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Vie

quotidienne

aux

îles

Marquises

« Portes océanes »
Collection dirigée parFrédéricAngleviel,
rofesseur des universtés en histoire
ettecollection est dédiée en premier lieuàune meilleureconnaissance de
;l’céanieàpartir de l’éditioncohérente desarticles épars dechercheurs
reconnus ou de lamise en perspective d’une thématiqueàtravers les
contributions les plus notables.a collection «ortes océanes »adoncpour
objectif decréer des ponts entre les différentsacteurs de larecherche et de mettreà
ladisposition de tous desbouquets d’articles et decontributions, publications
éparses méconnues et souvent épuisées.En effet, larecherche disposant désormais
de très nombreuses possibilités d’édition, onconstate souvent une fragmentation et
une dissémination de la connaissance.Ces rééditions encohérence se veulent donc
un outilau service des sciences humaines et socialesappliquéesaux milieux
insulaires de l’aireacifique.
En second lieu, la collection «ortes océanes »apourambition de permettre la
diffusionauprès du publicfrancophone des principaux résultats de larecherche
internationale, grâceàune politiqueconcertée et progressive de traduction.out
naturellement, elle permettra aussi lapublication decolloques ou de séminaires sans
s’interdire lapublication d’ouvrages mettantàladipostion du publicles derniers
travaux universitaires ou de recherches originales.

Déjà parus
FrédéricAngleviel:istoire de la ouvelle-Calédonie.ouvellesapproches, nouveaux objets, 2005.
SoniaFaessel:ision des îles :ahiti et l’imaginaire européen.Du mytheàson exploitation littéraire (e-e
siècles), 2006.
Alainoyrand:Droit institutionnel de la olynésie française, 2007.
ouniraChatti, NicolasClinchamps et Stéphanie Vigier:ouvoir(s) et politique(s) encéanie –Actes due
colloqueCA, 2007.
SémirAl Wardi:ahitiui ou les dérives de l’autonomie, 2008.
Frédéric angleviel (dir.) :Chants pour l’au-delàdes mers.élanges en l’honneur du professeureanartin, 2008.
BenoîtCarteron:dentitésculturelles et sentiment d’appartenance enouvelle-Calédonie, 2008.
FrédéricAngleviel etean-ichelebigre:De la ouvelle-Calédonieauacifique, 2009.
Dumas Pascal etebigreean-ichel (dir.):aBrousse, représentations et enjeux, 2010.
arcDebene etean-Paul Pastorel:a« loi du pays » enolynésie française, 2011.
Bernard Poirine:ahiti : une économie sous serre, 2011.
Aparaître
Pierrearesca:’exceptioncalédonienne (1970-2011).
NathalieCartacheff:aré.Approchesanthropologiques et historiques.
RobertBertram:a bipolarisation politique de la ouvelle-Calédonie depuis 1975 –omeet
Alainoyrand:Droit institutionnel et statutaire de la olynésie française. 2 ème édition.

Vie

Dominique Pechberty

quotidienne aux îles Marquises

D’après des récits de voyageurs
durant la période 

llustration de couverture
Pierre ataste

© ’armattan 
 rue de l’Ecoleolytechnique  aris

httpwwwlibrairieharmattancom
diffusionharmattanwanadoofr
harmattanwanadoofr

SBN  
EAN  

Note préliminaire

’intérêt pour uneculture survient souventàl'occasion d'un voyage.
Après une enfance passée enAfrique età adagascar,c'est pour enseignerà
mon tour qu'en 1978 je me rendaisaux îlesarquises.'y restai troisans
suivis de quatreautresà ahiti.Ce séjour m'apermis de me documenter et
de découvrir la culture marquisienneancienne.
C'est sur lesconseils de.ontillierà ooreaque j'ai entrepris la
lecture des textes deobarts et deandy.ur place,Danieluukenaet sa
femme, résidents d'akaui, nous ontaccueillischaleureusement mon mari et
moi et fait découvrir leur vallée.arcelinetto,aucours de discussions,a
évoqué son passé pour nous.De même je remercie tous lesarquisiens qui,
àdivers, m'ont permis, lorsque je visitdes degrés ais leur vallée, de découvrir
leur histoire et lasurvivance de leurscoutumes.onseigneureCleac'hà
aiohaea bien voulu répondreànos questions, nous prêter quelques livres et
nous ouvrir les portes du musée de la ission.
ors d'une visiteàl'île deâques,ergioapu,Directeur duusée, nous
a aimablement reçus.
Aapeete, j'ai étébienaccueillie etaidée dans mes recherches de
documentation par le personnel de la ociété desEtudescéaniennes, du
ournal de la ociété descéanistes, de la bibliothèque de l', du
centre de documentation de l'EgliseEvangélique deolynésieFrançaise, de
la bibliothèque de l'archevêché et desarchives territoriales deapeete.e
remercieaussimesavondès etavarro, directrices duusée deahiti et
des îles, pour l'aide qu'elles ontbien voulu m'apporter dans mes recherches,
ainsi que.Artur, directeur du muséeaulGauguin.
utéeà a éunion en 1985, j'ai eu la chance de rencontrer lerofesseur
aulttino.escours et sesconseils m'ont permis de mettreàprofit mes
recherches en entreprenant une thèse enanhtoropolig.eAyantcessé
d'exercer,aulttino m'aprésentéeau professeurierreérin, vice-
président de l'nstitut national des langues etcivilisations orientales, plus
spécialisé en paléoanthropologie.Ce derniera bien vouluaccepter de me
guider lors de larédaction et l'élaboration finale decette étude et je l'en
remercie.
'aibénéficiéaussi desconseils de. les professeursBarat,Baré et
Chérubini qui m'ontaidée dans mes recherches..Caudron,meafla,
meieville et le personnel du prêt inter-bibliothèquesàl'université dea
éunion ont mis tout en œuvre pour faciliter mon travail.
EnAustralie,ennifererrell m'atransmis des documents sur
.Cabri.e professeurGregDeninga accepté de répondreàmes lettres
concernantE.obarts.

