Au café du poète maudit

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A la fin des années cinquante, dans un pays ruiné par une guerre sans merci, une jeune fille d'un milieu modeste et paysan lutte pour se faire une place dans la société. La froideur et l'ironie de son nouvel entourage belgradois, ses problèmes familiaux, ses difficulté matérielle, ses doutes idéologiques à l'endroit du nouveau régime politique, son amour tenace pour un proscrit bien plus âgé qu'elle, s'entremêlent dans ce combat pour la vie.
Publié le : mardi 1 mars 2011
Lecture(s) : 39
EAN13 : 9782296455801
Nombre de pages : 230
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Au café du poète maudit
Zlata Zivadinovic
Au café du poète maudit Roman
Traduit du serbe par l’auteur
Du même auteur : Lubiotte, L’Harmattan, 2005
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54191-7 EAN : 9782296541917
Comment ces noms se prononcent-ils? Bačina se prononce Batchina Banja-Luka Banya-Louka Božidar Bojidar Božović Bojovitch Brakus Brakous Budva Boudva Ćićevac Tchitchévatz Ćuprija Tchoupriya Despotovac Despotovatz Ěilas Djilas Doboj Doboye Dobričevo Dobritchévo Dorćol Dortchol Dragi Dragui Dragiša Draguicha Držić Derzitch Dušanovac Douchanovatz Grabovac Grabovatz Juca Youtsa Kalenić Kalénitch Klet Klett Kolunđija Koloundjiya Kruševac Krouchévatz Ljubinka Lioubinka Miljković Milkovitch Moše Moshé Niš Nish Nišava Nishava Pantelić Pantélitch Pijade Piyadé Prešeren Préchérenn Prešernova Préchernova
Prošek RajkovićRakovica Ravanica Saša Senje Slavija ŠpricerStanićStradun Šujica Tašmajdan TemnićTerazije TomićTopčider TucakovićUjevićVoja VojkanVućkovićZavidovići
Prochek Raïkovitch Rakovitsa Ravanitsa Sacha Ségné Slaviya Chpritzer Stanitch Stradoun Chouïtsa Tashmaïdan Temnitch Téraziyé Tomitch Toptchider Toutsakovitch Ouyévitch Voïa Voïkann Voutchkovitch Zavidovitchi
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En automne, la lumière du jour s’éteint vite. Le médecin est parti. Milisav est isolé dans sa chambre, gravement malade. Je me tiens là, près de lui, muette, ne sachant que dire ni faire, ressentant le poids de ma responsabilité. Par la fenêtre, j’observe la lune qui danse sur les toits voisins pendant que ses ombres caressent les cheveux de mon frère. Demain, tôt, il me faut avertir nos parents. Fatiguée et assoiffée, je tends la main vers la table. - Tu ne dois pas boire de mon verre ! - me prévient-il, à peine audible. Secoué et touché, il continue : - Et pourtant, dans la famille, tout le monde boit des mêmes verres. Dans les champs, tous boivent à la même bouteille, essuyant tour à tour le goulot de leur manche souillée de boue et de sueur. Tu te rappelles comment Père a sculpté une courge, pratiqué une ouverture sur le côté, et percé deux trous au sommet pour y faire passer une cordelette, avant de la suspendre à la branche qui se penche sur la source. Tous les passants en profitent. Et, dans les fêtes, les convives se congratulent « à la tienne ! » en tétant à tour de rôle le bec du cruchon d’eau-de-vie, sans dommage apparent. Ce n’est pas le moment de lui dire que, selon les récits de Mère, beaucoup de paysans pensent qu’être malade est une faiblesse et une honte. Ils cachent leur peine et ne cherchent du secours que quand il est déjà trop tard. - Reste jusqu’à ce que je m’endorme.
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Au café du poète maudit
Ses paupières alourdies se referment. J’observe sa fatigue, et réfléchis. Je le revois à chaque instant de notre enfance, quand nous étions inséparables. J’aimerais n’avoir rien à me reprocher, l’ai-je blessé sans le savoir ? Les enfants font des bêtises innocemment. Peut-être, par étourderie, ai-je prononcé des mots qui lui ont fait mal ? Je suis troublée. Comment, d’un coup, rassembler toutes les mauvaises actions que j’ai commises, et m’agenouiller pour lui demander pardon ?
Le lendemain, pour la première fois de ma vie, je dois téléphoner. Au guichet, l’employé me dit : - Va t’asseoir, ton tour viendra. Je t’indiquerai la cabine où tu auras ta communication. La salle est pleine de monde, il n’y a plus de place. Je suis morte de fatigue. Tous les regards pèsent sur moi, comme sur ordre. Je suis face à quelque chose d’inconnu. Dans l’attente, mes paumes sont moites,. En fait, je ne sais pas pourquoi j’ai peur, puisque tout le monde ici est tranquille. -Cabine ,appeldeDobriþevo-annoncel’employéderrière son comptoir. J’entre et m’arrête, comme terrassée, devant une boîte de métal noir sur laquelle est accroché un téléphone. Par bonheur, un homme sortant de la cabine voisine s’approche, paternel, et me le place dans la main. Je le serre bien fort, comme s’il allait s’envoler. De l’autre bout du fil me parvient la voix de Père : - Allo, allo, Zlato, c’est toi ? Qu’est-il arrivé ? Emportée, je crie à pleine gorge que Milisav est tombé malade. - Viens, Père, ta présence est indispensable. On demande ta signature pour l’hôpital et le traitement. Ils nous disent que nous sommes mineurs. Je t’en supplie, Père, viens. J’ai peur. - Calme-toi, ne t’inquiète pas, j’arrive demain matin.
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