Unique survivant du "complot Kaman-Fodeba "

De
Publié par

.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
Lecture(s) : 215
Tags :
EAN13 : 9782296160767
Nombre de pages : 196
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Collection Mémoires Africaines

DANS LA MÊME COLLECfION ATEBA YENE Théodore: Cameroun - Mémoire d'un colonisé, 153 p. CHAPELLE Jean: Souvenirs du Sahel, 288 p. CONOMBO Joseph Issoufou: Burkina-Faso - M' Ba Tinga, traditions des Mossé dans l'empire du Moogho Naba, 200 p. CONOMBO Joseph Issoufou : Souvenirs de guerre d'un Tirailleur Sénégalais, 200 p. DIOP Birago : Sénégal- Du temps de, Mémoires IV, 220 p. DIOP Birago : Sénégal- Et les yeux pour me dire, Mémoires V, 200 p. DONNA T Gaston: Cameroun, Algérie, Afrique - Afin que nul n'oublie, l'itinéraire d'un anticolonialiste, 400 p. KAPTUE Léon: Cameroun - Travail et main-d' œuvre au Cameroun sous régime français (1916-1952),282 p. LÔ Magatte : Sénégal- L'heure du choix, 107 p. LÔ Magatte : Sénégal - Syndicalisme et participation responsable, 151 p. TITI NWEL Pierre: Cameroun - Thong Likeng, fondateur de la religion Nyambe Bantu, 238 p. TRAORE Sékou : Afrique - la F.E.A.N.F. en France, 104 p. WONYU Eugène: .Cameroun - De l'U.P.e. à l'u.e., un
témoignage à l'aube de l'indépendance * ** (1953-1961), 336 p.

LA GUINÉE
BA Ardo Ousmane:

À L'HARMATIAN

(coll.

«

Mémoires Africaines »), 276 p.
Commerce

Camp Boiro, sinistre geôle de Sékou Touré et colonisation en Guinée, (colI.

GOERG
«

Odile:

Racines du Présent »), 430 p.
Transports à grandes vitesses en

SAKHO Adama Alpha Amadou: Afrique, 300 p.

KINDO TOURÉ

GUINÉE
UNIQUE SURVIVANT

DU
« COMPLOT
" KAMAN-FODEBA

»

Préface de TIALA GOBAE MOUNTAYE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

En couverture: le Mont Kakoulima sur la route entre Camp Boiro et Kindia.
Toutes les photos ont été prises en décembre 1984. Elles ont été cédées gracieusement par S. BANGOURA remercions vivement. que nous

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0189-9

L 'hommage encore manquant de la nation guinéenne à ses martyrs ne ressuscitera pas les Morts mais leurs âmes errantes et en peine reposeraient elÛm en paix, là-bas dans leurs fosses communes, au pied du Mont Kakoulima...

DÉDICACE

A la mémoire de toutes celles et de tous ceux qui, après avoir subi des supplices d'une rare cruauté, ont été froidement fusillés par de serviles pelotons d'exécution ou sont morts lentement d'inanition (privation systématique d'aliments:
«

la diète noire».

A toutes celles et à tous ceux qui, anciens ministres et hauts cadres, responsables à tous les niveaux, ouvriers et paysans anonymes, sont morts dans les geôles guinéennes et sont restés sans sépulture connue. A mes valeureux et prestigieux compagnons, ceux dudit «COMPLOT KAMAN-FODERA », innocentes victimes d'une monstrueuse et aberrante calomnie montée de toutes pièces. L'infernale et impitoyable machine du Parti, vous a broyés, pêle-mêle, dans sa marche macabre qui n'a été stoppée que le 3 avril 1984. En ce jour à jamais mémorable, la vaillante Armée guinéenne en vous réhabilitant solennellement, à la face du monde, vous a enfin lavés de toutes les souillures dont on vous avait grimés. Désormais, vos familles réconfortées sont fières de vous. Partout des manifestations grandioses ont été organisées en votre honneur; des marches pathétiques ont rassemblé vos familles, vos admirateurs; vos photos, vos portraits ont été brandis haut à bout de perche, à bout de bras; vos noms ont été scandés, criés à la volée, sanctifiés. D'émouvants témoignages télévisés et radiodiffusés ont 7

expliqué à l'opinion guinéenne, africaine et internationale les conditions arbitraires de vos arrestations, vos inhumaines et longues détentions, les effroyables tortures et mutilations physiques subies et, au bout du calvaire, l'inexorable et muette fosse commune qui vous a engloutis à jamais. Que vos âmes reposent en paix! Que Dieu Tout~Puissant les accueille en son paradis. Amen! Le vent bienfaiteur du 3 avril 1984, en balayant d'un souffle l'abject régime dictatorial et sanguinaire (ainsi que tous ses vestiges) a rendu à votre Peuple la liberté réelle, la dignité vraie.