Aawaii, je remercie les responsables de la bibliothèque duBishop
useum.
e remerciearie-oëlle deBergh-ttino qui m'a communiqué des
documents personnels,ierreataste quiareproduitàlaplumecertaines
illustrations1decette étude,Alainechberty, mon mari, pour l’aide
précieuse qu’il m’a apportée etaussi mes enfants pour leur patience.
Ce livre est extrait de lathèse présentée le 6 décembre 1993àl'AC
à aris, et intitulée : «ne étude de lasociété marquisienne d'après des récits
de voyageurs durant lapériode 1797-1842 -otions detuku offrir) et hoko
(échanger) ou l'évolution du système d'échanges marquisien - »e jury était
composé deme deaFontinelle et deessieurs.érin,.anoff,
.Aufray et..oullelan.
Des exemplaires decette thèse se trouventàlaBibliothèqueationaleà
aris et dans quelquesbibliothèques de lazoneacifique.ne série limitée,
maintenant épuisée, reprenant le titre et l’intégralité de lathèse,aété tirée
aux éditionseFenuaFoouà allis.
aprésente éditionaété revue etcorrigée et met en valeur les différents
aspects de lavie quotidienneaux îlesarquises durant lapériode : 1797-
1842.
En 1993, j’ai été nomméeà‘vea(allis) et j’ai découvert queces
coutumes éteintes de nos joursaux îlesarquises y étaient encore vivantes.
Enassistantauxkto}gwallisiens (fêtescérémonielles où l’on s’échange
cochons et vivres) j’ai pu imaginer et mieuxcomprendre l’enthousiasme qui
animait les fêtes marquisiennes d’antan.

1Certaines deces illustrareproduites en p.168, 171, 181, 195, de l’ouvrtions, age de
grervéeCléac’hon ekopp‘i–exique mrquisien-frnçis,apeete, 1997,
365p.,choisies pararcelineeitaa, sont deierreataste etautorisées par l’auteur.

Eiao

otuiti

141°

atutaa

ukuhiva

apou

Océan
Pacifique
140°

ahuka

ahuata

Carte des îlesarquises

Fatuuku
ivaoa

ohotain10°
ocher
homasset

Fatuiva
139°

138°

Avant-propos

Problématique
apremière rencontreaveclasociété marquisienneaeu lieu en 1978,
alors que je venais d'être nomméecomme enseignanteà aiohae
(ukuhiva).En me rendant sur les lieux de monaffectation je retrouvaià
oorea(île de la ociété),ierreontillier, un de mesanciens professeurs,
qui meconseillade lire le «ournal d'Edwardoba et les érts »,crits de
andy.
endant les troisannées que je passaisauxarquises, peuàpeu je
me passionnais pour l'histoire et la culture marquisienne.’étude de la
société marquisienne est très intéressante.alheureusement,avecle
temps, lescontacts des peuples polynésiensavecl'Europe, l'Amérique,
et même l'Asie, ont été de plus en plus fréquents.es métissages qui
s'en sont suivis, non seulement de races mais plus encore decultures,
ont très vitealtéré lescaractères originels deces sociétés.Ce que nous
en découvronsaujourd'hui ne peut nous donner qu'une idée très
imparfaite dece qu'elles étaient réellement, mêmeauxarquises, qui
se tiennent encoreàl'écart du progrès technique quiadéjàsubmergé
ahiti.
Aussi est-ce exclusivement sur lesarquises que j'aicentré mes
recherches, etbien que toutce que j'ai pu découvrir, pendant troisans, des
traces du passé m'aitcertesbeaucoup servi pourbâtir l'étude qu'on valire,
c'est surtoutàtravers les témoignages desEuropéens ouAméricains
missionnaires,coureurs des mers et navigateurs de lafin dueet de la
première moitié duesiècle, que j'ai tenté de retrouver lasociété
marquisienne d'avant les premiersEuropéens.Ces témoignages nous sont
précieux parce qu'ils sontàlafois les premierset les derniers que nous
possédions sur unecivilisation pratiquement disparue mais qui était encore
vivanteauesiècle.
orsque le 3août 1903,ictorégalen2débarqueà ukuhiva, où il va
découvrir l'ombre deGauguin si merveilleusementamoureux des îles
arquises, il ne peut que faire leconstat de ladisparition du pa sesssé de
habitants :
«Fort peu d'habitants.avariole, lasyphilis, laphtisie, l'opium les ont
progressivement éteints.Ceux qui restent, de teintclair rehaussé de tatouages

2ictoregalen :esmmémoriux,Collection 10/18,aris, 1972, p. 59.

11

purement ornementaux, marchent gaiement et insouciamment vers leur fin de
race. »
«echerche habituelle du passé etcomme habituellement enquête
infructueuse.lscomptent leur vie d'autrefois par le nom des successifs
résidents : «Commandant « untel »... ignorent pis que jamais leurâge, et ont
tout vendu de leur pacotille guerrière et religieuse d'autrefois. »
ue pouvait-il rester soixante-dixansaprès, même si le peuple
marquisien que j'aiconnuà cette époque s'était multiplié etavait
recommencéàvivre ?
C'est donc bienauprès de récits de missionnairescommeCrook (1797-
1799), de «beachcombers3»commeobarts (1798-1806), ou de
navigateurscommeorter (1813) qu'il me fallaitalleràlarecherche de la
société marquisienneancienne,compte-tenu,bien sûr, des erreurs
d'interprétation qu'ils ont pu faire dans leurs observations ou dansce qu'ils
rapportent dece qui leur fut dit.ais même le décryptage de leurs
témoignages devait se révéler passionnant.
'étude de la civilisation marquisienne,àlafin duesiècle est
particulièrement richecar elleconstitue une périodecharnière, évoquant une
sociétéàl'état originel.l est important de s'en teniraux écrits qui datent de
lafin duesiècle et qui ne sauraient êtreconfondusavecles travaux des
commentateurs,comme le noteierreérin4:
«En effet par lasuite, les écrivains ontcompilé les écrits de leurs
prédécesseurs et,compte-tenu de leur talent, ontbien voulu et pu fairecroire
qu'il s'agissait d'observations personnelles. »
es îlesarquises ont reçu de nombreuses visites dont une partie
seulementaété répertoriée.ne liste des navires identifiés, de passageà
cette époque, est placéeàlafin decette étude.
es visites deendaña(1595) et deCook (1774)ayant été tropbrèves et
trop espacées dans le temps pour permettre une étudeapprofondie, j'ai
préféréchoisircomme point de départ decette étude, le passage duDuff5et
l'arrivée deCrook en 1797.es écrits deCrook (1797-1799) et deobarts
(1798-1806)constituent pour l'étude decette période les textes debase.
Alafin de 1800, les naviresbaleiniers, les trafiquants de peaux de
phoques et debois de santal, les navires de guerre se succèdent dans les
baies marquisiennes.e journal deorter (1813)apporte des renseignements

