Usages corporels et pratiques sportives aquatiques du XVIII° au XX° siècle

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Ce travail montre combien les pratiques corporelles aquatiques et nautiques ont été et restent un lieu d'expressions multiples où se lisent la sociabilité, les modes de vie, l'avancée des techniques et des idées, où se révèlent en somme les dimensions politiques, économiques, culturelles et sociales dans un lieu et un temps donnés.
Publié le : lundi 1 septembre 2008
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EAN13 : 9782336261898
Nombre de pages : 307
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Usages corporels et pratiques sportives aquatiques du XVIIIe au XXe siècle

Tome I

Collection "Espaces et Temps du Sport" dirigée par Jean Saint-Martin et Thierry Terret

Le phénomène sportif a envahi la planète. Il participe de tous les problèmes de société, qu'ils soient politiques, éducatifs, sociaux, culturels, juridiques ou démographiques. Mais l'unité apparente du sport cache mal une diversité aussi réelle que troublante: si le sport s'est diffusé dans le temps et dans l'espace, s'il est devenu un instrument d'acculturation des peuples, il est aussi marqué par des singularités locales, régionales, nationales. Le sport n'est pas éternel ni d'une essence transhistorique; il porte la marque des temps et des lieux de sa pratique. C'est bien ce que suggèrent les nombreuses analyses dont il est l'objet dans cette collection créée par Pierre Arnaud qui ouvre un nouveau terrain d'aventures pour les sciences sociales.

Dernières publications:
- Pascal Sergent, Edmond Jacquelin. La vie du champion le plus populaire de tous les temps, 2008. - Jean-Pierre Favero, Le cas des immigrés italiens du bassin de Briey.
Fin du XIXème

- Début des années 40, 2008.

- Philippe Schaffhauser, Football et philosophie ou comment joue-ton au football ici et ailleurs, 2008

- Emmanuel Bayle et Pascal Chantelat, La gouvernance des
organisations sportives, 2008.

Photographie de couverture :
Leçon de natation,

-c.a.1900, Collection

Gravure au dos: La scène du bain

- Collection

Seeberger, Collection BnF
privée Suzanne Urgasz

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-06243-6 EAN:9782296062436

Textes réunis par

Laurence MUNOZ

Usages corporels et pratiques sportives aquatiques du XVIIIe au XXe siècle

Tome I

L'Harmattan

Laurence Munoz est maître de conférences à l'Université du Littoral Côte d'Opale, spécialiste de l'histoire du sport et à l'initiative de la proposition d'accueil du XIf carrefour d'histoire du sport sur la thématique de l'eau, chère à l'environnement régional. Elle a soutenu sa thèse sur l'histoire du sport catholique. Membre du laboratoire Recherches Littorales en Activités Corporelles et Sportives (E.A. ER3S 4110), elle s'attache à développer des travaux sur l'histoire locale. Elle pilote par ailleurs, avec Jan Tolleneer (Belgique), un groupe de recherche européen sur l'histoire de la Fédération Internationale Catholique d'Education Physique et Sportive.

Publication (ouvrages) Une histoire du sport catholique, la Fédération Sportive et Culturelle de France, 1898-2000, Paris, L'Harmattan, Collection Espaces et temps du sport, 2003, 345p.

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Il était une fois...

le XIr Carrefour d'histoire du sport
Le Xlr Carrefour d'histoire du sport s'est déroulé à Calais (62) du 26 au 28 octobre 2006, au sein du département STAPS de l'Université du Littoral Côte d'Opale et de son laboratoire Recherches Littorales en Activités Physiques et Sportives. Cette manifestation, accompagnée et soutenue par l'U.L.C.O. a bénéficié des appuis du Centre de Recherche en Histoire Atlantique et Littorale, de la ville de Calais, du Supermarché Match, de la Direction Régionale de la Jeunesse et des Sports, du Conseil Général du Pas-de-Calais, de la Région Nord Pas-de-Calais et du Centre National de la Recherche Scientifique. Que leurs représentants en soient remerciés! Merci à l'association Les chalets de la plage (particulièrement J. P. Provost) qui a animé, durant le carrefour, une exposition sur l'utilisation de la plage de Calais au XXe siècle, ainsi qu'au professeur Patrick Villiers (ULCO) pour sa conférence (non publiée) sur Les marins français et les activités sportives dans la marine de guerre, de la marine à voile à la navigation à vapeur. Le comité d'organisation était composé de Albane Bassez, Guillaume Duchateau, Gilles Bui Xuan, Audrey Deboudt, Christophe Gibout, Carl Kuehn, Marion Fontaine, Philippe Maquaire, Stephan Mierzejewski, Jacques Mikulovic, Laurence Munoz (responsable), Patricia Pâques-Rulence, Guillaume Pene1, Denis Theunynck, Suzanne Urgacz, Gilles Vanlerberghe, Guy Verschave, les étudiants de licence, de master et PLCI de l'Université du Littoral Côte d'Opale, Participants, auditeurs, organisateurs, recevez ici l'expression de notre profonde gratitude!

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Comité scientifique
ARNAUD Pierre, Professeur émérite des universités

AUGUSTIN Jean-Pierre, Professeur des universités, Université Michel de Montaigne de Bordeaux BANCEL Nicolas, Professeur des universités, Université de Paris XI BETHOUARTBruno, Professeur des universités, Université du Littoral Côte d'Opale BUI-XUAN Gilles, Professeur des universités, Université du Littoral Côte d'Opale CHOVAUX Olivier,

- Orsay

Maître de conférences, Université d'Artois DURINGBertrand,
Professeur d'université, J ALLA Denis, T Maltre de conférences, RAUCH André, Professeur émérite des universités RENSON Ronald, Professeur des universités, Université Catholique de Louvain (Belgique) TERRET Thierry, Professeur des universités, Université Claude Bernard de Lyon 1 VIVIER Christian, Maltre de conférences, HDR, Université de Franche-Comté Université Marc Bloch de Strasbourg 2 Université René Descartes de Paris V

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Index des auteurs
Attali Michaël, Maître de conférences, Université Grenoble 1- UFRAPS,
SENS-CRIS Bauer Thomas, INSEP Bazoge Natalia, Université Lyon 1, CRIS Bernis Sébastien, Université Montpellier I, GPSSS Béthouart Bruno, Professeur, Université du Littoral Côte d'Opale Bui-Xuan Gilles, Université du Littoral Côte d'Opale, Laboratoire de REcherche Littorale en Activités Corporelles et Sportives, ER3S, E.A 4110 Callède Jean-Paul, CNRS Catteau Alain, Université de Paris Sud XI, UFR STAPS Combeau-Mari Evelyne, Université de La Réunion, CRESOl EA12 Deboudt Audrey, doctorante, Université du Littoral Côte d'Opale Fauché Serge, Université Victor Segalen de Bordeaux, Laboratoire Cultures, Education, Sociétés, EA4140 Dutheil Frédéric, Université Clermont-Ferrand II, LAPRACOR-SOI, laboratoire d'anthropologie des pratiques corporelles - Sports, Organisations, Identités, EA 3690 Duchâteau Guillaume, Université du Littoral Côte d'Opale, Laboratoire de REcherche Littorale en Activités Corporelles et Sportives, ER3S, E.A 4110 Erard Carine, Université de Bourgogne (Dijon), Faculté des Sciences du Sport et de l'Education physique, Laboratoire ISOS-SPMS, EA 3985 Gaucher Julie, Université Claude Bernard, Lyon 1, CRIS - EA 647 & CIEREC, Université Jean Monnet, Saint-Etienne Gleyse Jacques, professeur, IUFM Montpellier Gomet Doriane, INSEP Gresser Bernard, Université Victor Segalen de Bordeaux 2, Laboratoire Cultures, Education, Sociétés, EA 4140 Hajek Serena, UFR STAPS Paris V, Laboratoire Cultures Sportives et Motricité Haschar-Noé Nadine, maître de conférences, Université Paul Sabatier, Toulouse, UFR STAPS, laboratoire Sports, Organisations, Identités, EA 3690 Humbert Henri, Université Claude Bernard, Lyon 1, CRIS - EA 647 & IUFM C. Freinet de l'Académie de Nice Jallat Denis, Université Marc Bloch de Strasbourg, STAPS, EA 1342 Jamain Sandrine, Université Lyon 1, CRIS Jorand Dominique, Maître de conférences, Université Joseph Fourier Grenoble 1, Laboratoire Sport et Environnement Social, EA3742

