Contes de ma grand-mère (Contes comoriens)

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Publié le : samedi 1 janvier 1994
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EAN13 : 9782296277649
Nombre de pages : 112
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CONTES DE MA GRAND-MERE (Contes comoriens)

Collection «La Légende des Mondes» Dans la même collection

Albakaye Ousmane Kounta, Contes de Tombouctou et duM acina, Tome 1, 1987. Contes de Tombouctou et du Macina, Tome 2, 1989. Jeanne Delais, Les mille et un rires de Dj'ha, 1986. Sahykod, Lundja, contes du Maghreb, 1987. Solange Thierry, De la rizière à la forêt. Contes Khmers, 1988. Gérard Meyer, Paroles du soir, conte~~toucouleurs, 1988. Alphonse Leguil, Contes berbères de l'Atlas de Marrakech, 1988. Edouard Gasarabwc, Contes du Rwanda. Soirées au pays des mille collines, 1988. Assadulah et Layla Raïd, Demain vient le printemps et je ne le verrai pas, Contes d'Afghanistan, 1988. Gilles Zenou, Le livre des dupes, contes d'Orient et d'ailleurs, 1989. Kama Kamanda, Les contes des veillées africaines, 1989. Praline Gay-Para, La planteuse de cumin, 1990. Michèle Van Hee, Contes blancs d'Afrique noire, 1990. Christiane Achour, Contes algériens, 1990. Edouard Gasarabwe, K ibiribiri l'oiseau de pluie, contes du Rwan-

da, 1991. Samuel Kleda, La sorcière et sonfils, contes toupouri du Cameroun, 1991.
Paul deI Perugia, Contes de la lumière et du gel, Islande,1991. Suite de la collection enfin d'ouvrage

@L'HannaUan, 1994 ISBN: 2-7384-1907-0

Salim HA TUBOU

Contes de ma grand-mère
(Contes comoriens)

Editions L'Harmattan
5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

A la mémoire de ma mère Riama, celle qui aurait pu être ma première lectrice si le Destin lui avait laissé un laps de temps plus grand pour me voir

grandir.
A mon père. Et à Djema SIARI qui m'a toujours tenu la main aux abords du spleen.

Non, vous êtes déjà perdus dans les villes. Là-bas, les jeunes gens dansent-ils au son des tam-tams, disent-ils encore les contes de chez nous, écoutent-ils seulement les paroles de leurs vieux parents? A. Koné Le respect des morts

PAROLES DU CONTEUR

Quand le soleil et la pluie se tiennent par la main, ne partez pas en courant, mais sachez que le Diablefête lesfiançailles de safille ! Je vous le dis pour L'avoir vu. Je passais par les collines du temps et j'entendis une femme pleurer, parce que son fils était mort. Le pauvre garçon eut le malheur de couper ses ongles un mardi. Non, on ne coupe ni ses ongles ni ses cheveux un mardi. Soyez prudent parce qu'on n'annonce pas un malheur à lafamille d'un prudent. Je le sais pour l'avoir vu. On n'attache pas un boeuf à la même place que celui qui est mort. Un bœuf a-t-il déjà mangé un autre bœuf? Non. Je le dis parce que je le sais. Je marche et je parle. J'appelle l'ombre. Pas celle qui couvrira la mémoire, la mémoire de vos origines, mais celle qui effacera l'oubli, l'oubli de vos origines. Je me chausse du temps et voyage sur le dos de la pauvreté. Les étoiles ont assisté à ma naissance et la lune me chantait des berceuses. Ce matin, j' écoutais l'imam lire le Coran et
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mon coeur s'enivrait. La lecture du Coran est belle, très be lie. Si votre fils vous conseille, ne fermez pas la porte de vos oreilles, car le petit peut accoucher d'un grand. Savez-vous que celle qui a accouché d'un serpent ne l' a pas jeté ? Jeunes gens, marchez dans le temps et mangez les fruits de la vie, mais n'oubliez pas qu'on bat un vieillard sur le terrain de course et jamais sur celui de la sagesse! Je le sais pour l'avoir entendu. Allah! Pardonnez-nous! Hier, un petit garçon jouait et le voisin loua sa beauté. Alors, la mort vint discrètement chercher l'enfant. On raconte dans le village que le voisin «l' avaitfrappé avec l' œil». On ne complimente pas sans dire «macha Allah !» (plaise à Allah), sinon on est source de poisse. Parfois, je joue aux devinettes avec mon ombre: elles vont ensemble au champ, dorment ensemble et pourtant elles ne s' adressent jamais la parole. Qui sontelles? Ce sont les cornes de la chèvre. Aujourd' hui c'est aujourd' hui ! Mais que dis-je? Suis-jefou ? Non,je suis le conteur des îles. On n'écrase pas une puce avec un seul ongle. On gratte toujours le postérieur de la vache avant de la traire. Oui. On ne se repose pas avec un balluchon sur la tête... Hier, je regardais par les... Ah, vous êtes là ? Mes yeux n'avaient pas épousé votre présence. Souffrez que je prenne une pincée de tabac. Patientez que je boive l'eau puisée à la citerne des anges.

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Allahalélé (1) ! Je vais vous conter des histoires; un conte est mensonge. L'enfer est la demeure de celui qui le niera! - Allahalélé ! Personne ne dit «gombbé» (2) ? Personne? II/aut dire «gombbé» après le deuxième «allahalélé» du conteur. Mais je vous pardonne. La ville est belle avec ses lumières. La civilisation est unefemmefardée. Elle vous offre ses atouts et s'abreuve de votre mémoire. Quand on sépare un arbre de ses racines, il meurt. Mais je vous pardonne. Je sais qu'on ne raconte pas des histoires en présence du soleil. Mais allez dire au vent de suspendre son souffle, allez dire au Karthala (3) de ne pas ouvrir ses yeux rouges... D'ailleurs le soleil est mon complice. Ne tardons pas ! Ne vous bousculez pas ! Je commence...

(1) Formule qui correspond à «Il était une fois». Dans «AlIahaléIé», nous trouvons «halé» qui veut dire «contes» mais aussi «longtemps». (2) Nous avons demandé le sens dece motà des personnes âgées, mais la réponse est presque la même: «on a toujours répondu au conteur par ce mot». (3) Le plus grand cratère du monde. Il mesure huit kilomètres de diamètre et se trouve aux Comores. Il

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