Le tristement célèbre « CAMP BOIRa », le camp des
atrocités et de la mort, où tant de femmes et d'hommes ont payé de leur vie l'hystérie démentielle d'une poignée de dignitaires assoiffés de pouvoir et d'honneur, a été ouvert à vos familIes, au peuple de Guinée, à la presse nationale et internationale. Vos messages écrits avec votre sueur et avec votre sang ont été déchiffrés à la consternation générale. Aujourd'hui, grâce à l'altruisme du CMRN *, le soleil de la liberté luit de son plus bel éclat en Guinée. L'amer souvenir de ce passé douloureux s'estompe lentement dans les consciences. Notre pauvre Guinée sort, profondément éprouvée et martyrisée, d'un cataclysme plus meurtrier que les deux grandes guerres colQniales. Elle panse ses blessures et se remet au travail. Ce grand Peuple n'oubliera pas vos familIes et vous honorera en toutes occasions.

* Le Comité militaire pour le Redressement national a pris le pouvoir après la mort de Sékou Touré et a procédé au démantèlement du régime barbare. 8

Reposez en paix, mes chers et valeureux compagnons! Vos sacrifices n'auront pas été vains. Gloire à toutes et à tous!

9

~
~

',,'

.~

KINDO TOURE

-

~-

-

-.... .-/

-"

"
La couverture originellement prévue par l'auteur pour son ouvrage. 10

REMERCIEMENTS

Je voudrais remercier très sincèrement, toutes celles et tous ceux qui m'ont encouragé, qui m'ont aidé à écrire ce petit ouvrage que je destine aux familles, enfants, amis et alliés de tous ceux-là qui sont morts sans jamais avoir su pourquoi, dans la tragédie de vingt ans d'une sanglante répression et de ceux qu'on appelle communément «les disparus ». Mes pensées vont également et bien entendu aux rescapés, à tous ceux qui, Dieu merci, ont eu le bonheur d'assister au dénouement du drame. Au premier rang de ceux qui m'ont encouragé, je me dois de citer et remercier chaleureusement: M. Facély II Marah ; Maître Sadamoussa Keita, avocat; le lieutenant de police Soriba Sakona Camara; M. Ibrahima Sory Diallo ; tout Ie personnel de la Sûreté de Labé; Mmes Fatoumata Binta Poréko Diallo et Hawa Samoura. Une mention spéciale revient à MM. Saïdou Maléa DialIo, Tiala Gobae Montaye et à Maître Alphonse Aboly, procureur général, qui se sont résolument mis à ma disposition pour redresser, mettre en forme acceptable, mon charabia. Je leur adresse au nom de tous mes illustres compagnons, ces centaines de personnes anonymes et innocentes victimes, au nom de ceux dont j'ai pu retracer la fin tragique, au nom de leurs familles, parents, enfants, amis et alliés, mes très vifs et très sincères remerciements. Que Dieu bénisse et récompense chacun pour sa contribution à la mise en forme définitive du présent ouvrage. 11

PRÉFACE DE TIALA GOBAE MOUNTAYE

Ecrire la Préface du livre d'un camarade de promotion de l'Enseignement secondaire n'est pas aisé. J'ai accepté ce redoutable devoir pour satisfaire un penchant: celui d'être utile à un ami et aussi à ses lecteurs. J'ai connu M. Mamadou Kindo Touré, il y a plus de 40 ans, en 1945, lorsqu'il venait de passer avec brio ses examens de C.E.P.E. * et de concours d'entrée en 6e Année des Collèges. Petit, discret, propret, rangé, bon camarade, discipliné, travailleur appliqué, calligraphe, le jeune collégien présageait le futur cadre de la Guinée de demain. Enseignant devenu policier, il a mis ses connaissances, son éducation et même ses relations au service de sa profession, de son pays. Il espérait un sort brillant. Arrêté, torturé, emprisonné à tort, dans les cellules noires du camp de concentration de Kindia et du tristement célèbre «Camp Boiro», ce fonctionnaire compétent et consciencieux, contrarié, désabusé, ne méritant pas l'injuste traitement qu'il subit, ne comprenant pas la « méchanceté» des hommes, lui si innocent, si pur, se réfugie dans sa foi. Et c'est là que Dieu lui indique la voie, son destin, sa
« sainteté », et sa grandeur d'âme se révèle toute, et à l'abri de toute déchéance.

