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Un jeune Kabyle face aux horreurs de la guerre d'Algérie

De
272 pages
1956 dans le massif du Babor, la guerre atteint le village de Beni Dracene. Attachés à leurs coutumes kabyles, les habitants de ce village ont d'abord coopéré avec les Djounouds kabyles de la wilaya 3. En 1957, ceux-ci sont remplacés par des Arabes de Djidjelli dits Jouajels, qui s'imposent par la terreur. En 1959, les hommes du village se révoltent et s'engagent comme harkis. La moitié d'entre eux sera massacrée en 1962. L'auteur se souvient.
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Kaci BOUCHAIB
Un jeune Kabyle face aux horreurs de la guerre d’Algérie
Un jeune Kabyle face aux horreurs de la guerre d’Algérie
Kaci BOUCHAIB Un jeune Kabyle face aux horreurs de la guerre d’Algérie
© L'Harmattan, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-29381-3 EAN:9782336293813
PRÉFACE Né en 1945 à Oued-Berd, département de Sétif en petite Kabylie, j'ai vécu mon adolescence au cœur de la guerre, ai connu la souffrance des villageois sous la domination du FLN et été témoin du feu de la guerre nourri par la propagande des deux camps. Retraité, après une longue carrière dans la fonction publique, j'ai fondé et présidé l’association ADER (Association pour la Dynamique et l’Expression des Rapatriés) sur les communes de Dreux et Vernouillet. Candidat aux élections municipales, sur Vernouillet en 1989, sur la liste de M. Michel Ruelle, et en 1995 sur la liste de M. André Loisel, j’étais en position éligible. J’ai participé à divers mouvements et manifestations associatives sur le plan national. J’ai fait appel à ma mémoire, un exercice difficile, douloureux, parfois insoutenable. Àles événements vécus et les drames dont j’avais l’adolescence, été le spectateur laissent toujours des traces indélébiles. La guerre d’Algérie m’a laissé une plaie ouverte ; aujourd’hui, mon témoignage est en quelque sorte un morceau de ma vie, de ma chair, sur cette époque où l’on ne vivait pas son temps. Mon village se situe au pied du Djebel Babor, il faisait partie du département de Sétif. Les Beni-Dracène, habitants de ce village, avaient d’abord coopéré avec les Djounouds kabyles de la wilaya 3, arrivés au début de 1956. Ceux-ci avaient les mêmes coutumes que nous et respectaient la population. À lasuite du congrès de la Soummam, un changement des limites entre les wilayas est intervenu. Au début de 1957, c’est la nationale 9 qui définit le tracé entre les wilayas 2 et 3. Mon village est alors occupé par les Djounouds de la wilaya 2, originaires de la région de Jijel (Djidjelli). Jouajels, arrivés dans notre village, n’étaient pas les 7
bienvenus. Ces nouveaux venus ne ressemblaient pas à nos frères kabyles. Ils avaient des méthodes et des pratiques intolérables; les règles imposées ont bouleversé totalement le climat de confiance établi auparavant. Jouajels ont pourri la situation et accentué la pression par des interdits. Ils ont même osé franchir le seuil de la tolérance, allant jusqu’à déshonorer certaines familles du village. En raison de ces abus et de ces injustices, à partir d’avril 1959, la population du village s’est ralliée à la France. J’étais présent pendant les massacres des supplétifs de juillet/août 1962. Je suis arrivé en France par mes propres moyens, comme tous les survivants harkis. J’ai beaucoup écrit, mais pas tout dit sur le massacre des dizaines de milliers de harkis, en représailles pour leur engagement dans le camp qu’ils croyaient juste. Les pires atrocités furent commises. Dans l’isolement du bled, des scènes de boucherie dont on ignorera toujours le nombre et la sauvagerie. Un génocide perpétré par les Algériens avec la complicité de l’Étatfrançais. La négociation des accords d’Évian fut immorale et constitua une lourde faute politique, un échec pour le gouvernement français.
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INTRODUCTIONUn témoignage sur la guerre d’Algérie représente un labeur difficile et non sans embûches, il y a tellement de choses à écrire, à raconter ! Combien d’ouvrages faudra-t-il encore publier pour pouvoir prétendre avoir suffisamment écrit et pourtant sans avoir épuisé tous les thèmes! J’aurai toujours l’impression d’avoir oublié quelque chose d’important à raconter, à transmettre aux générations actuelles et futures. En effet, écrire, c’est transmettre aux autres ce que nous savons, notre vécu pendant les moments les plus difficiles de la guerre. Il y a tellement de faits qui me reviennent peu à peu et que je me rappelle à peine parfois; cachés dans des cases, il faudrait les investir les unes après les autres pour les retrouver, et les faire sortir. Cette guerre a laissé des plaies qu’on n’oubliera jamais, nous, les survivants de ce drame. Ce sont aussi les affres subies par les uns et les autres. J’essaie d’apporter le maximum d’objectivité, parfois je ralentis mon élan pour vérifier les mots, pour savoir si je suis juste et impartial dans les faits relatés. Lorsqu’on fait un écart, une dérive, il faut se rendre compte qu’on ne s’éloigne pas de la vérité; les faits sont tellement bouleversants, tellement choquants qu’il est parfois difficile d’en admettre le contenu. Un esprit non averti pourrait prêter à l’auteur un parti pris ou une exagération des faits. On peut se laisser prendre par l’événement et sortir du contexte, l’objectivité n’est pas facile non plus à respecter ;plus on s’efforce d’être objectif, plus on se retrouve au bord de l’abîme, d’un dilemme, à force de se poser des questions, de vérifier les réponses qui s’imposent.
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