Une Leçon de géostratégie : les Observations sur la Russie en 1761

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Jean-Louis Favier (1710 ou 1717-1784), agent du Secret du roi et aventurier d'une réputation sulfureuse, compte parmi les plus fins connaisseurs de la diplomatie de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. En 1761, il rédige ses « Observations sur la Russie », un chef d'œuvre de l'analyse politique. Visionnaire, il prévoit la chute de l'empire ottoman, annonce les partages de la Pologne conduisant à la disparition politique du pays, enfin, il explique pourquoi Elisabeth, la fille de Pierre le Grand, tient à intégrer la Prusse orientale dans son empire.
Publié le : vendredi 15 avril 2016
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EAN13 : 9782140007354
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Une leçon de géostratégie : Jean-Louis Favier
les Observations sur la Russie en 1761 Secrétaire à l’ambassade de France à Saint-Pétersbourg
Jean-Louis Favier (1710 ou 1717-1784), agent du Secret du roi et aventurier Une leçon de géostratégie :
d’une réputation sulfureuse, compte parmi les plus fns connaisseurs de
ela diplomatie de la deuxième moitié du xviii siècle. « Meilleur dictionnaire les Observations sur la Russie en 1761
qu’un ministre des Afaires étrangères puisse avoir » (Ch. F. de Broglie),
Favier rédige ses « Observations sur la Russie », un chef-d’œuvre de l’analyse
Texte établi, présenté et annoté
politique, en 1761, quelques mois avant l’avènement de Pierre III.
par Francine-Dominique Liechtenhan
Visionnaire, il prévoit la chute de l’empire ottoman, annonce les
partages de la Pologne conduisant à la disparition politique du pays, enfn,
il explique pourquoi Élisabeth, la flle de Pierre le Grand, tient à intégrer
la Prusse orientale, avec Königsberg (aujourd’hui Kaliningrad), dans son
empire. Cette argumentation ne manquera pas d’inspirer Joseph Staline
deux siècles plus tard. Jean-Louis Favier y ajoute une étude approfondie
sur les liens entre les relations économiques, l’établissement de rapports
commerciaux et la politique internationale qui ne manque pas d’évoquer
une certaine actualité.
Favier a aussi publié des Doutes et questions sur le traité de Versailles du
er1 mai 1756 entre le roi et l’impératrice reine de Hongrie, qui ont fait scandale
à son époque, et une Politique de tous les Cabinets de l’Europe pendant les
règnes de Louis XV et de Louis XVI qui gardent toute leur valeur.
Francine-Dominique Liechtenhan : directrice de recherche au CNRS (Centre Roland
Mousnier) a entre autres publié La Russie entre en Europe (CNRS Éditions, 1997)
reÉlisabeth I , l’autre impératrice (Fayard, 2007), Pierre le Grand (SPM, 2011) et plus
récemment Pierre le Grand, premier empereur de toutes les Russies (Tallandier, 2015).
Collection Inédits russes
SPM Éditions S.P.MISBN : 978-2-917232-41-5 Prix : 23 €
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Jean-Louis Favier
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1. Alexander AZNab` T , Journal du voyage vers la Chine. De
SaintPétersbourg à la Mongolie d’après le Tagebuch von der chinesischen Reise
18051806. Michel Cadot et Carole Chapin ed. Paris, SPM, 2014.
2. Jean-Marc T , Armonial et nobiliaire de l’Empire de Russie. Paris, SPM,
2014.
llustration de couverture
A view of the exchange and the warhouse at Petersburg in Russia
engraved for Middleton’s Complete System of Geography, 1778, (Détail.)
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UR`YRSS Jean-Louis Favier
Secrétaire à l’ambassade de France
à Saint-Pétersbourg
ne le on de géostratégie
les Observations sur la Russie en 1761
Texte établi, présenté et annoté
par Francine-Dominique Liechtenhan
Collection Inédits russes
Ce volume est le troisi me de la Collection nédits russes
dirigée par Francine-Dominique Liechtenhan et Thierry Claeys
Cet ouvrage a été publié avec le concours de l’université Paris-Sorbonne,
du Centre Roland Mousnier (CNRS) et de l’Agence nationale de la Recherche
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S N 78-2- 172
2-41ditions SPM 16, rue des coles 7 00 Paris
Tél. 06 86 7 06
courriel Le rage free.fr site spm.harma an.fr
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-7 rue de l’ cole-Polytechnique 7 00 Paris
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9?ntroduction
Jean-Louis Favier arriva à Saint-Pétersbourg le 1 février 1761,
1une époque charni re pour les relations franco-russes . L’impératrice
Élisabeth qui régnait avec bonheur depuis vingt ans sur l’immense
empire avait eu plusieurs accidents de santé. Sa mort annoncée risquait
de comprome re la coalition unissant Fran ais, Autrichiens et Russes
contre la Prusse. La guerre de Sept ans ruinait les budgets des
couronnes. Louis songeait à me re un terme à ce con it les victoires
de ses alliés sur Frédéric lui perme aient de se retirer des champs de
bataille sans perdre la face. Son ambassadeur à Saint-Pétersbourg, le
2marquis de L’ pital , vieillissait mal ses rapports sur les intrigues
politiques dans la capitale russe étaient imprécis ou contradictoires.
l négligeait certains aspects de sa mission, entre autres celui
d’observer les ennemis de Versailles, à commencer par Pierre, l’héritier du
tr ne, et son épouse Catherine, soup onnés de travailler en faveur du
ohen ollern . Fatigué, le diplomate s’en reme ait trop souvent à son
4collègue autrichien Nicolas sterha y , le bouillant représentant de
1. Ce e brève biographie s’inspire d’une partie du Dossier personnel de Favier
conservé aux Archives des A aires Étrangères AAÉ , à La Courneuve il est
consultable sur micro lm, sous la cote P 62 voir aussi Jules FYNZZR_Z\[a ,
Jean-Louis Favier, sa vie et ses écrits , La Révolution française, t. V , 18 ,
p. 161-184, 2 8-276 et 14- . De nombreuses informations nous ont aussi
été fournies par Anne M et Vladislav RW|\ba`XV , auteurs du dictionnaire
Les Français en Russie au siècle des Lumières, Ferney, C DS, 2011, 2 vol.
2. P aul Fran ois alluccio, marquis L’ pital et marquis de Ch teauneuf (16
71776), commença une brillante carrière militaire avant d’entrer dans le service
diplomatique et d’ tre nommé ambassadeur à Naples o il resta on e ans. la
suite du rétablissement des relations entre la France et la Russie, il fut envoyé en
17 6 à Saint-Pétersbourg o il resta usqu’en 1761. Son in rmité croissante
inquiétant le cabinet, il fut remplacé par le baron de reteuil avec lequel il cohabita
pendant plusieurs mois.
. Alfred R , Recueil des Instructions données aux Ambassadeurs et Ministres de
France depuis 1648-1789, Alcan, 18 0, Russie, t. , p. 111.
4. Nicolas sterha y von alantha (1711-1764), conseiller secret, chambellan, gardien
de la couronne autrichienne en ongrie. Diplomate, il servit son pays en spagne,
au Danemark, en Pologne et en Russie où il fut décoré de l’ordre de Saint-André.
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[&6 ne leçon de géostratégie les bservations sur la Russie en 1761
Marie-Thérèse. l était exclu de lui con er des négociations aussi
délicates Le roi voulait le remplacer par un homme eune, dynamique,
féru de relations mondaines, et il le trouva en la personne du baron
de reteuil . Le cabinet lui con a la t che d’étudier les conditions de
paix, d’établir des relations économiques entre les deux pays et de
rédi6ger un mémoire a n d’orienter le Cabinet dans les démarches à faire .
