Mourir en août

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À Paris au mois d’août, on s’ennuie sérieusement.

Le meilleur remède contre l’ennui, c’est LES ennuis. Et les ennuis, Thomas Fiera les attire à un point qui n’est pas raisonnable. Ancien universitaire en rupture de ban qui suite à un drame personnel est devenu enquêteur privé, Fiera promène son spleen et son humour caustique dans le monde des entreprises sur lequel il jette un regard sceptique et blasé.

Recruté par le PDG de la société MC4 pour traquer un corbeau, un sale petit délateur sournois qui le met en cause auprès des médias, Fiera, flanqué d’une équipe d’aventuriers aussi improbables que dangereux, se retrouve embarqué dans un merdier infernal où il doit se farcir de faux druides, de vrais fachos et d’authentiques tarés en tous genres.

Lui et ses quatre amis provoquent une forte augmentation de l’activité des pompes funèbres qui ne doit pas grand-chose à la canicule.
Y’a pas à dire : Paris au mois d’août, c’est mortel !
Publié le : mercredi 20 janvier 2016
Lecture(s) : 24
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782374530970
Nombre de pages : 187
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Mourir en août

Les enquêtes acides de Thomas Fiera

Jean-Baptiste Ferrero

38, rue du Polar
Les Éditions du 38

Ce livre est pour tous ceux que j’aime, en ce monde et dans l’autre.

Je fais un sale boulot, mais j’ai une excuse, je le fais salement.
Georges DARIEN, Le Voleur

Prologue

Regarder une balle de fort calibre voler au ralenti vers votre visage est une expérience que je ne saurais trop recommander à tout un chacun. Prisonnier du tunnel que sa trajectoire creuse dans la fraîcheur du soir, le projectile glisse dans ma direction avec l’entêtement borné d’une tragédie imminente. La fusillade, les hurlements, l’odeur âcre de la poudre et celle du sang, tout cela est loin, décalé, ailleurs. Il n’y a plus que moi et cette balle qui voyage rêveusement vers le rendez-vous qu’elle m’a fixé.

 

Je peux m’écarter de son chemin et vivre ou bien ne rien faire et laisser ces quelques grammes de plomb m’effacer à jamais. Mais je suis trop las et depuis trop longtemps pour répondre à la question de vie ou de mort qu’ils me posent. Les soirs d’été sont faits pour l’amour, pas pour la violence et le carnage.

 

Encore un peu plus près, encore, encore…

On y est presque…

CHAPITRE 1

Au mois d’août, les clients sont rares et j’avais donc tout loisir d’observer le comportement de Bonnot. Mon chat. Une bande à lui tout seul. Une fripouille, une crapule, un voyou. Un chat. Allongé dans la flaque de soleil qui décorait la planche me servant de bureau, il lacérait d’une griffe distraite une facture de téléphone que j’avais naguère, et très fugitivement, envisagé d’honorer.

Le lourd bourdonnement d’une mouche endormait l’atmosphère et j’étais à deux doigts de me dissoudre et d’aller rejoindre les grains de poussière qui dansaient dans la lumière. Bonnot bâilla d’ennui, s’étira et, dressant la queue, m’exhiba le fond du problème avant de filer sur le balcon et de là sur les toits, apportant ainsi la seule réponse valable à mes interrogations existentielles passées, présentes et à venir.

Le téléphone sonna, dérangeant ma flemme. Je faillis ne pas répondre, mais j’ai les tympans fragiles et tendant le bras, je décrochai le combiné :

— Cabinet Fiera, bonjour.

— Salut Ducon ! Je t’appelle pour te refiler un petit conseil.

— Non merci.

Je raccrochai, mais mon téléphone se remit à sonner moins de sept secondes plus tard.

— Cabinet Fiera, bonjour.

— Écoute-moi, fils de pute ! Et si tu raccroches, t’es mort !

Un vendeur né, ce gars-là, du genre à trouver les mots qui font mouche.

— C’est demandé si gentiment. Alors je vous écoute, mais soyez bref.

— On va te proposer une affaire. Une affaire qui concerne la société MC4.

— Ah ouais ? Connais pas. Jamais entendu parler de cette boîte.

