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Affreuse vie de Ndinga (L')

De
166 pages
Ndinga, une fille extrêmement ravissante, était censée offrir à sa mère la vie qu'elle n'avait jamais eue, elle qui aspirait à devenir l'épouse d'un multimillionnaire. Mais son côté trop sûr d'elle ne réussit qu'à la lancer dans le libertinage. Ayant usurpé les conjoints de toutes ses proches et voisines, elle finit par se faire une réputation de courtisane. Après plusieurs avortements, elle se retrouve en mal d'obtenir un enfant et se souvient alors qu'elle a eu une fille, abandonnée à la naissance dans le lit de la maternité. Son nouveau mari exigeant d'elle un bébé, d'un commun accord, ils décident d'en adopter un. Peu après, une jeune fille intègre son foyer comme ménagère dont, successivement, le fils adoptif et le mari de Ndinga succombent au charme...
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Ariane Prefna MMK
L’affreuse vie de Ndinga Roman
L’affreuse vie de Ndinga
Ariane Prefna MABIRI-MA-KAYA
L’affreuse vie de Ndinga
Roman
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr ISBN : ͻ͹ͺ-ʹ-͵Ͷ͵-ͳͲʹͳ͹-͹ EAN : ͻ͹ͺʹ͵Ͷ͵ͳͲʹͳ͹͹
Chapitre 1 Ndinga était une fille bien chérie par sa mère. Le rêve de celle-ci avait toujours été d’être l’épouse d’un millionnaire. Ce rêve n’ayant pas pu aboutir, elle voulait se consoler en espérant que sa fille en serait une. Elle la cajolait, elle la chérissait et la surestimait. Alors que cette jeune fille avait déjà vingt ans, elle ne savait, ne pouvait ni n’aimait faire quoi que ce soit. L’esthétique était son passe-temps favori. Différente de toutes les filles de la campagne où elle avait grandi, Ndinga était une fille rayonnante. Elle rayonnait en beauté et en hygiène également. Aucun homme de sa cité ne lui résistait. Elle attirait les hommes et méprisait les filles. Quand il s’agissait de se lancer dans les tâches ménagères, Ndinga appelait sa demi-sœur Karelle, fille de son père avec sa première épouse. Karelle qui était beaucoup plus jeune qu’elle, une fille douce, timide, calme et docile, s’occupait quotidiennement des tâches ménagères de la maison. Et Ndinga lui disait souvent : « Moi, je suis bien plus jolie, plus attirante que toi, ma chère cadette. J’ai belle allure, de belles manières. Je suis de celles qui sont en haut. Par conséquent, je ne peux pas me jeter dans la bassesse qu’est le ménage. Donc, c’est à toi de tout faire. Ne comptez pas sur moi là-dessus. Je ne suis pas une esclave pour pouvoir faire de tels travaux. J’ai le salon de beauté qui m’attend ! » Toutes les fois qu’on leur rendait visite, c’était toujours la petite Karelle qu’on trouvait en train de faire la vaisselle ou de nettoyer les meubles, alors que sa demi-sœur Ndinga soit mettait du vernis sur ses longs ongles, soit s’oignait les cheveux avec de la pommade odoriférante.
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« Arrête de balayer s’il te plaît, car la petite déesse doit passer » ou encore « pousse-toi quand moi, je passe » étaient ses slogans, quelques-unes des phrases qu’elle adressait quotidiennement à tous ceux qu’elle trouvait sur son chemin. Elle dégageait toujours une agréable forte odeur de vanille. Ses yeux étaient tantôt bleus, tantôt rouges, tantôt verts, tantôt marron ; tout dépendait des lentilles qu’elle y mettait au courant de la semaine. Toujours armée d’un petit sac à main, elle était toujours de sortie. Beaucoup de colliers encombraient son cou, ses mains et aussi ses oreilles et cette longue touffe de tissage qui lui arrivait toujours aux reins. Elle se déhanchait sur des talons pointus. On eût dit une prostituée allant dans un club de nuit. Elle hélait un taxi, et se rendait au centre commercial de sa ville. Dès son arrivée, elle voulait déjà que sa présence se remarque, et le geste qu’elle choisissait pour attirer l’attention sur elle était de tapoter sa chaussure au sol. Comme cela, tout le monde se retournait et dirigeait son œil vers elle. Avec le temps, tout le monde avait fini par s’habituer à cela. La renommée Ndinga, qui ne la connaissait pas dans cette localité ? Elle savait à quel point elle était jolie et aimait bien qu’on le lui dise. Elle se baladait toujours les mains en l’air comme pour montrer les ongles de ses doigts bien vernissés et sa démarche toujours dandinant. Les femmes mariées la détestaient parce qu’elle était une cible de choix de leurs époux. Ndinga ignorait tous les piétons qui lui souriaient sur son chemin, mais se montrait toujours sympathique vis-à-vis des hommes véhiculés quand ceux-ci la saluaient. Ces hommes riches simplement. « J’aime les hommes riches et je suis l’ennemie des hommes démunis. Cette beauté que le ciel m’a gratuitement accordée s’accroît grâce aux soins des hommes riches. D’ailleurs, je ne mérite qu’eux, disait-elle. Eux, ils te font découvrir ces hôtels à cinq étoiles, ces restos et ces cinés chics. Et même si leurs
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épouses s’opposent à ma relation avec eux, je me fiche complètement de leurs avis. Ou elles m’acceptent, ou elles dégagent tout simplement. » C’est le discours qu’elle tenait de temps en temps à ses amies. « Je veux des androïdes chers, de belles coiffures, des vêtements toujours neufs, des lèvres fraîches, de belles paires de chaussures, des pendentifs autour de mon cou et une haleine bonne et saine. Ainsi, cela n’est possible qu’avec l’argent. Cela vous étonnera peut-être, mais je suis d’en haut et j’y resterai toujours. » Elle tenait ce langage arrogant, mais au fond c’est dans une cabane négligée, qui comportait deux portes alignées dont une pour la première femme de son père et sa fille Karelle et l’autre où elle était logée avec sa mère qui l’encourageait et la soutenait dans ses réflexions et ses actes dévoyés, qu’elle résidait. En effet, cette attitude de Ndinga à vouloir se faire valoir était déclenchée et alimentée par sa mère, Eugénie. Pour celle-ci, Ndinga devrait être tout ce qu’elle n’avait pas pu être et avoir tout ce qu’elle n’avait pas pu avoir, devrait fréquenter des gens et des endroits qu’elle n’avait jamais pu fréquenter. Il faut le dire, certains de ses actes mêmes seraient commandités par Eugénie. Ndinga était le fruit même, l’objet parfaitement façonné par sa mère. Déjà, quand son père lui donnait des ordres pour faire la lessive, sa mère la retirait de là en disant : « Si tu veux ordonner des gens, va t’imposer auprès de ta fille Karelle, ma petite déesse n’est pas née pour ce genre de choses. » En première, alors qu’elle était au lycée, Ndinga avait pour petit ami le fils de la propriétaire du lycée qui, lui, était un garçon humble et gentil. Lionel était son nom. Ndinga se sentait fière de lui, elle s’affichait dans tous les coins de l’école avec celui-ci. Lorsque ce garçon vint la présenter à sa mère, celle-ci la rejeta.