* Cerfificat d'études primaires. 13

La protection divine va faciliter la maturation de son esprit à travers la méditation et les prières. D'où, cette maturité qui transparaît à travers les lignes de cet émouvant volume qu'il offre aux lecteurs. . M. Mamadou Kindo Touré ne juge pas. Il vous fait juger un régime et ses méthodes barbares, un groupe d'hommes serviles prenant son chef pour un surhomme, le déifiant et s'émasculant devant lui, prêts à se vendre au diable. Il décrit, il raconte ce qu'il a vu, entendu et vécu. Mieux, il témoigne. Ayant souffert le martyre, il fait revivre les tableaux les plus suggestifs de ce genre de réclusion où la vie de l'homme ne compte pas et où l'homme lui-même est réduit au néant et n'est plus connu que sous un simple numéro: N° 6... N° 16... N° 18... N° 72... etc. L'homme est en cage comme une bête. Drôle de façon de traiter ses semblables! L'auteur avec perspicacité jette une lumière crue sur les coutumes du «Camp Boiro». Cette prison exécrable, si tristement célèbre. Là, le monde est à l'envers. Tous les mots du Parti-Etat (politique, philosophie, morale) sonnent faux. Le monde est autre que le présentent les discours officiels. Mensonge! Dualité! Malhonnêteté! Ambiguïté! Ubiquité ! A vous de juger. A la postérité de saisir la profondeur du témoignage et de tirer les leçons pour empêcher le retour de pareilles choses, la répétition de tels actes de barbarie et de cynisme inqualifiable. La question qui vient à l'esprit lorsqu'on referme ce livre passionnant est la suivante: Pourquoi ces tortures, ces tueries? A quoi ont servi ces brutalités, ces pratiques inhumaines ? La réponse appartient à l'Histoire. Je souhaite de tout cœur que ce témoignage spontané soit 14

entendu et que le cri de douleur et non de révolte, clamé par l'auteur, serve de leçon à la race humaine afin que la

conclusionde René Maran dans Batouala * ne soit plus la loi
des êtres humains: « Tuer ou être tué ; et ne trouve plus sa place dans ce monde. Puisse Dieu Tout-Puissant, Maître de tout, effacer le mal du cœur des hommes d'Etat et que l'homme cesse d'être, ici-bas, un loup pour l'homme. Ce sera la contribution de cet opuscule, ce qui comblera de joie, M. Mamadou Kindo Touré et ce sera sa plus juste récompense. L'Homme en sortira grandi et retrouvera toute sa dimension.
))

TIALA GOBAE MOUNTAYE

* René MARAN: Michel, Paris, 1921.

Batoua/a,

véritable rOTMn nègre, Editions

Albin-

15

SÉNf.r.AL

CARTE DES CAMPS I

-~

~

'

Gl:IN£f..BISSAU r(

J
1

, ---,

I

1

l

1/

,-

L.. , / _~ J- -\ I ',,.' -"'-'" "\ .. .... ,
Sigui,i

1

MAU

V,
Kindi1

I

_'

.

.. Kankan 1-,

I I

CONAKRY,/
I

\

.. faranah \I,

1

,_,

'-___

_I

I-.J

~1f.RHA-I.F.ONE

. ..

"GOND'

.

".,,, ""':e,,,,,,) .ùl> 'tom. ..Ii"a,," d, J.. ,e ,."'.. ",,"'" ,D''''a'''' '''"'''''"'

.. KlSsid"uguu ...1 \ ( / .. Guckédou " r~-J ~-1 \ COTE.D"VOIN'" , ' ~ N'Zérékurc-\ , l .. r 1 I
...'" IIBERIA I (.., __I l r") ,"'I ,,

\_,

I

:

I"'

,

1",-

Source'

« L'Affaire Alata » - Pourquoi on interdit un livre en France, H. Hamon et P. Rotman, Seuil, Paris, 1977 ; p. 104.