— Eh ben, tu vas en entendre causer dans pas longtemps. Un pote à toi va te proposer un boulot qui concerne MC4 et ce boulot tu vas le refuser.

— Vous avez peur que je paye trop d’impôts ? Tant de sollicitude me bouleverse.

Mon interlocuteur eut un genre de ricanement gras évoquant un coït de poulpes catarrheux.

— T’es un marrant toi. Ça me ferait bien bander de m’occuper de toi. Mais si tu te tiens bien sage et que tu refuses cette affaire, tu auras la chance de ne pas me rencontrer.

— Flûte et zut ! Moi qui m’en faisais une fête !

— Fais-le malin si tu veux, mais reste en dehors de tout ça.

Et le butor raccrocha, m’ôtant le plaisir douteux d’avoir le dernier mot.

J’eus à peine le temps de me gratter l’aisselle gauche que le téléphone sonna derechef. Le retour du butor ?

— Cabinet Fiera, bonjour.

— Salut Thomas, c’est Fabrice.

Fabrice.

— Dis-moi Thomas, en ce moment tu croules plutôt sous le boulot ou sous les dettes ?

— Bien qu’ayant reconnu ta voix je n’ai pas raccroché. Voilà qui devrait suffire à te faire comprendre que tu as affaire à un homme aux abois.

— Alors j’ai un job à te proposer. Mais si tu es pris par autre chose, je vais pas t’emmerder avec ça.

— Ça concerne MC4 ?

Il y a différentes qualités de silence. Et celui qui pour l’heure occupait mon récepteur téléphonique me semblait relever de la catégorie « stupéfaction totale ». Manifestement, je venais de paralyser l’hémisphère gauche de mon vieil ami Fabrice Pontecorvo.

— Allô ! allô ! Y’a quelqu’un dans le poste ?

— Comment tu connais MC4 ? bafouilla Fabrice.

— Je connais pas cette boîte. Et je viens de dire la même chose à un taré qui m’a téléphoné pour m’informer qu’un vieil ami allait me proposer un job concernant MC4 et que j’avais intérêt à le refuser.

Je crus que Pontecorvo allait s’étouffer.

— Quoi ? On t’a menacé ? On t’a dit que j’allais te proposer ce boulot et on t’a menacé ? Mais c’est dingue !

— Et si tu m’en disais un peu plus ? C’est quoi MC4 ?

— Une entreprise high-tech. Elle est dans le collimateur d’un canard local qui a sorti tout un tas de saloperies sur son compte.

— Qui sont toutes vraies, j’imagine.

— Qu’est-ce qui te fait croire ça ?

— Et bien, je présume que si le journal déblatérait dans le vide, ton client l’aurait déjà traîné devant les tribunaux pour diffamation.

Un énorme soupir fit vibrer le combiné.

— Bon, admettons. Il y a peut-être deux ou trois bricoles dans le tas. Mais bon, ce n’est pas mon problème.

— C’est celui de ton client en tout cas.

— Même pas vraiment. Ce qui inquiète mon client ce n’est pas tant ce que raconte le canard, que le fait qu’il y ait une taupe dans son équipe.

— Mais pourquoi me menacer si ce n’est qu’une histoire de cet acabit ? Et avant même que tu me contactes en plus.

Fabrice semblait complètement dépassé. Tout cela faisait tache dans son monde. Mais pas dans le mien.

— J’en sais rien. Mais cela ne me plaît pas. Il doit y avoir autre chose de pas clair. Alors oublie ça. J’expliquerai à mon client qu’il doit se trouver un autre enquêteur. Et désolé de t’avoir dérangé avec tout ça.

J’entendis le hurlement déchirant de mon découvert bancaire.

— Du calme vieux, du calme. Je n’ai pas dit que je refusais l’affaire.

— Mais… et les menaces ?

— On va pas s’affoler pour si peu. Avant de prendre une décision, je voudrais juste en savoir plus sur cette histoire de taupe.

— En ce cas, tu resterais dans le registre animalier. C’est ton rayon, les bestiaux.