Versailles savait que L’ pital risquait d’en prendre la mouche a n
d’éviter tout malentendu, voire un scandale, le roi lui imposa un
nouveau secrétaire d’ambassade, Jean-Louis Favier il con a à ce
quinquagénaire la mission secrète d’aplanir les rivalités entre les deux hommes.
Ce clerc était initié au Secret du roi, la double politique de Louis XV
7pratiquée à l’insu de son cabinet et de ses ambassades . l s’était rendu
célèbre pour son hostilité au renversement des alliances qui avait donné
lieu, en mai 17 6, à la coalition réunissant la France et l’Autriche, à
laquelle la Russie se oignit sept mois plus tard. ntrigué par le
franc-parler de cet inconnu qui le re oignait dans son for intérieur, Louis XV vit
en lui l’homme idoine pour aplanir les tensions. Favier devait évaluer la
situation politique dans le Nord, préparer un pro et de traité
commercial et espionner L’ pital a n qu’il ne contrari t pas les
négociations du baron de reteuil. Jean-Louis Favier, par son expérience, ses
8écrits et ses contacts était-il vraiment à la hauteur de sa t che
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Jean-Louis Favier naquit à Toulouse en 1710. Reçu avocat au
Parlement de sa ville natale, il hérita en 17 1 de la charge de son père
qui avait été syndic général des États de Languedoc. ncapable de gérer
les nances, il en démissionna la m me année. Libertin, vagabondant
. Louis A uguste Le Tonnelier de reteuil (17 -1807) fut ambassadeur à
SaintPétersbourg de 1761 à 176 . l était un des agents de la diplomatie secrète du roi
il fut d’abord nommé ad oint de l’ambassadeur plénipotentiaire, le marquis de
L’ pital, puis succéda à celui-ci. l résida ensuite à Stockholm, à Vienne, à Naples
et il représenta la France au Congrès de Teschen. n 178 , il fut nommé ministre
de la Maison du Roi, poste dont il démissionna cinq ans plus tard. reteuil émigra
en 178 , chargé par Louis XV de négocier avec les cours étrangères a n de rétablir
l’autorité royale. l laissa des Mémoires qui furent publiées en 18 .
6. R , op. cit., t. , p. 1 .
7. Voir Michel A[a\V[R , Didier O , Le secret du roi et la Russie usqu’à la
mort de la tsarine Élisabeth en 1762 , Annuaire-Bulletin de la Société de l’histoire de
France, Années 1 4-1 , p. 6 - .
8. R , op. cit., t. , p. 17 . Voir aussi notre Élisabeth, L’autre impératrice, Fayard,
1 7, p. 6- 8.
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9?Introduction 7
entre l’ spagne, le Portugal et l’Angleterre, il nit par s’installer à Paris
où il se lança dans le monde de l’édition. l sortit alors Le Spectateur
littéraire, une feuille consacrée à l’analyse des parutions les plus récentes.
Faute de trouver des souscripteurs, l’entreprise s’arrêta après le
premier numéro. Malgré cet échec, Favier sut se faire un nom dans les
salons parisiens. Marmontel en brossa le portrait suivant ce
provincial associait l’insouciance d’un sauvage à la plus profonde
dissolution des m urs doté d’un grand talent oratoire, il se distinguait
par son esprit et ses connaissances. L’écrivain l’estimait capable de
remplir les plus grandes t ches , si son indolence et sa négligence ne
freinaient pas son esprit d’entreprise .
Après avoir retenté sa chance avec des publications anonymes, Favier
se tourna vers la carrière diplomatique et devint, en 174 , secrétaire de
la députation française à Turin ra aché au marquis Joachim Tro i de
10La Chétardie . n 17 , cet aventurier avait été nommé ambassadeur
extraordinaire à Saint-Pétersbourg où il avait fréquenté la eune
princesse Élisabeth. Leur relation avait donné lieu aux spéculations les plus
11folles, certains prétendaient qu’ils étaient amants . La Chétardie avait
été le ma tre d’ uvre du coup d’État de la lle de Pierre le rand. l
avait incité la Suède à déclarer la guerre à son voisin slave pour
éloigner l’armée régulière de la capitale russe. Le représentant de Louis XV
avait o ert argent et eau-de-vie aux gardes Préobra enski, sma lovski
et Simionovski a n qu’elles renversent un gouvernement enclin aux
12puissances germaniques . Le 2 novembre 1741, la eune femme avait
. Jean-François MN_Z\[aRY , Mémoires, p. p. M. Tourneux, Libraire des ibliophiles,
18 1, t. , p. 170.
10. Joachim Tro i de La Chétardie (170 -17 ) eut son premier poste à l’ambassade
de France à Londres en 1721. Après un passage par la ollande, il résida neuf
années en Prusse où il fréquenta Frédéric . Après ses mésaventures à
SaintPétersbourg, il fut exilé dans ses terres, mais reprit des fonctions à la cour de
Sardaigne en 174 . rillant militaire, nommé lieutenant général, il comba it
devant Parme et dirigea la retraite de ênes. Pendant la guerre de Sept ans,
il participa à la bataille de anau où il mourut en 17 . Voir à ce su et notre
Russie entre en Europe, CNRS Éditions, 1 7.
11. Un ambassadeur français à Saint-Pétersbourg (1739-1742), voyage du marquis de
La Chétardie à Saint-Pétersbourg d’après un manuscrit conservé à l’Arsenal,
parmi les mémoires collectionnés par le marquis de Paulmy (mss, 646 , no 728),
s. l. s. d., p. 21.
12. La régente Anne, descendante du tsar van V, était née von Mecklembourg-Schwerin
et avait épousé lrich von runswick- olfenb el. Leur ministre des A aires
étrangères, einrich (ou André vanovitch) Ostermann, était estphalien et ils
étaient tous très enclins à intervenir aux c tés de Marie-Thérèse contre la France.
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9?8 Une leçon de géostratégie les bservations sur la Russie en 1761
réussi à s’emparer de la couronne avec l’aide de ces régiments spéciaux
créés par son père. La Chétardie était resté à ses c tés et l’avait
conseillée lorsqu’elle composait son premier gouvernement. Chargé de mener
les négociations de paix entre la Suède et la Russie, il avait échoué parce
qu’il s’enlisait dans sa fonction de représentant de Versailles,
incompatible avec ses relations étroites avec l’impératrice de Russie. l avait été
rappelé en septembre 1742 il était revenu un an plus tard, o
ciellement comme simple particulier, mais muni d’une le re de créance lui
donnant, le cas échéant, le titre d’ambassadeur. Une série de missives
indiscrètes, faisant état de la vie amoureuse de la souveraine, l’avait
obligé à qui er Saint-Pétersbourg en 1744. Son successeur, Louis
1Usson d’Allion dit la patate française n’avait pas arrangé la
situation par son comportement balourd, il avait retardé une
revendication à laquelle Élisabeth était très a achée la reconnaissance, par
Sa Ma esté très Chrétienne, de ses titres impériaux. Ce quiproquo avait
1 . Louis d’Usson, comte d’Allion (d’Alion ou Dallion), né le 7 anvier 170 . l était
issu d’une famille de diplomates et sé ourna une première fois à Saint-Pétersbourg
en 1724 où il fut chargé du commissariat pour la dé nition des provinces
persanes conquises par les Russes et les Turcs. D’Allion fut écarté des services
usqu’en 17 il fut alors nommé secrétaire auprès de La Chétardie en Russie.
l le remplaça sans avoir le titre de ministre plénipotentiaire en septembre 1742.