3Coureur ou écumeur des mers : marinayant quitté son navire pour rester sur les îles.
4ierreérin :'ncienne civilistion deurutu. ÎlesAustrles-olynésie frnçise), l
période clssique,émoires, n° 33,aris, 1969.
5avire de la .

12

de première main surcette période.Et de 1813à1842, les textes des
missionnaires de la :tallworthy ethomson, les lettres duère
athiasGracia, le roman deadiguet6:es derniers suvgesconstituent
également des documents très intéressants.'année 1842, date de laprise de
possession des îlesarquises par lesFrançais, marque un termeà cette
étude.En effet,après 1842, lescontactsavecl'ccident s'intensifient et le
paysage politique etculturel est rapidement modifié.es épidémies
réduisentconsidérablement lapopulation.
orsque je parle deCrook,obarts,Gracia,adiguet, j'utiliseàdessein le
terme « d'informateurs »,car je leur suis redevable de l'essentiel de mes
informations.l estcertain que le terme s'utiliseaujourd'hui pour des
personnesautochtones vivantau sein de lasociété que l'anthropologue désire
explorer.Celui-ci ne pouvant, en saposition d'étranger, s'inséreràpart
entière dans une sociétéàmoins de subterfuges et ressentirce que ressentent
lesautres membres decette société,arecoursà informdes «ateurs »,
intermédiaires nécessaires pour pénétrer dans le monde indigène de l'époque.
e travail entrepris ici est un essai de paléoanthropologie.l s'agit de
l'analyse d'uneculture d'après des matériaux recueillis, il yaun siècle et
demiàdeux siècles, lorsque les îlesarquisesconnaissaient un optimum
démographique et une vie traditionnelle florissante.es méthodesactuelles
d'études de terrain ont été délaisséesau profit d'une exploitation des
manuscrits et des textes de première main rédigésàlafin dueet dans
lapremière moitié duesiècle.
Alafin duesiècle, lasociété marquisienne est une société de type
horticole où la base de l'alimentation estconstituée par lemei(artocarpus
incisa) ou fruit de l'arbreàpain.Chaquechef dans savalléecentralise
l'approvisionnement en nourriture et laredistribue ensuite en fonction de la
hiérarchie existante.n système d'échangesavecprestations etcontre-
prestations s'installe entre les vallées et les îles.esarquisiens s'échangent
desbiens, maisaussi politesses, festins, fêtes, femmes, enfants, prisonniers,
etc.
«es échanges et lescontrats se font sous laforme decadeaux, en théorie
volontaires, en réalité obligatoirement faits et rendus.7»
Cettecirculation des richesses est un système de prestation totale qui
intéresse tout leclan par l'intermédiaire duchef et queaussappelle
« potlach »comme le font lesauteursaméricains se servant du motChinook
(langagecourant deancouver,Alaska).es deux éléments essentiels du
« potlach » sont :

6ecrétaire ducontre-amiralDupetit-houars.
7arcelauss :Essis deociologie,Editions de minuit,aris, 1950, p. 150.

13

«D'une part l'honneur, le prestige, le mana conféré par larichesse, et
d'autre part : l'obligationabsolue de rendreces dons sous peine de perdre le
mana,cetteautorité,ce talisman,cette source de richesse qu'est l'autorité elle-
même8. »
esarquisiens,comme lesautresolynésiens se font une obligation
morale de rendre le présent reçu.En effet la chose donnée est source de
mn(pouvoir) et oblige le donataireàlarendre si possibleavecplus d'éclat.
C'estcetaspect des échanges de lasociété marquisienne qu'il m'asemblé
intéressant de rechercher,àtravers les récits de voyage durant lapériode
(1797-1842).es notions detuku(offrir) ethoko(échanger) sont des termes
clefs,car ils définissent les rapports entre lesarquisiens.uku,en général,
ale sens de libérer,abandonner, mais en marquisien il signifieaussi donner,
accorder.oko,signifie échanger, troquer.Auxamoa,fono,joindre,
joindre une pièceàuneautre.Auxawaii,honosignifie, entreautres, un
lien (exemple : le mariage),auxonga,hoko, échanger unechose pour une
autre,hokohoko,joindre, placer l'unaprès l'autre.Ce termeapparaîtcomme
le symbole d'unechaîne d'échanges.l faut remarquer que leschefs
marquisiens, s'ils observent uncode de l'honneur entre eux, peuvent, quand
lescirconstances l'exigent et que leur intérêt le leurcommande, en exclure
des étrangerscomme lesccidentaux.ecode de l'honneur, où lanotion de
tukuapparaît,aété observéavecquelques étrangers de marquecomme
rusenstern par exemple.ais, laplupadu temps, un système de trort coù
intervient lanotion dehokos'est instauré,avecplus ou moins d'honnêteté,
entre les deux parties.C'estce système d'échanges intensesavecles
navigateurs quia bouleversé peuàpeu le monde matériel marquisien et par
voie deconséquence, ses valeurs.'emploi de laforce de lapart desFrançais
en 1842a affirmé de façonbrutale l'hégémonie de laFrance, une hégémonie
àlafois politique et religieuse.ais, lecommerce régulier établi depuis
presque un siècleavait déjàmodifié le paysage social et les techniques.
'afflux de maladies et épidémies, inconnues jusqu'alors, transformecette
société de façon encore plus radicale.C'est pourcette raison que l'étude des
échanges qui régissentàlafoiscette société, de l'intérieur etàl'extérieur,
m'aparu très importante.Acause deces échangesavecun monde nouveau,
cette société s'est détruite pour se renouveler en se fondant sur d'autres
valeurs.Aussi toutecette étude est-elle fondée sur le système d'échanges qui
régit les rapports entre les hommes.
Aprèsavoir défini l'époque, lecadre en général, et présenté les
principales tribus et leurschefs, j’ai voulu montrer que l'organisation de

