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Chercheur d'Éternité

De
270 pages
Jean-Sébastien Bach raconté par lui-même, tel est le thème de ce livre. Vous y découvrirez l'univers d'un des plus grands génies de la pensée musicale occidentale. Il essaiera de vous faire comprendre qu'au-delà du simple divertissement, la musique est, comme le disait Beethoven, une "révélation au-delà de toute sagesse et de toute philosophie". JS Bach a peu parlé de lui mais son oeuvre remplace tous les témoignages.
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Chercheur d'Éternité
Jean-Sébastien Bach(Ç)
L'Harmattan, 2009
5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattanl@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-07958-8
EAN : 9782296079588Jean - Luc Delut
/
Chercheur d'Eternité
Jean-Sébastien Bach
Récit
L'HarmattanN ote de l'auteur
Nous ne pouvons comprendre ou sentir
une grande œuvre d'art sans, jusqu'à un
certain point, répéter et reconstruire le
processus créatif par lequel elle a vu le
jour. Ernst Cassirer
La vie, les pensées de JS Bach sont indissociables de sa
foi, l'omettre serait une faute impardonnable. Néanmoins, je
tiens à préciser que les nombreuses références à Dieu ne sont pas
nécessairement les miennes. Ce récit ne souhaite faire aucun
prosélytisme religieux, mais uniquement du prosélytisme musical
en renforçant le lien entre Musique et Spiritualité.
L' œuvre d'art est, avant tout, le produit d'une pensée et
d'une humanité en marche, et mon objectif est de faire ressentir
celle de JS Bach. Loin de moi l'idée que l'acte créatif puisse être
le fruit ou dicté par une quelconque forme de divinité ou de
transcendance, ce serait dénier aux hommes et aux artistes, leurs
pouvoirs de création et, au-delà, leurs capacités à nous faire
accéder aux beautés de notre propre humanité.
La Musique n'a pas plus de vocation religieuse que de
vocation laïque. Elle est un langage à part entière dont le but est
de nous aider à "toucher" à quelque chose d'autre, à ce que
Malher appelait "l'autre monde" ou que Beethoven (qui
composa peu pour le culte) résumait en disant que "la Musique
est une révélation au-delà de toute sagesse et de toute
philosophie". La Musique s'inscrit dans une démarche spirituelle
en permettant par l'union du sensible et de l'intelligible de faire
accéder nos sensibilités et intelligences à des états supérieurs de
conscience derrière lesquels se profilent quelques vérités
essentielles dont l'ultime objectif est, avant tout, de nous rendre
plus humains. C'est ce que je tenterai de vous faire percevoir.8 Chercheur d'Éternité
Donc, que vous soyez croyant ou athée, ce livre s'adresse
à vous de la même façon. Pour les premiers, vous serez comblé;
quant au second, imaginez Dieu comme un concept qui peut
prendre des formes bien différentes. Au-delà de Dieu, il s'agit,
essentiellement, avec JS Bach de spiritualité, une spiritualité qui
transcende tous les clivages. Sa musique nous élève vers des
sphères insoupçonnées auxquelles vous accéderez si vous savez
vous abandonner, vous abstraire de la réalité et mettre votre
raison en veille.
JS Bach est un compositeur majeur qui a réussi l'exploit
de synthétiser toutes les tendances musicales de son époque et a
offert à toutes les générations de musiciens un vivier d'idées et de
modèles musicaux. TIa profondément marqué la pensée musicale
occidentale, mais en ce domaine, pas d'exclusivité et je ne peux
que vous recommander l'usage d'autres "drogues" (liste non
exhaustive): Vivaldi, Lassus, Haendel, Beethoven, Mozart,
Chopin, Schubert, Schumann, Verdi, Rachmaninov,
Chostakovitch, Stravinski, Poulenc, Ravel, Debussy, Wagner... et pour
ceux que cela tente: Schoenberg, Varèse, Boulez, Ligeti, KageL..
mais aussi Reich, Part ou Glass Tous ces compositeurs
représentent un monde d'une richesse infinie et je suis certain que l'un
d'entre eux rentrera en résonance avec votre propre sensibilité.
Dernière précision: Bach étant incapable d'écrire sur ses
derniers jours, le monologue fictif rapporté dans ce récit est
dicté à un personnage anonyme.
Bon voyage à tous dans l'univers "bachien" et au-delà
dans l'univers musical, une des plus belles et des plus hautes
expressions de notre Humanité.
« La musique est l'aliment de l'amour» William ShakespeareChapitre 1
es yeux se meurent et la nuit tombe sur ma vie. Mes forcesMs'échappent lentement et inexorablement de mon corps
affaibli, ce corps qui m'a toujours si bien servi sans jamais faillir,
mais que le temps et le travail ont usé. Je redeviens poussière et
mon âme se prépare maintenant à l'Ultime Rencontre.
Les jours me sont comptés, mais il le faut... il le faut...