Après l’expulsion de La Chétardie en 1744, il lui succéda usqu’en 1748 il qui a la
Russie à la veille de la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays à
laquelle il avait contribué. Louis XV lui accorda néanmoins une pension annuelle
de 6000 livres tournois. Après son retour en France, Louis d’Usson comte
d’Allion épousa Louise Élisabeth Choart de u enval en mai 17 0 (A.N. M.C.,
étude XL V, liasse , contrat de mariage du 26 mai 17 0 document en dé cit
dans la liasse). Le comte d’Allion apporta 260 000 livres tournois et son épouse le
ch teau, les terres et seigneurie de u enval. Louis d’Usson d’Allion, ci-devant
ministre plénipotentiaire du Roi près l’impératrice de toutes les Russies , mourut
à Paris, en son h tel particulier, sis rue du indre, le 1 uillet 1760. Le our
même, sa veuve t apposer les scellés sur l’ensemble des biens. L’intervention
de Ledran, premier commis du dép t des A aires étrangères, envoyé par le
roi pour récupérer les papiers concernant les négociations à la Cour de Russie
retardèrent considérablement les opérations nécessaire à dresser l’inventaire
des biens. Finalement, les travaux commencèrent à partir du septembre 1760.
(voir A.N. M.C., étude XL V, 4, 10 novembre 17 0, inventaire après décès
d’Anne Françoise Thuillier A.N. 11 42, scellés apposés après le décès de Louis
d’Usson comte d’Allion A.N. M.C., étude XL V, 4 7, septembre 1760,
inventaire après décès de Louis d’Usson comte d’Allion, et 20 septembre 1760,
quittances et mainlevées François Aubert de La Chenaye-Desbois, Dictionnaire de la
noblesse, erger-Levrault, 1 80, t. 1, colonnes 6- 7, notice concernant le comte
d’Alion , t. , colonnes 6 1-640. Nous remercions Thierry Claeys (Université
Paris-Sorbonne) pour toutes ces informations.
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9?Introduction
été le début de la dégradation des relations entre Saint-Pétersbourg et
14Versailles il avait abouti à une rupture totale allant de 1748 à 17 6 .
Favier vécut ainsi trois années aux c tés de La Chétardie qui se
considérait comme le bienfaiteur de l’impératrice de Russie le
marquis avait c toyé toutes les personnalités de la cour, en particulier les
très in uentes dames d’atour. l connaissait parfaitement les rouages
diplomatiques et politiques du pays. Échaudé par son expulsion
honteuse et la prétendue ingratitude de la tsarine, ses écrits tardifs ne
cachent pas sa ranc ur envers les Russes sans doute ne manqua-t-il
1pas d’in uencer son eune commis .
Après le rappel de La Chétardie, qui s’était enlisé dans une intrigue
amoureuse avec la maîtresse du roi de Sardaigne, Favier revint en
France et fut ra aché en 17 au service du marquis d’Argenson,
secré16taire d’État aux A aires étrangères . Favier t scandale en rédigeant
erses Doutes et questions sur le traité de Versailles du 1 mai 17 6 entre le
roi et l’impératrice reine de ongrie où il avertit des pièges de ce e
convention signée entre la France et l’Autriche. Cet accord suscita un
tollé dans les milieux diplomatiques ce renversement des alliances ,
selon la dé nition française, ou ce changement de système ,
suivant les Russes, était vécu comme un pacte dénaturant , arti ciel,
déstabilisant l’équilibre entre les puissances européennes. Le
manuscrit trouva l’approbation du ministre et celle du Dauphin en
personne, mais Favier fut démis de ses fonctions lorsque d’Argenson
qui a les A aires étrangères. Après quelques mois de disgr ce, il
14. Sur le r le d’Élisabeth dans la guerre de Succession d’Autriche, voir notre
La Russie entre en Europe, op. cit.
1 . Voir le dossier intitulé A aire de l’expulsion du Ms de La Chétardie,
1 mai 1744 , R ADA, F. 1 , op. 76, fol. -220. Le marquis t plusieurs demandes
à Élisabeth a n de récupérer sa vaisselle et des ob ets personnels restés en Russie
il s’avisa même de lui demander de l’argent pour les bons services rendus. l
n’obtint amais de réponse. Sa mère, ruinée, t à son tour appel à Élisabeth en 17
pour obtenir de l’aide. lle écrivit l a été malheureux, mais amais criminel il a
eu des regrets, mais amais des remords. Rien ne parvint à amadouer Élisabeth.
R ADA, F 11, op. 778, fol. .
16. René Louis de Voyer de Paulmy, marquis d’Argenson (16 4-17 7), conseiller
d’État, secrétaire d’État, puis ministre pour avoir été appelé à siéger au Conseil
du Roi. l fut le maître d’ uvre d’un rapprochement avec la Prusse pendant la
guerre de Succession d’Autriche. l fut limogé après la bataille de Fontenoy, parce
qu’il n’avait pas asse exploité ce e victoire dans les négociations diplomatiques.
l est l’auteur des Considérations sur le gouvernement de la France (1764) qui furent
applaudies par Rousseau et Voltaire. Voir aussi le Journal du marquis d’Argenson,
Clermont-Ferrand, Paleo, 2002-2006, 11 vol.
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9?10 Une leçon de géostratégie les bservations sur la Russie en 1761
re oignit le service diplomatique sous le ministère du duc de Choiseul,
17son protecteur .
n 17 , Favier passa quelque temps en spagne aux c tés du comte
18 1Alexandre R. Vorontsov , le neveu du grand chancelier de Russie .
Le eune homme était chargé de présenter les compliments d’Élisabeth
à Charles , le our de son couronnement. Cet aristocrate russe avait
été recommandé par le marquis de L’ pital qui souhaitait le faire
entrer à l’École des chevau-légers. La présence de Favier à ses c tés
n’était pas fortuite il fut o ciellement nommé accompagnateur de
Vorontsov pendant son grand tour. En réalité, il devait étudier les
ressources du royaume ibérique et préparer une alliance avec le nouveau
roi. Le succès de ce e mission il rédigea un important mémoire sur
le pays valut à ce clerc une promotion dans au sein de
l’administration des A aires étrangères. Choiseul songea naturellement à Favier
lorsqu’il fut question de remplacer le chevalier d’Éon à l’ambassade de
20France à Saint-Pétersbourg . Sans doute ses connaissances acquises
17. Étienne François Choiseul comte de Stainville, duc de Choiseul (171 -177 ),
débuta dans la carrière militaire avant d’être nommé ambassadeur de France à
Rome, puis à Vienne en 17 7. l fut rappelé en France et reçut le portefeuille des
A aires étrangères un an plus tard. Auteur du pacte de famille réunissant son
pays, l’Espagne, Naples et Parme, réformateur de l’armée, il tomba en disgr ce
après la mort de la Pompadour et fut renvoyé en 1770. Voir C -
N\TN_Ra , uy, Choiseul (1719-1785) naissance de la gauche, Perrin, 1 8 voir aussi
utler, Rohan, Choiseul, Oxford, Clarendon Press, 1 80.
18. Alexandre R. Vorontsov (1741-180 ) était le frère de Catherine Daschko , l’amie
intime de la grande duchesse Catherine, future impératrice. l termina l’Académie
de uerre de Strasbourg accompagné de Favier, il vécut à Paris et à Madrid
usqu’en 1761. Après une brillante carrière diplomatique (Vienne, Londres,
La aye), il décida de revenir à Saint-Pétersbourg et devint sénateur et président
erdu Collège de Commerce sous Catherine , puis chancelier sous Alexandre où
il se distingua par sa volonté farouche d’écraser Napoléon.
1 . Michel L. Vorontsov (1714-1767), favori de l’impératrice Élisabeth dont il av ait
épousé la cousine. Rival du grand chancelier estouev, il fut nommé
vicechancelier en 1744 puis grand chancelier en 17 8 il maintint ses fonctions sous
Pierre , entre autres gr ce à la liaison de sa nièce avec le souverain. l fut l’artisan
des rapprochements franco-russes des années 1740 et 17 0, et le maître d’ uvre
du rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays en 17 6.
