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Bloody Paris

De
46 pages
Pour fêter les noces d’or des grands parents, tous les Duguay-Morvan sont réunis au manoir de Kérangal. Il ne reste plus grand chose de la fortune familiale déjà pillée par les enfants. Sauf les bouteilles de calva hors d’âge qu’Édouard, le patriarche, a l’intention de léguer à un seul de ses héritiers. Mais qui va empocher le magot ? Une version singulièrement explosive des Dix petits nègres, au cœur de la Bretagne.
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Bloody Paris
TitoTopin Illustpar Vincent Gravé
Édité par la Société éditrice du Monde – 2015 80, boulevard Auguste Blanqui – 75013 Paris. Éditeurs : Hervé Lavergne et Pascale Sensarric Coordination éditoriale : Christine Ferniot Assistés par Teva Heuzard la Couture Création et mise en page : Denfert Consultants Coordination technique : Camille Lloret Direction artistique : Didier Hochet ISBN de la collection « Les Petits Polars » : 9782361562007 ISBN Bloody Paris : 9782363154897 Illustrations © Vincent Gravé
Cet ebook a été réalisé avec IGGY FACTORY. Pour plus d'informations rendez-vous sur le site : www.iggybook.com
Préface
Ouvrir un polar c’est avoir le choix entre plusieurs mondes : marcher sur les routes froides d’Islande en compagnie d’un commissaire qui préfère la réflexion silencieuse aux déductions bavardes. Arpenter les ruelles américaines sur les traces d’un tueur en série. Prendre un thé à l’arsenic avec une vieille Anglaise permanentée qui semble si charmante. Mais c’est aussi découvrir une ville, un lieu inattendu, historique ou actuel, grâce à des romanciers qui ont décidé d’en faire le décor parfait de leur nouvelle intrigue. Roman noir, suspense, thriller, enquête ou énigme, le polar est tout cela à la fois. Un terme générique, né dans les années 70, pour réunir les différentes couleurs du Noir. Cette année, neuf grands auteurs et illustrateurs de « Petits Polars » se sont installés dans l’Hexagone, entre Marseille et La Baule, Lyon et Le Touquet, Paris et Montpellier, Lille, Biarritz et Colmar. Ils ont investi les lieux, envisagé des intrigues, visité les quartiers, les jardins, les bâtiments, pour imaginer, chacun à leur manière, un polar inédit, illustré par un dessinateur qui les suit pas à pas, adaptant librement leur univers. Voici une quatrième saison qui scelle également la complicité entreLe Mondeet SNCF, décidés à marier la fiction policière et l’illustration contemporaine. Ce tour de France très particulier est aussi une manière de fêter les quinze ans du PRIX SNCF DU POLAR*, né en 2000. Un prix du public pour ce genre littéraire qu’on appelait autrefois « roman de gare ». Aujourd’hui, les prix de ces catégories se sont multipliés : roman toujours, mais également bande dessinée et court métrage, pour révéler chaque année de nouveaux talents. Desœuvres pour amateurs éclairés et simples curieux, des fictions inédites pour tous ceux qui aiment voyager avec « la crème du crime ». Nouveauté 2015, chaque nouvelle illustrée située dans une ville française est suivie d’une « échappée » journalistique et touristique au sortir de la gare. Rassurez-vous, avec ces nouvelles noires, il ne s’agit pas d’une simple promenade de santé !
SAISON 4 • Jérémie Guez & Jacques Ferrandez –Là-bas, c’est Marseille suivi d’une échappée à MARSEILLE EmmanuelGrand&PierrePlacePavillon rougeàLaBaule
EmmanuelGrand&PierrePlacePavillonrougeàLaBaule suivi d’une échappée à LA BAULE • Chantal Pelletier & Loustal –I Love Lyon suivi d’une échappée à LYON • Karim Miské & Florence Dupré la Tour –Les Filles du Touquet suivi d’une échappée au TOUQUET • Tito Topin & Vincent Gravé –Bloody Paris suivi d’une échappée à PARIS • Antoine Chainas & Anthony Pastor –Le soleil se couche parfois à Montpellier suivi d’une échappée à MONTPELLIER • Michel Quint & Pozla –Si près du malheur à Lille suivi d’une échappée à LILLE • Ian Manook & Hervé Bourhis –Retour à Biarritz suivi d’une échappée à Biarritz • Nicolas Mathieu & Florent Chavouet –Paris-Colmar suivi d’une échappée à COLMAR * Suivez le PRIX SNCF DU POLAR toute l’année sur polar.sncf.com, #PolarSNCF
Avec Tito Topin, direction Paris en plein cœur de l’été. Une choucroute dans une brasserie, ce n’est pas forcément un choix de saison, mais le capitaine Giraudoux aime les plats roboratifs. On file quartier Plaisance, on rêve villa Léone. Toujours à la poursuite d’un vrai coupable, non pas d’une adolescente qui avoue trop rapidement. Une histoire en noir et rouge magnifiquement illustrée par Vincent Gravé.