Mon Dieu aide moi 1...Guide ma parole, comme Tu l'as fait avec
ma musique, pour qu'une dernière fois, avant que Tu
m'ensevelisses dans un silence éternel, je puisse livrer un dernier
témoignage. Un témoignage en forme de cri d'espoir... pour dire
à mes frères humains, combien je les comprends dans leur
douleur... pour dire à mes frères humains, combien la vie est
belle et qu'il ne faut désespérer de rien, ni craindre la Mort...
pour dire à mes frères humains que s'ils cherchent un peu, ils
trouveront en eux la parcelle de divinité qui les rend si
uniques... Un témoignage comme un dernier acte d'Amour,
.,. . , .,. , .
pour ceux que J aI almes, ceux qUl m ont aIme et ceux qUl
m'aimeront, si la postérité en décide, à l'écoute de mes œuvres.
Je fus un homme simple auquel la vie a réservé bien des
tours, des mauvais comme des bons. Si j'ai pu la traverser sans
trop d'encombres, c'est en partie à la Musique que je le dois. Elle
m'a donné le courage de me battre, de résister et de persévérer,Chercheur d'Éternitéla
envers et contre tout, sur le chemin difficile de l'existence; elle
fut ma source de jouvence, mon combat, ma raison d'être et de
vivre. Les joies qu'elle m'a procurées m'ont raffermi dans mon
désir de surpassement, et surtout, elle m'a révélé des vérités
éternelles, rendues accessibles par l'émotion et l'écriture
musicales. Suivez-moi, et peut-être à votre tour, les
discernerezvous ou les toucherez-vous, sinon du doigt du moins en esprit.
Je ne tire aucune fierté de ce que je fus; tout ce que j'ai
fait, tout ce que j'ai éprouvé, je le dois à Dieu et à la Musique,
cette Musique qui en dira, à jamais, plus long sur moi et sur
l'humanité que toutes les paroles du monde. Ma vie n'a rien de
remarquable, et ce que j'ai vécu, beaucoup d'autres le vécurent,
le vivent et le vivront. Nous sommes tous reliés par un lien
invisible et un destin commun dont nous ne sommes pas toujours les
maîtres, un destin qui s'inscrit dans un grand dessein auquel tout
homme participe par la réalisation d'une mission particulière
allouée par Dieu, mais qu'il lui appartient de découvrir. Dieu se
contente de nous montrer des voies à suivre et nous laisse libres
de choisir la bonne. Pour trouver la réponse, nous devons, par
un effort d'introspection, obliger notre conscience à écouter
notre voix intérieure, émanation de l'once de divinité qui est en
nous et porteuse de la volonté divine; seul cet effort nous aidera
à saisir la direction vers laquelle nos routes doivent incliner. Le
cas échéant, TI tentera de nous remettre sur le bon chemin,
parfois de façon brutale, mais de nos choix résulte chaque
évènement de notre vie, et il nous faut apprendre à en tirer les
enseignements pour nous mettre en conformité avec le rôle qui
nous a été confié. Cette écoute permanente est une nécessité si
nous ne voulons pas nous exposer au pire des désagréments. J'en
fis plusieurs fois l'expérience.Chercheur d'Éternité 11
Pour rendre mon propos cohérent, il me faut suivre un
fil d'Ariane: celui de ma vie présentée dans sa chronologie. C'est
au travers de son parcours qu'un homme peut être compris dans
toute son intégralité et sa complexité. Nos expériences,
heureuses et malheureuses, forment notre caractère et retentissent sur
nos créations; elles les éclairent, les façonnent et en expliquent la
genèse. Parfois, la Providence nous oblige à prendre des chemins
détournés et à explorer des territoires inconnus, mais ces détours
nous enrichissent en contribuant à diversifier notre vision du
monde et de notre Humanité et, par là même, à nous ouvrir à
des réalités dont les œuvres d'art se font l'écho.
Je vais vous narrer la vie d'un homme avec tout ce que
cela comporte de forces et de faiblesses, de chances et de
malchances, de joies et de tristesses, de zones d'ombre et de
lumière, de ce qui guide une existence en bien comme en mal.
Dieu en sera bientôt le seul juge. La particularité de ce récit
résidera, bien sûr, dans l'omniprésence de la Musique sans
laquelle je n'aurais jamais été ce que je fus et sans laquelle ce
témoignage n'aurait aucun intérêt. Comment pourrais-je occulter
A . ,. .."cette maltresse qUI a occupe mes Jours et mes nUIts Jusqu a user
mes yeux, et pour laquelle j'ai tout... absolument tout donné!
Elle m'a aidé à livrer le meilleur de moi-même, et je prie dans le
secret de mon cœur pour qu'elle vous procure autant de sérénité,
de calme, de volupté et de révélations qu'elle le fit pour moi.
Mes œuvres témoignent de mes émotions, de mes
sentiments, de mon cheminement physique et spirituel, mais le
tableau serait incomplet si je n'apportais pas quelques précisions
sur mon trajet terrestre. Au crépuscule de ma vie, avant de me
confesser à Dieu, je ressens comme une nécessité de me aux hommes. Certains penseront qu'une telleChercheur d'Éternité12
confession sous la forme d'un récit autobiographique relève
d'une grande prétention, comme Pascal dans ses Pensées le
reprochant à Montaigne. C'est possible... Prétentieux, il m'est
arrivé de l'être, mais j'en ai trop souffert pour que, parvenu au
terme de mon parcours, je retombe dans cette erreur.