8arcelauss, 1950, op.cit., p. 150.

14

l'espace et du temps étaitcentrée surcebesoin d'échanges : échanges des
vivantsavecles morts, les morts étant toujours présents dans l'esprit et lavie
quotidienne des vivants, échangesau sein d'une même vallée, lavallée étant
le microcosme dans lequel évoluent lesarquisiens d'une même tribu,
échangesavecl'extérieur,c'est-à-direavecd'autres vallées et même d'autres
peuplescomme lesccidentaux.'étude deces échanges doit permettre de
mieuxcomprendre le fonctionnement decette société et son éthique, et
montrercomment elle s'est transforméeaprès descontacts répétésavecle
monde extérieur.
'importance des sources
ourcette étude j'ai retenu tout d'abordce quiaété intituléCrook
Accountet qui n'est pas le journal originel mais un résumé du journal du
révérendilliamascoeCrook.lapparaît souscette formeauxarchives de
la itchellibrary.Crookaséjournéaux îlesarquises du 27 juin 1797au
9 janvier 1799.on journalaétéconfiéàla ociétéissionnaire de
ondres.ne partie enaété retrouvéeà ahuataparobartsaprès le départ
deCrook, mais elle semble perdue.tewart, missionnaireà bord du
incennes, passe en 1829aux îlesarquises et ditavoir euconnaissance de
ce journas'en être servi surtout pour des détl et ails sur lareligion.
Ce texte m’est parvenu grâceàl’obligeance de la«itchellibrary »à
ydney, dactylographié parGeorgeauriceheahan de l'université de
Cambridge.Celui-ciavait entrepris en 1953 une thèse sur les îlesarquises
Astudy incculturtion : therquessslnds, mais n'apu l'achever suite
àunaccident fatal
.aversion du journal deCrook, même remaniée, est riche
d'enseignements essentiels sur la culture marquisienne, excepté ence qui
concerne lareligion.e récit que l'on possède vient des missionnaires qui
l'ont rédigé d'après son journal et d'après les réponses fournies par quelques
arquisiens en visite enEurope.l est écritàlatroisième personne9.
Crook, dans le récit, semble manquer d'aisance dans ses rapportsavecles
arquisiens.l ne parvient pasàs'intégrerau sein de lapopulation,car il
garde toujours unecertaine réserve.Cependant, le texte deCrook témoigne
d'un grand sérieux, et les nombreux noms marquisiens qui y sontcités
permettent d'établiravecprécision lagénéalogie de deux familles dechefs
importants des îles du groupeord et du groupeud, et de préciser les

9Ellisaprocédé de lamême manière pour les recherches polynésiennes.illiamEllis :Al
recherche de l olynésie d'utrefois, (olynesian researches), traduit de l'anglais par
.ergueiew etC.Buyer-imeure, 2 tomes, publications de la ociété descéanistes,
n° 25,usée de l'omme,aris, 1972.

15

différents liens de parenté existantaux îlesarquises.Ce texte est suivi d'un
appendice grammatical que je n'ai pas traduit10.

ortrait du rév.illiamascoeCrook lors de son séjourà ahiti
(d’aprèsDanielsson : 1978)

10lafait l’objet d’un ouvrage rédigé par :.G.A.ugues :An essy towrddictionry
nd grmmr of the lesser-ustrlin lnguge,ccording to the dilect usedt the
mrquess 1799), editedby.G.A.uhguesand..Fischer,he institute of polynesian
languagesand literarures,Auckland, 1998.

16

'autre texte debase de mon étude, le journal d'Edwardobarts
(décembre 1798 - février 1806),aété découvert parGregDening, professeur
d'histoireàl'université deelbourne.l l'apublié en yajoutant quelques
extraits du manuscrit deCrook et du journal derusenstern, navigateur
russearrivé sur ladiejedetaccueilli parobarts le 7 mai 1804à
aiohae.'original dece manuscrit se trouveàla ationalibrary of
cotlandàEdimbourg.GregDeningasoutenu une thèse intitulée :pund
k‘iki in therquessslnds 1774-1813à arvard.l y expose les
stratégies socio-politiques de la classe dominante.laégalement publié :
slndsndBeches, œuvre dans laquelle il retrace le rapide déclin de la
culture marquisienneaucontact desEuropéens.
e texte deobarts est particulièrement intéressant ence quiconcerne le
comportement social desarquisiens.on récit est plus vivant quecelui de
Crook, dans lamesure où il est écritàlapremière personne et oùobarts
s'implique dans des situations personnelles et vécues.alheureusement
obartsaécrit son textebienaprès son séjour.Al'époque où il écrivait, sa
vie était difficile, sinon misérable, et parconséquent, son séjouraux îles
arquises luiapparaissait transfiguré, merveilleux.asociété marquisienne
qu'il décritaun peu unaspect figé etconventionnel,caraprès l'avoir saisieà
un moment donné, il l'idéalise ensuite dans son souvenir.l procèdecomme
celui, féru d'exotisme qui selon le mot d'Affergan :
«émoigne de l'expérience irremplaçable du terrainavectoutes les
marques subjectives de l'exil11. »
l fautaussi tenircompte de l'idée que se faisaient dubonheur les
Européens duesiècle.Diderotaécrit descomédies larmoyantes où on
s'attendritbeaucoup en matière de sentiments.ais il faut reconnaître que
lesarquisiens mêmeaujourd'hui ne sont pasavares de leur sensibilité.es
arquisiens décrits parobarts ont lalarme facile et lajoiebruyante.
ême si l'onaccordeà obarts une mémoire étonnante, les épreuves qu'il
atraversées, le fait qu'il se soitadonné,à certains moments de savie,àla
boisson donnentàpenser qu'iladû tenir régulièrement un journal dont il
s'est servi pour rédiger le texte que luiavaitcommandé leDr.eyden,celui
qui l'incita à consigner par écrit ses souvenirs12.
obartsavécu intensément laguerre, l'amour.Al'encroire, de
nombreuses filles dechefs ont projeté en vain de devenir son épouse, et il
sait donner surces sujets une foule de détails intéressants.asituation de

