Voyage dans l'intérieur de l'Afrique,

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Le récit de Gaspard Théodore Mollien de son voyage en Afrique occidentale entrepris à 22 ans, comporte ici des chapitres jamais repris depuis 1822. De Saint-Louis du Sénégal, il traverse déserts, montagnes et rivières pour se rendre en Guinée, aux sources qu'il recherche, et rentre enfin en France. Il est temps qu'on redécouvre Mollien, explorateur exceptionnel, témoin irremplaçable.
Publié le : mardi 1 janvier 2008
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EAN13 : 9782296187160
Nombre de pages : 311
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VOYAGE

DANS L'INTÉRIEUR

DE L'AFRIQUE

COLLECTION AUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little
Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l'ordre national du mérite, Prix de l'Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc.

Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, sous forme de roman, nouvelles, pièce de

théâtre, témoignage, essai, récit de voyage etc., normalement
rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l'Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en fIançais ne sont évidemment pas exclus. Il s'agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme: celui qui recouvre la période depuis l'installation des établissements d'outre-mer). Le choix des textes se fait d'abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l'ouvrage, mais tient compte aussi de l'importance à lui accorder dans la perspective contemporaine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique humaniste, met .en valeur l'intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte.

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« Tout se passe dedans, les autres, c'est notre dedans extérieur, les autres, c'est la prolongation de notre intérieur.» Sony Labou Tansi

Titres parus et en préparation: voir en fin de volume

Gaspard Théodore Mollien

VOYAGE DANS L'INTÉRIEUR DE L'AFRIQUE,
AUX SOURCES DU SÉNÉGAL
ET DE LA GAMBIE, FAIT EN 1818

Présentation de Roger Little

L'Harmattan

Le médaillon de la couverture reprend la gravure de la «Vue de Timbo », de l'édition de 1822, où l'on voit Mollien et ses deux compagnons de route, Boukari et Ali.

~L'Hannattan,2007 5-7 rue de l'École-Polytechnique, 75005 PARIS http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-04570-5 EAN : 9782296045705

INTRODUCTION par Roger Little

Principaux ouvrages de Roger Little
A) Ouvrages sur la représentation du Noir

Between Totem and Taboo: Black Man, White Woman in FTancographic Literature, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 2001 (texte anglais) Nègres blancs: représentations de l'autre autre, Paris ~L'Harmattan, 1995 Anonyme, Histoilë dë Louis Annia/Ja, présëntation de R.L., TeXtes littéraires eVilI, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 2000 Anonyme, Histoire de Moulay Abelmeula, présentation de R.L., Autrement Mêmes 12, Paris: L'Harmattan, 2003 Bernardin de Saint-Pierre, Empsaël et Zoraide, ou les Blancs esclaves des Noirs â Maroc, présentation de R.t., Textes littéraires xc n, :Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1995 Lucie Cousturier, Des inconnus chez moi, présentation de R.L., préface de René Maran, Autrement Mêmes 1, Paris: L'Harmattan, 2001 Lucie Cousturier, Mes inconnus chez eux, 1. 1 : Mon amie Fatou, citadine; 1. 2 : Mon ami Soumaré; laptot; suivi d'un Rapport sur le milieu familial en Afrique occidentale, présentation de R.L., aVëè des teXtes de René Mâiân et de Léon VVerth,A~ement~êmes9,Paris:L'Hannauan,2003 Claire de Durfort, duchesse de Duras, OUl'ika, présentation et étude de R.L., Textes littéraires LXXXIV, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1993 ; 2e tirage, 1993; nouvelle édition revue et augmentée, Textes littéraires CV, 1998 ; édition mîse à jour, 2005 Louise Faure-Favier, Blanche et Noir, présentation de R.L., avec la collaboration de Laurent de Freitas, Autrement Mêmes 28, Paris: L'Harmattan, 2006 Pigault-Lebrun, Le Blanc et le Noir, présentation de R.L., Autrement Mêmes 4, Paris: L'Harmattan, 2001 Jean-François de Saint-Lambert, Contes américains; L'Abenaki; Ziméoj Les Deux Amis, présentation de R.L., Textes littéraires XCIX, Exeter (G.-B.) : Presses universitaires, 1997 Blaëk AccentS: Writing in French from Afrrea, Mauritius and the Caribbean. Actes du colloque ASCALF tenu à Dublin, 8-10 avril 1995, éd. J. P. Little et R.L., Londres: Grant et Cutler, 1997 (textes anglais et français) Aperçus du Noir: regards blancs sur l'Autre, n° spécial d'lnterculturel Francophonies [Lecce, Italie], 2 Guin-juillet 2002), éd R.L.
(Les ouvrages publiés par les P. u. d'Exeter sont diffusés en France et en Belgique par les P. u. de Bordeaux.)

B) Ouvrages en français sur la poésie Études sur Saint-John Perse, Bibliothèque du XXe siècle, Paris: Klincksieck, 1984 Pierre Guerre, Poril'ait de Saint-John Perse, textes établis, réunis et présentés par R.L., Marseille: Sud, 1990 André Frénaü4 enflé l'mtef'togtitÜJn èt le vidè, Marseille: Sud, 1989 etc.

INTRODUCTION
« On ne trace jamais avec plus de vérité le tableau d~un pays qu~en rendant compte de la manière dont on a été affecté chaque jour en le traversant. » Gaspard Théodore Mollien, Voyage dans la république de Colombia en 18231

L'exploration entièrement désintéressée, c'est-à-dire la découverte pour la découverte ou la recherche à l'état pur, est un phénomène rarissime sinon inexistant. Il serait faux, cependant, de supposer, comme le font certains partisans des études postcoloniales, que tout explorateur est nécessairement un colonisateur. Nous reviendrons sur l'idée que « l'exploration était loin d'être un pré-requis [sic] au partage colonial2 », mais dès le début nous pouvons affirmer, avec Francis Arzalier, dans le cas de Mollien, que «tout au plus, peuton parler de repérage des circuits commerciaux, permettant un développement de la traite vers l'intérieur du continenf». C'est ainsi, nous semble-t-il, qu'il faut entendre une phrase omise des éditions procurées par Louis Ravaisson-Mollien en 1889 et par Hubert Deschamps en 1967: «La fertilité du tenitoire qui environne Rufisque, l'abondance de la pêche dans les mers qui l'avoisinent, le grand nombre de ses habitants, en font un point assez important pour un établissement colonial» (p. 15 ci-dessous). La littérature des voyages constitue un vaste ensemble dont les premiers jalons, posés dès les âges biblique et classique, n'étaient déjà pas que des voyages pittoresques dans la mesure où ils
1 On trouvera les détails des ouvrages cités dans notre Bibliographie sélective, pp. xxvii-xxviii ci-dessous; lorsqu'ils sont donnés en note, c'est que l'ouvrage en question reste en marge de nos préoccupations et ne figure donc pas dans la bibliographie. 2 Isabelle SllI1l1\« L'exploration de l'Afrique au XIXe siècle... », p. 14 sur 17 de la version électronique. 3 Francis Arzalier, in Mollien, Haiti ou Saint-Domingue, t. 1, p. xi.