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Leloup Yves, Professeur EPS, doctorant en Histoire contemporaine, Université de la Polynésie française (IRIDIP) et Université Lyon l (CRIS) Marsac Antoine, Université Paris X, Laboratoire «Sport et culture», E.A 2931 Mascret Vianney, Université Lyon 1, CRIS, EA 647 Menaut André, Professeur, LAboratoire Cultures Education Sociétés Mikulovic Jacques, Université du Littoral Côte d'Opale, Laboratoire de REcherche Littorale en Activités Corporelles et Sportives, ER3S, E.A 4110 Morales Yves, maître de conférences, Université Paul Sabatier, Toulouse, UFR STAPS, laboratoire Sports, Organisations, Identités, EA 3690 Moravie Maguy, LAboratoire Cultures Education Sociétés Peter Jean-Michel, Université Paris V, UFRSTAPS, Laboratoire Cultures sportives et Motricité Peze Thierry, Université du Littoral Côte d'Opale, Laboratoire de REcherche Littorale en Activités Corporelles et Sportives, ER3S, E.A 4110 Raspaud Michel, Université de Grenoble 1, Laboratoire SENS, EA 3742 Raveneau Gilles, Université de Paris X Nanterre, Laboratoire Sport et culture, Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative Robène Luc, Université Rennes 2, LARES-LAS, EA 2241 Saint-Martin Jean, Maître de conférences, Université Lyon 1 - UFRAPS, CRIS Schut Pierre-Olaf, Université Lyon l, CRIS Suchet André, Université de Grenoble 1, Laboratoire SENS, EA 3742 Terret Thierry, professeur, Université Lyon 1, CRIS Theunynck Denis, Université du Littoral Côte d'Opale, Laboratoire de REcherche Littorale en Activités Corporelles et Sportives, ER3S, E.A 4110 Tomasek Michel, Université du Littoral Côte d'Opale, RELACS Vanhelst Jérémy, Université du Littoral Côte d'Opale, Laboratoire de REcherche Littorale en Activités Corporelles et Sportives, ER3S, E.A 4110 Velez Anne, Université d'Angers CRIS/HIRES, Vivier Christian, Université de Franche-Comté, Laboratoire des sciences historiques, EA 2273 Voituret Denis, Université de La Réunion, CRESOl EA12 Zunquin Gauthier, Université du Littoral Côte d'Opale, Laboratoire de REcherche Littorale en Activités Corporelles et Sportives, ER3S, E.A 4110
L'index est établi à partir des mentions données sur les articles par les auteurs au moment de la production.

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Introduction

Les articles rassemblés dans ces deux tomes reprennent pour partie les communications des participants au Xlf carrefour d'histoire du sport, du 26 au 28 octobre 2006. Ces contributions ont fait l'objet d'une expertise par le comité scientifique!. Elles participent à la construction de l'histoire des pratiques physiques nautiques et aquatiques aux XIXe et XXe siècles et, audelà, de celle du sport et du loisir. Les allocutions introductives à l'occasion du colloque n'ont pas manqué de rappeler que nous étions constitués de 60% d'eau, élément si naturel, si évident et pourtant chaque jour plus fragile, menacé de se tarir. En comparaison de son impérieuse nécessité à toute vie humaine, les pratiques physiques peuvent paraître bien futiles. Elles répondent d'ailleurs pendant longtemps à des fonctions avant tout utilitaires, que ce soit la navigation qui précéda la plaisance ou la voile sportive, l'art d'empêcher la noyade qui précéda la quête du record ou le bien-être dans l'eau. Le thème de l'eau pouvait-il constituer un objet fédérateur, au point d'être investi comme objet et problème de recherche? Le pari était peut-être audacieux et il est important de rappeler les éléments qui nous ont conduits à le proposer comme thème support de ce colloque. Dans le Nord-Pas-de-Calais, le thème de l'eau n'est pas posé au hasard; il correspond à une réalité régionale profonde, support de la vie industrielle, touristique et sociale. L'importance de la sidérurgie à Dunkerque, du trafic maritime à Calais et de la pêche à Boulogne, l'implantation des stations balnéaires d'Hardelot ou du Touquet, la culture maraîchère de Saint-amer viennent illustrer sa prégnance. Le littoral incarne à lui seul une mosaïque d'usages de l'eau par l'homme. De par sa proximité avec l'Angleterre, la région du Nord Pas-de Calais, connue comme un berceau des pratiques sportives modernes, révèle une histoire nourrie des « sports d'eau» : bains de mer, traversée de la Manche à la voile ou à la nage, premiers bassins aménagés, traversées des villes à la nage... autant de faits et d'événements rythmant la vie du mineur au marin, en passant par le touriste anglais. La diffusion du char à voile sur les côtes belges et sur la Côte d'Opale, mais aussi, plus récemment, celle du kite-surf, semblent bénéficier surtout d'un cadre naturel adéquat pour le développement de ces pratiques. Autour du thème de l'eau, le programme scientifique s'est voulu large pour envisager, certes, le développement des pratiques et éclairer leur nature et celle des pratiquants, mais aussi la relation de ces pratiques aux
'Cf index des noms 11