11FrancisAffergan :Exotisme etAltérité,EditionsF,aris, 1987.
12obarts mourut, on le présume d'après les registres,àCalcutta, le 22août 1832.lavait
entrepris son journal en 1810àl'instigation duDr.eyden.Ce dernierayant quittéCalcutta, le
Dr.are sechargeade récupérer le manuscrit en 1824avecl'aide de.C..icketts.

17

o,chef guerrier, et d'époux de lasœur deatonui,chef deaiohae,
montre qu'il se sentait directement engagé dans lasociété marquisienne et
parfaitement intégré.Ence quiconcerne les lieux et les personnages, il fait
parfois preuve d'imprécision, mais elle estcompensée par l'érudition du texte
deCrook, etces deux textes quasicontemporains secomplètent.
'ai euconnaissance du journal derusenstern reproduit sur microfilm.
Celui-ci m'aété fourni par le musée de la arineà aris.es
« informa deteurs »rusenstern sont essentiellementobarts, etCabri.Ce
dernier reviendra accidentellement enEurope sur ladiejed.es propos
derusenstern sont malheureusement peu fiables du fait de la brièveté de
son séjour et de lafantaisie dont fait preuve son principal informateur,Cabri,
unFrançais originaire deBordeaux, quiadéserté duondon, un navire
baleinier, début 179913.
Cabri fait un peu partie deces «beachcombers » queelville14
caricatureraplus tard :
«l s'instaure guide dans l'île où il s'est installé, et du moment qu'ila
assimilé quelques douzaines de mots de lalangue du pays, il estcensé
tout savoir des gens qui laparlent.n désirbien humain de se faire valoir
aux yeux des étrangers le pousseàse targuer d'uneconnaissance ences
matièresbien plus grande qu'il ne l'aen réalité.En réponseàdes
questions incessantes, il dit non seulementce qu'il sait, maisbien plus
encore ; et s'il est un renseignement qui lui manque, il n'a aucune peineà
le fournir tout de même.'aviditéaveclaquelle on note ses réponses
chatouille savanité, et lafertilité de son imaginationcroît en proportion
de la crédulité de sesauditeurs.l sait exactement quelles sont les
informations que l'onattend de lui et les fournit sans limitation. »
En dehors d'un texte écrit parAiméeroy qui dit l'avoir rencontré la
veille de samort,à alenciennes, dans :es hommes et les choses duord
de lFrnce et duidi de lBelgique, il existe une sorte de journal dicté

13n doute subsiste sur ladate d'arrivée deCabriaux îlesarquises.atrick'eilly dans :
hitiens(1975 : 85) précise qu'il quitteortsmourth sur unbaleinier (capitaineuite ou
nite) le 8 mai 1795, puis fait naufrageauxarquises.obarts dit qu'unFrançais s'est
réfugiéauprès des indigènesaprès le passage duondon(GregDening 1974 : 68).eondon
séjourneà ahuatadu 8au 28 janvier 1799, partà ukuhiva, puis revientà ahuatale 21
février et y reste jusqu'au 7 mars 1799.achant queCabriaquitté lesarquises en 1804, on
est surpris qu'il déclare dans les écrits européens,cités plus haut, yavoir séjourné neufans.i
l'on se réfèreà obarts,Cabri n'y serait resté quecinqans.l se peut queCabri soitarrivébien
avant 1799 etait séjourné tout d'abordà ukuhiva.eondonn'aurait fait que le transporter
d'une îleàl'autre.Cependant, les écrits européens étant très fantaisistes, on ne peut leur
accorderbeaucoup decrédit.
14ermanelville :ïpi, (ypee :peeptolynesin life),collectionF,Gallimard,
aris, 1952, p. 186.