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cherchaient à étendre les frontières du monde connu et partant du savoir, prélude sans doute au pouvoir, mais pas forcément à celui, personnel, du voyageur. Les premières explorations ne revêtaient pas le caractère ouvertement intéressé des voyages entrepris à des fins commerciales ou bien commandités par un État, une société savante ou une instance religieuse. Elles se distinguaient aussi des voyages en fauteuil, fantaisistes, fantastiques ou extraordinaires, qui répondaient à l'attente de l'imagination du lecteur autant médiéval que moderne. La tendance à la compilation et au plagiat en matière de récits de voyages se maintiendra jusqu'au 18e siècle: on songe à l'Histoire générale des voyages (1746-59) de l'abbé Prévost, calquée en grande partie sur la New General Collection of Voyages and Travels (1743-46) de John Green. L'engouement du public crée un phénomène de mode qui permet des entorses à la véracité comme à la vérité. Plus les communications devenaient faciles et fréquentes à travers le monde, moins on prenait des vessies pour des lanternes et moins on admettait les lubies qui passaient pour être scientifiques jusque dans les encyclopédies en apparence les plus sérieuses. En ce qui concerne l'Afrique de l'Ouest, l'établissement des comptoirs dès le 17 siècle et les voyages de plus en plus nombreux des marchands, souvent de chair humaine, jusqu'à l'abolition en France (du moins officielle) de la traite en 1815, incitaient aventuriers et explorateurs à pénétrer au-delà des ports et des côtes. Leurs buts variaient autant que leurs capacités et leur succès. L'Écossais James Bruce (1730-1794), séjournant en Éthiopie entre 1769 et 1773 pour chercher la source du Nil, avait lancé ce que Deschamps appelle «la manie des sources1». Son compatriote Mungo Park jouissait en 1795-97 de l'appui de l'Association africaine, fondée à Londres en 1788 pour promouvoir la découverte de l'intérieur du continent, pour sa première reconnaissance du Niger puis de celui du ministère britannique des Colonies pour la seconde, en 1805-06, qui devait lui être fatale à Bussa, en pays haoussa. La publication en 1799 de ses Travels in the Interior of Africa (Voyages dans J'intérieur de l'Afrique, trad. Castera, 1800) fit sensation. Ses successeurs tant britanniques que français, entre lesquels s'installait forcément une certaine rivalité, partaient à qui
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H. Deschamps, Introduction, in Mollien, L'Afrique occidentale en 1818u., p. 15.

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mieux mieux, inspirés par son récit, même s'ils devaient être, après 1806, troublés par sa disparition. Que ce soit sous l'égide d'une société de géographie, dont la première à être fondée était celle de Paris, en 1821, ou d'une instance commerciale, étatique, religieuse ou militaire, les voyages de reconnaissance tenitoriale se doublaient de plus en plus ouvertement d'un intérêt économique et politique. Cette tendance ne fera qu'accroître au cours du 1ge siècle pour être définitivement entérinée et se montrer au grand jour à partir des années 1870 et du second grand mouvement de la colonisation française. C'est dans cette longue tradition des récits de voyage, et bien tributaire de la mentalité de son époque, que s'inscrit - et je lui redonne ici intégralement son titre original - Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, aux sources du Sénégal et de la Gambie, fait en 1818, par ordre du gouvernement français de Gaspard Théodore Mollien. Les rééditions, remaniée, de 1889 et, partielle, de 1967, en arborant des titres différents, font disparwtre ces derniers mots, mais le texte lui-même n'occulte nullement le caractère officiel de l'expédition: le gouverneur du Sénégal, M. de Fleuriau, répond favorablement à la demande de Mollien tout en ajoutant au projet initial, en contrepartie de l'aide matérielle de l'État, très limitée d'ailleurs, une dimension intéressée. Certes, le plan original, dont nous n'avons plus la trace, ne devait pas en être exempt, vu la mentalité de l'explorateur telle que nous pouvons la déduire à partir de ses écrits postérieurs et de ce que nous savons de sa formation. Gaspard Théodore Mollien avant 1818 Né à Paris le 29 août 1796 dans un milieu bourgeois!, il aurait fait, selon Deschamps (p. [7]), « de bonnes études classiques ». La lecture de Robinson Crusoé, nous confie son neveu, Louis RavaissonMollien, bibliothécaire à la Mazarine, lui aurait inspiré le goût des voyages. On l'imagine bien, comme l'enfant que décrit Baudelaire dans le dernier poème des Fleurs du Mal, « amoureux de cartes et
1 Francis Arzalier donne de plus amples renseignements sur sa famille dans son édition de Mollien, Haïti ou Saint-Domingue, t. l, p. viii. lX

d'estampes». Ravaisson-Mollien poursuit en ajoutant l'opinion suivante, nourrie sans doute des récits de famille:
Doué d'une rare intelligence et de la volonté la plus énergique, naturellement curieux et observateur, esprit original, prompt à saisir entre les choses des rapports qui échappaient à beaucoup d'autres, comme en fournissent maintes preuves et la correspondance qu'il a entretenue pendant de longues années avec sa famille et ses amis et les notes dont il a couvertes les cartes qu'il a laissées, notes relatives surtout à I'histoire naturelle, aux langues ou à la statistique, instruit d'ailleurs par une vaste lecture, mais plein du désir d'accroître par des voyages de découvertes les connaissances acquise~ il était fait pour rendre de grands services à la géographie).

La mort de son père, Antoine, employé aux relations extérieures, l'incite à s'établir et il est reçu « dans l'administration de la marine le 10 septembre 1814 en qualité de commis de première classe [...]. Par suite des événements politiques [effondrement de l'Empire, invasion de la France, restauration de la royauté avec Louis XVIII] il ne put partir que le 8 mai 1816 pour le Sénégal2 ». Voyage fatidique s'il en fut: il devait se trouver à bord de la Méduse. Au cours des guerres napoléoniennes, les forces britanniques s'étaient emparées une dernière fois du Sénégal, c'est-à-dire des comptoirs de Saint-Louis et de Gorée,. En effet, elles avaient envahi Saint-Louis de 1758 à 1779 et de 1809 à 1816, alors que Gorée connut des dominations britanniques de 1758 à 1763, de 1779 à 1783 et de 1800 à 18173. Suivant les termes des traités de Paris (1814) et de Vienne (1815), cependant, les Anglais acceptaient en principe de rendre ces comptoirs définitivement à la France. La fin officielle de la traite des esclaves - en 1807 en Grande-Bretagne,
1

2 Note manuscrite conservée aux Archives des Affaires étrangères à Paris, citée par Fr. Arzalier dans son Introduction à Mollien, Haïti ou Saint-Domingue, t 1, pp. viii-ix. 3 Ces dates sont précisées dans Gorée: guide de l'île et du musée historique, p. 60. La toute dernière est suspecte (comme plusieurs autres dans ce guide) : dans son récit du nauftage, Mollien évoque l'arrivée dans la rade de Gorée en décembre 1816 de deux gabarres françaises qui «venaient prendre possession de nos colonies de l' Afiique occidentale ». x