20. Charles Éon de eaumont (1728-1810) fut initié au Secret du roi et envoyé en
uin 17 6 en Russie pour contribuer au rétablissement des relations
diplomatiques entre les deux pays. l revint en France en uin 17 7 chargé d’une le re
missive de l’impératrice. Le roi le renvoya dans le Nord pour travailler aux
c tés du marquis de L’ pital. l y sé ourna trois ans. l trahit le Secret du roi
en publiant des papiers comprome ants dans ses Le res, mémoires négociations
particulières du chevalier d’Éon, ministre plénipotentiaire de France auprès du roi de
la Grande Bretagne avec M. M. les ducs de Praslin, de ivernois, de Sainte-Foy,
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9?Introduction 11
sur la Russie, gr ce à Vorontsov et à La Chétardie, contribuèrent-elles
à une nomination aussit t contestée par certains membres du Cabinet.
Favier partit pour la Russie en compagnie de l’abbé Jean Chappe
d’Auteroche, chargé par l’Académie des Sciences impériale d’observer
21le passage de Vénus sur le Soleil à Tobolsk . L’expérience de
l’astronome en Sibérie donna lieu à un des plus virulents pamphlets contre la
Russie. Publié en 1768, il suscita l’ire de l’impératrice Catherine qui
rétorqua par un Antidote furieux. Dans sa relation, Chappe raconte sa
traversée périlleuse de l’Europe en compagnie du secrétaire, chargé de
dépêches importantes pour le marquis de l’ pital. Les deux hommes
prirent un retard considérable en évitant les brigands ou en cherchant
des auberges correctes accidents et intempéries, les habituels topo
22du voyage, rent le reste . Une escale à Vienne fut de mauvais
présage accueilli avec bienveillance par auni , le père du
rapprochement franco-autrichien, Favier suscita la mé ance de César- abriel de
Choiseul, alors ambassadeur de France il détestait son cousin
épo2nyme, auquel le secrétaire ne cessait de se référer .
Arrivés à Saint-Pétersbourg le 1 février 1761, l’abbé et le
commis se précipitèrent à l’ambassade où le baron de reteuil allait
remplacer le marquis de l’ pital. Les deux diplomates étaient censés
Regnier de Guerchy ambassadeur extraordinaire, La aye, che Scheurleer, 1764. Ses
chantages permanents, ses ambitions démesurées lui valurent d’être condamné
à nir sa vie en upons. Voir sa biographie par ary NaR` , Monsieur d’Éon is a
Woman, a tale of Political Intrigue and Political Mascerade, New ork, asic ooks,
1 .
21. L’abbé Jean Chappe d’Auteroche (1728-1768) développa très eune ses go ts pour
l’astronomie. En 17 , Chappe devint ad oint à l’Académie des Sciences il y
présenta bient t ses observations détaillées sur le passage de di érentes comètes,
recherches complétées par des calculs relatifs à la lumière odiacale. Deux ans
plus tard, à la demande du gouvernement russe, l’Académie des Sciences envoya
Chappe à Tobolsk, en Sibérie, pour observer le passage de Vénus sur le soleil et pour
e ectuer des relevés topographiques. l mourut en 176 au cours d’une nouvelle
expédition astronomique, en Californie ce e fois-ci, des suites d’une épidémie.
22. Jean Chappe ’A , Voyage en Sibérie, La aye, Rey, 1768, t. , p. 1- 2.
La première édition parisienne fut publiée la même année avec une série de
gravures de Jean- aptiste Le Prince.
2 . César- abriel de Choiseul-Chevigny, duc de Praslin (1712-178 ), fut nommé
ambassadeur à Vienne en 17 8, entra au Conseil et reçut le portefeuille des A aires
étrangères à la n de 1761 cinq ans plus tard, il devint ministre de la Marine où
il entreprit à son tour de nombreuses réformes. l fut nommé membre honoraire
de l’Académie des Sciences. Contrairement aux critiques qu’il éme ra dans ses
Mémoires au su et du renversement des alliances, il soutint pleinement ernis,
l’auteur du traité de Versailles, et s’engagea en faveur de la guerre contre Frédéric .
Voir les Mémoires du duc de Choiseul, Mercure de France, 200 , p. 16 -171.
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9?12 Une leçon de géostratégie les bservations sur la Russie en 1761
cohabiter dans l’a ente que la guerre contre Frédéric , parvenue à
un tournant après les victoires des Russes, puisse trouver une issue
paci que. Chappe partit quelques ours plus tard pour Tobolsk. Favier
fut aussit t chargé d’étudier les conditions pour signer au plus vite
un traité de commerce avec la Russie le cabinet le voyait employé
fort utilement dans ce e négociation . Sa principale commission
se révéla plus délicate il devait persuader le marquis de l’ pital de
suivre ses avis et l’empêcher de contrarier les négociations de reteuil.
Le petit secrétaire avait un pouvoir certain, si M. de l’ pital se refusoit
aux conseils du Sieur Favier , ce dernier était en droit de dénoncer son
supérieur auprès du cabinet et auprès du baron de reteuil pour que
de concert, ils puissent en prévenir les mauvais e ets . Les nstructions
vont même plus loin le secrétaire et le nouvel ambassadeur devaient
me re une grande précaution pour que le concert qui sera établi entre
eux , pour le service du Roi et de son secret, ne f t pas soupçonné de
24M. de l’ pital . Contrairement à toute a ente, le vieux diplomate ne
se heurta pas à la présence du remuant secrétaire il était trop heureux
de qui er la Russie. reteuil, en revanche, le prit aussit t en grippe beau
parleur, plein d’esprit, cet aventurier risquait de lui faire ombrage dans la
société huppée de Saint-Pétersbourg où il avait dé à de bonnes relations.
Les remaniements au sein de l’ambassade et la double politique de
Louis XV n’arrangeaient pas les a aires de la France elle compliquait
inutilement une diplomatie en pleine mutation. Les hommes du secret
se croisaient, non sans frustration. Le chevalier d’Éon, alors secrétaire
d’ambassade, se sentit relégué au second rang. Appréhendant le départ
du marquis de L’ pital, il subit un a aissement de la nature qui lui
interdit de passer un hiver de plus en Russie. Son médecin lui conseilla
2de sucer son air natal pour reprendre force . En réalité, le
chevalier, qui ne s’a ubla amais de robes, paniers ou mouches en Russie,
refusa de se contenter du r le de pharisien . Proche du marquis de
l’ pital, il craignait l’ire du roi et préféra regagner l’armée pour
comba re Frédéric et se refaire une virginité politique.
Favier entreprit de refaire le travail du chevalier d’Éon, ugé
aléatoire et peu able. Celui-ci avait rédigé un mémoire sur la Russie dont
26la version dé nitive fut rédigée dans la première moitié de 17 8 .
24. R , op. cit., t. , p. 17 -174.
2 . AAÉ, F 2188, France, fol. 4 et AAÉ PC Angleterre, t. 11, fol. 11 , sans date.
