Paul et moi nous demandons s'il ne vaudrait pas mieux nous cacher dans un coin. Nous sommes sûrs que d'autres le font. S'ils ne sont pas découverts, ils seront sauvés car les Russes ne doivent pas être loin. Mais sinon, c'est la 16

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balle dans la nuque, à bout portant. Nous n'avons pas le temps d'hésiter. Il ne faut pas sortir les derniers. Les traînards seront abattus. Nous entrons dans le flot humain. C'est une horde. Plus question de nous mettre par cinq. Jean-Paul et moi sommes rivés l'un à l'autre par nécessité vitale. A peine séparés par les soubresauts de la cohue, nous nous appelons comme des moutons et nous rejoignons. Le troupeau traverse Gleiwitz. Pour la première fois, la politique des s.s. est déjouée: en plein jour, la population civile va être témoin de ce qui se passe dans un camp. Les gens sont aux fenêtres. D'autres sur le pas de la porte. De vieilles femmes portent des cruches de lait. Des enfants mangent des tartines. Rien pour nous. C'est la règle et nous n'en sommes pas surpris. Tout de même, cela nous fait plaisir de voir un village, de voir circuler des civils. Pour certains d'entre nous, c'est la première fois depuis six ou huit mois. Pour moi, la vie concentrationnaire a déjà duré dix-huit mois. Je vois des JJintérieurs" à travers les vitres, des rez-de-chaussée. Cela existe. Des femmes et des enfants, cela existe aussi. Je dis à Jean-Paul: de toute façon, c'est le commencement de la fin. Nous ne pensons pas plus loin. Je me demande si Gleiwitz est un village ou une ville. Je me rappelle que, seul, il figurait sur la carte de mon Atlas classique Maurette. C'est certainement un gros village. Auschwitz et Birkenau n'y étaient pas même mentionnés. Vais-je retrouver mon atlas? Et mes notes et mes fiches? J'ai prêté en 42 mes fiches sur 17

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