Néanmoins, vous êtes libre de le croire. Après tout, je ne suis
qu'un homme, résolu dans sa volonté de perfection, mais
imparfait dans sa réalisation. Cependant, certaines formes de
vanité ne sont-elles pas humaines, profondément humaines et, à
ce titre, éminemment excusables? Nous sommes si peu de
choses, face à Dieu et aux forces qui nous gouvernent, que
chacun d'entre nous ne rêve-t-il pas, en secret, de laisser une
trace de son passage sur cette terre de misère? Ce désir, avoué
parfois, caché le plus souvent, reste et restera une des principales
préoccupations de vous, mes frères humains, mes frères en joie,
en douleur, en tristesse comme en espérance. Notre besoin de
descendance, de transmission matérielle ou spirituelle en est une
preuve évidente. Nous aimons l'idée qu'une partie de
nousmêmes puisse perdurer après notre disparition. C'est une
aspiration bien frivole au regard du salut de notre âme, mais
tellement vénielle que je suis persuadé que Dieu nous pardonne
tant que nous restons humbles et conscients de notre
insignifiance. Par contre, la vanité devient totalement
inexcusable quand elle présente le visage de la fatuité ou de
l'arrogance, et qu'elle conduit ceux qui, aussi vides qu'une
baudruche, s'estimant investis d'une "supposée" supériorité et
le plus souvent incultes et sots, créent, par excès de confiance en
leurs jugements généralement erronés, des situations injustes et
douloureuses. Je ne vise personne en particulier, mais certains
Leipzigois se reconnaîtront dans ce portrait peu flatteur.Chercheur d'Éternité 13
C'est certainement prétention de croire que ma vie
puisse intéresser quelqu'un. C'est certainement vanité que
d'espérer que d'autres personnes se sentent concernées par ce
que j'ai vécu, ressenti ou découvert, et ma seule préoccupation, à
cette heure, devrait être le salut de mon âme, et la postérité, le
dernier de mes soucis. Mais vous qui lirez ces quelques lignes, ne
vous arrêtez pas aux apparences, car ma démarche est également
dictée par un devoir: un devoir familial à l'égard de mes enfants
et de tous ceux qui portent mon nom. Retracer la vie de celui qui
fut leur père leur permettra de mieux connaître leurs origines et
les aidera à structurer leur propre vie. Comme une maison qui
repose sur ses fondations ou l'arbre qui tire sa force de ses
racines, elles sont indispensables à notre ossature morale et
psychologique, ossature à partir de laquelle chacun d'entre nous
bâtit sa cathédrale intérieure, non seulement à l'aune de ses
expériences particulières, mais aussi de celles de ses proches.
Chez Les Bach, nous avons toujours mis un point
d'honneur à garder le lien avec notre tradition familiale et nos
racines; ces racines qui nous ont construits et ont contribué à
créer un esprit de solidarité presque sans faille. Puisque Bach
signifie" ruisseau", je me dois, telle l'eau s'écoulant de sa source
jusqu'à son estuaire, de poursuivre cette tradition. Puisse notre
famille en sortir renforcée et que cet esprit d'entraide, dont j'ai
bénéficié et fait bénéficier les miens, puisse se perpétuer dans le
monde d'ici-bas. C'est dans cette intention que j'ai entrepris, il y
a quelques années, un travail sur la généalogie des Bach. Ce
projet de récit était né à cette époque, me jurant d'apporter une
pierre supplémentaire à l'édifice en y ajoutant l'histoire de ma
vie. Je l'avais toujours différé, préférant me consacrer, dans le
silence et la solitude de mon atelier intérieur, à mes dernières14 Chercheur d'Éternité
œuvres qui constitueraient mon testament musical, mais
aujourd'hui, devant l'imminence de ma fin, je me dois de passer
à l'acte. J'espère simplement que Dieu me laissera assez de temps
pour y parvenir... Depuis plusieurs semaines, mes yeux me font
souffrir et je me sens faible. Je pensais que cette nouvelle
opération réalisée par le Dr Taylor améliorerait ma vue et me
permettrait de reprendre avec assiduité mon travail, mais la vie
me quitte... Et pourtant, j'aurais encore tant à écrire, tant à
accomplir... Malheureusement, cette intervention a échoué et
l'appel de Dieu se fait de plus en plus pressant. La lumière de la
vie m'a déjà abandonné, me plongeant dans une pénombre
permanente. La nuit est tombée sur mes vieux jours, toutefois je
sais que la lumière reviendra avec la mort, cette mort que j'ai tant
de fois côtoyée et si souvent fait chanter dans mes cantates...