différentes formes de pouvoir, au monde économique et éducatif, aux idées philosophiques... et accueillir ainsi des historiens, bien sûr, mais également des chercheurs issus d'autres champs. Le littoral est également investi de regards prospectifs: le laboratoire de REcherches Littorales en Activités Corporelles et Sportives (R.E.L.A.C.S.) mène un travail d'enquête sur la côte pour tenter de comprendre les modes d'appropriation des pratiques physiques ou sportives par la population. Les enjeux sont de taille: le développement touristique, la stratégie politique du Ministère de la Jeunesse et des Sports via ses structures décentralisées, le conseil en matière de sécurité... Ce large détour par l'histoire permet de regarder, de comprendre et d'analyser les processus dans lesquels sont engagés les acteurs et les institutions. On ne démentira plus aujourd'hui l'intérêt porté aux pratiques sociales que représentent les sports, comme éléments de lecture de la société. Le colloque offre donc modestement une clef de lecture potentiellement utile à la compréhension de l'Homme. Lorsque l'eau devient support de l'activité humaine, elle apparaît comme une contrainte et son usage requiert des stratégies d'adaptation. En effet, l'homme, envisagé hors de son milieu de vie ordinaire, doit imaginer les conditions de son accommodation. Il met alors en place des moyens de maîtrise de J'élément, règles de sécurité, outils, techniques, institutions, pédagogies... Ainsi, les contributions montrent que cette quête d'accessibilité et de maîtrise du milieu est un élément fédérateur permettant aux pratiques d'eau de se constituer ici en cœur de recherche. Il s'agira d'une manière ou d'une autre d'apprivoiser, de dompter, de canaliser, de maîtriser. .. En outre, les pratiques corporelles aquatiques et nautiques restent un lieu d'expressions multiples où se lisent la sociabilité, les modes de vie, l'avancée des techniques et des idées, où se révèlent en somme les dimensions politiques, économiques, culturelles et sociales dans un lieu et un temps donnés. Dans une première partie, nous verrons que J'eau, espace à maîtriser, est aussi un espace à conquérir. Cette démarche est doublée d'une logique dont l'inclination porte à transformer ces environnements en marchés. Le développement des pratiques physiques liées à J'eau est donc inséparable de l'investigation des sites par les populations autochtones ou étrangèresl qui y voient un moyen de prendre ou d'offrir de l'agrément. Dès le début du XIXe
IIung, Jean-Eric (dir.), Une petite Angleterre? Les Britanniques sur la Côte d'Opale (1814-1904), Arras, Archives départementales du Pas-de-Calais, 2004. 12

siècle, des établissements de bains de mer sont créés dont les fonctions relèvent autant de l'hygiènel que d'un mode de sociabilité des classes aisées2. Si l'amélioration et la multiplication des moyens de transport minimisent les contraintes d'accès, ce tourisme se diffuse aussi grâce au développement d'infrastructures spécifiques, en fait, souvent grâce à l'audace, à la pugnacité ou au charisme des premiers promoteurs3. La plage longtemps perçue comme hostile offre des atouts jusqu'alors inexploités4. La Côte d'Opale particulièrement bénéficie d'un cadre naturel idéal autant par la qualité du site lui-même que par sa position géographique, au carrefour de multiples cultures5. La conquête de territoire se prolonge dans les airs lorsque la Manche se pose en défi à l'homme. L'eau, qui devient l'espace à franchir, se construit comme un espace original de compétition sportive. La seconde partie montre que, objet d'enjeux divers, cette conquête des territoires traduit des revendications culturelles. L'expression de ces enjeux occulte à peine des problématiques identitaires adjacentes, particulièrement celles véhiculées dans les pratiques insulaires marquées du sceau de l'histoire coloniale6. En effet, les pratiques traditionnelles, particulièrement la pirogue, ne résistent pas à la modernisation. Paradoxalement, c'est le Protectorat français, qui, en souhaitant l'adhésion des autochtones aux fêtes patriotiques7, met en œuvre les coutumes indigènes en leur conférant les normes et les valeurs du sport moderne importées de l'Occident. Dans le même temps, les dirigeants politiques locaux trouvent l'intérêt de la diffusion de ces pratiques pour la construction d'une identité polynésienne, expression d'une mémoire collective enfouie. La dimension spectaculaire renforce d'autant la visibilité et donc le poids
IVigarello, Georges, Le Propre et le sale, l'hygiène du corps depuis le Moyen-Age, Paris, Seuil, 1985. 2Corbin, Alain, L'avènement des loisirs 1850-1960, Paris, Aubier, 1995. 3Boyer, Marc, L'lnvention du tourisme, 16e-19" siècles. Origine et développement du tourisme dans le sud-est de la France, La Tour d'Aigues, Editions de l'Aube, 2000. 4Urbain, Jean-Didier, Sur la plage. Mœurs et coutumes balnéaires: (XIX' -XX'), Paris, Payot, 1996. et Rainis, Michel, Les clubs de plage (XX' siècle J, Paris, L'Harmattan, 2001. 5Dewailly, Jean-Marie, Tourisme et loisirs dans le Nord-Pas-de-Calais, Lille, Société de géographie, 1985. 6Combeau-Mari, Evelyne, Sport et décolonisation, Paris, L'Harmattan, 1998, et Combeau-Mari Evelyne (dir.), Sports et loisirs dans les colonies XIX'-XX' siècles, Paris, Sedes/Buf, 2004. 7Dumont, Jacques, Sport et assimilation, les enjeux du corps peiformant à la Guadeloupe, de la colonie au département, 1914-1965, Université des Antilles et de Guyane, Thèse de doctorat d'histoire, 1999. 13

politique, social et symbolique des pratiques. Grâce à la diffusion d'images, les îles deviennent aussi des objets commerciaux, joyau de la France d' outremer et vitrine des politiques prophylactiques de la métropole. La troisième partie apporte un éclairage sur les enjeux de territoire eux aussi appariés à ceux d'identités. Les pratiques, leur nature, leur logique, leur fonctionnement sont empreintes de luttes d'influence, de contingences sociales et économiques, du contexte culturel et politique. Elles révèlent des pans entiers de la vie sociale locale, nationale et internationale. La construction progressive des règles, règlements et programmes des pratiques internationales met en évidence des résurgences culturelles nationalistes, voire, dans le cas de la voile une anglophobie ambiante toute conjoncturelle. L'éclairage local, s'il participe à l'arbitrage des territoires apporte aussi sa contribution à la reconstruction d'une histoire plus générale. Nous rejoignons ici T. Terret lorsqu'il évoque que «l'histoire des spécificités n'est

pas la petite histoire des sports» I.
Les enjeux de territoire s'expriment aussi à travers l'utilisation des sites d'eau. Les vocations industrielles, commerciales ou de transport retardent ['invention du tourisme2. La mémoire collective vient renforcer parfois cette disposition. Dans la quatrième partie, les auteurs analysent les voies par lesquelles les activités aquatiques et nautiques cheminent vers l'institutionnalisation. La création d'un groupement spécifique renvoie à des logiques plurielles: cohésion autour d'un état d'esprit, politique d'extension de la pratique, rationalisation des règlements et du matériel en vue de comparer des performances, propagande en matière de sécurité... Il apparaît nettement que le rapport à la nature en général et à l'eau en particulier renvoie les protagonistes à des positions philosophiques opposées, les uns valorisant la liberté et refusant tout carcan pour leur pratique, les autres prônant une domestication plus accrue des critères d'incertitude. La cinquième partie montre que la conquête de l'eau et sa maîtrise passent également par un perfectionnement du matériel. Les avancées technologiques garantissant la découverte et l'investigation de nouveaux espaces toujours plus lointains, la pratique physique dans et sous l'eau s'en
ITeITet Thierry, «Du sport aux sports. Plaidoyer pour une histoire comparée des sports », in TeITet, Thierry (dir.), Histoire des sports, Paris, L'Harmattan, 1996, ~p. 237-251, p. 241. Référence utilisée par Denis Jallat. Boyer, Marc, Histoire de l'invention du tourisme - XVr-XIX" siècles, La Tour d'Aigues, éditions de l'Aube, 2000. 14

