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1 bis rue Schoelcher

De
109 pages
Au commencement il y eut ce livre d'histoire, puis la découverte de l'identité de son aïeul. Pascal, le narrateur, nous relate à partir de 1802 la petite histoire inventée de ses aïeux guadeloupéens, Toussyne et Euloge, alors que la grande histoire quant à elle, celle de la Guadeloupe, s'invite au gré de ses souvenirs et de ses réflexions.
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1 bis rue Schoelcher

Lettres des Caraibes Collection dirigée par Maguy Albet
Déjà parus Gabriel CffiRELIS, La Yole volante, 2008. Nathalie ISSAC, Sous un soleil froid. Chroniques de vies croisées, 2008. Raphaël CADDY, Les trois tanbou du vieux coolie, 2007. Ernest BAVARIN, Les nègres ont la peau dure, 2007. Jacqueline Q. LOUISON, Le crocodile assassiné, 2006. Claude Michel PRIV AT, La mort du colibri Madère, 2006. Danielle GOBARDHAN VALLENET, Dumanoir, l'incroyable destinée, 2006. Max DIOMAR, Flânerie guadeloupéenne, 2006. Le Vaillant Barthélemy ADOLPHE, Le papillon noir, 2006. Christian PAVIOT, Les fugitifs, 2006. Danielle GOBARDHAN VALLENET, Les enfants du rhumier, 2005. Philippe Daniel ROGER, La Soulimoune, 2005. Camille MOUTOUSSAMY, J'ai rêvé de Kos-City, 2005. Sylvain Jean ZEBUS, Les gens de Matador. Chronique, 2005. Marguerite FLORENTIN, Écriture de Griot, 2005. Patrick SELBONNE, Cœur d'Acomat-Boucan, 2004. Danielle GOBARDHAN VALLENET, Le secret du Maître rhumier, 2004. Marie-Flore PELAGE, Le temps des alizés, 2004. Pierre LIMA de JOINVILLE, Fetnat et le pistolet qui ne tue pas, 2004. Christian PAVIOT, Les Amants de Saint-Pierre, 2004. Henri MELON, Thélucia,2004. Max JEANNE, Un taxi pour Miss Butterfly, 2003 Eric PEZO, Passeurs de rives, 2003. Jean-Pierre BALLANDRY, La vie à l'envers, 2003. Jean-Claude JOSEPH, Rosie Moussa, esclave libre de SaintDomingue,2003. Monique SEVERIN, Femme sept peaux, 2003. Eric PEZO, Passeurs de rives, 2003. Marcel NEREE, Le souffle d'Edith, 2002. Josaphat LARGE, Les terres entourées de larmes, 2002.

Max DioInar

1 bis rue Schoelcher

L'HARMATTAN

(Ç)

L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique,

75005 Paris

http://www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-05524-7 EAN : 9782296055247

À Axel DIOMAR, mon très cher fus dont je suis fière

À ma ville de Pointe-à-Pitre

Au commencement, il y eut ce livre d'histoire de la Guadeloupe que Pascal lut en un week-end, tellement il le trouva passionnant. Par la suite, naquit chez lui, un fort désir de combler ce manque qui subsistait dans sa lignée. Au-delà de son grand-père, il n'y avait rien: le vide, le trou. Ainsi lorsque, après plusieurs jours de recherche aux archives départementales de la ville de Gourbeyre, il reçut, de la main de l'employée, la copie de l'acte individuel, qui faisait de son ancêtre un citoyen, quelque chose avait fondamentalement changé. C'était comme un morceau de lui-même qu'il récupérait: le 19
octobre 1948, le citoyen Euloge s'est présenté devant nous, et

nous lui avons donné le nom de lcks. V oilà en substance ce qu'indiquait ce document. Il n'avait, depuis, cessé d'imaginer dans leur temps ces différents personnages qui l'avaient fait. Cela tournait même à l'obsession, au point qu'il trouva dans le remplissage du petit cahier aux pages écornées, sur laquelle sa défunte mère recopiait ses recettes de cuisine, une sorte d'exutoire. Il coinçait depuis deux bonnes semaines. Aucune idée! Il fallait dire qu'il n'avait pas l'imagination débordante, et qu'une vilaine grippe tenace lui avait ôté une bonne

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partie de son habituelle vigueur. Il avait d'abord essayé le rhum et le citron, puis s'était résolu à consulter un médecin et à se gaver de médicaments plus académiques. Une énième fois, en recherche d'inspiration, Pascal avait entrepris de relire l'ébauche de son œuvre:

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« Il s'était tordu de douleur. Cette gamine aux cheveux raides et emmêlés venait de lui asséner un vigoureux coup de canne entre la nuque et l'omoplate droite. Il avait déjà 10 ans, lui Euloge, et cette petite chose, pas plus grande qu'une sauterelle, n'avait que 7 ans, mais le caractère bien affirmé. Toussyne et Euloge vivaient sur la même habitation1 du Nord de la Grande-Terre, mais ne se voyaient que pendant les travaux des champs, car on se couchait et se levait tôt. Ils vivaient dans des cases faites de roseaux, de torchis et de paille, alors que dans d'autres habitations, leurs semblables bénéficiaient de murs en planches, recouverts d'essentes. Chez le maître, si les lits des enfants étaient en courbaril2, celui des parents avait été conçu en mahogany3. Le géreur bien qu'intransigeant, voire franchement inhumain avec les adultes, tolérait les jeux des enfants, chargés de ramasser les cannes oubliées ici ou là. C'était justement un morceau de canne rouge, qui était
I 2
3

Propriété regroupant les lieux de vie et de travail des maîtres Bois tropical. Bois tropical.

et des esclaves.

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à l'origine de la discorde. Euloge avait tenté de s'approprier le bout de fruit déjà bien entamé par la jeune demoiselle, et la cinglante réaction de cette dernière s'était doublée d'une ferme injonction: lésésa,
It gason

.

1

.

Une fois, Euloge avait entendu le maître dire qu'il y avait environ un siècle et demi que la canne était cultivée en Guadeloupe. Au début, c'étaient des gens de France qui travaillaient les terres. Et puis, on avait fait venir des esclaves. Joseph, père d'Euloge, qui trimait durant de longues heures dans les champs et qui pouvait également travailler à la fabrication du sucre et du rhum considérait que la canne était une malédiction. Qualifié aussi bien de bon travailleur que de mauvaise tête par le maître, il était encore un excellent danseur de mayo/f. La pratique de ce dernier, qui aurait été introduit en Guadeloupe il y a fort longtemps par un esclave, était pourtant interdite par les maîtres et même par l'Eglise. Après les dures journées de travail, les réunions de chanteurs, de lambouyeô, e danseurs étaient fréquentes. d Autour d'un feu, des danseurs mimaient un affrontement au bâton. Il pouvait d'ailleurs s'agir de véritables règlements de compte, à l'issue desquels l'un des protagonistes était susceptible de perdre la vie. Joseph agitait son grand bâton d'environ un mètre cinquante avec harmonie et force. Son adresse, son agilité, sa maîtrise de l'esquive avaient fait de lui un maître en la matière. Un nombre incalculable de fois, il avait touché au flanc celui qui avait osé le défier.
Laisse ça, petit garçon. 2 Danse avec un bâton. 3 Joueur de gwo ka (tambour).
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