.. .Autre raison de cette confession: mon devoir de
transmission aux futures générations. Je suis persuadé que nous
avons toujours des enseignements à tirer de la vie, du travail ou
des pensées des autres. Mes œuvres en portent témoignage; elles
puisent leurs substances de l'étude des maîtres du passé et de
leurs conceptions de l'art musical. Même si mon existence n'est
pas exemplaire - le croire serait d'une prétention
impardonnable -, certaines de mes idées, de mes théories sur la
Musique et de sa place dans notre monde susciteront, peut -être,
quelques réflexions ou éveilleront quelques consciences à des
réalités qu'elles avaient peu ou mal appréhendées. Toute
expérience est un trésor à distribuer et à faire partager.
Oui, je le concède, il y a bien un peu de vanité dans tout
cela, mais la sincérité de mes propos et mon amour pour Dieu, la
Musique et les Hommes devraient m'attirer votre bienveillance
et votre pardon.Chapitre 2
lus que de vanité, je préfère parler de fierté, au sens nobleP du terme, de celle qui nous confère l'estime de nous-mêmes.
Quand je vois tout le chemin parcouru, j'en suis fier: fier de mon
devoir accompli, fier de mes enfants, de ma femme et de ma
musique. Certes, rien n'est parfait et tout peut être amélioré,
mais l'heure est au bilan et plus aux regrets, et je n'ai pas à
rougir. Dire le contraire serait de la fausse modestie et il est vrai
que j'en ai parfois usé, car elle s'avère socialement très utile. Il y
a toujours avantage à minimiser ses propres qualités pour mieux
les faire reconnaître par les autres. Ce procédé m'a souvent
amusé, mais "user" n'est pas "abuser" et, comme en toutes
choses, la clé de l'équilibre réside dans l'art de la parcimonie,
sinon, en l'occurrence, grand est le risque de perdre tout crédit,
la modestie ou l'humilité pouvant passer pour de la fourberie. Je
me dois ici, dans un souci d'authenticité, d'être le plus proche de
la vérité sur moi-même et sur les autres.
Par contre, je regrette mes démêlés avec les autorités de
Leipzig qui m' ont gâché la vie. Je dois reconnaître que mon
caractère entier, susceptible et intransigeant, dès qu'il était
question de musique ou de mes fonctions, n'a rien arrangé, mais
de leur côté, en me traitant de "médiocre" et d"'insupportable",
qu'ont-ils fait pour me comprendre? Je leur pardonne leur16 Chercheur d'Éternité
aveuglement et leurs erreurs de jugement; il est indispensable,
avant le grand et ultime voyage qui m'attend et les retrouvailles
avec tous ceux que j'ai aimés, que mon cœur s'allège de toute son
amertume, s'apaise et retrouve la paix.
Ces démêlés sont insignifiantes au regard de la fidélité,
de l'attachement de mes élèves ou de ma famille et des marques
de reconnaissance que je reçus de la part d'hommes cultivés dont
l'approbation contenait infiniment plus de valeur que celles de
prétentieux personnages. Ces déboires étaient complètement
oubliés quand je sentais l'âme des fidèles tressaillir sous l'effet de
la Musique, ou quand je saisissais que leurs esprits avaient perçu,
le temps d'une étincelle, l'Éternité éclairée par La Présence de
Notre Seigneur et que leurs attitudes recueillies, empreintes de
sérénité et de joie, témoignaient du fait qu'ils avaient atteint
quelques cimes spirituelles d'où ils entrevoyaient le monde
différemment. J'étais récompensé de tous mes efforts. Ce n'était
pas constant, mais chaque fois que cela arriva, j'étais le plus
heureux des hommes, sûr ainsi d'avoir rempli ma mission.
Malgré l'absence de manifestations explicites de reconnaissance,
notamment de la part de ceux qui m'employaient, ces signes
implicites, non verbalisés que ma sensibilité ressentait, me
confirmaient dans la justesse de mon écriture et valaient mille
remerciements et encouragements.
Dans mes œuvres profanes, j'ai cherché, d'une manière
identique, à reproduire les mêmes effets auprès des auditeurs, en
essayant de créer une connexion avec le divin qui est en nous.
Comme le rappelait si bien mon ami Gesner!, recteur de St
Thomas à Leipzig, la Musique n'est-elle pas le meilleur moyen de
communication entre les hommes et les chœurs célestes? DansChercheur d'Éternité 17
chacune de mes compositions, qu'elle soit profane ou religieuse,
le doigt de Dieu m'a guidé.