trouve transformée. L'art de s'y adonner évolue donc au rythme des innovations, et « grâce» aux accidents qui parsèment ce parcours de progrès. En effet, les techniques mises au point, tantôt par essais et erreurs, tantôt par transposition d'une pratique à l'autre, ou encore du fait d'une découverte technologique révolutionnaire servent les intentions conjoncturelles de groupes d'hommes, aussi bien poussés par l'attrait de l'exploit que par la curiosité à aller plus haut, plus vite, plus fort. Les progrès matériels prennent alors le relais de l'enveloppe corporelle de l'homme dans sa quête de vertigel. Les effets concomitants de la rationalisation des pratiques et de leur institutionnalisation suivant des voies associatives ou professionnelles vient parachever cette logique de subordination de l'élément. Le tome il s'ouvre sur une formalisation de l'histoire de l'entraînement en natation. L'auteur s'attache à démontrer combien les usages techniques et pédagogiques sont fortement dépendants des contextes desquels ils émergent. Outre son intérêt propre, ce panorama raisonné offre l'occasion de situer l'ensemble des autres communications ayant traits à l'entraînement en natation dans une perspective critique. Dans la sixième partie, les approches biographiques illustrent le mouvement, depuis une vingtaine d'années, du retour de l'acteur dans l'histoire2. Les histoires de vie rendent compte parfaitement de l'usage des pratiques comme lieu de réalisation de soi, par le dépassement de ses limites dans la confrontation avec l'élément naturel. La lecture des trajectoires individuelles à travers les médias permet de saisir les ressorts de la construction d'une identité. A coté de l'exploit, la construction des modèles pédagogiques à partir des trajectoires biographiques des concepteurs témoigne de cette volonté de comprendre, de formaliser et enfin de transmettre les modes de contrôle et d'adaptation. Ainsi, Raymond Catteau et Emile Schoebel apparaissent comme les figures pédagogiques innovantes. Rompant avec la tradition, ils s'inspirent de la transversalité des pratiques. Dans la septième partie, les auteurs montrent combien les pratiques aquatiques et nautiques offrent à l'Homme les moyens de se révéler, de s'affirmer et de trouver sa pleine expression. A travers l'exemple des
lL'llinx de Caillois, Roger, Les jeux et les hommes, Gallimard, Paris, (1958], 1967, fp~~~ l'histoire du sport, l'initiative à Montpellier de Delaplace Jean-Michel, Le sportif, l'entraîneur, le dirigeant. Histoire du sport, histoire des sportifs, Collection «Espaces et Temps du Sport », L'Harmattan, Paris, 1999. 15

femmes, la conquête des espaces et l'accession aux pratiques apparaissent comme le support symbolique du processus d'émancipation de certains groupes sociaux. Aussi, l'eau, comme figure allégorique, est également un terrain propice à l'écriture et aux expressions artistiques. Ainsi, le spectacle est propice à la mise en valeurs des us et coutumes locales. Les pratiques thérapeutiques et hygiéniques, dont la construction sociale n'est pas étrangère au tourisme, renvoient également à la maîtrise de l'élément. La diffusion des bains profite autant de la caution des médecins au prétexte de l'hygiène, qu'aux manœuvres d'hommes d'affaires à prétention philanthropique. Dans cette huitième et dernière partie, les articles déchiffrent les modes d'appropriation de l'eau à des fins curatives du XVIIIe au XXe siècles. Si les techniques et les croyances se jouxtent dans cet espace thérapeutique, les bains tirent progressivement toute leur légitimité de la caution des médecins, qui à grand renfort de théories et d'instruments viennent asseoir et diffuser ces pratiques. Subrepticement, se glissent aux côtés des raisons hygiéniques, les idées de bien-être et de détente, qui, associés au luxe et à la coquetterie composeront un nouveau mode de sociabilité pour les touristes français ou étrangersl. La pratique d'agrément s'affermît avec le développement des vacances tout au long du XXe siècle2. Ces analyses complètent celles menées sur des temps longs, témoins de la lente variabilité des mœurs et des cultures3. La littérature d'époque s'avère abondante; elle participe à la reconstruction d'une histoire du COrpS4, comme les politiques de santé publique, aux prises avec les gouvernants, qui se révèlent comme de véritables technologies politiques du corps5. Gageons que cet essai pourra trouver des prolongements, tant dans la spécialisation historique autour de chaque objet que dans cette quête d'un sens plus global conduit par un élément fédérateur, comme ici l'eau... une occasion de saisir par croisement et recoupements le socle d'une culture commune entre sport, corps et eau.
Laurence Munoz lDaumard, Adeline, Oisiveté et loisirs dans les sociétés occidentales au XIXe siècle, Abbeville, Imp. Paillard, 1983. 2Rauch, André, Vacances en France, de 1830 à nos jours, Paris, Hachette, 1996. 3Rauch, André, Le Souci du corps, Paris, PUP, 1983 ; Vigarello, Georges, Le Sain et le MaLsain, Paris, Seuil, 1993; Corbin, Alain, Le Miasme et la Jonquille, Paris, Flammarion, 1986. 4Corbin, Alain, Courtine, Jean-Jacques, Vigarello, Georges, Une histoire du corps, Eds du Seuil, 3 volumes, 2006. 5Poucault, Michel, Le Souci de soi, Paris, Gallimard, 1984. 16

Première partie Les loisirs et la conquête des espaces: la Côte d'Opale

Le tourisme et les loisirs sur la Côte d'Opale Naissance et développement d'une identitél
Bruno Béthouart

Introduction Edouard Lévêque, manufacturier amiénois et érudit local, invente en 1911 le label Côte d'Opale considérant que « comme l'opale, notre côte présente cette gamme de tons toujours variés qui font le bonheur des peintres ». Se doute-t-il alors de la capacité d'attractivité que va connaître cette façade maritime? Le label désigne au départ la zone côtière comprise entre la baie de l'Authie et Boulogne-sur-Mer avant de recouvrir tout le littoral du Pas-de-Calais jusqu'au nord de Calais. De la précocité de Boulogne-sur-Mer, station balnéaire et sportive pionnière à la réputation internationale de l'Enduro du Touquet devenu Enduropale en 2006, se bâtit une dynamique de développement. Les stations cherchent à cultiver une relation particulière avec l'eau et les pratiques sportives notamment sur ces larges estrans de sable fin qui attirent quantité d'estivants de l'Europe du Nord-Ouest. 1- Le tournant du XIXe siècle Le détroit du Pas-de-Calais possède une longue histoire de contacts. Inséré dans un socle hercynien, il fait charnière entre les deux cuvettes sédimentaires du bassin parisien et du bassin anglo-beIge. Depuis 800 000 années, il est ouvert et représente un axe de pénétration dès l'époque néolithique (-4700- -2500)2. A la suite de l'implantation gallo-romaine, de la christianisation qui débute au vr siècle et donne naissance à la civilisation médiévale, le littoral de la Manche et de la Mer du Nord continue d'être un lieu de contact mais aussi s'installe dans une position de tinistère au temps de l'affrontement des nationalités à l'époque moderne et durant la Révolution et l'Empire puisque Napoléon projette d'opérer une «descente» dans la « perfide Albion ».