Bloody Paris
– Pourquoi l’avez-vous tuée ? – Qu’est-ce que ça peut faire ? Je détache mes doigts du clavier et je l’observe par-dessus l’écran. Ses cheveux noirs, souples, coupés à quelques centimètres au-dessus des épaules s’agitent au moindre mouvement de la tête. Ses yeux sont de la même couleur, le regard ne fuit pas. Dans le prolongement du front son nez remonte légèrement, de façon espiègle. Son teint est mat, la peau bronzée, couleur de noisette. Ses dents, parfaites, éclatent dans une bouche mutine. La fossette au menton accentue le caractère enfantin du visage cependant que toute son attitude est celle d’une femme. – Vous deviez avoir un mobile ? – Je l’ai tuée, il n’y a rien à dire de plus. – Si je vous demande ça, je dis en tripotant mon paquet de cigarettes, c’est par égard pour votre jeune âge. Certains mobiles comme des mauvais traitements, par exemple, peuvent vous valoir des circonstances atténuantes. – Je n’ai jamais été maltraitée. – Je ne mets pas en doute vos aveux, mademoiselle. Mais il importe aussi de savoir pourquoi vous l’avez tuée et si ce n’est pas à moi que vous le dites, ce sera au juge d’instruction, et si ce n’est pas au juge, ce sera au tribunal, donc autant le dire tout de suite. C’est alors qu’elle m’a sorti cette chose incroyable. – Pourquoi, pourquoi ? Vous voulez savoir pourquoi ? Je l’ai tuée parce que je suis la veuve de mon père ! Ça vous va, comme réponse ? *** L’été est bien installé, les oiseaux font du chahut dans les arbres, les piafs s’invitent à ma table avec insolence et picorent mes miettes, à la terrasse du Select. Je paye ma bière, donne une pichenette sur le fond de mon paquet de blondes, en allume une et remets le paquet dans ma poche avant de remonter en voiture. Cette gamine te rend malade depuis que tu l’as arrêtée, me répète mon boss, il te faudrait une bonne analyse. Décidément, tout le monde me croit maboule. L’hôtel de police, avenue du Maine. Une falaise de béton tavelée de fenêtres mortes. De quoi flanquer le bourdon à n’importe qui. Pas étonnant que des collègues se flinguent à tout-va. – Quand vont-ils réparer les ascenseurs ? je grogne, la respiration sifflante, comme si Dupré était responsable de m’avoir fait grimper les quatre étages où se niche mon bureau. – Quand ils seront à pédales, dit-il. Ma gorge enfle. J’inhale une bouffée de Ventoline. – Je te remercie de ton optimisme et en attendant sors-moi le dossier concernant le père de la petite. – La petite ? Quelle petite ? Depuis qu’il est mon adjoint, Dupré a grossi et n’a jamais changé de vêtements. On voit son ombilic saillant à travers les boutons de sa chemise. Un glomérule rose et charnu, coupé à la
tronçonneuse. – Celle qu’on a arrêtée hier. Il faisait quoi, ton père ? – Bûcheron, pourquoi ? – Pour rien. Tu me le sors, ce dossier, ou je dois remplir un formulaire en quatre exemplaires ? – Y a pas de dossier, répond Dupré sans bouger d’un poil, je ne crois pas. – Et moi je crois que oui, tête de mule. Il y a eu suicide, donc il y a eu autopsie, trouve-le. On est mardi. Le jour de la semaine où Nadège consent à déjeuner avec moi. Rendez-vous au Zeyer. Choucroute quatre saucisses et un blanc de Mâcon. Elle m’annonce vouloir changer de boulot avant la fin de l’année et je la soupçonne de vouloir changer de mec par la même occasion. Elle me supporte de moins en moins, elle me l’avoue au dessert. Sorbet, trois boules. Ce qu’il te faudrait, c’est une psychanalyse. Je me suis renseignée, j’ai une adresse. J’ai renversé sa tasse de café en m’excusant, sa jupe est bonne pour le pressing. Qu’est-ce qu’ils ont, tous, à me prendre pour un malade ? De retour au bureau, le dossier s’ouvre sur mon Mac. « Guillaume Atridès. 48 ans. Né à Paris en 1967 de parents naturalisés français, d’origine grecque. Marié. Une enfant. Coline. Élève brillant, Guillaume Atridès passe son bac au lycée Jean-Valjean. Prépare le concours de Saint-Cyr Coëtquidan qu’il termine à la deuxième place. Il intègre ce corps dans la promotion maréchal Leclerc en même temps que le général Malipert, actuellement commandant la BSPP, la brigade de sapeurs-pompiers de Paris. » – Note ce nom, Dupré. « Sorti avec le grade de capitaine, il suit le cours de perfectionnement des officiers de l’École d’application de l’arme blindée cavalerie de Saumur. Diplômé de l’École d’état-major de Compiègne, puis breveté de l’École militaire, il est nommé conseiller militaire aux affaires politiques avec les barrettes de colonel. Alors qu’il est appelé à de hautes fonctions ministérielles, il demande son affectation aux opérations de maintien de la paix en Afrique. Il en revient avec le grade de général de brigade mais, bouleversé par ce qu’il a vécu durant son séjour, il se jette du quatrième étage de son appartement parisien après avoir absorbé une grande quantité de pentobarbital. L’enquête a conclu au suicide. » – Note « pentobarbital ». Tu sais ce que c’est ? je demande en me frottant les yeux. Picotements. Allergies de saison. – C’est quoi, c’est une lotion pour faire repousser les cheveux ? il s’esclaffe en passant la main sur son crâne déplumé. Faut croire qu’il se vaporise les aisselles au tue-mouches. Je me frotte le nez pour éviter un éternuement. – C’est plus connu sous le nom de Nembutal. Les Suisses s’en servent pour euthanasier leurs vieux, les Américains pour exécuter leurs Noirs. Eh bien, explique-moi pourquoi un cador comme Atridès a besoin de se balancer par la fenêtre au lieu d’attendre, peinard, sur son fauteuil, que le truc fasse son boulot. Et explique-moi pourquoi il avale cette saloperie s’il a l’intention d’exécuter un plongeon ? – C’est un militaire, il veut être sûr d’y passer, alors il mégote pas. Je m’étonne seulement qu’il n’ait pas essayé de se tirer une balle dans la tête en sautant. – Dupré, tu es cynique. – Je sais. – T’es con. – Merci, patron.
– Allez,viens,bougetoncul.