Chronique des Lilas

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Les Antillais de France héritent de leur exil une curieuse métamorphose : ils se transmuent en Négropolitains. Ce calembour accuse l'altérité de ces ex-îliens et leur prête implicitement une abjuration de leurs origines. Gaby, jeune exilé dans le Paris des années soixante, n'échappera pas au grief. Creuset où se fondent français et créole dans leurs styles populaires ou recherchés, le roman se déploie dans une langue plurielle et fournit une écriture dense, une nouvelle poésie du contact des cultures.
Publié le : samedi 1 décembre 2012
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EAN13 : 9782296510715
Nombre de pages : 292
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G
eorges  LENO
ChrONiquE dEs LiLas
BSI.1891-879 : N996-292-9 127-72 ecSleni,rL ehernak almaol, Kréy
 
        Chronique  des O ilas  
                       
Lettres des Caraïbes Collection dirigée par Maguy Albet  Déjà parus
Raphaël CADDY, Les trois tanbou du vieux coolie, Tomes 2 et 3 , 2012. Germain SENSBRAS, « Mangé cochon » à Karukera , 2012. Beaudelaine PIERRE, Lenfant qui voulait devenir président , 2012. Jacqueline Q. LOUISON, Lère du serpent, 2012. Joël ROY, Variations sur un thème détestable , 2011. Jean-Claude JANVIER-MODESTE, Un fils différent , 2011. Beaudelaine PIERRE, La Négresse de Saint-Domingue , 2011. SAST, Le Sang des Volcans , 2011. Claire Marie GUERRE, Clone dange , 2011. Sabine ANDRIVON-MILTON, Anatole dans la tourmente du Morne Siphon , 2010. José ROBELOT, Liberté Feuille Banane , 2010. Yollen LOSSEN, La peau sauvée , 2010. Sylviane VAYABOURY, La Crique. Roman , 2009. Camille MOUTOUSSAMY, Princesse Sit Ɨ . Aux sources des lépopée du R Ɨ m Ɨ yana , 2009. Gérard CHENET, Transes vaudou dHaïti pour Amélie chérie , 2009. Julia LEX, La saison des papillons , 2009. Marie-Lou NAZAIRE, Chronique naïve dHaïti , 2009. Edmond LAPOMPE-PAIRONNE, La Rivière du Pont-de-Chaînes , 2009. Hervé JOSEPH, Un NegMawon en terre originelle. Un périple africain , 2008. Josaphat-Robert LARGE, Partir sur un coursier de nuage s, 2008. Max DIOMAR, 1 bis, rue Schoelcher , 2008. Gabriel CIBRELIS, La Yole volante , 2008. Nathalie ISSAC, Sous un soleil froid. Chroniques de vies croisées , 2008. Raphaël CADDY, Les trois tanbou du vieux coolie , 2007. Ernest BAVARIN, Les nègres ont la peau dure , 2007. Jacqueline Q. LOUISON, Le crocodile assassiné , 2006.
 
 
Georges LENO      Chronique des lilas    Roman  
 
        
  
                        
       © L'Harmattan, 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris   http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-99727-1 EAN  :  9782296997271  
 
 
   La Seine a vu pleurer un homme un jour de juin qui finissait où jamais encore ne sétait vu si seul au pied de la Tour dominant la ville lhomme dont le cur se gonflait de peine  Black-Label, Léon Gontran Damas                    
 
 
 
 
I
            Aujourdhui encore, je ne me suis guère dépensé. Je devrais minterdire pareille flemme. Ma volonté renchérit un peu plus chaque jour sur sa dose de langueur, je crains à présent quelle nen veuille toujours plus. Ce maudit engourdissement mest tombé sur le poil et ne me lâche plus. Il abolit parfois jusquau sentiment de mon corps. Au comble de la torpeur, jéprouve à peine la réalité. Même lennui glisse sur moi, ainsi la pluie qui flaque contre les ultimes frondaisons de lannée. Jour après jour, mon existence a fané sous la ouate dheures inutiles. Je cherche vainement quelque vestige de désir à expurger, je crois avoir secoué toute ma besace, tel le frocard endurci aux vanités du monde. Jai appris à exister sans frayer de présent, ni de futur. Je me suis apprivoisé au vide. Cette après-midi, jai réaffirmé mes dispositions à laffaissement léthargique. Je suis resté tour à tour le cul vissé sur un banc du jardin, et une chaise du salon des enclopés. Ma mère a traversé mes songeries. Elle rappliquera sous peu, sa Bible sous le bras, probablement au fond du cabas des bricoles destinées à mon estomac. Deux fois la semaine, elle soblige à me visiter, tout en perpétrant son gavage tant spirituel que temporel. La honte
 