'Cet article reprend pour partie la conférence inaugurale de Bruno Béthouart, professeur d'université en histoire contemporaine, à l'U.L.C.O.. Nous le remercions ici vivement de s'être « prêté au jeu de l'histoire du sport ». 2Voir en fin d'article la carte des sites néolithiques qui surprend par son actualité dans le choix des implantations. 19

1-1. Des villes portuaires pionnières dans le tourisme balnéaire La ville de Boulogne-sur-Mer joue un rôle pionnier dans le tourisme balnéaire. A l'imitation de la célèbre station de Brighton, prototype et modèle de la villégiature maritime dès 1750 en Angleterre, Boulogne, entre

la paix de 1783et la reprise de la guerre navale en 1792, « tente de satisfaire
une clientèle anglaise installée à proximité de ports en relations avec Douvres» en proposant des prises de bains de mer inspirées par un médecin britannique, Richard Smolett. Un établissement à cet effet, construit par Giraud-Sannier, est installé sur le port en ] 785 mais doit cesser son activité en ] 792. Durant la Restauration, Bou]ogne devient, au même titre que la station de Dieppe, également pionnière en la matière, une «ville de plaisance par excellence» selon Alain Corbin. Dès] 822, un établissement de bains de mer froid est reconstruit!. En 1824, Antoine Versial ouvre à Boulogne un autre établissement et un casin02. La duchesse de Berry met à la mode les bains de mer. Durant l'époque du Second Empire, l'architecte Albert Debayser construit un nouvel établissement sur trois étages en ]863. La saison des bains, revue touristique, en 1860 note que «Boulogne-sur-Mer devient un côté de Paris, un côté de Londres. Sans sortir de ]a ville, on se trouve dans deux capitales »3. Victor Hugo, Edouard Manet, Alexandre Dumas. La rade du port aménagée accueille les transatlantiques avec la création de lignes en direction de l'Algérie en ] 894, de Londres en 1907, Bordeaux en ]9] 1. Symbole de sa prospérité, la ville dispose d'un casino, d'une société des bains où se prennent ]00 000 bains en 1870 et d'une colonie anglaise de l'ordre du millier de personnes En ] 902, un casino est inauguré à Wimereux, station balnéaire voisine, relié par tramway à Boulogne depuis 1900. Dès 1885 est fondé par les Britanniques le TCB, un club de tennis. Premier club de football dans la région, l'Union sportive boulonnaise (USB), créée en ] 898, devance le Racing club de Lens qui date de 1906. A côté du football, du tennis, du golf, sports britanniques, d'autres activités sportives apparaissent tels que le concours hippique avec l' hippodrome de l' Inquétrie en 1908 puis des courses d'automobile en ] 909. Près de Calais, le 25 juillet 1909, Louis Blériot s'élance vers l'Angleterre et l'emporte dans sa lutte avec Hubert Latham pour la traversée de la Manche. Dans la cité des six bourgeois rendus célèbres par le sculpteur Rodin, un établissement de bains est créé en 1837, soit un an avant celui de
IDebussche, Frédéric, Architecture du X/X' siècle à Boulogne-sur-Mer, Arras, Mémoire de la Commission départementale d'histoire et d'archéologie du Pas-deCalais, t. XXVI, 2004, pp. 7]-79. 2Bougard, Pierre, Nolibos, Alain (dir.), Le Pas-de-Calais de la préhistoire à nos jours, Saint-lean-d'Angély, Ed. Bordessoules, 1988, p. 327. 3La saison des bains, 13 septembre 1860. B.M. Boulogne-sur-Mer. 20

Dunkerque. A partir du Second Empire, des compétitions nautiques sont organisées et la société Britannia Rowing Club installée à Saint-Pierre-lesCalais est constituée en 1883 : « l'anglais [était] la langue parlée à toutes les réunions »1. Le Calais Véloce Club, fondée en 1887 compte également de nombreux britanniques de même que l'Union sportive de Calais qui organise en 1898 le premier match de football. Parmi les autres sports d'importation figurent le tennis et le cricket avec la société Albion Cricket Club présidée par John Thorne et autorisée dès 1860. Trente ans plus tard le Victoria Club possède des sections de tennis et de cricket, organise également des bals, des soirées théâtrales2. Des grandes familles du Nord investissent dans l'immobilier côtier au nord de Boulogne, les Parisiens, les Picards et les Anglais le font plutôt au sud. Ces constats sont liés aux «trains de plaisirs »3 : le chemin de fer relie Boulogne-sur-Mer à la capitale et à la Picardie, alors que Calais et Dunkerque sont plutôt rattachés à Lille. L'intérêt thérapeutique de la mer est rappelé par le docteur Perrussel4 qui donne la préférence aux bains dans la Manche à ceux de la Méditerranée à cause de la puissance des vagues et d'une température plus faible de l'eau. Peu à peu, les curistes se transforment en touristes. Les bains correspondent à une habitude hygiénique plutôt qu'à un traitement médical et le séjour dans une station balnéaire se répand dans les milieux aisés. Ces villes littorales sont également marquées par d'autres populations qui lui ont donné au fil des siècles ces principaux caractères identitaires. En 1879, sont recensés près de 6000 marins pêcheurs dont 4000 à Boulogne, 900 à Calais. Les fêtes, pèlerinages, bénédictions de la mer, tiennent une grande place dans ce peuple soucieux de célébrer le retour des marins5. Le port d'Etaples est fortement marqué par l'originalité de cette société maritime. Il devient le rendez-vous des peintres de la Côte d'Opale. A partir de 1880, 200 artistes sont attirés par le site exceptionnel du port et de la baie de la Canche. Plus de la moitié vient de l'étranger, Angleterre, Allemagne, Suède, mais aussi USA et Australie. Andrew Affleck, peintre écossais, arrive en 1900 et meurt après 1945. Frédérik Bowden, peintre irlandais d'origine allemande marié à Mlle Cresson vit 35 ans à Etaples,
1 Arch. corn de Calais, 3 R SP 2, statuts de la société. 2Iung, Jean-Erie (dir.), Une petite Angleterre? Les Britanniques sur la Côte d'Opale (1814-1904), Arras, Archives départementales du Pas-de-Calais, 2004, pp. 119-121. 3Dewailly, Jean-Marie, Tourisme et loisirs dans le Nord-Pas-de-Calais, Lille, Société de géographie, 1985. 4Dr Perrussel, Petit manuel des baigneurs à Boulogne ou conseils médieaux dans l'emploi des bains de mer à l'usage de tous et surtout de ceux qui ont adopté la médecine homéopathique, Paris, chez B.-B. Baillière, 1832,50 p. 5Bougard, Pierre, NoIibos, Alain, op. cit., p. 281. 21