L. Ravaisson-Mollien,in Mollien,Découvertedes sourcesdu Sénégal..., p. 8.

en 1815 en France - prêtait à cet apparent désintéressement un caractère plutôt creux. Le peu d'enthousiasme pour ce nouvel arrangement se traduisit d'ailleurs en juillet 1816 par un refus de la part des autorités britanniques de retenir plus de trois jours à SaintLouis les rescapés du célèbre naufrage. Elles les repoussaient vers un promontoire malsain et quasi désert en face de Gorée: la presqu'île du cap Vert. L'endroit en question ne deviendrait qu'en 18571a ville de Dakar, puis en 19041a capitale de l'A.O.F. et enfin celle de la République du Sénégal à partir de 19581. Revenu de ses frayeurs, Mollien rentre en France en 1817 pour un congé qu'il abrège, semble-t-il, afin de s'en donner de nouvelles en poursuivant son projet de « visiter l'intérieur de l'Afiique occidentale» (p. 3 ci-dessous). Remettant son plan au gouverneur M. de Fleuriau, remplaçant par intérim du colonel Julien Désiré Schmaltz, ce pleutre fini d'après le témoignage de sa conaufragée, Charlotte Picard2 (opinion partagée d'ailleurs par Corréard et Savigny qui le condamnent presque autant que l'incompétent capitaine Hugues Duroy de Chaumareys), Mollien trouve auprès de lui la réponse favorable que n'avait pu lui octroyer le ministère à Paris. Explorations de l'Afrique occidentale L'exploration de la côte occidentale de l'Afiique était surtout entreprise par les Portugais au quinzième siècle sous l'impulsion du prince Henri le navigateur (1394-1460). Poussant leurs vaisseaux
1 Voir Mollien, «Le Naufrage de la Méduse», in Découverte des sources du Sénégal..., pp. 19-55, repr. in Mollien, Mœurs d'Haïti, pp. 1-31. Ce naufrage a donné Jieu à une littérature abondante, à commencer par le récit d'Alexandre Corréard et Jean-Baptiste Savigny (1818). Le fameux tableau de Géricault demeure en la matière une référence incontournable. 2 Voir p. ex. Charlotte Dard, née Picard, La Chaumière africaine, pp. 29-30 : «M. le gouverneur du Sénégal qui n'était occupé que de se sauver, se faisait descendre mollement dans un fauteuil, d'où il arriva par une ascension inverse au grand canot, où se trouvaient déjà plusieurs grandes caisses, toutes sortes de provisions, ses plus chers amis, sa fille et son épouse. » Voir aussi p. 26 : «M. Schmaltz jura solennellement de ne point abandonner ceux qui voudraient s'embarquer sur le radeau, et promit une seconde fois, que toutes les embarcations le remorqueraient jusqu'à la côte du désert, où tout le monde devait se réunir en caravane. [...] nous ne pouvions pas supposer, qu'il voulût nous tromper, en agissant d'une manière contraire à ses promesses. » xi

toujours plus loin à la recherche des richesses du continent - or, ivoire, esclaves - et de la route des Indes, ils anivèrent à Madère en 1418, aux Açores en 1432, à Rio de Oro en 1436, en Guinée en 1444, au cap Vert en 1456... pour doubler le cap, en la personne de Barthélemy Diaz, en 1488 et voir Vasco da Gama pousser jusqu'en Inde en 1498. Ce qu'on a tendance à oublier ou à ignorer en Occident, c'est que les Chinois étaient anivés en sens inverse sur la côte ouest de l'Afrique dès 1421. En effet, les grands navigateurs Hong Bao, Zhou Man et Zhou Wen, commandités par l'empereur Zhu Di, avaient suivi la côté orientale de l'Amque, puis doublé le cap et remonté jusqu'aux îles du cap Vert avant de poursuivre leurs voyages à travers l'Atlantique et plus loinI. L'établissement à Gorée, en 1617, par les Hollandais, d'un comptoir commercial, répondait à la traite transatlantique des Noirs qui avait été lancée au seizième siècle pour remplacer les indigènes du nouveau monde dont Bartolomé de Las Casas avait eu pitié2. À la quête d'un gain commercial honorable succédait une avidité qui, si elle cherchait à se justifier, pliait à ses éventuelles velléités d'autojustification des arguments bibliques, légaux, biologiques, moraux ou sociologiques. Dans un premier temps, les comptoirs de la côte suffisaient aux besoins des marchands: les Africains des régions côtières faisaient le reste, voyant leur intérêt dans un commerce avec les Européens qui ne faisait que prolonger celui qu'ils avaient longtemps pratiqué avec les Arabes. A force de faire des rafles ou carrément la guerre chez leurs voisins de l'intérieur, ils ajoutaient à la vente de leurs esclaves existants celle des prisonniers qu'ils avaient pris ailleurs. Les négriers n'avaient qu'à attendre tranquillement sur leurs bâtiments l'anivée de leur marchandise. Un processus analogue d'aventure et d'exploration faisant place à l'exploitation eut lieu à l'intérieur des terres. Le goût du voyage, relevé chez certains du piment même des dangers qu'il pouvait comporter, incitait quelques rares individus à partir vers l'inconnu. Ils recueillaient souvent des informations premières importantes.
I Gavin Menzies nous a récemment révélé parmi d'autres ces remarquables voyages chinois: voir son 1421. 2 C'est un bon sentiment, en effet, qui a provoqué le plus grand des maux. Voir Bartolomé de Las Casas, Très brève relation de la destruction des Indes. xii