18

parCabriàA.F.Dulys intitulé :récis historique et véritble du séjour de
osephbris, ntif deBordeux, dns lesles deendoç(aris : 1817),
qui se trouveàlaBibliothèqueationale.Ce texteaété traduit enanglais
dans :heournl ofcific history- volume seventeen ; number 1 ;
january ; number 2 ;april 1982 -otesand documentsosephabrisand his
notes on thearquesas p.101àp.112, parennifererrell.e me suis servie
dece texte, enrichi des notes de.errell.En dehors dece texte, il en existe
unautreassez différent qui porte le même titre et m'aétéadressé par la
bibliothèque deGen même temps qu'un poème intitulé :enève, e déprt de
osephbris, de l'île deou-ivet ses douloureuxdieuxàson épouse
fille dude cette île), lorsqu'il fut enlevé moi lgré luiàsfmille etux
honneurs dusux souverins des îles deendoçet signé.C.l est
probable queCabri récitait ouchantaitce poème lors de ses exhibitions sur
les places publiques.Ces deux textes font partie d'un ouvrage publié par
icot-allet (1820) et imprimé par..ucEstiéàGenève.Dans unarticle
publié dans lebulletin mensuel des musées deGenève en 1959,.Chaix
expliquecomment iladécouvertcet ouvrage provenant de l'hoirieAlbert
Choisy.Cabriconfirme laplupart du tempsce que disentCrook etobarts,
néanmoins ses propos, rapportés, sont souvent mal interprétés et
transformés.
ers 1813,orter, un officierAméricain, vient mouiller dans la baie de
aiohaeavecsaprise, un navirebritannique.En effet, lesAméricains étaient
en guerrecontre lesAnglais.e journal ducapitaineDavidorter,ournl
ofCruiseimprimé en 1815, offre de très nom, breuses descriptions en
situationconcernant laguerre.orter, parce qu'ilavaitbesoin d'un
avorppnetsioinnmecontinu et important en nourriture pour ses troupes et ses
prisonniers,a bousculé le jeu desalliances deukuhivaen réduisant les
aipiàsamerci.
Assezbrutal maiscurieux, il donne des indications précieuses sur la
religion.l manque de tact et de diplomatieaussibienaveclesapaet les
aipi qu'avecla belleaetini, fille duchef deaiohae, qui lui préfère ses
officiers.
ContrairementàCrook,obarts etCabri, qui parlaient le marquisien,
orterarecoursaux services d’un interprète,ilson, un «beachcomber »
qui secomporteraplus tard en traître.Ce dernier s'arrange pour soulever les
prisonniersanglaiscontre les soldatsaméricains queorteralaissésaprès
son départ.e fait d'ignorer lalangue marquisienne ne permet pasà orter
decomprendre lasymbolique profonde dece qu'il observe.orsqueorter
visite unme‘eavecleu‘(prêtre devin) et leuhuk‘o‘oko(prêtre), ila
le statuttpu(sacré), maisilson, qui ne l'apas, reste en dehors de
l'enceinte sacrée etcelaempêcheorter decomprendrece qu'il voit et de
poser des questions essentielles.ans doute leu‘et leuhuk‘o‘oko
l'ont-ils fait exprès.

19

oseph

Cabri lors de son séjour
(d’aprèsDanielsson :

aux îles
1978)

arqui

ses

es écrits laissés par les missionnairescatholiques sontaussi riches
d'enseignement.En 1833, l'Eglisecatholique romaine se propose de
convertir les peuples duacifique et fonde le vicariatapostolique d'céanie.
Deux missionnaires : les pèresBorgellaetDesvault,accompagnés du frère
aval,atteignent l'archipelà bord del énusducontre-amiralDupetit-
houars et s'établissentà ahuataen 1838.'entreprise des missionnaires
catholiques de la congrégation deicpus est tardive et s'avère difficile.es
premiersbaptisés le sontàl'article de lamort.51En général les missionnaires,
qui poursuivent une œuvrecontradictoireavecles valeurs de la civilisation
marquisienne, et qui se maintiennentàl'écart de lasociété desarquisiens,
ont de grandes difficultés relationnellesaveceux, toutcommeCrook lors de
son séjour.es missionnaires sont souvent en proieau découragement.e
èrereusFrechonà ahuata(juin 1844) faitcette remarque désenchantée
en parlant desarquisiens :
«C'est un peuple mort qui reconnaît lavérité sans l'embrasser16. »
esettres sur leslesrquisesdeathiasGracia, missionnaire
icpucienaux îlesarquises de 1839à1842 ontbeaucoup de valeur sauf en
ce quiconcerne lareligion.Graciavient, dit-il, pour «civiliser et enseigner
lebonheur », et il opère malheureusement descoupes sur ses informations
lorsqu'ilconsidère quece sont des « fables17».
Au texte deCrook,heahanavaitadjoint le journal de deux
missionnaires de la ociétéissionnaire deondres,homson et
tallworthy (1835-1841).eurs observations viennent étayercelles duère
athiasGracia.eurs écrits montrent les rivalités qui opposaientAnglo-
saxons etFrançaisàl'époque.eur traductionaété jointeà celle du
manuscrit deCrook.
e livre deadiguetes derniers suvges-vie et les mœursux îles
rquises 1842-1859)est empreint du romantisme de l'époque.adiguet y
décrit de nombreuses scènes marquisiennes, mais ses remarquesauraient
mérité d'êtrearoppndfos.ie
ïpi,le roman deelville (1846),bien qu'il soit essentiellement un
ouvrage decompilation,ale mérite, grâceau talent de sonauteur, de

15«Ainsiauxarquises en 1840, en deuxannées ont étébaptisés 23 mourantsà ahuata, 4à
apou et 14à ukuhiva»...CoolsA.ésumé de l'histoire de lmission desles
rquises 1838-1852,ome 1982 ; 60 p. dact. inierre-vesoullelan :remiers contcts
en milieu pïen 1987-1988,Annales duCdeirae.
16ierre-vesoullelan :remiers contcts en milieuïen.congrégtion ctholique du
cré-Cœur deésus et derie enolynésie 1834-1880),Annales ducentre universitaire
deirae, 1987-1988, n° 2, extrait de «issionnairesau quotidien » les religieux picpuciens
enolynésie 1834-1914,Editionsaereooahiti,apeete, 1989, p. 98.
17Ce sont ses propres termes.