26. l évoqua la bataille de ross-J gersdorf du 0 ao t 17 7, mais ne parla pas de
la chute de estou ev en février 17 8. Nous avons publié le manuscrit De la
Russie sous le titre En Russie au temps d’Élisabeth, L’inventaire, coll. Valise
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9?Introduction 1
D’Éon avait scrupuleusement suivi la rhétorique du mémoire
diplomatique et respecté l’ordre thématique requis une description du
pays suivie de celle de ses ressources naturelles, puis d’une analyse du
commerce, des manufactures et des nances. l se vantait de ses
découvertes et ré exions sur le mode de recrutement dans les forces
maritimes et terrestres. L’observation sur le terrain le fascinait la cour et
le génie des grands , masculins ou féminins, leurs réseaux, cabales
et intérêts monopolisaient son a ention or il avait recueilli ces
informations de seconde main et elles restaient de ce fait pauvres. D’Éon
prétendit avoir observé le peuple, mais il ne laissa aucune
information novatrice dans ses papiers. Favier prit donc sa relève et
s’appliqua à écrire des Observations , un texte exceptionnel, témoignant de
la perspicacité de ce n politique. l décida de commencer par les
personnalités les plus en vue à la cour russe. Dans les premiers chapitres,
Favier trace de remarquables portraits celui d’Élisabeth vieillissante,
ceux de Pierre et de Catherine dont les caractères sont brossés avec
beaucoup de perspicacité. L’analyse du r le de ce vaste empire dans les
relations internationales occupe cependant la ma eure partie du texte.
l mit tout son èle à évaluer le poids de la diplomatie russe sur
l’échiquier européen, les rapports du grand pays slave avec ses voisins et les
grandes puissances occidentales. Fidèle à ses nstructions , il
consacra deux longs chapitres à la théorie et à la pratique du commerce, avec
ses avantages et ses pièges, a n d’avertir sa hiérarchie des problèmes
à retenir lors de la rédaction du traité économique. La France devait
établir un commerce direct et réciproque avec la Russie et priver les
ollandais et Anglais, principaux importateurs de produits
manufacturés à Saint-Pétersbourg, de leur négoce lucratif. Comme son
prédécesseur, le nouveau secrétaire eut rarement accès à la cour il ne c toya
point Élisabeth, gée dans la maladie. r ce à son amitié avec le eune
Alexandre Vorontsov, il rencontra favoris et courtisans en ville et y
recueillit les informations requises.
Ses Observations sur la cour de Russie, le ministère et le système
actuel , datées de mai 1761, furent envoyées au début du mois
d’octobre de la même année à César- abriel de Choiseul-Chevigny, duc
27de Praslin, ministre des A aires étrangères à ce e époque . Les
chapitres consacrés au commerce furent remaniés après 1774, car Favier y
évoque la paix de utchuk- a nard i. en suivre la le re dédicace, la
diplomatique , 2006.
27. Voire la le re dédicace, datée du 11 octobre 1761, p. 67 dans le présent volume.
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9?14 Une leçon de géostratégie les bservations sur la Russie en 1761
première version complète fut terminée deux mois avant le décès
d’Élisabeth. Favier ne vécut pas cet événement car, en n débarrassé du
marquis de L’ pital, le duc de reteuil avait trouvé un bon prétexte pour
faire rappeler son encombrant secrétaire en France il l’accusa d’être
incontr lable et intriguant. Sans doute, Favier décida-t-il d’envoyer ses
Observations à Choiseul pour se rappeler à ses bons souvenirs et
pour obtenir un emploi intéressant. Revenu à Paris, il s’appliqua à
rédiger un complément sur le règne de Pierre . Alexandre Vorontsov,
qui sé ourna en France en 1762, lui permit sans doute de réactualiser
ses informations sur les cabales et factions à la cour de Pétersbourg, les
28remaniements ministériels et les réorientations politiques . Le trépas
d’Élisabeth avait engendré un nouveau renversement des alliances.
Pierre , grand admirateur de Frédéric , signa immédiatement une
paix séparée avec la Prusse et se dégagea de la coalition
franco-autrichienne. Les glorieux pro ets de Choiseul s’étaient e ondrés les
relations entre la France et la Russie étaient au plus bas. Les deux pays
allaient a endre plus de vingt ans pour parvenir à la signature d’un
traité commercial. En octobre 1761, le ministre abandonna les A aires
étrangères à son cousin César- abriel de Choiseul-Chevigny. Celui-ci
méprisait Favier à cause de son amour du plaisir , son indiscrétion
2et sa langue de vipère .
Le secrétaire déchu sollicita en vain une mutation vers les
consulats de France à Trieste ou à Lisbonne. gnoré, délaissé, il commit alors
un faux-pas de taille en proposant son intégration au sein du service
diplomatique russe Flairant de meilleurs revenus et une carrière
prome euse, Favier décida, en février 176 , d’en faire la demande
à Catherine . l désirait être ra aché à son ambassade à Londres.
Le grand chancelier Vorontsov trancha certes, l’homme avait du
mérite, mais il demandait un traitement important et un grade trop
0élevé on peut se passer de lui , tel fut le verdict .
Ainsi, Favier revint à son mode de vie e réné. l était dangereux,
car initié au Secret du roi, ce e double politique qui amenait Louis XV
à contrecarrer la politique de son secrétaire d’État des A aires
étrangères. l risquait d’en faire état, comme son prédécesseur, le chevalier
d’Éon. l’instar de celui-ci, il partit en mission pour Londres, où sa
28. Dans une le re du septembre 1762, Vorontsov parle de son cher Favier , AV,
t. XXX, p. 4.
2 . FYNZZR_Z\[a , op. cit., p. 176.
0. Le re de Catherine du 2 février et du 17 mars 1766, SIRI , t. XLV , p. 0 et 1.
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9?Introduction 1
trace se perdit pendant plusieurs années. Choiseul signa un mandat
d’arrêt, mais le coquin restait introuvable. Favier ressurgit en 176
à La aye ses contacts avec les commerçants du cru déterminèrent
sans doute ce e destination. l y rencontra enri de Prusse, le frère
1de Frédéric 9 . Nouvelle bévue, il a cha son amitié pour le prince
2Dé à, on l’appelait le Prussien ... Sa disgr ce se prolongea. L’arrivée
du duc d’Aiguillon aux A aires étrangères (1770) suscita de
nouveaux espoirs celui-ci aspirait à signer une alliance avec Frédéric .
Le secrétaire se vanta bruyamment de ses bonnes relations avec les
ohen ollern il o rit même sa correspondance avec le prince enri
au ministre. Le Cabinet t la sourde oreille. Favier nit par entrer au
4service du comte de roglie , directeur de la correspondance secrète
de Louis XV. l chargea son collaborateur de trier ces le res
comprome antes et d’analyser la situation internationale. roglie écrivit
une le re enthousiaste à Louis XV à l’en croire, Favier était un des
hommes de l’Europe les plus instruits , dont les lumières avaient
tou ours excité la alousie des bureaux . Le laisser dans l’inutilité et
presque la misère relevait du crime contre l’État l demanda un
1. enri, prince de Prusse (1726-1802) était le frère cadet de Frédéric . Nommé
colonel d’infanterie à quator e ans, le eune homme s’opposa t t à son frère dont
il critiqua la stratégie militaire et le manque de sens diplomatique. Après la guerre
de Sept ans, il se voua à la diplomatie et s’investit à étudier un possible partage de
la Pologne. l entretint une correspondance suivie avec Catherine elle voulut
lui o rir le royaume de Valachie, mais Frédéric s’y opposa. En 1786, il fut même
question qu’il devienne roi ou président des États-Unis, un pro et resté sans suite.
Voir ernhard M , Prinz Heinrich von Preussen 1726-1802, die Entwicklung zur
politischen und militärischen Führungspersönlichkeit (1726-1763), amburg, ova ,
2002, et Michael Sachs, Durchlauchtigster Prinz, freundlich geliebter eveu Heinrich
Prinz von Preussen (1747-1767), e e Friedrichs des Grossen sein Leben und tragischer
Tod in ei eugenberichten, Essen, Alcorde, 2012.
2. istoire politique Prusse , NF, Manuscrits français 12140, supp. FR 2681, fol 1.