Motivés par des pulsions scientifiques désintéressées, les premiers explorateurs attitrés avaient quand même conscience, si ce n'était qu'en matières premières, des possibilités d'exploitation des pays qu'ils découvraient au nom des puissances ou des instances européennes. Les informations géographiques, géologiques, minéralogiques, ethnographiques, zoologiques, botaniques, linguistiques qu'ils rapportaient, s'ils parvenaient à rentrer chez eux, ne pouvaient manquer de passionner les savants de leur pays. La connaissance de plus en plus précise des rivières et des sources, des montagnes et des cols, des saisons et des sols, des hommes et de leurs pratiques, serait précieuse pour les bailleurs de fond à un degré souvent insoupçonné par les explorateurs, voire inattendu par les commanditaires eux-mêmes. Mais la rivalité jouait, du moins sous la surface. Entre Français et Britanniques surtout, au début du dix-neuvième siècle, rivalité qui serait exacerbée à outrance vers la fin de ce même siècle. Planter le drapeau quelque part équivalait - équivaut encore de nos jours, comme l'ont récemment prouvé les Russes sous le pôle Nord - au marquage d'un tenitoire par une bête. Cette pratique puante est à vrai dire plus loyale chez les bêtes en ce sens qu'elles s'assurent à l'avance que les lieux sont inhabités. Mais la propriété d'autrui était censée alors ne concerner que les sociétés «policées», «civilisées»: dans l'esprit du Blanc, le sauvage lui était tellement inférieur qu'il ne méritait aucune considération. L'Église et la nouvelle science de la craniométrie confortaient ce dédain général aux retombées encore néfastes dans le monde moderne, mais que Mollien ne partageait pas. Les mots exploration, Afrique, et dix-neuvième siècle vont ensemble dans l'esprit de l'historien des voyages. Mais quels sont les noms rattachés à cette aventure? Pour se limiter à la seule Afrique occidentale, après Mungo Park (1771-1806), lui-même parti pour découvrir les raisons du mystérieux décès en 1791 de l'Irlandais Daniel Houghton qui recherchait le Niger à partir de la Gambie, on retient surtout ceux d'explorateurs postérieurs à Mollien. Les Écossais Hugh Clapperton (1788-1827) et Alexander Gordon Laing (1793-1826), le Français René Caillié (1799-1838), entreprirent d'importants voyages d'exploration aux années 1820, mais aucun, on le constate, ne dépassa la quarantaine. Ce n'est qu'en 1850 que Heinrich Barth (1821-65) commence à partir de
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Tripoli ses quatre ans de pérégrinations de quelque 15.000 kilomètres à travers l'Afiique de l'Ouest, du lac Tchad à Tombouctou et au Bénoué. Des raisons d'État limitèrent certes les efforts pendant les guerres napoléoniennes, mais la maladie emporta aussi bon nombre de vaillants explorateurs. Quelques incursions sans lendemain s'effectuent au tournant du siècle. En 1794, les marchands anglais Watt et Winterbottom atteignent Timbo, qui sera l'étape la plus méridionale du voyage de Mollien, à qui nous laissons le soin de le raconter par le menu, tant son récit est vivant. En 1801, les Allemands Friedrich Homemann et son serviteur Joseph Frendenburg, partis du Caire en direction du Niger, succombèrent au Fezzan à la dysenterie. Mollien note au passage l'expédition du major John Peddie, entreprise en 1805. Il devait remonter le Niger à partir de l'endroit où Mungo Park avait trouvé la mort; en l'occurrence ce furent Hugh Clapperton et Richard Lander1 qui aniveront enfin à Bussa le 30 mars 1826. En 1815-16, la fièvre mit fin à un mouvement en tenaille britannique selon lequel le lieutenant Tuckey, remontant le Congo, devait rejoindre des compatriotes partis par voie de terre à partir de la Gambie. Force est donc de constater que les noms ordinairement retenus lorsqu'on pense exploration, Afrique, et dix-neuvième siècle appartiennent plutôt à ceux qui ont recherché la source du Nil ou suivi le cours du Zambèze ou du Congo. Mais David Livingstone (181373) n'a commencé ses explorations qu'aux années 1840 ; Richard Burton (1821-90), John Hanning Speke (1827-64) et Paul du Chaillu (1835-1903) aux années 50. Le riche aventurier Samuel Baker (1821-93) rencontra Speke et James Grant (1827-92) en mai 1863, ayant remonté le Nil à la recherche de sa source dont Speke et Grant venaient de confirmer l'emplacement dans le lac que le premier nomma Victoria. Lors de sa première expédition en Afiique, le Gallois John Rowlands, que le monde connaît sous le pseudonyme de Henry Morton Stanley (1841-1904), devait faire à Ujiji, au bord du lac Tanganyika, en octobre 1871, sa fameuse rencontre avec Livingstone. A la même époque, les Allemands Gustav Nachtigal (1834-85) et Georg Schweinfurth (1836-1925)
1

Et non Sander comme l'écrit Ravaisson-Mollien dans sa « Notice sur l'auteur »
in Mollien, Découverte des sources du Sénégal u., p. 12.

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exploraient les régions au nord-est du lac Tchad. Ces voyages se sont tous faits, on le constate, bien après celui de Mollien. De nombreux militaires - on pense à Faidherbe au Sénégal, à Gallieni au Soudan - portaient déjà haut l'étendard de la France en Afrique. Mais la volonté grandissante de compenser la perte humiliante de l'Alsace-Lorraine en 1870 donnait une nouvelle impulsion à cet effort. La germanophobie était certes grande, mais l'anglophobie l'était à peine moins: contre une Grande-Bretagne qui n'était pas intervenue pour aider la France en des temps difficiles, il fallait imaginer et créer une Plus Grande France, comparatif dont le comparé, parfaitement entendu, demeure inexprimé. Le moment était venu où exploration, exploitation et colonisation avançaient de conserve. La prise de contact des premières années du siècle s'était muée en une prise de pouvoir. Le premier ministre, Jules Ferry, se fit, surtout pendant son second mandat en 1883-85, le champion d'un mouvement colonisateur que cristallisa la conférence de Berlin de 1884-85. La décision prise par les puissances européennes de partager l'Afrique sans trop s' entredéchirer, même au profit personnel du roi des Belges, Léopold II, donna le feu vert à la consolidation des gains territoriaux. Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905) arriva à point nommé ainsi que d'autres explorateurs français de renom. Les Africains eux-mêmes n'étaient pas consultés. « Ohé les gars, nous sommes découverts! »

C'est dans un tout autre contexte que le spirituel Georges Perec prête ces mots à un indigène d'Amérique à l'arrivée de Christophe ColombI. Ils nous font sérieusement réfléchir à ce que nous entendons par la «découverte» d'un territoire, et cette réflexion n'épouse un important aspect du discours postcolonial que pour en prendre ses distances. Les vastes espaces blancs sur la carte d'Afrique dressée par Ptolémée au deuxième siècle et encore largement accréditée au début du dix-neuvième, renforçaient l'impression d'un continent inexploré, voire inhabité. Même les cartes chinoises du ISe siècle,
1 Georges Perec, Espèces d'espaces,

Paris : Ga1ilée~ 1974, p. 102.