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me vient en lavouant, je ne désire pas toujours voir ma mère. En la circonstance, mon envie se débinerait bien. Ma vie en ces lieux sétire à lidentique. Une enfilade dinstants pareillement vains. A ce moment de la journée, mon regard flotte souvent entre un mur décrépit et un portail qui ne lest pas moins. Cest lheure où mon esprit fatigué de ses ruminations souvre à quelques contingences. Ainsi, le type, dont la principale activité consiste à graviter autour dun arbre, revient se frotter à ma conscience. Ce personnage tranche sur les autres du tableau. Il semble avoir engagé un long combat contre limmobilité. Je le tiens pour un prédicateur, un prophète du mouvement perpétuel. On objectera à mes extrapolations incertaines que notre homme figure juste, par ses circonvolutions, ce à quoi les occupants des Lilas semploient plus ou moins : tourner en rond. Cette personne donne néanmoins à penser que la fièvre gravitative lui laisse peu de rémission. Son attraction exclusive, un platane triomphant au milieu du jardin, lobnubile de longue date. Il trotte alentour à la manière dun cheval à la longe. Le sol porte la marque de son obstination, un sillon net où il se déplace à une allure constante. Le cercle confine à la perfection, on le jurerait tracé au compas. Un tel exploit suppose force entraînements. Lhomme sen inflige à souhait. Des années quil en avale du chemin à répéter son circuit. Rompu à sa méthode, une merveille de régularité, il décrit plusieurs révolutions autour de son totem, puis décroche en un élan péremptoire vers le pavillon. A peine cinq minutes sécoulent avant son retour à sa trajectoire. Bon Dieu ! Jespère couper à cette turlutaine et ses récoltes de fatigue ! Le cauchemar des femmes de ménage. Dès le matin, en lépinglant à marcher sur le sol mouillé, elles te le houspillent à pleine voix. Le
 
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gaillard dhumeur vadrouilleuse sen tamponne de leur gâcher le couloir, seul daller et virer lui importe. La journée, la température savère plus agréable à lextérieur du bâtiment. Lhumidité qui infiltre larrière-saison semble déjà imprégner les murs des chambrées. Sitôt le soir, on se pèle ; le rétablissement du chauffage nous tarde. Ces derniers temps, la lumière faiblit plus tôt. La chevelure des arbres vire au jaune, le vent essaime lor des feuilles sur lherbe du jardin, depuis plusieurs jours il pleut des marrons. Avant que le froid ne le pousse à se reclure en sa cache, japerçois encore mon écureuil voltigeant vers son perchoir. Il fait bien de garer son petit plumeau, le coin grouille de pies et de chats. Je ne saurais parler des taupes, je nen connais que des éruptions de terre. Plus surprenantes, ces bêtes curieuses qui reviennent planer sur la saison. Elles vacillent leur vol godiche. Elles ressemblent à de gros maringouins 1  patauds, des cousins, dit-on. Moi, les congénères avachis des suceurs de sang mévoquent des créatures promises à la damnation. Quand elles ne se traînent pas sur leurs pattes arrières  comme si leur vie se résume à un chemin de croix , elles se répandent sur le rebord intérieur des fenêtres, avant de se trouver un recoin où crever. Lhomme qui prêche la circularité des déambulations sappelle Lulu. Jignore son nom. Quant à son prénom, jai sûrement tort de penser à Lucien, personne ne la encore hélé de la sorte. Au pavillon des Lilas, les personnes existent sous leur prénom ou leur petit nom. Rarement sous leur nom. Le patronyme assorti de Monsieur, seul le médecin en use. Au début, les infirmiers me donnaient du Monsieur Beauregard. Ils se sont contentés très vite de Gabriel, ou de Gaby. Par le passé, je détestais être appelé par mon prénom, ou tutoyé sans mon autorisation. Trop de                                                  1  Moustique.
 
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