Cruel dimanche

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Que reste-t-il de la passion d'une vie le jour où l'un des protagonistes s'en va, pour toujours ? Destin et rencontre, explosions et déchirement, hasards et volonté. La rencontre de deux êtres si semblables et lointains à la fois va complètement modifier le cours de leur vie intérieure... L'auteur nous livre là un recueil de textes courts qui s'imbriquent à la manière d'un puzzle et dévoilent, progressivement, le sentiment amoureux sous toutes ses formes, de sa naissance à sa vie et de sa mort à sa potentielle résurrection.
Publié le : jeudi 1 octobre 2009
Lecture(s) : 159
EAN13 : 9782336253831
Nombre de pages : 159
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CruelDimancheKristinaManusardi
CruelDimanche
récit
L'HarmattanL'auteurtientàadressersesremerciements
pourleuraideprécieuseàGérardMaillot,
BrunoLagrange,GianmarcoetMirjanaManusardi.ÀJean,MargauxetLouiseChapitre I
CruelDimanche
lyalebancfaceàlEastRiver.Jeportemonvieuxjean,Imesbaskets,sonT-shirtlongcommeunerobedété.Le
mien avait dû valser dans la nuitcaniculaireenboule
humide derrièrequelque rayonnage, iladûsévanouir dans
lair moite, ilatournoyéaurythmedenos souffles, sest
pâmédanslespacedésir,uniquetémoindemaprésenceen
celieudésormaisinterdit.
Morceaudetissu blanc, chiffonné,madeuxième
peauempreintede«lairdutemps»,mouledemontorse
généreuxaliasrempartcettenuit-làdélivrédemacage
thoraciqueenfeu.
La fulgurance dun actenelaisse pasunsouvenir
précis. Plutôt un amoncellement de sensationsdiffuses
dansléphémère.Lascèneestfilméeenplanséquence.Pas
darrêtsur image. Mes recherches sont éperdues.Jesais
lambiance,jenignorelaprécision.
Avant,ilyaeuunetrèslonguesoirée,lacoursefolle
dun taxiàtravers le parc.A-t-ilparlé devant la maison ?
Ai-jefranchileseuildéjàpiedsnus ?12 CRUELDIMANCHE
Surlebanc,silence.
Ce sera possible,jetouchelachair de sa paume;
vais-jeespérerunedurée, untout?Jose;oui,joseetmon
espritsenvaflirteravecleterrifiantconceptdubonheur.
Jechercheunmotpour
qualifiercettebéatitude.Cemot,il
vientdetrèsloin.Moi,étrangèreàlafélicité,inculte,igno-
rantefaceàlespérance.
Monaudacemimmobilise,monâmedériveducôté
dusoleil,ilarrivecemot,leslettressontgigantesques,une
lumièremépouse,cestlheuredubonheur.Enunefractiondeseconde,soncorpssestdécollédumien.Laplanète
terremerappelleàlordre.Mamainestsurmacuisse.Elle
na pasdérivédelle-même.Mon gesteaété mécanique,
causéparléloignementsoudaindesoncorps.Leconcentré
de mespenséesexplose,monregard sedétourne de celui
duparadis,jevoissonprofil,ilestseulmaîtreàbord.Ma
place estnettoyée en moinsduneminute. La lucidité
menveloppe,laréalitémestatufie.Lamertume,plustard.
Désormais, je sais quetoutfutur amoureux
sera
empreintdecedépit-là,cettedésillusion-là,touteidéalisation,sourcedéchecprogrammé.Avoirfrôlélétatdegrâce
àlâge de tous les possibles,enquelquesheuresest ma
perte.Ilnesagitpas là dune extase
fugitive,ilsagit
dentrevoirlaviemêmeautrement,dabolirlesdémonsdévastateursdemamémoireancienne.
Àlaube,jelâchepriseenpoussantcecri,sonorité
delagonie,plainteprochedelanimalmourant.Lesquatre
mursdelasalledebainexiguëmemprisonnent,mesbras
sontaccrochésàlacuvetteblancheimmaculéeetaccroupieCRUELDIMANCHE
13
ausol,jehoquette,hagarde,définitivementseule.Cesminutes magistrales assassinées plombent mon cerveau, elles
accaparentmonespritréduitenmiettes.
Plus tard, sur scène, mes larmes jaillissent, Lady
Annefrôlelecorpsdesondéfuntépoux.Jepeuxenfin,en
touteliberté,hurler,éjaculermonirrémédiablesouffrance,
tordre mes membres meurtris, mallonger sur cette
dépouilleimaginaire.Jesuiscercueil,lambeaux,
veuve,fleur
fanéeavantdéclore,improbablechose.Melever,resterdigne dans la décrépitude. Le public face à moi na quun
seulvisage,celuidutraître,quimeregardemaisnemevoit
pas.
Le rideau tombe, tel un couperet. Mon visage
ressembleàunmasquecraqueléparleseldeslarmesmélangé
àlapoudrede
rizblanche,bleui,noirciparlemaquillage
dégoulinantdemespaupièresgonflées.Malaideurmeréconforte,latragédiesyinscritetloindemecomplairede
cette macabre vision, jébauche une grimace clownesque,
pathétique,emblèmedelafemmeoscillantentrelafolieet
lincohérencedelexistence.
Je marche longtemps, la chaleur nocturne
menveloppe,jemesensauralenti,jerre,jerefuse lalcool trop
facileje suis déjà droguée dépuisement, je monte
péni-
blementlescinqétages,mesrécentesinsomniesmeconduisent droit devant le matelas du sol, je meffondre, boule
molleetjepriepourquelejournarrivepastroptôt.14 CRUELDIMANCHE
Ainsi,continuerdevoguer avec
meshéroïnesde
lieuximprobablesenlitsitôtconnusitôtquitté?Mevautrerdanslesfauxsemblants,conquérirlabsolutiondansles
paroxysmes du jeu, excellerdans la tromperie, volage à
souhait,meperdreeteffacer mesempreintes?Le voyage
sera longversloubli.Latraverséedemon court
passé,
quelquesrencontressalvatricesafindenepasplonger,survolermécaniquementleprésentetpeutêtrevolerversun
futur utopique.Lebelavenir.Rêverdefairetablerasede
lomniprésentpassé et le poidsdemes voyages intérieurs
manéantit.Jemesuistrompéebienavantquelonneme
trompe.ChapitreII
KeyBiscayne
as lombre
duneombreenbas.Jeboismonthélen-Ptement.Jaitoutmontemps.Jaiquittélavillefrénétique la veille. Le décalagehoraire mafichu la gueule de
bois.Dusable blanc,des palmierssur deskilomètres de
côte,lapuretédubleualentourméblouit.Surcette
presquîle,lesautochtonesneplongentquedansleturquoisede
leurspiscines.Jesuissûre,surlaplage,davoirlapaix.Je
contourneles bassins javellisés décoratifsdelapropriété
menantàlamer.
Ilyabienunesilhouettemasculineimmobilevuede
leau.Jeremarquequelle se rapprochechaquejour
davantage. Je nagesurledos demanièreànepaslavoir
dans ma lignedemire. Cette présence, néanmoins,
mintrigue.Ellesemblemefixer.
Unmatin,jenrouleunmorceaudetissuautourde
matailleetaumomentdouvrirlabarrière,presquemalgré
moi,jemeretourne.Ilestassissousunepagode,unlivre
posésurlescuisses.Jeclignedesyeux,lesoleil,àsonzé-

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