21

présenter lavie de tous les jours de façon très vivante.elvilleaen effet
utilisé d'autresauteurs pour donneràson récit unaspect de vécu et
d'authenticité.on récit estcependant sujetà cautioncar il est très romancé.
En outre, son séjourauxarquises n'apas excédé trois semaines.
armi les textescontemporains, l'ouvrage deE..andyhe ntive
culture in therquess(1923) est un texte de référence.andy s'est lui-
même inspiré deorter,elville et du manuscrit deinton.l retrace dans le
détail lescoutumes marquisiennes sans se reporteràune période précise, et
je ne m'en suis servie que pour vérifier mesautres sources d'informations.
andy utilise le témoignage oral de personnescontemporaines.aisaprès la
fortechute démographiquecausée par l'épidémie de variole de 1863, et
l'acculturation quasi irréversible dueauxcontactsaveclesccidentaux, il
reste peu d'informateurs dignes de foi.Ce que ditandy s'appuie également
sur les textesanciens des missionnaires, mais souvent il se livreàdes
généralisations, sans souci dechronologie.on travail est excellent, très
fouillé, très dense, très précis, mais très orienté sur la culture matérielle
comme le voulait en 1920 l'esprit duBishopuseum d'onolulu.l utilise,
pour les êtres humains, laméthode queintonappliqueàla culture
matérielle, sibien que lesarquisiensapparaissent parfoiscomme sous le
scalpel de l'anatomiste.l étudie peu lecomportement des hommes, leurs
relations sociales.orsqu'il parle duchef, il lui interdit toute fonction
religieuse,ce qui est erroné.alphintonapublié luiaussi, en 1923,he
mteril culture of therquess islnds, qui traite de latechnologie
marquisienne.l faut égalementciter l'ouvrage duDr.ouisollin,es îles
rquises(1929), médecin de l'administration, qui s'appuie sur des écrits
anciens des missionnaires, les rapports desadministrateurs précédents et sur
ses observations personnelles.Ence quiconcerne les ouvrages récents,
plusieurs thèses font date :D'abordcelle d'enriavondès :erre eter -
our une lecture de quelques mythesolynésiens(1975).l s’est, luiaussi,
servi des textes desconteurscontemporains pour étudier les légendes
marquisiennes.l souligne l'importance de ladyade oncle maternel / fils de la
sœur.GregDening, dans :slndsnd beches, discourse onsilent lnd,
rquess 1774-1880(1980), retrace lescontacts entreccidentaux et
arquisiens et déplore le génocide18qui enaété le résultat.Alanhomas
dans :ocilnd culturl dynmics in erly mrquesn history(1986), qui
utiliseàpeu près les mêmes documents queceux qui ont servis pourcette
étude, s'attacheàdémontrer lafaiblesse du pouvoir deschefscomparéà
celui desu‘, etchercheàprouver que l'apparition du mousquet, utilisé
comme monnaie d'échange par les navigateurs,a bouleversé le jeu des
alliances et le paysage politique marquisien.urces deux points, je ne

18l s’agit des épidémiescomme lavarioleapportée par leDimnt, navire venu duérou,
qui fait escale enbaie deaiohae, le 23août 1863.eésidentousseau et le..ecornu,
eux-mêmes vaccinés,cèdentaux pressions duCommandant duDiamant et laissent débarquer
15 maladesàterre.

22

partage pas sonavis.D'après les récits de voyage duesiècle etce que
ditathiasGracia, lechef et leu‘étaientcomplices, entièrement
solidaires etcomplémentaires.l ne pouvait en êtreautrement, puisqu'ils se
partageaient le pouvoir et dépendaient l'un de l'autre.e mousquet, d'autre
part, n'apas modifié le paysage politique des îles duud.uand on étudie la
succession des guerres,àtravers l'histoire deahuatapar exemple, on
s'aperçoit que le jeu desalliances est toujours le même.Aaiohae et
ahuatales navigateurs ont sans discontinuer mis en valeur les mêmeschefs,
dans lamesure où leur mouillage,au fil desannées, était identique.aiohae
etahuataétaient debons ports de relâche que les navigateurs se sont
transmis.eschefs decesbaies, encentralisant les échanges, ont eu
tendanceàdevenir pour lesccidentaux les seuls interlocuteurs deces îles.
l fautciter également les recherches effectuées paricholashomas19
dans :rquesnocieties –nequlitynd politicl trnsformtion in
Esternolynesi(1990), ouvrage qui s’intéresseàlapériode traitée.
athèse dearimariellum-ttino,Archéologie d'une vllée des îles
rquises(1971), permet decomprendre l'espace social grâceà
l'archéologie.l faut égalementciter lathèse deierrettino :Archéologie
des îlesrquises : contributionàlconnissnce de l'île depou(1985).
utre lapartie proprementarchéologique : étude du matérielcoquillier d'un
site de pêche, étude de différents types d'herminettes, il s'intéresseàla
répartition des structures lithiques dans lavallée d'akaetauà apou, et
s'attacheàdéfinir l'organisation de l'espace social.athèse deohn
irpatrick :herquesn notion of the person(1983) traite des
arquisienscontemporains et ne m'aété utile qu'indirectement.
athèse deichelBailleul :es îlesrquises –istoire de l erre
desommes duesiècleànos jours, dont une partie seulement recouvre
lapériode étudiée, n’étant soutenue qu’en 1998, je n’enai pas tenucompte
dans l’élaboration de mathèse, masoutenanceayant eu lieu en 1993.
ur le plan linguistique, j'ai utilisé le dictionnaire deDordillon (1931).
'orthographe et les définitions des mots qui s'y trouvent m'ont servi de
référence.our effectuer descomparaisons, j'aiconsulté les ouvrages de
regear (1969), deDavies (1984) et degreCleac’h (1997).
Dans un souci de fourniraux lecteurs uneappréciation sur laqualité des
différentes sources, j'ai établi un tableau récapitulatif.'ai volontairement
omis les sources muséographiques quiauraient trop infléchi madémarche
vers la culture matérielle.e suisaussiconsciente que sur un demi-siècle les
sources fournissent une vision diachronique d'uneculture qui n'est pas restée
figée.

19icholashomas :rquesnocieties –nequlitynd politicl trnsformtion in
Esternolynesi,Clarendonress,xford, 1990, 272 p.

