Chaos

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Le chaos est un receuil de nouvelles qui promène le lecteur à travers une vie quotidienne confuse : Pondo entreprend un voyage dans l'espoir de sauver sa mère malade ; Sidibé Zolo est condamné à végéter et à errer dans les rues ; le slip du pasteur est exhibé au tribunal ; Kenguet, au lieu d'êre la particulière du chef, devient plutôt " la partie" de celui-ci...
Publié le : mardi 1 mai 2012
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EAN13 : 9782296490246
Nombre de pages : 122
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Le Chaos
Ernest BOMPOMA IKELE
Le Chaos
Nouvelles
Nous sommes conscients que quelques scories subsistent dans cet ouvrage. Vu l’utilité du contenu, nous prenons le risque de l’éditer ainsi et comptons sur votre compréhension © L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-96733-5 EAN : 9782296967335
A MOTA Clémentine, ma mère
Un voyage ennuyeux Voici déjà huit jours que Pondo avait payé le billet de transport auprès d’un boy-chauffeur de camion assurant le transport des passagers de Ngoyo la capitale des Kimpeni pour Ilobi, un village situé dans les bas-fonds de la forêt vierge, après avoir reçu un télégramme lui annonçant l’état comateux dans lequel se trouvait sa mère. Cette fois, il avait quitté la maison avec l’espoir de voyager après de multiples assurances du chauffeur qui avait juré, au nom de tous ses ancêtres, que le camion quitterait Ngoyo quel que soit le temps qu’il ferait. Arrivé à la gare routière, les yeux hagards, Pondo trouva le véhicule à la même place, chargé, plein comme un œuf, la musique à fond pour bercer les passagers qui, pour la plupart, avec un morceau de serviette enroulé au cou, fredonnaient au son de la musique qui venait des haut-parleurs accrochés à la carrosserie. Après avoir fait la ronde de la ville avec des tonnes de marchandises embarquées, le véhicule de marque Isuzu s’était immobilisé là où le boy-chauffeur et son chauffeur venaient de déceler une énième panne. Pondo était aux abois, surtout qu’avant d’y arriver, il avait résolu de régler leur compte à ces imbéciles qui devaient lui rembourser son billet avant de voyager par un autre camion qui devait le conduire au même endroit. Mais, il ne se rendait pas compte qu’il n’y en avait presque pas. Il n’était pas possible qu’on en dénombre plus de trois par semestre. Ilobi était pourtant une grande agglomération qui comptait plus de trois mille habitants et où étaient affectés les administrateurs. Curieusement, ses habitants vivent à l’image des gorilles de la grande forêt équatoriale. Sans aucune gêne, l’Etat avait envoyé ses représentants dans ces localités très reculées qui ne bénéficiaient d’aucune attention de la hiérarchie. On ne pouvait accéder à ces bas-fonds que par véhicule. A l’époque, des bateaux micro-pousseurs, débaptisés des M.P, permettaient aux plus démunis d’y accéder par voie fluviale. Mais, depuis que le patron, père de la 7
nation, avait ordonné la construction d’un pont moderne sur le fleuve, la voie avait été obstruée pour les petits bateaux qui se trouvèrent immobilisés au port autonome, cédant le témoin aux commerçants véreux, qui, dépourvus de licence d’exploitation, d’assurance… sans respect d’aucune norme, exploitaient les pauvres populations qui n’avaient commis pour seul péché que d’habiter ces localités situées à l’opposé de celles qui avaient accueilli les enfants des juifs qui s’étaient fixé pour mission de civiliser ces barbares. L’opposé pour les dirigeants signifiait effectivement la nuit, l’obscurité, c’est-à-dire l’abandon total sans bénéficier ne serait-ce que d’un clin d’œil du pouvoir. Comme toutes ces localités, Ilobi était restée dans cet état, cachée dans la grande forêt. La plupart des espaces étaient repliés sur cet univers réduit. Le culturel, l’économique, le social…, tout était limité à cette ambiance des barbares où très souvent à la fin de la journée, à la suite d’un dur labeur, chacun venait chez le chef du village conter ses rêves dans l’espoir d’en avoir une explication. L’événement rassemblait la plupart des villageois qui venaient puiser aux sources de la sagesse africaine les signes révélateurs d’un avenir. C’était l’unique distraction qui réunissait tout le monde à la suite de laquelle venaient les jeunes qui, dans leurs habitudes, au clair de la lune jouaient au tam-tam, question de passer le temps. On pouvait disposer d’un poste récepteur, mais pour capter quelle chaîne ! Ensuite, les piles représentaient un budget énorme pour ces villageois qui vendaient le régime de bananes à un demi-dollar. Un grand paradoxe. Après les multiples plaintes, à l’endroit des pouvoirs publics qui ne donnaient aucune réponse rassurante, les populations avaient décidé de ne plus se plaindre et de vivre leur vie à leur juste mesure. Car, il est difficile, voire impossible, que quelqu’un d’autre prenne soin de vous comme vous le souhaitez, quel que soit le degré d’amour qui peut l’animer. Il est clairement établi que l’homme est le boulanger de sa vie, comme le dit Jacques Roumain, ce grand penseur appuyant Voltaire, qui serait le grand maître des Noirs qui attendent toujours la manne providentielle qui, malheureusement, finit par les rendre aveugles, fanatiques, sourds, hypocrites, pessimistes… parce qu’ayant reçu l’assurance de la part d’un guide, d’un sauveur. Les populations d’Ilobi l’ont compris avant que notre penseur ne 8