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certes inconnues en Occident mais d'une remarquable exactitude, ne montraient que les côtes. Pour meubler les espaces vides, des caravelles décoraient les mers et des monstres les terres. Le tracé pour la plupart hypothétique des rivières lézardait le continent. Petit à petit les morceaux du puzzle se mettaient en placet. Les voyageurs qui ne faisaient que passer - et parfois trépasser avaient des contacts superficiels avec les habitants et les voyaient d'un bon ou d'un mauvais œil selon leur accueil. Les marchands installés sur la côte ftéquentaient les gens du coin, mais ne s'y intéressaient pas en dehors du commerce. Les premiers missionnaires, se fixant autant, faisaient ainsi la connaissance des indigènes, mais une vue d'ensemble leur échappait autant qu'une réelle compétence ethnographique. Nachtigal serait l'un des premiers, dans les années 1870, à avoir de sérieuses capacités scientifiques et à étudier à fond quelques ethnies du Tchad. La carte ne serait complétée qu'après la colonisation et les études ethnographiques se poursuivraient au cours du vingtième siècle... et se poursuivent encore. La fausse équation entre «terres inconnues» et « terre vide et vierge» souvent faite par les autorités européennes ne résistait pas à la rencontre réelle entre tel explorateur et tel peuple. La sensibilité d'un Mollien, parti, tout comme Park, sans compagnon de route européen, admettait parfaitement l'existence de l'autre. Pour le meilleur comme pour le pire, il y était en effet confronté tous les jours. Rencontrant la plus grande méfiance et la plus généreuse hospitalité, il doit s'adapter, subir, agir en fonction des circonstances. Chemin faisant, il reconnaît de puissantes organisations sociales et des systèmes religieux dont il dépend en grande partie et qui imposent le respect. Tout le long de son parcours, il est amené à tenir compte non seulement du climat et de la nature du terrain qu'il traverse, mais aussi des gens qu'il rencontre et qui lui prêtent leur aide ou lui cherchent noise. Pour blanches que soient les cartes, pour désertiques que soient parfois les espaces entre les villages, une autre civilisation se révèle, avec ses valeurs propres. Avec le recul que lui permettent le rétablissement de sa santé et la rédaction de son récit, Mollien reconnaît que
1 Pour une fine analyse de l'évolution des cartes africaines, voir Isabelle S~ ({Le blanc de la carte... ».
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le temps qui s'est écoulé entre mon retour et le jour où je me suis occupé de rédiger mon Voyage, m'a été bien nécessaire pour ne point le composer sous l'influence d'impressions défavorables, mais souvent fausses, que m'avait causées le caractère tracassier des nègres. En effet, rendu à une vie plus calme, j'ai pesé le pour et le contre de leur conduite à mon égard, et j'ai reconnu qu'ils étaient en général moins cruels et plus éclairés qu'on ne les croit communément en France. (p.4)

Si jamais Mollien, jeune homme de vingt-deux ans entreprenant, voire téméraire, était parti avec une idée de supériorité européenne, force lui était de reconnaître sa dépendance et partant son interdépendance par rapport aux sociétés qu'il découvre et qui le découvrent. On l'intercepte, on le retient, on lui impose des taxes; il n'est plus maître de ses déplacements: on le lui fait savoir sans ambages: « Si tu es maître sur l'eau, tu ne l'es pas sur terre» (p. 104). Tributaire du bon vouloir des souverains dont il cherche à traverser le territoire, il s'affronte à leur générosité, à leurs refus, à leurs caprices, à leur absence parfois. Il fait souvent face à une savante hiérarchie de fonctionnaires ou d'autorités religieuses qui protègent le chef et lui permettent à l'occasion de s'esquiver, phénomène parfaitement connu en Europe, même si les formes sont différentes. Lui-même est obligé de cacher son jeu, terriblement suspect aux yeux des indigènes, pour aniver aux sources des rivières tant recherchées. Isabelle Surun, à qui le présent développement doit beaucoup, est l'un des rares critiques à s'être sérieusement penchés sur le voyage de Mollien en Aftique. Elle nous rappelle bien que
les voyageurs apprennent vite que le droit de passage dont ils doivent s'acquitter s'inscrit dans une séquence d'échanges qui exige d'eux qu'ils viennent se présenter au chef de l'État, en faisant au besoin un détour par sa capitale, qu'ils répondent à ses questions sur le but de leur voyage et gagnent sa confiance par des présents personnalisés et par un dialogue approfondi, séquence qui mêle l'acceptation formelle de l'autorité par un geste symbolique, et un échange plus personnel,

xvii

qui peut même prendre un tour affectif au moment du départ du voyageur} .

La science de l'ethnologie nous en dit long sur le principe de l'échange dans toutes les communautés du monde: le voici à l'œuvre, subi autant que recherché par Mollien. Le sauf-conduit octroyé par le chef, valable dans les tenitoires qu'il gouverne, doit être accompagné d'une lettre de recommandation adressée au chef de l'État voisin si la frontière va être dépassée. Gare au voyageur si les États se disputent! Il découvre de la sorte
une Afrique couverte d'entités politiques, stables ou instables, qui parfois se chevauchent, se concurrencent ou entrent en conflit, mais avec lesquelles il faut toujours compter. Non seulement les voyageurs ne trouvent nulle part des espaces en déshérence, ouverts au libre parcours du chemin, mais ils doivent s'adresser directement au plus haut niveau de l'autorité politique et se soumettre à une confrontation directe qui est aussi un examen de leur personne2.

Mollien est ainsi amené à nuancer sa conception d'une société policée, qui est le terme reconnu pour indiquer la « civilisation» telle que l'admet l'Europe:
Dans les divers pays dont se compose l'intérieur de l'Afrique, il n'existe pas de police organisée, mais chaque particulier l'exerce; car partout on demande au voyageur son nom, celui de sa famille et le lieu de sa naissance: c'est le salut d'usage; n'y point répondre, c'est s'exposer à des soupçons qui pourraient compromettre la liberté. (p. 81)

À un autre moment de son récit, il tombe en extase devant la politesse hospitalière des gens :
De jeunes filles que je rencontrai se voilèrent la tête et me présentèrent avec timidité, les unes des bananes, les autres du lait. Je ne savais si je rêvais; ces dons, la beauté du site, le respect que les habitants me témoignaient, me firent croire, pendant quelque temps, que tout ce que
1 Isabelle Surun, «L'exploration de l'Afrique au XIXe siècle... », p. 8. 2 Ibid., pp. 9-10.

xviii

je voyais était une illusion que mon imagination seme avait créée. Comment supposer, en effet, que dans un village de l'intérieur de l'Afrique je rencontrerais tant d'urbanité et de politesse! (p. 195)

Jusqu'à nos jours, le salut cérémonieux des Africains non occidentalisés est le passeport qui établit la relation entre les deux partis. Le statut de Mollien exigeait quelques explications insolites. Voyageur sans être marchand, blanc et partant « nazaréen », c'està-dire chrétien suspect aux yeux des musulmans surtout, sa situation n'était pas toujours confortable. Son récit fournit tous les cas de figure qu'on peut imaginer parmi les réactions des autochtones et celles-ci infléchissent « le parcours du voyageur dans sa durée, ses rythmes, et même son tracé, elles autorisent ou interdisent certains aspects de la collecte d'informations et ont par conséquent un impact direct sur les résultats de l'enquête) ». Tout nous invite en effet, ainsi que le précise Isabelle Surun pour nuancer considérablement les arguments d'Edward Said, «à considérer l'exploration comme une construction conjointe des deux sociétés qui entrent en interaction à travers la personne de l'explorateur, celle d'où il vient et celle qui l'accueille pendant son voyage, et non plus comme une production unilatérale et exclusive des sociétés européennes2 ». Le fait qu'Isabelle Surun s'appuie surtout sur la réédition partielle du Voyage procurée par Deschamps en 19673 voile peutêtre un peu trop les visées colonisatrices que Mollien envisage, non pour lui-même personnellement, mais pour une France future. Dans le chapitre II de l'édition de 1822, que Deschamps résume en sept lignes (pp. 35-36), nous lisons par exemple:
Mon voyage à Podor m'avait tout à fait convaincu des avantages que pouvait un jour procurer la colonisation de la Sénégambie, si l'on se bornait à cultiver le coton, l'indigo et diverses céréales qui croissent en abondance dans cette contrée, et surtout si l'on ne s'éloignait pas des bords du fleuve, dont les terres, périodiquement inondées, sont beaucoup plus productives et plus à portée que celles de l'intérieur
1 2