23

Tableau synoptique des sources
1 -Ouvrages de l'époque

Datesournaux de bord / compte-rendu
seriannoissiBeachcombers Navigateurs
1797Crook()
1797-1799
-Compte-rendu
1798descriptif reprisàRobarts
partir de son journal. 1798-1806
-rès érudit,bien -êmes interlocuteurs
documenté. queCrook.Beaucoup de
-Comprenait lamises en situations.
langue.Beaucoup d'exemples.
-exique deCrook -Comprenait lalangue.
(référence et
comparaisonavec
1799Dordillon,regear etCabri
Davies). 1799-1804
-ecoupe les descriptions
1804deCrook et deobarts,rusenstern
mais plus va 1804gue et
fantaisiste. -'est servi deobarts et de
-Comprenait lalangue.Cabricomme informateurs.
-as toujours fiable.
1813 Porter
1813
(6 semaines)
-e parle pas lalangue,à
recoursà ilsoncomme
traducteur.
-rès intéressant sur la
religion, laguerre et les
rapportsavecles femmes
Stewart
1829-1830
-'est inspiré du journal de
Crook pour quelques
passages.

1829
1837 Stallworthy
()
1837-1838
-urtout préoccupé
par les progrès de la
ission.

24

Romans

Tableau synoptique des sources
1 -Ouvrages de l'époque(suite)
Datesournaux de bord / compte-rendu Romans
nniassoiiersBeachcombers Navigateurs
1837 Thomson
()
1837-1841
-rès documenté, réflexions
intéressantes sur lasituation
politique de l'époque.
1839athiasGracia
(Congrégation deicpus)
1839-1842
-rès documenté, maisades
préjugés sur lareligion.
1842

1843

1860-Dordillon
1888"Grmmire et dictionnire
de llngue des îles
rquises" édition de 1931.
-uvrage de référence
indispensable pour la
compréhension de lalangue
marquisienne.

25

Radiguet
1842
(uelques semaines)
-écit tiré d'un journal,
paraîtaqutienthu.e
-tyle romantique
-Beaucoup de mises en
situations.
elville
1843
(uelques semaines)
-ous forme de journal
-'estbeaucoup documenté
(tewart,orter).
-écit recrééaprès
compilation, parvientà
paraître plus vrai que nature.
-eu fiable.

Tableau synoptique des sources
2 -Ouvrages modernes
Etude des mythes et
D archéologiques Travaux de synthèse Ouvrages oralesates traditions

1923

andy(1923)
"he ntive culture of therquess"
-Bonne synthèse de ses
prédécesseurs.résente son travail
comme une encyclopédie.rofite de
son séjour pour utiliser les traditions
orales.
inton(1923)
"he mteril culture of the
rquess islnds"
1971avondès(1971)arimariellum-Ottino-résente la culture matérielle.
"erre et mer" (1971)
-e sert des traditions "Archéologie d'une vllée
orales pour expliquerdes îlesrquises"
les mythes. -Etudie les migrations, la
culture matérielle,
1974l'organisation sociale.Dening(1974)
"pu etkíki 1774-1813)"
-expose lastratégie politique et
sociale de la classe dominante.
"slnds et beches" (1774-1880)
-etrace l'histoire du génocide
Pierre Ottino(1985) marquisienàlapériode européenne.
"Archéologie des îles-Apublié le texte deobarts enrichi
rquisespou" decommentaires.
iseau point des
connaissances
archéologiques ence quiThomas(1986)
concerne la culture -eprend les mêmes textes etcherche
matérielle et l'organisationàdémontrer que l'afflux de
de l'espace social. mousquets, suiteaux échangesavec
lesEuropéens,a bouleversé le
paysage politique.

1985
1986

26

es courants de pensée enEurope à la fin du XVesiècle
es visiteurs des îlesarquisesàlafin duesiècle étaient des
Européens dont l'esprit était imprégné des idées de leur temps.Aussi est-il
apparu nécessaire d'exposer ici les grandscourants de pensée decette
époque.
es matériaux sur l'céanie demeurent rares jusqu'au milieu due
siècle.e voyage deA.asman marque, pourcette partie du monde, le
point de départ d'uneconnaissance relativement précise (1642).laété
précédé par d'autres navigateurs tels que :agellan (1521),Elcano-oaisa
(1526),endaña(1567) et (1595),uiros (1606),eaire-houten (1616)
pour neciter que les plus illustres.eesiècle dispose d'une première
vue d'ensemble du monde.Aussi s'efforce-t-on d'obtenir desconnaissances
plus précises sur les régions explorées.C'est le temps des expéditions
rigoureusement organisées quiconduiront peuàpeuàlarecherche
scientifique.adécouverte géographique systématique, qui fait placeà
l'observation des faits humains, est organisée d'abordàpropos de l'céanie,
région du monde encore laplus malconnue.es voyages ducapitaineCook
(1768) inaugurentcet effortainsi queceux deByron (1765),allis (1767) et
Bougainville (1768).n tente de vérifier les hypothèses géographiques.De
même, on favorise laprésence sur le terrainavecune orientation d'esprit
prédisposantàla collecte de données d'une plus grande profondeur.es
découvertes réalisées dans leacifiqueauesiècle semblent être
l'unique sujet deconversation desEuropéens.Bernardin deaint-ierre
écrivantà .ennin le 6 décembre 1768, lui relate son entrevueavec . de
Bougainville qui revient deahiti :
«Cet officier revientà ariscouvert de gloire : iladécouvert dans lamer
duud des terres plus grandes que l'Europe...Cette île,appeléeaïti par
les naturels,aété surnomméeCythère par lesFrançais.es femmes y sont
charmantes etadorées.es habitants vivent encommun sans faire laguerreà
personne ; ils neconnaissent point le fer :eurs haches sont de pierre, leurs
flèches sont émoussées.esbonnes gens secroyaient seuls dans l'univers.n
yatrouvé la... universellement répandue ;ainsi voilàune misère de moins
que leur vaudrala connaissance desEuropéens20. »
es récits de voyages incitent lescapitales rivalesàuneconcurrence plus
active.'exotisme prend une plus large place dans lalittérature.aisces
récits sont également le prétexteàtoute une gamme d'interprétations
philosophiques, politiques ou religieuses.ls répondentàuneattente

20artin.A., :émoiressur lvie et les œuvres deBernrdin deint-ierre,ome,
correspondance, tome, lettres n° 35,advocat,aris, 1826, p. 135.

27