 

J’avais connu Fabrice Pontecorvo à l’université, près de vingt ans auparavant. Nous avions préparé ensemble un DEA de psycho puis nos chemins universitaires s’étaient séparés quand je m’étais spécialisé dans l’étude du comportement animal alors qu’il continuait à s’intéresser aux bipèdes.

Il n’avait jamais compris que je délaisse l’étude de mes congénères pour leur préférer la compagnie de ce qu’il avait toujours appelé les bestiaux.

— Tu es vraiment trop con, m’avait-il dit un jour. Tu vas te retrouver avec des patients qui sont incapables de payer leurs séances et bouffent leur thérapeute.

Il avait lui-même fini par renoncer à être psychothérapeute pour devenir consultant. Désormais, c’était pour écouter des histoires d’argent et de pouvoir qu’il était payé, assez grassement, par les entreprises qui l’employaient. Il était plutôt bon dans son domaine et les affaires marchaient bien. C’est ainsi qu’assez régulièrement il faisait appel à moi pour me sous-traiter certains aspects « particuliers » de ses missions.

Car si Fabrice avait renoncé à ses ambitions estudiantines pour se convertir au culte du veau d’or et de l’entreprise réunis, il en allait un peu de même pour moi. Dix ans auparavant, ma vie avait déraillé brutalement : adieu veau, vache, couvée, titres universitaires et thèse sur la communication chez les félins domestiques. J’avais bazardé tout ce qui constituait jusque-là l’essentiel de ma vie et m’étais choisi un nouveau métier, le plus improbable possible pour un intellectuel en rupture de ban : enquêteur privé. C’était romantique à souhait : Bogart, Hammett et tout le fourbi. Un romantisme un peu glauque fait de whisky bon marché, de filles perdues et d’errances nocturnes dans des villes noyées de pluie où les néons se reflètent sur les trottoirs luisants. Un merveilleux programme de déglingue et d’autodestruction.

Ayant survécu au whisky, aux filles et aux trottoirs glissants j’avais fini par aimer ce métier et par le prendre suffisamment au sérieux pour me trouver une raison sociale plus moderne et plus adaptée à mon activité réelle : consultant en intelligence économique et sécurité d’entreprise. Ça en jette non ?

 

— Bon alors, qu’est-ce qu’il veut au juste ton client ? Qu’on lui trouve sa taupe ?

— Ben ouais. Tu trouves la taupe, il la vire sans scandale et tout le monde est content. Alors, ça t’intéresse ?

Cela ne m’intéressait pas vraiment de traquer un émule de gorge profonde pour le compte d’un P.-D.G. peu scrupuleux, mais l’ennui me taraudait le fondement et l’ennui m’a toujours poussé à faire des conneries. Et puis ces menaces téléphoniques avaient un je-ne-sais-quoi d’excitant qui m’encourageait à aller voir plus loin.

Incorrigible suis-je.

Mais bon…

Fabrice causait dans le poste :

— Et si on déjeunait ensemble pour parler de tout ça plus en détail. Tu fais quoi là ?

Je jetais un œil sur mon appartement désert.

— À vrai dire, pas grand-chose : je médite sur les chats.

Silence au bout du fil.

— Les chats ?

— Oui, tu sais ces drôles de bestiaux qui ont la peau percée exactement à l’endroit des yeux.

— Celle-là, tu l’as piquée à Lichtenberg.

— Exact ! Vois-tu Fabrice, ce que j’apprécie le plus chez toi, à part ton argent et tes cravates, c’est ton immense culture.

— Bon, c’est pas tout ça. On se retrouve à midi au Louchebem.

— Au Louchebem ? Tu es sûr ?

Il s’esclaffa grassement.

— Un peu de viande de temps en temps, cela ne peut te faire que du bien.

Fabrice est persuadé de savoir ce qui est bon pour les autres et il s’est donné pour mission de réformer les mœurs de ses contemporains. Cela en fait peut-être un bon consultant, mais également un ami insupportable. J’étais, pauvre de moi, un de ses cobayes favoris. Rien, dans ma vie, mes habitudes, mes choix vestimentaires ou mes opinions philosophiques ne lui convenait. Et parmi toutes mes « tares », celle qui l’irritait le plus était la tentation qu’il me prêtait de devenir végétarien. J’ignore où il avait pêché cette idée ridicule et en dépit de mes dénégations, dès qu’il le pouvait, il m’entraînait dans des restaurants de viandards où on m’obligeait à ingérer la ration annuelle de protéines d’un village pakistanais.