Puissent mes fils me succéder dans cette tâche et ne pas
céder aux modes superficielles qui feraient perdre à leurs
propres œuvres toute la profondeur que Notre Seigneur m'a aidé
à mettre dans les miennes. Je fais preuve, ici, d'un manque
impardonnable d'humilité, mais Le servir n'exige-t-il pas une
certaine forme d'orgueil? Pour l'homme et l'artiste de haute
vertu, il est un aiguillon de l'intelligence qui le pousse à se
dépasser, à repousser les limites du possible et à livrer le meilleur
pour le bien de l'Humanité. La Musique est une illustration
suprême du Bien et j'ai toujours eu l'intime conviction qu'avec
elle, je me mettais au service de tous, que je pouvais enchanter les
jours gris et réjouir les cœurs et les âmes en peine par une caresse
d'Amour. Par son accès immédiat à notre sensibilité, par sa
puissance émotionnelle, elle réussit l'exploit d'attendrir les durs
et de donner de la force et de l'espoir aux faibles, et chaque fois
que je m'enfermais dans mon atelier intérieur, avant même
d'apposer la première note sur la partition encore vierge, je priais
pour le salut des hommes. C'était une façon de me concentrer et
de capter l'inspiration divine pour faire en sorte que Le Bien
s'incarne dans ma musique.
Cette remarque m'évoque une anecdote récente.
Quelqu'un me demandait: «de toutes vos œuvres, quelle est
celle que vous préférez?» Je trouvai l'utilisation du singulier
saugrenu et par provocation, fus prêt à répliquer: «toutes ».
Quelques secondes de réflexion après, je répondis: «celle qui
incarne le Bien et le Beau », ce qui veut tout dire et ne rien dire.
Mais à y réfléchir de plus près, je considère cette réponse comme
assez juste. Le Bien, c'est la volonté de Dieu et le Beau, l'idéalChercheur d'Éternité18
humain. Dieu et l'Humanité se trouvaient ainsi réunis dans une
même réponse. C'est cela la Musique idéale: celle qui fusionne
l'esprit de Dieu et des hommes dans une union et une
compréhension totale, celle qui donne accès au sentiment
d'Éternité, cet état si particulier pendant lequel le temps s'arrête
et qui nous fait accéder, avec une puissance inégalée, à une
conscience supérieure reliant entre eux tous les êtres vivants dans
une fusion et une totalité suprêmes, perception rendue possible
par l'ouverture de nos intelligences et de nos sensibilités au
principe de l'Unité de notre monde et de son corollaire:
l'Indivisibilité du Tout, du Un et du Multiple.
Quant à la question posée, je n'y ai pas encore trouvé de
réponse précise. Le choix est extrêmement difficile, mais parce
qu'elles sont les plus abouties et la quintessence de tout mon
savoir, je répondrais les dernières: la Messe en Si mineur, les 18
chorals de Leipzig, l'Art de la Fugue2, les Variations Goldberg94,
l'Offrande musicale, mais aussi la Passion selon St Matthieu...
Ces compositions constituent le cœur de mon testament musical.
Je n'en révèlerai aucun secret; je laisse le soin aux amateurs d'en
découvrir les énigmes. Le mystère nimbe l'œuvre d'un halo
particulier et lui donne une aura qui suscite, pour notre esprit
assoiffé de connaissances, maintes interrogations et réflexions.
N'est -ce pas aussi une façon pour un artiste de rendre sa création
pérenne? "Vanitas Vanitatum Omnia Vanitas", à chacun ses
faiblesses.
Par contre, ni la vanité ni l'orgueil ne m'ont jamais
poussé à rechercher la richesse. Si je n'ai jamais voulu céder aux
sirènes de la gloire, trop hasardeuse et aléatoire, c'est parce que
je leur préférais la sécurité et la stabilité d'une situation, souvent
moins rémunératrice, mais plus adaptée à mes attentes. En meChercheur d'Éternité 19
convertissant à la mode de l'opéra, mon nom aurait peut-être
brillé de mille feux comme celui de mon compatriote HaendeP.
Mais ce genre - même, si mes Passions et certaines de mes
cantates profanes, par certains aspects, s'en rapprochent - était
trop éloigné de la mission que Dieu m'avait confiée pour que je
puisse m 'y consacrer pleinement. J'avais une vision trop élevée
de mon art pour me complaire dans un style soumis aux modes
et aux attentes d'un public dont le goût risquait d'être trop
distant du mien. Mes œuvres sont fortement ancrées dans notre
tradition et par respect pour mes aïeuls Bach, je ne pouvais pas
déroger à la règle. J'étais le fruit d'une histoire et d'une culture
musicale à laquelle ma famille avait participé depuis plusieurs
générations, et je me devais de perpétuer cet esprit en leurs noms
et au nom de Celui que notre musique avait toujours servi. J'ai
préféré sacrifier les signes extérieurs de richesse au profit d'une
richesse plus intérieure; cela se voit moins, mais la satisfaction
que l'on en retire est sans commune mesure. Mon âme est
chargée de toutes les musiques du monde et ce qu'elles m'ont
révélé remplace toutes les sagesses et toutes les philosophies.
Il est important aussi de savoir reconnaître ses limites.