séjourne de 1903 à 1946 dans sa maison rue d'Hérambau1t. Des peintres français séjournent dans d'autres petits ports de la Côte d'Opale: à Equihen, Jean-Charles Cazin, à Wissant, Adrien Demont, le peintre du cap Gris-Nez, au Portel Auguste Delacroix. La réputation du modeste port de Berck-sur-Mer croît de 1856 à 1891 pour deux raisons: l'activité artistique avec Francis Tattegrain, Eugène Boudin et Albert Besnard, Georges Lavezzari mais aussi à cause de ses vertus thérapeutiques. Près de 15 000 enfants atteints pour moitié de tuberculose osseuse viennent y profiter de la cure hélio-marine proposée d'abord par le docteur Perrochaud puis par son gendre Henry Cazin à l'hôpital Maritime. La durée moyenne d'un séjour est d'une année avec un taux de guérison de 70 %1. A la suite de la laïcisation de l'Hôpital Maritime en 1892, l'Institut Cazin-Perrochaud est fondé et dispose de sœurs franciscaines à la demande du docteur Calot. Berck devient une ville célèbre pour la guérison des tuberculoses osseuses et ganglionnaires, du coxalgie, de rachitisme mais de tels soins sont réservés à une clientèle nationale et internationale qui a les moyens de se soigner en cure libre. Dès 1869, l'installation à Rang-du-Fliers d'une gare du chemin de fer relie Paris à Calais par Etaples et Boulogne. La ville devient également une station balnéaire comptant en 1900 près de 2000 chalets et hôtels: elle est érigée en station climatique par décret ministériel en 19122. 1-2. Des stations balnéaires d'un nouveau type sur la Côte d'Opale Ces villes portuaires disposant d'une plage vont peu à peu être concurrencées par des stations uniquement vouées au tourisme balnéaire. La charnière des deux siècles correspond à l'émergence de ces nouvelles stations attractives pour les 80 à 90 000 excursionnistes britanniques désireux de profiter des «jardins de l'Entente» sur la Côte d'Opale3. Des hommes investissent dans des lais de mer, ces terrains que les eaux maritimes laissent à découvert en se retirant, notamment à HardelotPlage, Malo-les-Bains, Braydunes. Au Touquet-Paris-Plage, une immensité de dunes tenue en propriété par la puissante abbaye de Saint-Josse durant le haut Moyen-Age et située au tournant (Touquet ?) de la baie de Canche, devient le champ d'expérience de promoteurs passionnés et surtout séduits par le cadre4. Alphonse Daloz, ancien notaire à Paris, décide d'acheter ces IRivet,Jean-Baptiste,Berck Jadis et Naguère, Paris, 1970,pp. 268-270.

2Lebel, Laëtitia, La vie politique à Berck-sur-Mer de 1870 à 1914, mémoire de maîtrise, B. Béthouart, Université du Littoral Côte d'Opale, 1999. 3Iung, Jean-Eric (dir.), op. cit. p. 24 4Béthouart, Bruno, Histoire de Montreuil-sur-Mer, Etaples, Le Touquet Paris-Plage, Toulouse, Privat, 2006, pp. 121-132. 22

terres et les fait lotir par Lens, géomètre à Etaples. Paris-Plage est née, mais les débuts sont difficiles: en 1894, John Whitley, homme d'affaires britannique, souhaite édifier un ensemble baptisé «Mayville» au sud de la station. Outre les obstacles financiers, il doit faire face à partir de 1897, à une opposition des propriétaires dans le climat marqué par l'affaire de Fachoda l'année suivante. En 1900, le hameau de Cucq-Trépied ne compte encore que 318 habitants. Malgré l'échec de Mayville, John Whitley, associé à Allen Stoneham, par le biais d'une société Le Touquet Syndicate Limited achète lors de la vente par les héritiers de Daloz du château et de 1100 ha, en décembre 1902. Dès 1903, Stoneham remet en état le château, installe l'eau potable, le gaz et l'électricité sur ses propriétés, goudronne les rues, crée des terrains de sport, organise un concours hippique, ouvre un bureau de poste l'année suivante et un poste de police. Il veille à l'entretien de la forêt qui donne à la station son cachet. L'arrivée d'une clientèle anglaise séduite par les associés apporte dans les villas un goût prononcé pour la culture des jardins, des pelouses gazonnés, des avenues bordées d'arbres et une préférence pour l'horizontalité des cottages. Dès 1903, Stoneham ouvre un golf installé dans la plaine de Cucq et inauguré par Lord Balfour, le premier ministre en personne. Reconnu rapidement comme l'un des meilleurs parcours du monde, il est donc affilié à de nombreux clubs d'Angleterre et des dominions. Des courts de tennis sont édifiés dans la prairie à côté du Château, des concours hippiques sont organisés et M. de Prémont crée Le Touquet-drags-Hounds dont le maître d'équipage d'honneur n'est autre que le prince de Galles attaché à la station!. La présence britannique contribue à forger l'identité de la station: «C'est au point qu'un écrivain britannique a pu plaisamment nommer ce pays un morceau de la côte anglaise dérivé sur la France »2. La station se développe, devient une commune séparée de Cucq en 1912 dont le premier maire est Fernand Recoussine, directeur de l'Hermitage, hôtel de grand luxe portant le même nom que celui qu'il avait créé à Monte Carlo précédemment. En 1913, la création de l'Union sportive du Touquet-Paris-Plage, d'un terrain de polo au nœud Vincent et la mise à disposition des Paris-plagistes de quatorze courts de tennis sont le reflet des fastes de «la Belle époque »3, John Whitley crée sur le même principe la station d'Hardelot. En 1905, est constituée la société d'Hardelot avec l'architecte lillois Louis Cordonnier qui est chargé de dresser les plans avec un système d'épuration des eaux par

!Klein, Richard, Le Touquet Paris-Plage, Paris, Norma, 1994, p. 51. 2Dartois, Yves, Une résurrection Le Touquet, Plaisir de France 1951. 3Meunier, Sonia, La vie politique au Touquet-Paris-Plage, mémoire de maîtrise, B. Béthouart, Boulogne,

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action microbienne, et un concept urbanistique appuyé sur deux axes convergents entre la mer et la forêt! . 2- La montée en puissance au XXe siècle 2-1. Des conditions favorables La Côte d'Opale bénéficie d'une situation exceptionnelle puisque à égale distance de Londres, Paris et Bruxelles. Dès 1867, Thomé de Gamond projette pour l'exposition universelle de construire un tunnel ferroviaire creusé dans la craie avec aération à partir de deux îlots artificiels. En 1880, une usine est édifiée pour fournir l'air comprimé aux perforatrices qui creusent pendant trois ans près de 2 km de galeries. En 1889, l'avant-projet d'un pont métallique est conçu par les ingénieurs Schneider et Hersent à 54 m de haut et soutenu par 120 piles de métal et de maçonnerie. Il faut attendre cependant le 29 juillet 1987 pour que le choix du lien ferroviaire transmanche soit entériné par F. Mitterrand et M. Thatcher à l'Elysée. L'ouverture du tunnel en juin 1993 est marquée par l'inauguration d'un monument en l'honneur des artisans de ce grand chantier à Sangatte. Le trafic Transmanche2 connaît un développement du fait de l'importance prise par la société Eurotunnel: elle devient le principal employeur du Calaisis avec 2000 personnes, assure 60 000 départs de navette chaque année. Dès 1996, l' Eurostar et le Shuttle transportent 13 millions de passagers, 500 000 camions, 2,4 millions de tonnes de marchandises. En 2003, 2,5 millions de voitures, 75 000 autocars, 1,2 million de poids lourds représentent 10,8 millions de passagers et 2,4 millions de tonnes. Dans le même temps, le trafic portuaire se maintient puisqu'il compte près de 15 millions de passagers et 2,6 millions de voitures. La société s'appuie sur plusieurs pôles de développement dont le centre commercial «Cité Europe» fréquenté par 15 à 16 millions de personnes dont 35 % de clients britanniques. Bénéficiant du passage de près de 30 millions de touristes, le littoral s'appuie sur une Euro-région regroupant le bassin de Londres et l'arc néo-flamand qui prend la Belgique3. Les courts séjours dominent dans le Calaisis tandis que, sur la Côte d'Opale et dans son arrière-pays, l'immobilier s'envole. La Côte d'Opale n'est plus un finistère mais un carrefour.