PRÉAMBULE

20 LES CONDAMNATIONS PAIt CES MOTIFS . En exécution de ce; àispo5itions à~ lu loi;
Le Tribunal Révolutionnaire statuant contradictoirement et par contumane~ à l'égard de Bah Mamadou et Naby Youla. et en dernier ressort ; CONDAJ\1NE 1D A LA PEINE DE !\lORT ET A LA CONFlSCA'fION DES BIENS 1 Kaman Diaby 2 Diallo TlÏierno lbralùma 3 Keita Cheick Mohamed 4 Kauyate S!Illgban 5 Barry Diawadou 6 Keita Fodeba 7 Foiana Karim 8 Keita NamaI')' 9 Diallo Mamadou Mouctar 10 Camara Boubacar dit M'Bengue Il Coumbassa Aly 12 Bah Mamadou 13 Naby Youla 2° AUX TI~AVAt;X FORCES A P.EUPETUITE ET LA CO:\FISCATIO:\ DES BIE1\S 1 BaJd~ Abdouia\'e ~ Bah Amaduu 3 Kuumum~ IIlamadi .. bu" !lium"àou Aipnu 5 Dram~ l'.Iuha:ned (j Baycii Gu~y~ 7 ?brLga Bue,,;' ~ êah Th«:fr.u ~ D;arra A'I"Lcmba 3~ A 21) A1\S DE TH.\\'AUX J'OnCES ET A LA CO:'\FlSCATIO:\ DES mENS I Banc.}ura Baeb;' 2 Camara Ibrahima 3 G",mç,u Niani;{lw .. Ouia"~ 'Iambs Cewa 5 S(uma.'ru Earémr,;", o K())\";'~\:Ii Cib" i Bùh Qu", 'Iei,.' S Bea\'o;ui I'e\"<' 9 B;,I-:-:;Abdou;a:;('

J ï -23 :lIA1 J fI(;~ iiOROY A-HEBD 1(J Soumah Abou 11 Diop Tidiani 4° A LA PEINE DE LA DETEN1'ION El' A LA CONFISCATiON DES B~S 1 Je~1 Baptiste Deen 20 ans 2 Diallo Alpha Mamadou 10 ans 3 Barry Agwi:>ou 10 ans 4 urame HanuQou 10 ans ;; lJiallo Mamadou BaLlo 10 ans (; KOlvugw P,erre 10 ans 5" A LA PEL'I;E DE L'&\lPHlSONNJ::l'lENT 1 Touré Mamadou Kindo 5 ans AU B&''ŒFIEE DL; 6" ACQuITTE DOUTE 1 2 ;j ,; ;,

.

Kourouma

Balla

Diallo Alpha Ournar Diallo Mamb.dou Tiana SampiJ Aboubacar Barry Amadou G Keita Bakary 7 Traoré N aby dit lsangrin

AIm; faj~, jug~ et prononcé publiqu,,àt ment p,,-" je Tribunal Rév(Jjutiunnalre 1.. j{épubltCJu" de Gum~~ les jOürs, mUI, <-I an (Jüe dessuo. j., U"! !,Icn';' -", é.,jù..'n. c', Je Grefii~L Lé: l',Œ:;l!JC;'l LE GREFFIEr.. GC\Elt,\L DL\1\L I.LO.'\ :\IAh:.\ LA:\"S,\1\,\
, . ---.-----.-.-

NOS TARIFS
, GU'NH

D'ABONNEMENi ; 00" ",,'01 >Où, . 00(''''' "00 "OOù'000 -

.

,.

. " -o.,,, .... '"
,""QU, . "',

, -.,
IUROP! A'" AMIIIOU'

, r,.

Aooo -

18

POURQUOI CE TÉMOIGNAGE?

Entre janvier et mars 1971, au lendemain de la vague de répression qui avait déferlé rageusement sur les innocents incarcérés au Camp Boiro, les exécutions se succédèrent: tous mes compagnons tombèrent fusillés par petits groupes. Il ne resta plus que moi, « écrivassier» en herbe! A chacun de ces ahurissants et déchirants enlèvements, certains appelés se jetaient sur moi en une rapide étreinte, me confiaient pour la centième fois leur dernier message destiné aux membres de leurs familles et recevaient en contrepartie mon serment d'honneur: révéler à la postérité le sort atroce que leur avaient réservé les bourreaux qui gouvernaient alors. En d'autres temps, la tâche aurait été malaisée, suicidaire ; mais les événements historiques du 3 avril 1984 ont offert une occasion inespérée. Le 19 mai 1984, comme tant d'autres anciens détenus, j'ai témoigné par la voie des ondes; j'ai fait l'objet des plus pressantes demandes des familles, des enfants et des amis de nombreux disparus. Paix à leur âme! En écrivant ces lignes, je m'acquitte, me délivre d'un devoir impérieux, d'un fardeau qui, au fil du temps, m'oppresse toujours davantage. Votre indulgence pardonnera les phrases creuses, les insuffisances, les lacunes d'un obscur «primairien ». Un érudit à qui l'on aurait conté ces faits vécus aurait écrit un brillant « best-seller» ! Le souhait de l'auteur encore timide est, qu'à force de réflexion, vous vous fassiez une idée de ce qu'il a voulu rendre en langage trivial. Mais, ce qui est dit simplement s'apprécie peut-être mieux... 19

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.