Ibid., p. 13.
Ibid.
s'explique du moins très clairement (p. 27) sur ses coupures, que Ravaisson-Mollien modifie le texte sans commentaire. alors

3 Deschamps

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d'être protégées contre les mvages des Maures. Mais je n'envisageai pas sans effroi toutes les difficultés que des Européens auraient à surmonter pour s'y établir. Les événements ont justifié mes craintes. En effet, le climat et les habitants inquiéteront continuellement les colons qui voudront se fixer dans les pays des Peuls. Ces nègres mahométans sont trop éclairés pour ne pas nous craindre, trop fanatiques pour ne pas nous haïr, trop forts pour ne pas lutter longtemps contre des garnisons affaiblies par les maladies. Je suis loin pourtant de croire que l'on doive renoncer entièrement aux projets formés il y a deux ans sur la Sénégambie: ceux qu'on avait d'abord tracés l'avaient été, peut-être, trop rapidement; mais c'eût été une grande faute de les abandonner; aussi n'a-t-elle pas été commise: on a laissé au temps le soin de les améliorer et d'en assurer plus tard le succès.upp.25-26) Cet établissement [podor toujours] serait un point d'une grande importance pour nous, parce qu'il défendrait l'escale des Braknas, et protégerait un pays dont on peut former une magnifique colonie

agricole, sans être forcé de remonterjusqu'à Galam. (p. 23) Dans cette même région, le mil croît en abondance et, en en mâchant une tige pour se désaltérer, Mollien fut« tout surpris d'en exprimer une liqueur aussi sucrée que celle de la canne de nos colonies. Peut-être l'industrie en tirera-t-elle un jour des avantages bien plus précieux que ceux que la betterave a produits en France » (p. 20). Les grandes exploitations agricoles autour de Richard Toll, à mi-chemin entre Saint-Louis et Podor, donnent raison à la vision de notre explorateur. L'excursion que fait Mollien sur le Sénégal avant d'entreprendre son grand parcours vers les sources de ce fleuve et de la Gambie semble refléter son professionnalisme et les circonstances de son arrivée à Saint-Louis. Le réinvestissement du comptoir après l'occupation britannique et les consignes officielles données au gouverneur Schmaltz incitent ce dernier à songer à de nouveaux établissements profitables à son pays et à encourager ceux qui l'entourent à faire de même:
Le gouverneur du Sénégal, peu satisfait d'administrer un pays sans commerce comme sans culture, et auquel on pouvait aisément rendre ces deux branches de prospérité publique, était allé, dans le xx

courant du mois de mai 1817, visiter les terres qui avoisinent le fort de Podor. Son opinion sur les avantages qu'un établissement colonial pouvait procurer, opinion dont il n'avait fait mystère à personne, m'inspira le désir d'aller examiner par moi-même une contrée qu'il vantait comme très fertile, et propre à calmer les regrets que causait à la France la perte de Saint-Domingue. (p. 17)

Dans les derniers paragraphes de ce même chapitre fi, absent des éditions de Ravaisson-Mollien et de Deschamps, mais qu'on lira ci-dessous, Mollien va jusqu'à envisager certains aspects pratiques de la colonisation, anticipant même sur l'idée de Faidherbe de former des bataillons de tirailleurs noirs sur le modèle russe ou indien, sur la promotion de Noirs du Nouveau Monde pour « leur cacher la main qui les protègel », enfin sur l'emploi en somme politique de missionnaires.
Alors seulement on pourrait voir se former un nouveau Paraguay sur les bords du Sénégal. La charité, n'en doutons point, est le seul langage qui soit à la portée des nègres, et le seul capable de commander leur admiration. D'ailleurs l'expérience nous prouve qu'on civilise les peuples barbares par des bienfaits ou par la fermeté appuyée sur la force et la victoire, mais bien rarement par des raisonnements abstraits que leur ignorance ne peut comprendre. (p. 27)

S'il est vrai que Mollien a d'autres préoccupations lors de son épuisant périple majeur, elles demeurent en réserve dans son esprit et affleurent assez souvent pour que nous devions en tenir compte. S'il n'est pas lui-même colonisateur, il n'est pas non plus, au nom de sa patrie, entièrement désintéressé. « L'univers est égal à son vaste appétit » : Mollien après 1818 À la fin de son grand voyage, anivé à la côte plus mort que vit: Mollien rentre d'abord au Sénégal pour atteindre Paris en mars 1819. Il n'a pas encore vingt-trois ans. Selon son neveu, qui paraît broyer du noir afin de donner plus d'éclat aux hauts faits de
1 On sait que cela deviendra pratique courante au 20e siècle, les noms de Félix Éboué et de René Maran étant sans doute les plus connus, mais la France s'est plutôt brûlé les doigts dans le second cas. XXI

l'oncle, « les dangers de toutes sortes, les perfidies des nègres, la fatigue causée par un climat brûlant, rien n'avait pu abattre son courage et son zèle pour la scienceI». Fêté dans les milieux savants et dans les salons, il publie l'année suivante le récit de ses aventures et son succès est tel que des traductions en allemand et en anglais paraissent la même année. Une édition revue, celle que nous reprenons, est publiée en 1822. Atteint du virus du voyage, Mollien demande une mutation aux Affaires étrangères qu'il n'obtiendra qu'en 1824. C'est l'année de la publication de son Voyage dans la république de Colombia en 1823, car il entreprend en attendant un voyage instructif en Amérique du Sud et tient à raconter les débuts de la toute jeune république colombienne, libérée de la tutelle espagnole en 1819. Cette volonté de tenir toujours un carnet de route et de rédiger ensuite ses récits est une aubaine pour nous: s'il n'avait pas laissé de trace de ses voyages et séjours à l'étranger, il n'aurait pas été possible de prendre toute sa mesure. Nommé consul à Haïti en 1828, où il reste jusqu'en 1831, il y remplit « la charge de ministre plénipotentiaire pour faire exécuter la liquidation des sommes [...] dues en indemnité par Saint-Domingue2» en faveur des colons dépossédés. L'iniquité de cette dette nous saute aujourd'hui aux yeux, puisque les colons avaient commencé par déposséder et exterminer les indigènes de l'île avant d'importer des millions d'esclaves africains dans les conditions inhumaines que l'on sait. Mais Mollien, suivant fidèlement les consignes des gouvernements de Charles X puis de Louis-Philippe, ne voyait pas la situation du même œil, même s'il reconnaissait la disproportion entre l'immensité de la somme requise et la faiblesse des revenus haïtiens. Léon-François Hoffmann rappelle les effets à long terme de l'endettement haïtien:
Après qu'une escadre ftançaise fut venue croiser au large des côtes haïtiennes pour persuader les récalcitrants, les deux parties s'entendirent: en plus d'avantages commerciaux consentis à la France, l'indemnité fut fixée à 150 millions de ftancs (et ramenée à 60 millions en 1838). Pour s'en acquitter, les Haïtiens se virent forcés d'emprunter aux banques ftançaises des sommes importantes, dont le
1 Ravaisson-Mollie~ in Mollie~ Découverte des sources du Sénégal..., p. 10. 2 Ibid., p. 16.