IBougard, Pierre, Nolibos, Alain, op. cit., pp. 327-328. 2INSEE profils Nord-Pas-de-Calais, octobre 2002. 3Lozato-Giotard, Jean-Louis, «Eurotunnel: un plus touristique, The last but not the least », in Les champs relationnels en Europe du Nord XVIIf - Xx: siècles, Calais, 1998, pp. 156-157. 24

2-2. La réalité de l'activité touristique Le Touquet-Paris-Plage poursuit une politique touristique toujours orientée vers la clientèle britannique. Déjà habituée à recevoir les célébrités comme Louis Blériot, le prince de Galles durant les premiers temps puis l'entre-deux-guerres, la station renoue rapidement avec sa vocation sportive, culturelle et touristique. En 1950, un rallye aérien franco-britannique est organisé pour l'inauguration du monument au maréchal Douglas Haig à Montreuil. Après Jules Pouget et le docteur Ferrier, Léonce Deprez, fondateur de la Chambre économique de la région de Béthune en 1959, devient maire de la station balnéaire de 1969 à 1995 avant de retrouver le fauteuil majoraI en 2001. Il est particulièrement attentif aux possibilités d'impact du Touquet sur l'Europe du Nord par le biais des liaisons autoroutières telles que l'A 16. En 2003, année d'affluence record, 33 % des touristes sont de nationalité britannique sur les 44 % de ressortissants de l'Union européenne. La mise en service de l'A 16 depuis 1997 a permis de rapprocher de fait la clientèle britannique, belge, néerlandaise et parisienne de la station. En février 2002, la tenue du sommet franco-britannique au Touquet réunissant Tony Blair et Jacques Chirac permet à la station d'être à la une de l'actualité. Sur le littoral d'autres localités plus modestes attirent les estivants. Braydunes et Malo-les-Bains grandissent en même temps que Dunkerque. Wissant, niché entre les deux caps, se consacre surtout à la planche à voile. Audresselles, Ambleteuse et Wimereux connaissent un essor d'autant plus justifié que la promotion immobilière n'y crée pas de «mur de la Manche ». Au sud du Touquet, des stations montent en puissance comme Stella-Plage, Merlimont-Plage à côté de celles de la Somme comme Quend, Fort-Mahon, au sud de Berck. L'essor du tourisme balnéaire se manifeste également dans des activités prisées comme la pêche en mer notamment à Calais, par le développement des yacht-clubs dans les ports de plaisance qui ne représentent que 0,93 % de l'offre nationale'. Boulogne, Gravelines et Dunkerque répondent à une demande régionale mais exercent également une forte attractivité sur la clientèle belge. Sur la côte, dix écoles de voile et de planches à voile se sont créées: outre le week-end des cerfs-volants institutionnalisé à Berck, cette même station balnéaire organise également comme à Hardelot une compétition de chars à voile. L'activité golfique est également sous influence britannique2. Le premier parcours, inauguré au Touquet en 1904, compte 18 trous. Devant le succès rencontré, dès 1910, il faut ajouter 9 trous supplémentaires. Le golf
'Sobry, Claude (dir.), Le tourisme sportif, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2004, p. 360. 2Ibidem, p. 152.

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d'Hardelot est créé en 1905 par Whitley et celui de Wimereux en 1907. Les golfs en Côte d'Opale permettent de satisfaire les besoins des élites sportives. La façade maritime compte actuellement six complexes de golf. En 1997, la fréquentation est de 100 000 green-fees: ils se situent dans les dunes de sables souvent boisées. Seule Calais n'en possède pas pour l'instant. Leur fréquentation ne cesse de se développer et les britanniques y sont dominants: 70 % de la clientèle à Hardelot, 60 % au Touquet. Il existe aussi un golf public à Coudekerque de 9 trous ouvert en 1986 et de 18 en 1991, de même celui de Saint-Omer et ses 27 trous créés en 1987. Selon N. Boissonnas, président de la société Cofidis qui gère ces golfs, « la région est appelée à occuper une place à part entière à côté des deux autres grandes destinations golfiques européennes, que sont la Costa Dei Sol en Espagne et l'Algarve au Portugal ». L'avenir passe par une démocratisation en vue d'une fréquentation multipliée. Dans le tourisme sportif, l'Enduro occupe une place à parti. Cette compétition est née en 1975 de la volonté de l'attaché de presse de la municipalité du Touquet qui n'a pas encore créé le Paris-Dakar mais qui a vu les grands rassemblements américains d'enduro de masse dans le film Challenge One. La première course rassemble en février 1975, 286 engagés et 1000 spectateurs et rapidement le nombre double puis s'élargit et s'internationalise avec une moyenne de candidat légèrement supérieure à 1000 mais près de 90 % sont français et 70 % des régionaux; le public oscille entre 200 et 400 000 personnes. De deux manches de 90 minutes, la course passe en 1982 à une manche de trois heures et une seconde épreuve regroupant des quads se dispute le samedi à partir de 1997 avec 200 concurrents sur 6 km de plage. Le circuit de 14,5 km s'étend jusqu'aux plages de Stella-Plage et de Merlimont puis aux seules limites du Touquet entre la rive sud de la baie de Canche jusqu'à la limite nord de la commune de Cucq dit « le Goulet ». Il se partage entre parcours sur la place longue de près de 7 km sur une largeur de 900 m jusqu'à 2 km et dans le massif dunaire dont la largeur dépasse 2 km. Cette compétition représente l'un des phénomènes touristiques les plus importants du Nord-Pas-de-Calais et de la Côte d'Opale. La création d'un événement de masse au cœur de la basse saison touristique est pour la municipalité l'une des principales motivations pour la création de l'épreuve. Celle-ci lance la nouvelle saison et assied la volonté du maire de faire une « station des quatre saisons ». Les retombées sont importantes pour les cafés et hôtels du Touquet, pour les structures d'hébergement de la région mais les inconvénients sont réels en terme de dégradations des propriétés publiques et privées. Les écologistes ont, dès le départ, combattu cette course qui porte atteinte à la flore, aux massifs
IBéthouart, Bruno, op. cit., p. 200. 26