Donner le meilleur de soi-même dans le domaine que l'on
maîtrise vaut mieux que de toucher à tout et de demeurer dans le
superficiel. À vouloir exceller en tout, on finit par exceller en
rien. Il est inutile de se prodiguer en futilités, quand on n'en a ni
les compétences ni le goût, c'est plus valorisant et évite bien des
désillusions. toujours souhaité rester conforme à laJ'ai
conception que j'avais de mon art, cet art que j'ai placé au dessus
de tout et qui ne souffre aucune compromission lorsqu'il a pour
but de servir Dieu. Se compromettre dans des modes faciles,
c'est accepter le "tout et le n'importe quoi" par nécessité de20 Chercheur d'Éternité
complaire au plus grand nombre. Certes, il faut de tout pour
faire un monde et la Musique n'échappe pas à cette vérité. Je ne
désapprouve pas la musique légère, comme celle que j'eus
l'occasion d'entendre ces dernières années4, à condition qu'une
place importante soit, en tout temps, réservée à un art musical
plus sérieux qui soit aussi l'expression de notre sensibilité
intérieure et nous ouvre, par sa puissance méditative, les chemins
célestes de la spiritualité. La musique légère aime les ritournelles
faciles à retenir; l'harmonie en est souvent non pas simple, mais
simpliste, elle cherche des effets de forme plus que de fond et
par sa reproductibilité aisée confine, parfois, à l'insignifiance.
Elle demeure agréable à l'écoute, mais survit rarement à son
époque, le sérieux étant toujours plus estimé que le plaisant. De
la musique plaisante, j'en ai beaucoup entendu et à chaque fois,
je suis resté sur ma faim; la construction ou l'harmonie étaient
défaillantes, ou il leur manquait un supplément d'âme, ce
"quelque chose" qui crée la différence. Pour ma part, j'avais
opéré mon choix dès mon plus jeune âge, et il était hors de
question de galvauder un art dont le but suprême est d'aider à la
communion des esprits, au partage des émotions et à la
découverte de vérités, plus facilement accessibles par notre
sensibilité que par notre raison.
Pour en revenir à des considérations moins élevées,
courir après la richesse et la gloire m'aurait obligé à voyager, à
quitter ma chère Thuringe, voire à m'exiler comme Haendel, et à
m'éloigner de ma famille Bach, cette source nourricière sans
laquelle je n'aurais jamais été ce que je fus. Certes, il est difficile
de savoir ce qu'aurait été ma vie, si j'en avais décidé ainsi; la
peur de l'inconnu nous incite souvent à envisager les choses sous
un angle négatif, alors qu'en vérité, il y a autant de probabilitésChercheur d'Éternité 21
pour le bien et le bon. Mais je suis un homme de tradition, ancré
viscéralement dans son univers familial, et le quitter m'aurait été
impossible. L'éloignement que je vécus à Lünebourg m'en fit
prendre conscience et me conforta dans mes certitudes. Courir le
monde, pour qui? Pourquoi? Et surtout avec qui? Voilà la
vraie question: avec qui? J'apprécie la solitude quand je
compose, mais je l'estime encore plus quand je me sais entouré
d'êtres que j'aime et qui m'aiment. Leurs présences rassurantes,
chaleureuses et aimantes ont alimenté le feu créatif qui était en
moi, autant que Dieu lui-même. L'une des clés dans ma
production musicale fut la stabilité familiale dans laquelle j'ai
puisé une partie des forces nécessaires et vitales à mon
inspiration. Prendre le risque d'être seul, désespérément seul,
c'était prendre le risque de sombrer dans l'amertume, le dépit et
de voir s'assécher la flamme créatrice que Dieu, dans Sa grande
bonté, avait mise en moi. L'amour donné et reçu par Dieu et ma
famille m'a nourri, entretenu et octroyé la volonté de continuer,
de poursuivre envers et contre tout et de remplir, aussi bien que
possible, ma mission: faire accéder les âmes à une conscience
supérieure en entrebâillant les portes de l'Éternité desquelles
pourrait s'échapper le souffle de l'Amour divin entrainant dans
son sillage celui de l'Amour humain. La recherche de la gloire à
tout prix m'aurait trop éloigné de mes devoirs et le risque de
vivre seul, sans attache, et peut-être sans foyer, m'aurait conduit
sur les pentes du désespoir. Tout cela ne m'intéressait pas et à
. . A
l''ces concesslOns, Je n etalS pas preto
On m'a toujours appris à subsister avec peu, et ma seule
préoccupation fut la Musique qui m'apporta plus de satisfactions
que l'argent n'aurait jamais pu le faire. Posséder une belle paire
de souliers avec des boucles d'or ou d'argent est un plaisir bien22 Chercheur d'Éternité
éphémère et frivole à côté de ceux que m'ont procurés la simple
vue de mes partitions ou de mes livres, l'enseignement du
clavecin et de l'orgue, l'exécution de mes passions et de mes
cantates, ou la direction du Collegium Musicum de Leipzig.
Jamais, je ne me suis senti plus puissant et plus heureux qu'au
clavier d'un orgue, quand après en avoir tiré tous les jeux, je
posais les premiers accords et que la Musique emplissait l'espace
d'une force invincible, en faisant monter en chacun de nous une
tempête d'émotions jusqu'à atteindre une forme d'extase
suprême. Les mots expriment, imparfaitement et
insuffisamment, l'intensité de tels moments volés au temps. Il faut les
vivre pour le comprendre et saisir toute la mesure de mon
propos.