. Emmanuel Armand de Vignerod du Plessis de Richelieu, comte d’Agenois, duc
d’Aiguillon (1720-1788), fut commandant en chef en retagne, ministre d’État et
secrétaire d’État. l dirigea les a aires étrangères du 1771 à 1774 et dut a ronter
les intrigues du clan Choiseul. Accusé de comploter contre Marie-Antoine e, il
démissionna en 1774 et se retira dans son ch teau. Voir Alain P , Le Duc
d’Aiguillon, 1720-1788, ministre de Louis XV, au service du roi et des dames, ordeaux,
Éd. Sud-Ouest , 2010.
4. Charles François comte de roglie (171 -1781) fut ambassadeur en Pologne avant
de devenir le directeur de la correspondance secrète du Roi. l fut exilé sur ses
terres en 1762 à la suite d’une intrigue de Choiseul, mais Louis continua à le laisser
travailler pour le Secret. Voir la Correspondance secrète du comte de Broglie avec
Louis XV, p. p. Didier O et Michel Antoine, , 1 6 et 1 61, 2 vol.
. Le re de roglie à Louis XV du 17 mars 177 , op. cit., t. , p. .
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916 Une leçon de géostratégie les bservations sur la Russie en 1761
salaire de 00 livres mensuels pour son protégé. Encouragé, Favier
s’exécuta et rédigea en moins d’un mois ses Conjectures raisonnées sur la
situation actuelle de la France dans le système politique de l’Europe. Le texte,
revu et corrigé par roglie, fut apprécié de ses supérieurs. Dans une
le re datée du 2 mai 177 , celui-ci expliqua au roi que Favier avait
préféré traiter la question russe dans un mémoire séparé il y avait
sé ourné asse longtemps pour compter parmi les spécialistes de ce
6pays . Ce texte n’a peut-être amais été écrit ou il s’est perdu dans les
a res de la Révolution.
Favier n’était cependant pas à la n de ses peines. Louis XV était
au plus mal, ses ministres se mirent à outrepasser leurs compétences
Aiguillon découvrit le Secret et avec lui l’identité des agents du roi.
roglie se sentit piégé et dut trahir ses plus dèles collaborateurs dont
Favier. Une série de le res peu a euses pour la Du arry lui furent
fatales. En ao t 177 , le secrétaire fut enlevé puis enfermé à la astille.
l valait mieux éviter d’être trop initié au secret de Louis XV, à preuve
7le destin du chevalier d’Éon, contraint à nir ses ours en upons .
Le prisonnier minimisa ainsi son r le à Pétersbourg, à Londres ou à
La aye. La mort du roi précipita les choses d’Aiguillon fut limogé.
roglie put demander ustice pour le prisonnier dont il écrivit
Je crois le sieur Favier un des meilleurs dictionnaires qu’un ministre
8des A aires étrangères puisse avoir pour s’éclairer Favier aurait-il
rendu ou détruit tous ses papiers Essaya-t-il d’exercer quelque
chantage L’ancien secrétaire obtint en 1774 une somme de 40 000 livres
tournois destinée à payer ses de es et une grati cation annuelle de
2 000 écus. l ne fut néanmoins pas réintégré dans le service
diplomatique. l resta dans la clandestinité et se transforma en éminence grise
du nouveau ministre des A aires étrangères, Vergennes . l contesta
la politique américaine de son protecteur et lui déconseilla en vain de
reconnaître l’indépendance les États-Unis les provinces françaises
6. Ibid., t. , p. 62.
7. NaR` , op. cit., p. 20 sq.
8. Le re au roi du 28 ao t 177 , FYNZZR_Z\[a , op. cit., p. 272.
. Charles ravier, comte de Vergennes (171 -1787) commença sa carrière comme
diplomate il passa quator e années à Constantinople, puis il fut nommé à
Stockholm où il permit à ustave d’a ermir son pouvoir contre le Riksdag.
Nommé aux A aires étrangères par Louis XV , il poursuivit une politique très
hostile aux ritanniques et soutint les colons américains pendant la guerre d’
ndépendance. l proposa une alliance défensive et o ensive à ce nouvel État en
1777. Voir Jean-François LNO\b_QRaaR , Vergennes, Ministre principal de Louis XVI,
Des onquères, 1 0.
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9?Introduction 17
comme le Languedoc ou la retagne ne risquaient-elles pas s’inspirer
40des guerres sécessionnistes pour revendiquer leur autonomie
Au début des années 1780, Louis XV et Catherine envisagèrent
de signer un traité commercial. Dans l’espoir de récupérer une place au
ministère, Favier réécrivit les chapitres des 9 Observations 9 sur
l’établissement de rapports commerciaux entre les deux puissances. Vaine
besogne, Russes et Français préférèrent s’inspirer du pro et de
conven41tion rédigé en 174 par d’Allion et le consul de France Saint-Sauveur .
Les négociations aboutirent en 1787 à la signature de cet accord tant
recherché. Favier ne vécut plus cet événement 9? il s’était éteint à Paris,
à deux pas du Palais-Royal, le 2 avril 1784. L’ 9 ancien syndic général
des États de Languedoc et envoyé en di érents gouvernements 9 , était
décédé des suites d’une longue maladie, dans un appartement situé au
premier étage avec vue sur cour, au sein de l’h tel de Lussan, sis rue
Croix-des-Petits-Champs, dont Jér me Jean ilbert Aladame, avocat
en Parlement, était le propriétaire. Favier continua à obséder les
cabinets, du moins ses papiers, ou ce qu’il en restait. Le our même, Marie
Joseph Chenon ls, commissaire au Ch telet de Paris, fut appelé pour
procéder à l’apposition des scellés. peine arrivé, Chenon t informer
le secrétariat d’État des A aires étrangères de la présence de papiers,
rangés dans un secrétaire, intéressant ses services. Vergennes réagit
aussit t 9? ces documents sensibles devaient être remis entre les mains
de Sémonin, alors chef du Dép t général des A aires étrangères.
Le principal commis de ce dép t, Poisson, fut envoyé à Paris, 9???
pour, nonobstant toutes oppositions, examiner lesdits papiers, en
séparer et retirer tous écrits, le res, notes, minutes, apostilles et mémoires
qu’il ugera it avoir rapport à son service ou intéresser son
administration, et desquels les gardiens et dépositaires demeurer aient
valablement déchargés envers ladite succession sur le récépissé simple
40. ernard F , L’Esprit révolutionnaire en France et aux États-Unis, Champion, 1 24,
p. 2 et .
41. Jean- aptiste Decury de Saint-Sauveur (avant 1700-176 ), directeur général des
vivres de la Marine, fut nommé consul de France à Saint-Pétersbourg de 174
à 1748, puis de 17 7 à 1764. partir de 1760, il fut secondé par un vice-consul,
Pierre Martin, qui résidait à Moscou. Avec d’Allion, il fut l’auteur d’un pro et de
commerce élaboré en 174 celui-ci fut abandonné à la suite des tensions entre
Paris et Saint-Pétersbourg. Lors de son retour en Russie, il fut chargé de
développer le commerce entre les deux pays. nvesti de la même mission trois ans plus
tard, Favier devint en quelque sorte son concurrent. Le consul se compromit dans
l’a aire du tabac d’Ukraine (voir notre chapitre sur ce e a aire), mais réussit à
maintenir sa position. l mourut en poste en 176 .
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9?18 Une leçon de géostratégie les bservations sur la Russie en 1761
et sans indications des matières et ob ets desdits papiers ???9 . Ce e
note datée du avril 1784 était signée par Vergennes et le roi en
personne. Sa Ma esté ordonna 9 que toutes facilités et assistances
nécessaires lui soient données pour la recherche dont nous le chargeons 9 .
Poisson en donna une copie, certi ée véritable, datée du avril 1784
42à Chenon .