dunaires tant par les motos que par le public: pollution sonore et émanation de gaz d'échappement préjudiciables à la faune et à la flore, accélération des processus érosifs qui affectent les dunes, piétinement des oyats et autres végétaux, pollution par l'abandon de déchets sur place. La Fédération Nord Nature et le Groupement de défense de l'environnement de l'arrondissement de Montreuil-sur-Mer (GDEAM) et de France Nature Environnement s'appuient sur un jugement du tribunal du 5 février 2003 pour demander à l'Etat de revoir les modalités «pour arrêter le massacre en toute impunité des dunes de la Côte d'Opale ». Léonce Deprez annonce que la course de 2005 sera la dernière mais réussit ainsi à soulever un mouvement de mobilisation et, en février 2006, une nouvelle formule, sur le sable de l'estran, naît: «l'Enduropale ». Le pèlerinage des motards va-t-il se poursuivre? Conscients de l'importance d'une politique touristique, les édiles lancent des opérations telles que la protection du site des Caps entre Calais et Boulogne sur 25 km avec un projet d'espace muséographique à Sangatte, la création des parcs naturels dans le Boulonnais et le marais audomarois qui combine les zones maraîchères, la forêt de 1200 ha, avec le balisage de sentiers de randonnées pour marcheurs (GR 120), et VTT, avec le centre de la mer Nausicaa à Boulogne qui accueille chaque année 600 000 visiteurs, celui de Maréis pour le patrimoine maritime à Etaples. Ce «gisement touristique» correspond à plus de 18 millions de nuitées par an, 65 000 lits touristiques, un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros, supérieur à celui de la production agricole et 12000 emplois directs et indirects. Conclusion Le label Côte d'Opale constitue en ce début de xxr siècle une réalité incontestable qui attire les citadins de la région du Nord-Pas-deCalais, mais aussi les Picards, les Parisiens, les Britanniques, les Belges, les Néerlandais du fait de la transformation de ce finistère en carrefour de l'Europe du Nord-Ouest: le tunnel ferroviaire sous la Manche et le système autoroutier ont ouvert des perspectives nouvelles mais depuis la période néolithique, le détroit est un lieu d'échange dans lequel cette bande côtière a toujours plus ou moins joué le rôle d'interface que ce soit Boulogne qui est le grand port gallo-romain, puis Quentovic et Montreuil-sur-Mer durant la période médiévale, Calais dans son lien privilégié avec le Royaume-Uni. Durant le XIXe siècle se dessine une orientation balnéaire d'abord dans les ports tels que Boulogne et Calais. Des stations balnéaires vont surgir à la fin du siècle et, sous l'action de promoteurs surtout britanniques, devenir des pôles identitaires d'autant plus forts que l'industrialisation est souvent ponctuelle et décalée. Après les épreuves de la première moitié du XXe siècle, le développement des loisirs renforce cette composante touristique 27

qui devient l'élément majeur de la capacité d'attraction de cette Côte d'Opale. Celle-ci, reliée à la Flandre, est désormais entrée dans une démarche de métropolisation au même titre que l'agglomération lilloise. Cette affirmation d'une identité littorale consacre un long processus où la composante touristique et balnéaire joue à plein depuis plus d'un siècle.

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Doc. 1 : Bougard, Pierre, Nobilos, Alain (dir. ), Le Pas-de-Calais de la Préhistoire à nos jours, Saint-Jean d4angély, Ed. Bordessoules, 1988, p. 33.

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La création des stations balnéaires dans les ports de la Côte d'Opale au XIXe siècle
Audrey Deboudt
Remis à la mode dans les pays d'Europe du Nord, les bains de mer peuvent vraisemblablement se développer sur le littoral du Nord Pas-deCalais au début du XIXe siècle. La qualité du sable, l'inclinaison des plages, la température de l'eau, l'amplitude des marées ou la salinité de l'air de la Côte d'Opale sont alors des arguments en sa faveur. De plus, en étant à michemin entre Paris et Londres, la région se situe entre deux foyers de clientèle susceptibles d'accéder aux bains de mer. Le chemin de fer permet de relier la capitale française à la côte du Nord-Pas-de-Calais à partir de 1848. Et dès les années 1820, il existe des services réguliers entre l'Angleterre et les trois ports de la côte: Calais, Boulogne et Dunkerque. Au XIXe siècle, ces villes connaissent un essor économique formidable, fondé essentiellement sur le développement de leur activité portuaire. Le balnéaire, alors à la mode, peut également être un moyen de moderniser et de désenclaver les ports. L'établissement de bains de mer froids est l'équipement moteur. La ville de Dieppe devient la première station balnéaire française lorsqu'elle érige le sien en 1822. Ce type de bâtiment ne crée pas la pratique des bains de merl mais sa présence va instituer la villégiature balnéaire. L'interrogation sur l'origine des équipements balnéaires dans les trois principales villes de la Côte d'Opale permet de dégager les difficultés qu'elles rencontrent et leur différence. Elles ne tirent pas profit du développement touristique, amorcé par la mode des bains de mer, de la même façon. Dans ce domaine, Boulogne est exemplaire. Le dynamisme de ses notables puis de sa municipalité fait de la ville la station balnéaire de référence pendant une soixantaine d'années. Calais, elle, rencontre plus de difficultés à cause de l'accès de sa plage entravé par les autorités militaires pendant plusieurs dizaines d'années. Enfin, les Dunkerquois misent tous leurs efforts sur le développement industriel de leur port. La plage est alors réduite au minimum.

IVoir à ce sujet Vailleau, Daniel, Contribution à une histoire sociale des pratiques et des modèles balnéaires. Baigneurs et nageurs à La Rochelle, Université de Bordeaux II, 1992.

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1- Boulogne-sur-Mer, l'exemplaire La ville de Boulogne a des atouts naturels longuement mis en avant dans les guides ou les notices historiques. La haute ville, le port et les coteaux aux alentours de la plage y sont décrits comme des sites pittoresques et des plus agréables. Mais la station balnéaire boulonnaise doit surtout son développement à la mise en place précoce des infrastructures nécessaires pour attirer et retenir les étrangers chez elle. L'équipement moteur est son établissement de bains de mer froids: « Boulogne sans Etablissement de bains fût restée une ville de pêche, un port de commerce, mais non pas ce qu'elle est aujourd'hui: la ville de plaisance par excellence» I. Dès le mois de mars 1824, Boulogne s'inspire de Dieppe et entame la construction de son établissement de bains, dont l'inauguration a lieu le 29 mai 1825. Il s'érige, dans un style néoclassique2, sur un terre-plein bordant la mer à l'entrée du port. Lorsqu'on y entre, du côté ville, on accède à la grande salle d'assemblée de bal. De chaque côté de cette salle, plusieurs salons se succèdent, à gauche ils sont réservés aux hommes et à droite aux femmes. L'établissement comprend des salons de réunion, de repos, de billard et de musique. Côté mer, un vaste péristyle permet d'avoir une vue dégagée sur la plage. On peut également accéder au toit qui forme une terrasse, où sont installées des tentes pour admirer la vue tout en étant à l'abri du vent et du soleil. Aussi, il est intéressant de constater que dans cet édifice, nommé établissement de bains de mer froids, aucune pièce n'a une fonction directement liée à la pratique de la baignade. Elle se fait selon la mode

britannique, « à la lame », c'est-à-dire en pleine mer3.Des cabines roulantes
tirées par des chevaux amènent les baigneurs jusqu'à la mer. Le seul lien avec l'établissement est donc la terrasse d'où deux escaliers conduisent à la station de ces voitures de bains. Le créateur de l'établissement, n'a pas attendu la fin de sa construction pour déjà mettre en route ces voituresbaignoires. Les trois premières circulent sur la plage de Boulogne-sur-Mer pour la première fois le 7 août 18244. Cet établissement se veut, dès sa construction, d'abord un lieu de rencontres et de distractions. Il est le centre de la station balnéaire. Son fondateur est Antoine Versial, un Grenoblois qui a commencé sa carrière comme administrateur des hôpitaux militaires avant
IDeseille, Ernest, L'ancien établissement des bains de mer de Boulogne,1824-1863. Boulogne-sur-Mer, impr. Ch. Aigre, 1866, p. 4. 2Le néoclassicisme sera le style commun aux premiers établissements de bains français. C'est un courant né au milieu du XVIIIe siècle alimenté par le prestige de la Grèce, perçue comme la gardienne de l'idéal de la beauté. 3Dans les années 1780-1790, Boulogne dispose d'un établissement de bains de mer chauds situé en ville et où les bains sont pris en intérieur dans des baignoires. 4L'Annotateur boulonnais du 12 août 1824. 30

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