Même si la gestion de notre foyer fut parfois tendue,
l'essentiel était que je puisse offrir à ma famille des conditions de
vie et d'éducation convenables, m'acheter quelques instruments
de musique et des livres, et m'accorder quelques plaisirs avec des
mets délicats ou quelques bonnes bouteilles de vin. Cela suffisait
à mon bonheur matériel, et si je n'ai jamais dédaigné les
agréments de l'existence, mes plus grands ravissements furent
toujours émotionnels, spirituels et intellectuels: donner de la
joie, enseigner la beauté de mon art, partager mes émotions et
élever les âmes dans une unique respiration lumineuse et divine.
De ce point de vue, la vie m'a gâté.Chapitre 3
a vie n'a rien d'un roman et elle fut aussi simple que je leMsuis moi-même. vécu, sans façon, à l'écart des grandsJ'ai
évènements, entouré de tous ceux que j'ai tendrement aimés, et
mon existence s'est résumée à une seule chose: la Musique. Elle
s'est penchée sur mon berceau dès mon enfance et m'a
accompagné tout au long de mon parcours d'adolescent et
d'adulte. Elle m'a tout donné et je lui ai tout concédé, et après
mes enfants et mes chères épouses, elle fut la principale maîtresse
à laquelle j'ai consacré mes jours et une partie de mes nuits. J'ai
travaillé sans relâche à sa plus grande gloire et à la gloire de Celui
qu'elle devait honorer: Dieu.
Je pense être parvenu dans cet art à un niveau certain de
maîtrise, cependant je n'en tire aucun orgueil. Comme je me suis
plu à le répéter maintes fois, je reste persuadé que ce que j'ai pu
atteindre par le travail et l'application, un autre y arriverait pour
peu qu' il y possède naturel et habileté... quoique... C'est vrai, je
l'ai souvent dit, mais était-ce véritablement honnête de ma part?
Non.. ., pas vraiment..., je peux bien l'avouer maintenant que je
n'ai plus rien à craindre de la justice des hommes...
En réalité, cette réponse avait un double intérêt:
premièrement, celui de m'empêcher d'en dire trop, car il est
préférable de ne jamais dévoiler toute l'étendue de son esprit et24 Chercheur d'Éternité
de ses connaissances, ce qui, d'une part, évite de choquer la
susceptibilité des ignorants qui malheureusement sont
nombreux, même dans les couches les plus élevées de la société,
et, d'autre part, vous nimbe d'un halo de mystère qui laisse
croire que vous en savez beaucoup plus, attitude qui vous attire,
en général, davantage de crédit, deuxièmement, celui de
m'interdire de rentrer dans des considérations inaccessibles à
l'esprit trop rationnel de mes interlocuteurs, car, en vérité, je
pense que plusieurs autres qualités sont indispensables: une
grande spiritualité, source d'une haute inspiration comme celle
que l'on retrouve chez Couperin, Buxtehude, Vivaldi ou
Haendel, et quelques autres que ma mémoire défaillante oublie,
et une certaine forme d'ivresse émotionnelle c'est-à-dire une
capacité à s'ouvrir entièrement et complètement, sans aucune
restriction de la raison, à des flots de sensation et d'émotion
d'une intensité quasi tellurique. Tout cela est difficile à expliquer
- c'est bien pour cela que j'ai toujours évité d'aborder ces
questions, sauf avec quelques proches -, mais force est de
constater que beaucoup d'artistes travaillent avec application et
acharnement sans pour autant parvenir à susciter les mêmes
émotions que les Maîtres que je viens de citer. Toute musique,
même dans des genres plus légers et profanes, si elle a pour
ambition de marquer les âmes et de passer les barrières du
temps, requiert - condition sine qua non - du travail, de la
rigueur et de la persévérance dans l'effort, mais elle nécessite
aussi un don total de soi, un don d'Amour d'une ampleur telle,
que chaque auditeur puisse s'en sentir investi. Qu'y a-t-il de plus
universel que l'Amour? Quel est le sentiment le plus fort et le
plus partagé par une majorité de mes frères humains, sinon
celuici? Le compositeur doit lui-même le ressentir avec une forceChercheur d'Éternité 25
immense pour le restituer dans sa musique; il doit s'oublier,
s'abandonner totalement aux émotions physiques et spirituelles
les plus voluptueuses en s'unissant par un débordement
d'Amour à l'Esprit divin, et au-delà à l'Esprit humain. Derrière
Dieu se trouve notre humanité; chercher Dieu, c'est rechercher,
avant tout, une lumière intérieure, une étincelle de divinité qui
n'est pas en dehors de nous, mais en nous. La Musique permet
d'allumer cette étincelle qui deviendra un feu ardent si notre âme
se prête à l'abandon, s'ouvre à cette révélation sans se poser de
questions et l'accepte avec l'humilité et la sincérité d'un cœur
simple. C'est notre Humanité qui est divine et précieuse, et je me
suis fréquemment interrogé sur le fait de savoir si cette
conscience de notre propre divinité n'était pas la condition de
notre survie. Dieu est un miroir dans lequel nous nous reflétons
et que nous implorons souvent comme un être extérieur dans
l'espoir qu'TI nous renvoie une image gratifiante de nous-mêmes,
nous donne la force intérieure de continuer et d'espérer en
illuminant notre chemin de vie par Sa présence radieuse, mais à
bien y réfléchir, qui sent et conçoit cette présence sinon notre
seule pensée? C'est en nous que se crée la relation au divin, et
faute de posséder cette parcelle de divinité en nous-mêmes,
comment pourrions-nous la ressentir avec autant d'intensité?
