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Une Histoire de la libre-Pensée
MOUVEMENT SOCIAL ET LAICITE Collection dirigée par Marc Blondel, Gabriel Gaudy, Jean-Marc Schiappa, Jean-Jacques Marie et Gérard da Silva La collectionMouvement Social et Laïcitérépond à un besoin : donner la parole à des militants, figures connues, méconnues ou anonymes du combat syndical et laïque et faire entendre la voix des luttes populaires. Ce faisant, elle sinscrit dans une tradition vivace, depuis les Lumières et létablissement de la République. Elle incarne lalternative, tant au libéralisme quau retour à linégalité devant la loi, prônée sous le nom de « communautarisme ». Elle propose aussi bien des ouvrages de synthèse historique, sur la « longue durée » que des monographies thématiques ou biographiques. Elle entend montrer lactualité de la laïcité, de la séparation intégrale des Eglises et de lEtat. Comme celle des luttes syndicales pour légalité des droits, qui est nécessairement légalité réalisée par les services publics et sociaux de lEtat. Face à léchec présent du libéralisme totalitaire, Mouvement Social et Laïcité entend signifier que lalternative existe et, en fait, depuis longtemps, en toute légitimité démocratique, pour la justice sociale et lémancipation de toutes et de tous, ici et maintenant. Précédemment paru : G. da Silva,Histoire de la CGT-FO 1895-2009, 2009
Jean-MarcSchiappa
Une Histoire de la ensée libre-P
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.comdiffusion.harmattan@wanadoo.frharmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54749-0 EAN : 9782296547490
Sommaire Préface 9 Avant-propos 11 Remerciements 12 Première partie 13 Pensée libre et Libre Pensée 15 Réflexions sur les effectifs de la Libre Pensée 25 Le fond du problème 29 Lexemple dAlbert Bayet 33 René Rémond et lanticléricalisme, en 1976 37 Pentimento ? 43 René Rémond récidive 47 Michel Onfray parle de la Libre Pensée ; (re)lecture 51 Onfray, un réactionnaire ? 55 Deuxième partie 57 Pourquoi lHistoire ? 59 Complément sur les Anti-Lumières, la doctrine sociale de lEglise et leurs sous-produits 93 Annexes 101 Troisième partie 107 Pourquoi et comment lhistoire de la Libre Pensée ? 109 Quatrième partie 115 Les Giovannali 117 Religion et Révolution 121 Lecarpentier, conventionnel déchristianisateur 129 1793 et lan II, dans le Vaucluse et ailleurs 133 Religion et Conjuration des Egaux 161 « Libre Penseur » en 1795 ? 177 Louis Veuilliot, Les Libres Penseurs 181 Blanqui, « LEnfermé » 185 Laïcité et Commune de Paris 191 Hommage à Charles Follet 195
Hommage à Michel Claa 199 Le Congrès de la Libre Pensée internationale à Rome 201 La Libre Pensée dans lélaboration de la loi de Séparation 207 Les libres-penseurs en 1905 217 Lantenant, maire libre-penseur de Vendôme 221 Bernardin, libre-penseur de Nancy 225 Note sur lAlgérie colonisée 227 Premières réflexions sur lhistoire de la Libre Pensée entre 1914 et 1918 231 Le dossier de police dA. Lorulot à Saint-Etienne 243 Les trois députés kienthaliens et la Libre Pensée 247 La politique de la main tendue permet-elle de combattre le cléricalisme ? 255 Louis Perceau, le polygraphe (1883-1942) 271 Rapide contribution à lhistoire de la Libre Pensée internationale 277 Les Congrès mondiaux de la Libre Pensée 283 A propos de la « guerre scolaire » de 1982-1984 287 Cléricalisme en avril 291 Comment la Libre-Pensée a honoré Bayle, Vanini, Dolet 305 Cinquième partie 317 Esquisse dune Histoire de la Libre Pensée (des origines à 1975) 319 Annexes 363 La Libre Pensée au carrefour de son destin dans les années 1980-1990 365 P. Duthel au Congrès de Lézignan, août 1995 373
Citius, Altius, Fortius
« Plus vite, plus haut, plus fort », telle est la devise olympique. Elle vise à ce que les hommes se dépassent en permanence afin de ne jamais se satisfaire de la situation présente. Elle les appelle à toujours remettre leurs actions sur le chantier. LHumanité ne peut être immobile. La stagnation, cest la régression. On peut penser quil en est de même en matière détude historique. Il est frappant de constater que cest une discipline toujours en mouvement. On ne parle pas de lhistoire, on nétudie pas lhistoire, on nécrit pas lhistoire aujourdhui comme on le faisait hier. Lhistoire est un objet politique. Parler dhistoire, cest faire lhistoire. Et même parfois, faire des histoires à certains. Selon les moments, tel ou tel événement du passé sera considéré comme positif ou négatif. Un personnage entré dans la légende (quil ait existé réellement ou non) pourra ainsi être « instrumentalisé » dans un sens ou dans un autre. Il en est ainsi par exemple de Jeanne dArc qui a servi à tout et à tous. Héroïne nationale, elle servira de modèle patriotique pour les républicains du XIXème siècle