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« De toutes les filles que tu aurais pu choisir à l’école, ce n’est que sur celle-ci que tu as jeté ton dévolu ? tempêta-t-elle. Ndinga est très belle, maman, et je veux vivre avec elle, répondit le jeune garçon. Oui, c’est parce qu’elle est très belle comme tu as su le dire que moi, je ne veux pas d’elle, fiston. Ce genre de filles attire tout le monde, et, sois-en sûr, elle sera un objet qui fera naître un conflit entre toi et tes amis. Oui, un objet. Ce genre de filles ne sont en réalité que des objets », poursuivit la mère du garçon. Mais Lionel, de son côté, ne voulait sous aucun prétexte lâcher Ndinga. Il se laissait corrompre par les envies de la jeunesse comme quoi avoir une jolie fille à ses côtés était un honneur. D’ailleurs, qui n’aimerait pas avoir Ndinga près de lui ? Alors, face à la trop grande opposition de Lionel, sa mère laissa faire et accepta les visites de Ndinga chez elle, malgré elle. C’était cela ; le matin à l’école en compagnie du fils de la directrice et le soir après l’école avec l’époux de sa voisine. Le jeune garçon de la directrice prenait bien soin d’elle. Ndinga ne manquait de rien si bien qu’elle voulut le dompter en essayant d’avoir un bébé avec lui. Mais avec sa mère qui ne l’appréciait guère, c’était très difficile. Cette directrice prit la décision d’éloigner son fils de Ndinga en l’envoyant dans l’un des districts de son pays, le Congo, afin d’y passer ses vacances de fin d’année. En réalité, ce n’était qu’un prétexte dont elle usa pour permettre à Lionel, son fils, d’oublier cette Ndinga. Plus le jeune garçon y demeurait, plus Ndinga accumulait les conquêtes. Le bonheur, le plaisir, le luxe, la popularité ? Seule Ndinga savait ce qu’elle recherchait dans la vie. Elle avait déjà un retard de trois semaines lorsqu’elle remarqua dans son organisme quelques changements. Elle vomissait sans cesse et crut avoir le paludisme. Quand son petit ami revint en juin, Ndinga était déjà à son troisième mois de grossesse. Elle avait fini par se convaincre que c’était en fait une grossesse et en était
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très ravie, car elle croyait avoir réussi son coup. « Ouf ! le garçon de la propriétaire du lycée est enfin à moi. A moi et seulement à moi », criait déjà victoire Ndinga. « Mais comment est-ce possible, ma chérie ? Comment cela ? Moi, je viens juste d’arriver et tu crois attendre un enfant de moi ? C’est si surprenant, ma foi ! s’étonna Lionel. Comment ne serait-ce pas possible ? Tu sais, je ne crois pas attendre un enfant de toi. J’attends vraiment un enfant de toi, rétorqua Ndinga. J’ai un doute… J’ai un doute, ma chérie, repartit le jeune homme. Alors, elle est de combien de mois déjà, cette grossesse ? » Ndinga croyait avoir en face d’elle un enfant très gâté qui par sa naïveté devrait accepter tout ce qu’elle était en train de lui dire. « Je veux une preuve, ma chérie, poursuivit le jeune homme. Tu dois te soumettre à un examen et en ma présence. » Ndinga était surprise d’entendre cela de Lionel. Elle ne s’attendait pas à une telle réaction de sa part et se disait que Lionel accepterait la grossesse sans discuter. Là, elle n’avait pas le choix. Même si elle le voulait et se disait que Lionel en était l’auteur, elle avait un doute quand même à cause de ses nombreuses fréquentations. « Ça ne peut être que de toi, Lionel. Seulement de toi. J’avais déjà tout prévu », songea-t-elle. Comme ils avaient convenu, le lendemain les deux jeunes gens se rendirent chez le gynécologue où le jeune homme apprit que cette grossesse était de trois mois. Il se sentit lourd, las pour rentrer chez lui. Il se sentit trahi. Ndinga, confuse, disparut non seulement de la clinique mais aussi de la vie du garçon sans qu’on n’eût pris la peine de la chasser, sans qu’on ne lui dise un seul mot. La confusion pousse souvent à ce genre d’agissements ; des disparitions soudaines et inattendues.
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