vienne les évangéliser sur la vie. Celle-ci est une étape, un passage. Mais, plus qu’un enfer, elle exige un état d’âme pour la vivre au rythme voulu. Toutefois, cette conception, pourtant pleine de sagesse, semblait perdre de la valeur ou donnait un autre qualificatif à ces peuples qui n’avaient pas droit à l’écran, à la machine, à l’électricité… bref, à ce qui constitue le modernisme. Cette vie autarcique n’était pas différente de celle des espèces qu’on pouvait dénommer les « forestiers » qui ne pensent, mangent, dorment, boivent que forêt. Dès lors que le vingt-et-unième siècle construit le village planétaire, comment peut-on prétendre vivre dans une société sans attache, même avec la capitale du pays ou encore avec celle d’un autre département du même pays ? Néanmoins, les populations étaient contraintes de vivre ainsi. C’est la conduite dictée par les autorités censées administrer cette contrée. Ilobi, sous-préfecture de plus de trois mille habitants, bâtie sur un terrain accidenté, rocailleux, traversée par l’équateur, était un site touristique qui pouvait drainer autant de touristes que les pyramides. En effet, les espèces animales qu’on y rencontre témoignent de sa particularité. Un matin, ces peuplades n’ont pas été surprises que les Américains viennent dans leurs avions dévirginiser leurs forêts, déranger leurs génies, sous prétexte qu’ils avaient découvert un dinosaure qui habiterait les eaux noires profondes qui longent le village de Pondo. Cependant, en dépit de l’existence de leur pachyderme, ils étaient là, les Ilobiens, porteurs de la croix qui condamnent les sans-espoirs. Dès qu’il vit le véhicule chargé depuis le jour précédent, au même endroit, avec des clients pour la plupart ivres dont certains dansaient; tandis que d’autres s’égosillaient à accompagner les musiciens et, au bas duquel se trouvaient deux mécaniciens, noircis par la graisse du véhicule, à la recherche d’une panne, Pondo réalisa combien c’était un péché d’être né dans un monde où la présence d’un cadavre sur le passage n’émeut personne. « Ils agissent ainsi parce qu’ils ne savent pas ce que je ressens. Mes parents pensent que je suis insensible à la maladie de ma mère », marmonna-t-il. Triste, le cœur bouillonnant, il trouva les mêmes passagers, autrefois fâchés, de bonne humeur parce qu’ils avaient compris ce que c’est qu’un boy-chauffeur et un chauffeur sur la route qui mène à Ilobi. Il n’était pas recommandé d’être en colère 9
sur cette route, disait-on. Un de ses amis avec lequel il avait presque les mêmes intentions l’approcha avec un verre de vin de maïs en main et le lui tendit. D’un coup, Pondo le balança et les autres passagers se mirent à rire. Il voulut assommer son ami de coups, les autres passagers intervinrent et la bagarre fut évitée. Tous arrêtèrent de danser et vinrent à lui pour lui expliquer que de telles attitudes n’étaient pas autorisées dans un voyage par camion. Car, trop y penser est une voie ouverte à l’ulcère ; en ce sens qu’en route, c’est pire que ce qu’il voyait. Autrement dit, l’ambiance qu’il voyait au niveau de la gare routière n’était qu’un moyen de se disculper de la torture qui les attendait pour ne pas vivre un voyage ennuyeux. Honteux, Pondo se retira, alors que sa poitrine se gonflait et se dégonflait. Il pensa à la malade qui serait certainement morte et enterrée. Ah ! la pauvreté. On ne trouvait aucun médicament dans les dispensaires de fortune animés par les amateurs formés sur la base des maladies récurrentes. Il attendit… puisque aucun autre camion ne pouvait rendre le risque de s’enfoncer dans un tel bourbier en roulant sur cette voie de quatre cent cinquante-deux kilomètres, goudronnée à peine au cinquième. Le reste, c’était la zone marécageuse. Les mécaniciens bricolèrent, soudèrent les pièces, graissèrent les ponts… pendant ce temps, certains passagers dormaient par terre, tandis que d’autres continuaient à faire les courses pour acheter soit le pain, le sel, le café, les piles, les cassettes à la mode et autres utilités qu’ils ne s’étaient pas encore procurés. Enfin, on monta le dernier pneu après deux jours supplémentaires d’attente. A 9 heures, le matin du dixième jour, le camion qui ne présentait plus aucun handicap devait donc démarrer pour Ilobi. Non, il fallait encore s’attendre à autre chose. Pondo eut l’impression que ce camion n’était pas destiné à les faire voyager. Il pensa, scruta les fonds cachés d’un voyage qui, selon lui, risquait de ne pas se faire. Le carburant était insuffisant, il fallait l’acheter. La particularité est qu’il n’était pas vendu la nuit dans cette ville. En effet, les quelques rares privilégiés à qui le gouvernement avait autorisé la vente de cette denrée rare dans les pays des singes avaient leurs clients privilégiés qu’ils pouvaient servir à n’importe quelle heure ; alors que les enfants de Juda étaient condamnés à attendre la nuit pour s’approvisionner. Le gros véhicule roula dans toute la ville 10
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