contre lannexion de lAlsace Moselle par les Allemands. Produit recyclable, peut être même génétiquement modifiée avant lheure, elle sera utilisé par le Régime de Vichy pour « bouter les anglois hors de France ». Cest pourquoi, cest une des rares statues à ne pas avoir été fondues pendant la deuxième guerre mondiale. Entre les deux guerres, la Libre Pensée en fera même une victime de la pensée libre. LInstitut de Recherche et dEtude sur la Libre Pensée (IRELP) possède une très belle affiche où lon voit Jeanne sur le bûcher avec cette légende « Trahie par les prêtres, brûlée par le roi ». Aujourdhui, la pseudo bergère de Domrémy sert dicône au Front national. Comme quoi, lhistoire nest pas neutre et quelle peut évoluer. Comme le montre très bien Jean-Marc Schiappa, il y a plusieurs manières de traiter de lhistoire. Il y a plusieurs écoles, il y a plusieurs procédures de traitement, car il y a différents intérêts politiques, culturels, économiques et sociaux qui entrent en jeu dans le mode opératoire. Thomas dAquin dans sa Somme théologique disait : « Un homme en chemin ne pense pas au terme du voyage à chacun de ses pas ». Quest-ce qui est important ? Le chemin ou le but ? Peut-il y avoir une quête sans objet ? Mais limportant nest-il pas la quête elle-même ? Des religieux chrétiens disent volontiers : »Peu importe que le Graal ait existé ou non, limportant cest de le chercher ». Une quête sans objet, cest lécole buissonnière de la pensée, car le chemin na plus de direction alors. Mais lobjet ne peut occulter le chemin, contrairement à ce que dit Thomas dAquin. Oui, limportant est détudier chaque pas que lhomme a fait sur le chemin. Chaque étape repose sur létape précédente et prépare la suivante.
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 Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Nous voyons ainsi davantage et plus loin qu'eux, non parce que notre vue est plus aiguë ou notre taille plus haute, mais parce qu'ils nous portent en lair et nous élèvent de toute leur hauteur gigantesque  commentait déjà Bernard de Chartres. Si lhistoire est la science du changement selon Marc Bloch, alors limportant est détudier les pas de lhomme sur le chemin pour comprendre au mieux pourquoi il a accompli ces pas et non dautres. Lhistoire nest pas lobjet de la quête, mais bien plus la quête elle-même et comment elle se construit. Rappelons ce que disait Paul Valéry : » Lhistoire ne permet pas de prévoir, mais permet de mieux voir ». On peut aborder cette question sous un autre angle. Celui du débat éternel sur la fin et les moyens. Léon Trotsky a bien expliqué quil ne peut y avoir de moyens utilisés contraires à la fin que lon sassigne. La fin ne justifie pas les moyens, car à utiliser des moyens étrangers à lobjectif que lon recherche, on remet en cause la fin elle-même. Il y a une dialectique qui unit donc lobjet de la quête et la quête elle-même, de la même manière quil y a un lien évident entre le but et le chemin. Dire comme Thomas dAquin que lon na pas à se soucier des pas sur le chemin, cest faire du but à atteindre lalpha et loméga de toute action humaine. Cest la matrice de tous les totalitarismes. On comprend donc que lEglise catholique ait fait de saint-Augustin un des Pères de lEglise. Celui-ci a dit « compelle intrare » (forcez les dentrer) à propos des païens. Lobjectif du paradis céleste justifiait de forcer les peuples à se convertir à la nouvelle alliance, quimporte les chemins pour y arriver. Pour lEglise catholique, comme pour toutes les religions monothéistes, la fin justifie les moyens. On peut aussi faire un parallèle sur ce mode opératoire totalitaire avec ce que Jean-Marc Schiappa appelle « les lois mémorielles ». On « compassionne » lopinion publique sur la dénonciation justifiée dhorreurs. Et on bâtit ensuite un dispositif juridico-policier pour établir une « vérité dEtat » qui simpose à tous. La recherche historique est muselée, la loi mémorielle est un péage au-delà duquel « votre ticket nest plus valable ». Là aussi, comme Thomas dAquin, on prétend interdire létude détaillé des événements, seule la reconnaissance « sacrée et imposée » des horreurs de la fin est autorisée. Cest pourquoi, la Libre Pensée a condamné et condamne toujours ces lois dexceptions de Gayssot à celle sur les « bienfaits de la colonisation ». Alors oui, parler dhistoire, cest bien faire lhistoire. Le passé éclaire le présent et guide lavenir. Quand le passé change, lavenir change. Le destin de lHumanité est un grand livre écrit par les hommes et pour les hommes. Prométhée a ouvert le chemin qui a permis à Corto Maltese de se refaire une ligne de chance avec son poignard. Christian Eyschen, Secrétaire général de la Libre Pensée
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