J’aurais pu l’envoyer se faire voir, lui dire qu’il me cassait les couilles depuis le Crétacé et que déjeuner avec lui était à peine moins chiant que de se taper les œuvres complètes d’Alain Robbe-Grillet.

J’aurais pu, mais je ne le fis pas. Plus facile de dire oui.

Donc oui.

 

Le Louchebem est un lieu plutôt sympathique nonobstant une décoration à déconseiller aux âmes sensibles. Plafonds bas, murs laqués d’un rouge artériel, moulures noires, tableautins exquis mettant en scène porcs éviscérés ou quartiers de viande raidis, têtes de bœufs empaillées : on se croirait dans un cauchemar de végétarien. Par ailleurs, le service y est convivial, l’ambiance décontractée et les portions constituent une véritable injure à la diététique. Quant aux voisins de table, rougeauds et grassouillets, ils consacrent une telle énergie à s’empiffrer en roulant des yeux hagards, qu’ils ne prêtent en général aucune attention aux conversations environnantes.

Fabrice, vieil habitué des lieux, avait obtenu qu’on nous installe à l’une des trois meilleures tables de l’établissement : celles qui, par-delà une baie vitrée, offrent une vue superbe sur Saint-Eustache et les jardins du Forum des Halles. Tandis que je m’extasiais sur le paysage, mon commensal faisait de même sur la carte que lui avait tendue un garçon déguisé en commis boucher :

— De la tête de veau ! Le plat du jour ! C’est de la tête de veau !

— Suis-je censé m’évanouir de joie ?

— Ne me dis pas que tu n’aimes pas la tête de veau !

— Je ne te le dirai donc pas.

Le regard qu’il me lança était de ceux que l’on réserve aux grands malades et aux fous dangereux : un mélange de méfiance et de commisération.

— Sais-tu seulement que tu passes ainsi à côté d’un des chefs-d’œuvre de l’art culinaire français ?

— Je dois avouer que cela m’avait échappé. En ce qui me concerne, ce plat évoque plutôt les résidus d’une expérience génétique avortée.

Fabrice eut une moue écœurée.

— Bon, je crois que je vais prendre une entrecôte finalement. Avec un os à moelle.

Je commandai pour ma part une salade, une assiette de frites et un verre de vin. Toutes choses que nous expédiâmes assez rapidement en médisant sur nos nombreuses relations communes.

— Et si tu m’en disais un peu plus sur ton client ? lui lançais-je quand le garçon nous eut apporté nos cafés.

Il ouvrit la serviette en cuir fauve qu’il avait posée sur le siège voisin et en tira une chemise cartonnée qu’il me tendit.

— Tu trouveras là-dedans tous les détails techniques. Mais en attendant et pour te donner un éclairage plus personnel, je te dirai que mon client est la Société MC4 qui fabrique des composants électroniques pour l’industrie des télécoms, l’informatique et les boîtes d’armement. Son P.-D.G. est Philippe Kreutzfeld qui en est également le fondateur. Gros chiffre d’affaires, gros résultats, grosse fortune.

— Grosses magouilles ?

— Sans doute, mais probablement pas plus qu’ailleurs ou j’en aurais entendu parler. Je continue ?

J’opinai.

— Kreutzfeld est par ailleurs maire du patelin où se trouve le siège de MC4. Boufflier-sur-Yvette. Une réserve naturelle pour cadres supérieurs qui semble sortie tout droit d’une série américaine des années cinquante : les maris surbookés sont toujours absents, les enfants toujours blonds et les femmes toujours diaphanes, hystériques et mal baisées. L’anorexie et les cours de danse leur donnent l’élégance compassée des lévriers afghans.

— Le genre de bourgeoises coincées qui se caressent dans le bain en pensant au prof de poterie ?

— Pour les plus soft. Les autres s’emploieraient davantage à déniaiser dans sa totalité l’équipe de hockey du fiston, quand c’est pas le fiston lui-même.

— Et si on en revenait à ton Kreutzfeld ?