Chaque élément et chaque être, qui vit sur notre Terre,
appartiennent à l'esprit de Dieu et recèlent en eux-mêmes une
particule de cet esprit. C'est elle que nous devons ardemment
rechercher pour que la communication et la compréhension
mutuelle soient parfaites et totales. C'est elle qui nous permet de
comprendre que nous dépendons d'une réalité plus vaste que
notre petit monde. Dieu est en nous et hors de nous, et ressentir
cette vérité ne peut se produire que dans notre for intérieur. La26 Chercheur d'Éternité
Musique, avec ses agencements internes, sa disposition
harmonique et son déroulé mélodique, nous aide dans ce travail
intérieur en élevant, par l'émotion, nos consciences à la
perception de cette réalité plus ample à laquelle nous sommes
complètement et entièrement intégrés. Comme l'Amour qui
fusionne les êtres, la Musique doit, elle aussi, en être imprégnée
pour fondre nos esprits avec celui de l'Être suprême et nous
ouvrir à la compréhension du Tout. Ces propos choqueront
peut-être, mais au seuil de la mort, qu'ai-je à craindre? Dieu,
quel qu'il soit et quelle que soit sa forme, sera le seul juge.
Travail, persévérance, spiritualité, ivresse émotionnelle,
amour. .., sont les ingrédients d'une musique de grande qualité et
requièrent une vigueur d'âme à laquelle peu atteignent, une
vigueur d'âme qui repose sur la conviction qu'un bon musicien
est investi d'une mission supérieure, voire divine. Tout le monde
ne s'appelle pas Frescobaldi, Corelli, Marcello, Haendel ou
Vivaldi. Ces musiciens sont inspirés par une prodigieuse force
intérieure. Certains ont choisi, avec l'opéra, des voies différentes
des miennes, et je dois reconnaître qu'ils y excellent. lis ont su
allier leur foi aux goûts d'un public profane et imprimer à leurs
compositions une puissance toute personnelle. Je tire ces
conclusions de ma propre pratique, et plus particulièrement des
concerts du Collegium Musicum qui leur étaient souvent
consacrés, mais aussi de mes années à Cëthen, essentiellement
dédiées à la musique instrumentale. Qu'elle soit religieuse ou
profane, toute œuvre nécessite une énorme force de
concentration, une inspiration qui doit réunir, en une synthèse
unique, la sensualité et les rythmes de notre organisme à la plus
haute élévation intellectuelle et spirituelle. Quand cette fusion du
corps et de l'esprit est là, que les contrastes et les contrairesChercheur d'Éternité 27
s'associent dans une union parfaite, nous atteignons à une autre
forme de perfection et œuvre d'art devient intemporelle. Ellel'
évolue, alors, sur un plan horizontal et temporel dans une triple
dimension verticale et spatiale: celle des profondeurs et de nos
racines, celle de l'Homme qui est au centre et la mesure de toutes
choses, et enfin celle des puissances divines et de Dieu. Là est le
grand art et ce fut la quête de toute ma vie. Si la Musique ne
remplit pas toutes ces conditions, elle est imparfaite; elle sera
plaisante, agréable à l'écoute, mais il est fort probable que
l'Histoire l'oublie. TI lui manque ce "quelque chose" qui la
rendra inaltérable aux effets du temps...
tenté de mettre en pratique toutes les exigencesJ'ai
développées ci-dessus, néanmoins je suis bien incapable de
savoir si certaines de mes œuvres passeront à la postérité. Le cas
échéant, ce sera la preuve que je me suis trompé, mais à la limite,
peu m'importe, j'ai accompli ma mission avec honnêteté,
sincérité et persévérance, en essayant de donner le meilleur de
moi-même sans compter mes heures. Ce travail acharné m'a
apporté d'immenses joies et je ne regrette rien.
À ces joies, je dois rajouter celles de l'enseignement.
Communiquer mon savoir et transmettre les beautés de la
Musique, les beautés de ce langage divin qu' aucun mot ne
remplacera jamais et qui nous ouvre les portes d'un monde fait
de sensations intenses, profondes et ineffables, d'un monde
infini, supérieur, pur et généreux à l'image de Dieu, m'ont
procuré mille autres plaisirs.
Ainsi l'on croit que la musique corrompt
Et ne s'accorde nullement avec l'amour?
Certes non! Qui donc re/userait de lui reconnaître la valeur