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remboursement greva longtemps les finances du paysl. [...] L'indemnité fut intégralement payée en 1888 : Haïti ne finit de s'acquitter des emprunts qu'en 19382.

À genoux depuis son indépendance, Haïti avait - a toujours - du mal à se redresser. Les remarquables témoignages de Mollien sur son séjour en Haïti, restés longtemps inédits, ont récemment vu le jo~. Retrouvera-t-on un jour le récit de son séjour à Cuba entre 1831 et 1848, année de sa brusque mise à la retraite par la deuxième République qui ne devait guère apprécier son penchant royaliste? Ainsi que l'exprime joliment Hubert Deschamps, «il n'a que cinquante-deux ans, et le démon de la curiosité ambulatoire le reprend de plus belle4 ». Libre enfin d'y sacrifier, il visite l'Égypte, laissant des notes inédites, puis part pour l'Inde en 1856, l'un de ses frères y étant installé depuis une trentaine d'années, et fait escale à Ceylan, le Sri Lanka de nos jours. «Il passa de là en Chine, et de ces deux derniers voyages il a laissé une relation abondante en détails piquants, qui, encore inédite, se trouve à la bibliothèque de Calais5. » Ce qui était vrai en 1889, quand Ravaisson-Mollien écrivit cette phrase, l'est toujours en 2007: la Bibliothèque municipale de Calais conserve encore des manuscrits de Mollien, mais souvent illisibles et/ou dans un triste état matériel. Quant à l'auteur, il s'éteint à Nice le 28 juin 1872. Par bonheur, ce qui nous est parvenu témoigne d'un esprit empreint des valeurs des Lumières tant par sa passion d'une observation exacte que par la précision de son langage. Si émotion il y a, les états d'âme et la sensiblerie romantiques sont absents, et c'est d'autant plus émouvant pour le lecteur d'aujourd'hui. Il est grand temps qu'on découvre ou qu'on redécouvre Mollien, explorateur exceptionnel, pionnier à plusieurs égards, témoin irremplaçable.

1 Sur cette question, voir François Blancpain, Un siècle de relations financières entre Haïti et la France (1825-1922), Paris: L'Harmattan, 2001, pp. 63-78. 2 Léon-François Hoffmann, Faustin Soulouque d'Haïti, pp. 25-26. 3 Haïti ou Saint-Domingue et Mœurs d 'Haïti ont tous deux été publiés en 2006. 4 Deschamps, in Mollien, L'Afrique occidentale en 1818, p. 26. 5 Ravaisson-Mollien, in Mollien, Découverte des sources du Sénégal..., p. 17.

xxiii

Carte montrant l'essentiel du chemin parcouru par Mollien à la découverte des sources du Sénégal et de la Gambie. xxiv

NOTE TECHNIQUE ET REMERCIEMENTS La première édition de ce récit date de 1820. Nous suivons le texte de l'édition de 1822, revue et augmentée par l'auteur, publiée en deux tomes chez Arthus Bertrand. La carte dépliante qui y figure, dressée et gravée par Ambroise Tardieu, est partiellement reprise dans l'édition de 1889 et c'est cette partie que nous reproduisons en face. Une comparaison avec les èartes modernes en montrera toute la fantaisie, notamment en ce qui concerne le tracé des cours du Sénégal et de la Gambie. Nous faisons l'économie des postfaces minéralogique et géographique que l'on trouve dans les éditions jusqu'en 1889 et des lexiques de langues wolofe, peule et sérère qui terminent les éditions des années 1820. L'orthographe a été généralement modernisée, ou du moins rendue parfaitement compréhensible, et quelques rares coquilles ont été corrigées sous silence, mais nous avons pris le parti de remplacer l'orthographe de l'ethnie des « Poules », qui pourrait prêter à sourire, par «Peuls» et, pour des raisons analogues, celle de «Foute» par «Fouta». Le traitement de l'orthographe des noms propres est en effet délicat. Nous avons conservé celle que Mollien utilise pour les lolofs (Wolofs, Ouolofs), les Serracolets (Sarakollés), les Toucolors (Toucouleurs), le Foutatoro (Fouta Toro) et le Fouta Diallon (Fouta Djalon) à cause d'un certain flottement dans l'usage, tant ancien que moderne. Nous conservons également les noms du Rio-Grande et du Rio-Nunez, soit les fleuves Combal et Kogon respectivement. En revanche, nous utilisons la forme moderne de noms de lieux là où la clarté l'autorise (ex. Sor pour Saur, Gandiol pour Gandiolle, cap Vert pour cap Verd, Ségou pour Ségo, Boundou pour Bondou, Labé pour Labbé...), et dans ce cas nous suivons l'orthographe proposée par les cartes IGN de la région. Nombre de villages que visite Mollien n'y figurent pourtant pas: soit le nom a changé, soit le village a été déplacé, soit il n'existe plus. Dans ces cas, nous retenons les noms que leur prête l' auteur . Nous conservons la ponctuation de Mollien: malgré un emploi particulier du point-virgule qui peut nous paraître excessU: elle xxv

rythme ses phrases et conserve ainsi un peu sa voix. Le mot « pagne» enfin, parfois donné au féminin dans le texte, a été systématiquement mis au masculin en usage aujourd'hui. Tout élément entre crochets est de notre fait. Dans les notes, ils permettent de distinguer celles d'origine, sans crochets, d'avec celles que nous avons ajoutées, éventuellement empruntées aux autres commentateurs du récit qui, dans ce cas, sont nommés. Dans le texte, ils indiquent soit une correction digne d'intérêt (éventuellement même contestable), soit un passage ajouté dans l'édition de 1889 qui mérite d'être retenu puisqu'il pourrait venir de notes manuscrites de son oncle consultées par Louis Ravaisson-Mollien, mais auxquelles nous n'avons pas accès. En revanche nous ne signalons pas toutes les coupures (de phrases, de paragraphes, voire de pages entières) ni les autres modifications (dans la ponctuation, les vocables, l'ordre des mots, le passage à la ligne) effectuées sous silence par ce dernier. Une délicatesse déplacée lui fait notamment taire ce qui a trait aux pulsions naturelles de son oncle. Nous offrons en note quelques échantillons de ses interventions éditoriales souvent peu conformes aux normes scientifiques. En cela, Hubert Deschamps est bien plus fidèle au texte, mais il supprime dans son édition les chapitres I, II, III, X, XIII, XIV et XV dont il a l'honnêteté de fournir toutefois le résumé. * Je tiens à exprimer ma gratitude aux collègues et amis MarieAnnick Gash et André Bleikasten, qui ont bien voulu apporter une aide ponctuelle à la préparation de mon Introduction. Que mon épouse soit également remerciée de son patient appui de mes travaux.