— OK. Maire depuis vingt ans et il semblerait qu’il ait glissé son schboub dans la moitié de ses électrices et peut-être même quelques-uns de ses électeurs.

— Que voilà une petite ville sympathique !

Fabrice haussa les épaules.

— Il en est à son troisième mandat et se fait réélire à chaque fois avec des scores à la soviétique. Il a toutes les chances d’être maire jusqu’à la prochaine glaciation si rien ne vient l’éclabousser. Jusqu’ici, c’était le sans-faute : pauvre boursier méritant, il décroche un doctorat avant de finir brillamment diplômé du MIT et de CALTECH. Il crée MC4 et s’enrichit tout en générant un max d’emplois. Élu maire sans discontinuer, il crée même une association qui s’occupe de récupérer des médicaments inutilisés qu’il expédie dans le tiers-monde. Que dire de plus ? Il a une femme superbe, une baraque de rêve…

— Et des casseroles au cul.

— Une ou deux cassolettes, tout au plus.

Je commandai deux autres cafés.

— Il est élu sous quelle étiquette ?

— Sans étiquette.

— Encore un mec de droite qui ne s’assume pas.

Fabrice ricana.

— Là, tu te goures. Kreutzfeld s’assume très bien comme girouette à spectre large. C’est justement ce qui lui permet de séduire un électorat d’ex-gauchistes repentis culpabilisés par leurs salaires pharaoniques et leurs berlines allemandes.

Nous nous tûmes quelques minutes, le temps pour le garçon de nous servir nos deux cafés et de débarrasser la table des derniers reliefs de notre repas. Je regardai Saint-Eustache que le soleil d’août faisait resplendir comme un immense reliquaire de pierre taillée. Plus près, dans le jardin des Halles, trois jeunes scandinaves attirèrent mon regard. Leurs cheveux flottants étaient comme de l’or liquide sur leurs épaules bronzées et leurs corps, qu’épousaient des étoffes légères, étaient des hymnes au bonheur de vivre, des temples de chair à la gloire de l’amour.

Une bouffée de souffrance me vrilla les tripes.

— Tu mates ?

Bienheureux Fabrice ! Doté d’un niveau d’empathie comparable à celui d’un ascenseur hors service ! Avec sans doute un léger supplément d’âme du côté de l’ascenseur.

— Il faut admettre qu’elles sont plutôt bandantes, ajouta-t-il en gloussant. Me retrouver au lit avec trois petites chattes comme celles-là, c’est exactement l’idée que je me fais du Paradis !

— Quel blaireau tu fais ! Et prétentieux avec ça !

— Eh ! Ho ! C’est pas parce que tu es quasiment devenu non pratiquant que tu dois en dégoûter les autres !

Je lui lançai un long regard inexpressif qui dut lui faire l’effet d’une douche de merde. Il baissa la tête d’un air penaud.

— Excuse-moi, marmonna-t-il. Je ne suis qu’un gros con.

— Primo c’est un euphémisme et secundo, ce n’est pas nouveau.

Il ouvrit la bouche pour se lancer dans une de ces tirades sentimentales et positivistes à l’américaine qu’il me servait à chaque fois que l’Accident arrivait plus ou moins sur le tapis. Je l’interrompis d’un geste.

— Laisse tomber. Parle-moi plutôt de notre affaire. OK ?

Il hocha la tête.

— OK.

Il regarda ses mains pendant un bon moment avant de se lancer.

— Cela fait maintenant trois mois que le « Démocrate de l’Essonne » ‒ un torchon de banlieue qui se prend pour le Canard Enchaîné ‒ reçoit des courriers anonymes balançant des tombereaux de merde sur MC4. Et qu’il s’empresse d’en publier des extraits.

— Quel genre de merde ? Du genre qui tache ou du genre qui colle ?

— La merdouille standard, du banal : contrats bidons, corruption active et passive, abus de biens sociaux… Le tout-venant habituel.

— Accusations étayées ou simple diffamation ?

— Il n’y a pas de preuves formelles. Du moins pas dans les courriers reçus par le journal. Rien que des preuves indirectes. Des faisceaux de présomptions, comme disent les juristes.

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