Sept personnes s’opposèrent à la levée des scellés, parmi elles le
propriétaire de l’h tel particulier, ainsi que les médecins et chirurgiens qui
avaient soigné Favier. Joseph gnace uillotin et ouvard, tous deux
docteurs en médecine, avaient fait 2 consultations. uillotin avait e ectué
1 4 visites dont certaines de nuit depuis le 11 septembre 1781, époque
à laquelle le comte de roglie lui a fait accorder 2 louis pour soins
antérieurs . En n, uillotin déclara avoir également prodigué our et
nuit des soins à Favier, ( ) pendant qu’il logeoit près de lui, rue des
erons Enfants, depuis le 1 octobre 1782, usqu’en février 1784,
notamment dans l’a reuse maladie qui a duré pendant tout l’hiver et tout le
printemps 178 . L’ensemble des frais d’honoraires d par les héritiers
s’éleva à 2 2 2 livres tournois. Favier avait aussi eu recours à Jean Joseph
enoît Monier, maître chirurgien, membre du Collège de Chirurgie,
et chirurgien de Madame Louise de France, religieuse carmélite. l lui
4devait la somme de 144 livres tournois pour ses soins . Les archives ne
nous révèlent pas la nature du mal dont Favier était a igé. Ende é, il ne
semble pourtant pas être décédé dans la misère et au contraire avoir reçu,
usqu’à sa mort, les soutiens de personnes haut placées comme orglie.
Favier avait pour unique héritière une nièce, Madeleine Françoise
44abrielle Savy . Avertie du décès de son oncle, elle monta à Paris
et se présenta devant Chenon le 0 avril 1784. Le mai suivant, elle
nomma Louis Nicolas rivau, notaire au Ch telet de Paris, pour
procéder à l’inventaire des biens ayant appartenu à son parent. Le seul
papier mentionné dans cet inventaire était l’acte du bail de
l’apparteerment, fait sous seings privés le 1 février 1784, pour une durée de ans
erà compter du 1 avril 1784, moyennant 7 0 livres tournois de loyer
42. Voir A.N. M.C., étude L , 0, mai 1784, inventaire après décès de Jean Louis
Favier la prisée des biens mobiliers s’éleva à 1 0 livres tournois. Nous devons à
Thierry Claeys toutes les informations relatives à la fortune posthume de Favier.
4 . Voir A.N., 11 12, scellés apposés par Marie Joseph Chenon, commissaire au
Ch telet de Paris, à la date du décès, le 2 avril 1784.
44. Elle était la lle d’Antoine Savy, avocat au Parlement de Toulouse, et de Jeanne
Thérèse Favier. Elle était mariée à Jean François Martin, négociant à Toulouse,
tous deux domiciliés rue de la Trinité, paroisse Saint-Étienne.
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9?Introduction 1
4annuel . Favier était décédé le lendemain de son emménagement.
u’étaient devenus ses papiers Furent-ils cachés dans des archives
ou détruits Disparurent-ils pendant la Révolution ou les incendies
de la Commune Furent-ils achetés par quelque collectionneur après
178 uoiqu’il en soit, Favier continua à préoccuper le cabinet et
Louis XV en personne, bien au-delà de sa mort.
Son œuvre la plus importante, les Doutes et questions sur le traité de
erVersailles du 1 mai 1756 entre le roi et l’impératrice reine de Hongrie lui
valurent une reconnaissance posthume dans les milieux acobins
l’ou46vrage connut plusieurs rééditions dans les années 17 0 . Ses
exceptionnelles Observations sur la Russie restèrent dans les oublie es
des archives elles représentent pourtant un des plus importants
témoignages sur l’époque élisabéthaine, la politique internationale et les
difeciles relations économiques entre la France et la Russie au siècle.
L R , ’Re]|_VZR[aNaV\[ ]\YVaV^bR9?
Favier assista à la n d’une époque, celle d’un doux règne
fémi47nin une atmosphère d’interrègne envahissait la Russie. L’Europe, elle
aussi, s’interrogeait qu’allait devenir cet immense pays sans la lle de
Pierre le rand, la dernière vraie Romanov la cour comme à la ville,
on faisait dé à le bilan de ses vingt années passées à la tête d’une des
premières puissances continentales et du plus vaste pays du monde.
Le règne de l’impératrice Élisabeth forma, de son vivant, un su et
à controverse une de ses premières décisions politiques, l’abolition de
facto de la peine capitale, la rendit aussit t célèbre et suscita la polémique.
Son action politique divisa ses contemporains. Pour les uns, Voltaire
par exemple, elle perfectionna les réformes commencées par son illustre
a eul et prépara le terrain de la politique éclairée de Catherine . Selon
48St hlin , arti cier impérial et membre de l’Académie des Sciences de
4 . Voir A. N., 11 12, scellées apposées par Marie Joseph Chenon, commissaire au
Ch telet de Paris, à la date du décès, le 2 avril 1784.
46. ary S , Favier’s eirs The French Revolution and the Secret du Roi ,
oHistorical Journal, N 41, 1 8, p. 22 -2 8. Sur la fortune de Favier dans les
années 17 0, voir aussi Albert S\_RY , L’Europe et la Révolution française, Plon, 188 ,
t. , p. 0 sq.
47. Andre T. \Y\a\c , Leben und Abenteuer des Andrej Bolotov von ihm selbst für seine
achkommen aufgeschrieben (1738-1795), Leip ig, nsel Verlag, 1 8 , t. , p. 0
(Nous citons ce e excellente édition allemande par commodité personnelle).
48. Jacob von St hlin (170 -178 ) naquit à Memmingen et t ses études à Leip ig
où il fréquenta Philipp Emanuel ach et o sched. En 17 4, il fut embauché par
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9?20 Une leçon de géostratégie les bservations sur la Russie en 1761
Saint-Pétersbourg, elle était aussi responsable de la renaissance d’une
4civilisation plus moscovite, originellement russe . Aux yeux de ses
0détracteurs, Michel Chtcherbatov entre autres , elle fut l’instigatrice
d’une régression évidente et responsable d’un dévergondage général
1des mœurs, malgré sa bigoterie et ses concessions envers son Église .
Frédéric posa la question épineuse sur la légitimité d’une femme à
2la tête d’un État aussi puissant . Le r le des conseillères, favorites,
amies ou simples paysannes prit une envergure particulière pendant
ce règne, notamment à cause des lois formées en leur faveur
restriction des ch timents corporels, remaniement des droits d’héritage et
de divorce, récupération de la dot en cas de maltraitance. Élisabeth
maniait le pouvoir selon un mode féminin elle restait l’autocrate et
décidait seule des démarches à suivre, mais elle s’appuyait sur un
travail collectif. Les décisions se prenaient souvent dans l’intimité des
salons où les deux sexes se c toyaient pour commenter les a aires
courantes, en particulier la politique étrangère. Élisabeth ne prenait pas sa
t che à la légère souvent, elle se réfugiait dans la contemplation ou
l’Académie des Sciences impériale comme professeur ad oint d’éloquence et de
poésie deux ans plus tard, il occupait la chaire d’histoire li éraire, de rhétorique
et de critique, mais enseignait aussi le droit naturel et la morale. Arti cier et
poète de la cour impériale, il dirigeait le département de gravure de l’Académie,
gérait les collections de médailles et la bibliothèque impériale. l fut le
rédacteur principal de la Gaze e de Saint-Pétersbourg. Organisateur du couronnement
d’Élisabeth (1742), il fut chargé de l’éducation de l’héritier du tr ne, Pierre. Après
l’avènement de celui-ci en 1761, St hlin devint conseiller d’État plus e acé sous
le règne de Catherine , il assura les fonctions de secrétaire de la conférence de
l’Académie. l vouait une grande passion à la vie musicale et au thé tre en Russie
sur lesquels il laissa des analyses exceptionnelles.