R. L.

XXVI

BffiLIOGRAPHIE
ŒUVRES DE MOLLIEN:

SÉLECTIVE

Éditions de notre texte: Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, aux sources du Sénégal et de la Gam.bie,fait en 1818, par ordre du gouvernement français, 2 t. in 8°, Paris: Imp. Veuve Courcier, 1820; 2e édition, avec gravures et carte, Paris: Arthus Bertrand, 1822 Découverte des sources du Sénégal et de la Gambie en 1818, précédée d'un récit inédit du Naufrage de la Méduse et d'une Notice sur ['auteur par L. Ravaisson-Mollien, Paris: Delagrave, 1-889 L'Afrique occidentale en 1818 vue par un explorateur français Gaspard Théodore Mollien, présentation de Hubert Deschamps, réédition partielle, Paris : CaImann-Lévy~ 1967 Autres textes édités de Mollien: Hain ou Saint-Domingue, présentation de Francis Arzalier avec la collaboration de David Alliot et de Roger Little, 2 t., colI. Autrement Mêmes 26, Paris: L'Harmattan, 2006 Mœurs d'Haïti: texte inédit, précédé du Naufrage de la Méduse, présentation de Francis Arzalier avec la collaboration de David Alliot et de Roger Little, colI. Autrement Mêmes 27, Paris: L'Harmattan, 2006 Voyage dans la République de Colombia en 1823, 2 t. in 8°, Paris: Arthus Bertran~ 1824 ; 2e édition 1825 Texte inédit: Voyage dans l'Inde, B. M. de Calais, Msno 95

XXVll

AUTRESOUVRAGES:

Anonymes, -Gorée: guide de l'île et du musée historique, Gorée: Musée historique, 1993 D.ard, Charlotte, La Chaumière _africaine,o.u.Histoire d~unefamille française jetée sur la côte occidentale de l'Afrique à la suite du naufrage de la/régate « La' Méduse », présentation d'e Doris Y. Kadish, colI. Autrement Mêmes 15, Paris: L'Harmattan, 2005Hibbert, C.hristopher, Africa Explored: Europeans in the. Dark Continent, 1-769-1889, Londres: Allen Lane, 1982 ; Harmonds'worth : Penguin, 1984 Hoffmann, Léon-François, avec la collaboration .de Carl Hermann Middelanis, Faustin Soulouque d'Haïti dans l'histoire .et la littérature~coII. .Autrement Mêmes 40, Paris; -L'Harmattan, 2007 Hugon, Anne, L'Afrique des explorateurs: vers les sources du Nil, colt Découvertes 117, Paris: Gallimard, 1991 -, -, Vers Tomboucto-u: l'Afrique des explorateurs Il, colI. Découvertes. 216, Paris: Gallimard, 1994-La Guérivière, Jean de, Exploration de l'Afrique noire, Paris: Éditions du Chêne, 2002 Las Casas, Bartolomé de, Très brève relation de la destruction des Indes (1552), Paris: La Découverte, 1994 Lejeune, Dominique, Les Sociétés de géographie en France .et I~expansion coloniale au XIX siècle, Paris : Albin Michel, 1993
McLynn, Frank, Hearts of Darkness'
."'

the European' Exploration

of

Africa, Londres: Hutchinson, 1992 Menzies, Gavin, 1421: The Year China Discovered the World, Londres: Bantam,_2002 ; trad. Julie Sauvage, 1421 : [-'annéeoù [a Chine a découvert le monde, Paris: Éditions Intervalles, 2007 (voir le site www.1421.tv) Perec, Georges, Espèces d'espaces, Paris: Galilée, 1974 Surun, Isabelle, « L'exploration de l'Afrique au XIxe siècle: une histoire pré-coloniale au regard des postcolonial studies», Revue d'histoire du XIX siècle, 200-6: http://rh19.revues.org/ documentl 0.89.html -, -, «Le blanc de la carte: matrice de nouvelles représentations des espaces africains », in Isabelle Laboulais-Lesage (dir.), Combler les blancs de la carte., 'Strasbourg: Presses universitaires de Strasbourg, 2004, pp. 117-144 xxviii

VOYAGE DANS L'INTÉRIEUR

DE L'AFRIQUE,

AUX SOURCES DU SÉNÉGAL ET DE LAGAMœffi, FAIT EN 1818

PRÉFACE
Lorsque je partis pour visiter l'intérieur de l'Afrique occidentale, je conçus d'abord le projet de traverser de nouveau les contrées qu'avait parcourues Mungo Park; mais, convaincu bientôt de l'imp()$~ibilit~ de faire des déC()1)veneset même de voyagçr de ce côté, je résolus de m'ouvrir une route nouvelle, et je suivis, après m'être enfoncé dans le continent, une ligne parallèle au méridien. Les pays presque inconnus où je devais pénétrer en prenant cette direction, m'offraient des observations non moins nombreuses qu'intéressantes à recueillir. Le succès sembla répondre à mon attente, et j'atteignis en grande partie le but que je m'étais proposé. Des persoooes itistruites~ auxquelles j'ai conllnulriqué les notes que j'avais réunies dans mon Journal, ont daigné m'encourager par leurs sufftages à les mettre en Qrdre, et à publier le récit des événements qui ont rendu si périlleuse l'entreprise dont je m'étais chargé. On verra, en lisant ma relation, que la manière dont j'ai été obligé de voyager ne m'a pas permis de donner à mes recherches toute l'étendue que j'aurais désirée. Pour suppléer à des résultats que je n'ai pu présenter par moi-même, j'ai confié à M. Brongniart, de l'Académie des Sciences, les échantillons de minéraux que j'avais rapportés, pour qu'il voulût bien les déterminer. Il m'a rendu ce service, et a chargé de l'analyse des minerais de fer M. Berthier, professeur à l'École des Mines, Ainsi, grâce à l'obligeance de ces deux savants, à qui je saisis cette occasion de témoigner ma reconnaissance, on aura des idées précises sur la minéralogie des pays montagneux qui avoisinent les sources du Sénégal et de la GambieI. M. Eyriès a eu également la complaisance de joindre à mon ouvrage des remarques géographiques sur mes découvertes2. J'ai montré peut-être quelque courage en affrontant, jeune encore, les dangers auxquels m'exposaient sans cesse la jalouse inquiétude des nègres, ou les effets presque toujours funestes d'un climat brûlant: c'est aussi le seul titre que je ferai valoir pour
]

2 [Ces remarques

[Le rapport minéralogique suit le texte des éditions de 1820 et de 1822.]
sont jointes aux éditions de 1820, 1822 et 1889.]

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