4 . arl S , Aus den Papieren Jacobs von Stählin, ein biographischer Beitrag zur
deutsch-russischen Geschichte des 18. Jahhunderts, Königsberg, Osteuropa-Verlag,
1 26, p. 1 7-21 .
0. Michel M. Chtcherbatov (17 -17 0) fut membre des gardes Simionovski
usqu’au coup d’État de Catherine . Député de la région de aroslavl, membre de
la commission législative, où il défendait les droits de l’ancienne noblesse, il fut
nommé chambellan et gravit les échelons usqu’au grade de sénateur. l fut aussi
l’auteur d’un grand nombre d’essais sur la société et ses problèmes moraux, sur
l’instruction publique, sur les relations internationales qu’il dédia à ses enfants.
La publication de la ma orité de ces textes fut posthume.
1. Michail M. S , ber die Si enverderbnis in Russland, erlin,
NevaVerlag, 1 2 , p. 71- . Nous utilisons ce e édition, présentée par Karl St hlin,
pour des raisons de commodité.
2. Testament politique de 17 2 in Die politischen Testamente Friedrichs des Grossen,
erlin, R. obbing, 1 20, p. 42.
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9?Introduction 21
dans la maladie pour gagner du temps avant de donner des ordres, au
grand dam du corps diplomatique.
L’impératrice sut s’entourer d’excellents ministres. Alexe estou
evRioumine , à la tête des a aires étrangères pendant dix-sept ans,
donna à la Russie un r le prépondérant en Europe. Michel Vorontsov
lui succéda en 17 8 et sut continuer une politique d’équilibriste,
respectueuse à la fois de la France, de l’Autriche et de l’Angleterre.
4Pierre Chouvalov , chargé de la politique intérieure, entreprit des
réformes importantes elles modi èrent sensiblement les structures
administratives, économiques et sociales du pays. L’entre-deux-guerres
(1748-17 6) représente une étape charnière pour la société russe.
De nombreux pro ets, redé nis et réalisés sous Catherine , furent alors
mis en place par celui qu’Élisabeth appelait le seul homme éclairé de
l’Empire restructurations scales, réforme du code de lois,
abolition des douanes intérieures, création d’un système économique
protectionniste. L’appareil de l’État évolua en fonction de modèles
occidentaux, malgré certaines concessions faites aux us et coutumes russes.
. Alexis P etrovitch estouev-Rioumine (16 -1766) débuta dans la diplomatie au
service de la cour de anovre et du roi d’Angleterre en 1717. De retour aux c tés de
erPierre , il fut aussit t envoyé en mission au Danemark et fut un des maîtres d’œuvre
de la paix avec la Suède (1721). Anna oannovna le nomma en 1740 conseiller privé
et ministre d’État. estou ev fut cependant écarté du pouvoir et arrêté pendant la
régence. Élisabeth le nomma sénateur puis chancelier de l’Empire. l s’a aira dans
les années 1740-17 0 à brouiller la souveraine avec la France et la Prusse, et l’incita
à envoyer des troupes russes aux c tés de l’Autriche et des puissances maritimes,
ce qui valut à la Russie d’être exclue des négociations d’Aix-la-Chapelle. Lors de
la guerre de Sept ans, il récidiva et refusa de s’a aquer à l’Angleterre. estou ev
semble avoir été impliqué dans la retraite des troupes vers la Courlande après la
bataille de ross-J gersdorf l’état de santé d’Élisabeth lui avait fait appréhender
l’accession au tr ne de Pierre, grand prussophile. La souveraine le t arrêter et exiler
en province. l fut rétabli dans ses fonctions de sénateur par Catherine (en 1762),
reconnaissante de son soutien inlassable contre feu son époux.
4. Pierre vanovitch Chouvalov (1711-1762), lieutenant général, sénateur,
responsable des A aires intérieures et des Finances, géra aussi la trésorerie impériale. l
est l’auteur de nombreuses réformes, créa les premières banques russes et inventa
même un obus qui avait la particularité de pouvoir lancer, gr ce à sa forme conique,
des missiles de taille di érente et à une distance qui dépassait les premiers rangs
des troupes ennemies. Son épouse, Marfa Egorovna, née Chépeleva (1708-17 ),
était la con dente de l’impératrice et sa partenaire préférée au eu. Elle lui fournit
un certain nombre d’amants dont son propre neveu, . . Chouvalov.
. Ludwig Friedrich Julius , Mémoire sur la Russie, sur
l’impératrice Élisabeth, sur sa cour et son gouvernement (juillet 1755), in Preussische und
oesterreichische Acten zur Vorgeschichte des siebenjährigen Krieges, p. p. . . Vol et
. K n el, Leip ig, ir el, 18 , p. 687.
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9?22 Une leçon de géostratégie les bservations sur la Russie en 1761
Le r le des di érentes instances (Sénat, Collèges, administration
régionale) se dé nit avec plus de précision gr ce aux innombrables oukases
émis pendant ce règne. Le personnel des bureaux augmenta et avec lui
les classes intermédiaires a ranchies, ni nobles, ni paysannes. Malgré
un manque d’argent permanent d au train de vie luxueux de la cour
et aux dépenses de l’armée, l’État et avec lui la bureaucratie en sortirent
renforcés, même dans les régions les plus éloignées. Les paysans
représentaient les grands perdants du règne en dépit de plusieurs oukases
en leur faveur, la condition des serfs se dégrada, notamment à cause
d’une capitation trop lourde et d’une conscription arbitraire, faisant
6des droits les plus élémentaires .
Deux grands con its marquèrent le règne d’Élisabeth. Le premier,
la guerre de Succession d’Autriche, fut doublée usqu’en 174 de
belligérances avec la Suède au cours desquelles la Russie conquit
d’importants territoires sur la Finlande le sud-est du territoire contenant
les provinces de Kymmengard, ilmanstrand et Nyslot. La guerre
en Europe avait éclaté à cause de la pragmatique sanction qui
assurait les droits de Marie-Thérèse sur le Saint Empire germanique
elle opposait la France, l’Espagne, la Saxe, la avière et la Prusse à
la rande- retagne, aux Pays- as et à l’Autriche. Dans un premier
temps, Élisabeth décida de rester neutre, refusant de verser le sang
de ses su ets pour une cause qui ne concernait pas sa patrie. Elle fut
d’autant plus sollicitée par les monarques continentaux avides d’a
irer son redoutable pays dans leur camp. La lle de Pierre le rand
saisit l’occasion pour revendiquer la reconnaissance de ses titres
impé7riaux . Une pression inou e fut exercée sur les têtes couronnées seuls
les ourbon, Louis XV et Philippe V, ne purent pas se résigner à lui
accorder ce droit hérité de son père. O ensée, Élisabeth décida de
s’al8lier à Marie-Thérèse en 1746 . Malgré son engagement, certes tardif,
la Russie ne fut pas invitée aux négociations de paix à Aix-la-Chapelle
et ses troupes furent traitées d’armée mercenaire. Les relations
diplomatiques avec la France furent interrompues de 1748 à 17 6 à la suite
d’innombrables bévues protocolaires. Ce e tension en entraîna une
6. James _R[[N[ , Enlightened Despotism in Russia, The Reign of Elisabeth, 1741-1762,
New ork, ern, Peter Lang-Verlag, 1 87, p. 61-87.
7. En 1721, le Sénat av ait octroyé à Pierre le titre d’empereur à cause de ses succès
militaires et ses réformes. Les grandes puissances refusèrent alors de
reconnaître le titre. Voir notre Pierre le Grand. Le premier empereur de toutes les Russies,
Tallandier, 201 , p. 487 sq.
8. Voire notre La Russie entre en Europe, p. 4-6 .
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