Danse ! tome 5

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C'est dommage ! Nina était si contente de retrouver Zita et Alice après les vacances de Noël. Mais leur amitié se craquelle.



Pourquoi ? La jalousie, bien sûr ! Les deux filles n'apprécient pas qu'on parle de leur amie dans les journaux.



Mais Nina oublie vite sa déception : Mo - le danseur de hip-hop - vient la chercher à la sortie de l'école.



Il n'y a pas que les copines dans la vie ! Un amoureux, c'est encore mieux !





Publié le : jeudi 30 septembre 2010
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EAN13 : 9782266209014
Nombre de pages : 41
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Anne-Marie Pol



Le garçon venu d’ailleurs




Tu danses,
tu as dansé,
tu rêves de danser…
Rejoins vite Nina et ses amis.
Et partage avec eux
la passion de la danse…
Pour Natacha Derevitsky
Résumé de DANSE ! no 4 :
Sur un air de hip-hop
Voilà ! À treize ans, Nina se retrouve seule à Paris. Pour danser, comme elle l’a voulu, décidé, choisi. Son père et Odile sont partis en Égypte. Elle est pensionnaire chez Mme Legat, la mère d’Émile – un petit frère d’adoption. Les parents de Zita Gardel, sa grande amie, n’ont pas accepté de la loger. Une déception. Mais une rencontre inattendue console Nina. En allant danser en banlieue, elle fait la connaissance de Mo, un garçon de quinze ans, danseur de hip-hop…
1
Le bonheur…
Ce matin, je me réveille en sursaut.
Aujourd’hui, 3 janvier, c’est la rentrée ! Que je suis contente ! À l’idée de tout ce que je vais raconter à Zita et à Alice, je grille déjà d’impatience.
J’allume la lampe de chevet.
Dans une soucoupe, sous le rond de lumière, brille mon médaillon en forme de cœur. Un souvenir de Maman. Avant d’en passer la chaîne à mon cou, j’y dépose un baiser. C’est toujours mon premier geste. Il me porte bonheur pour la journée.
Je saute du lit. Dans l’appartement, pas un bruit ! Parfait ! À moi de préparer le petit déjeuner. Chacun son tour. Même si je suis pensionnaire chez les Legat, je m’y sens vraiment « à la maison ». Je donne un coup de main. Normal.
Ma robe de chambre enfilée et mes cheveux bien brossés, je file à la cuisine. La bouilloire sur le feu, je sors du placard les bols et tout le bazar habituel, en chantonnant. Je dansote, aussi, entre le fourneau et l’évier : un petit relevé par-ci, un petit soutenu par-là. J’ai hâte de m’y mettre pour de bon !
– Salut, Ninooooche.
En bâillant façon hippopotame, Émile fait son apparition. Il porte un pyjama avec un lapin rose sur la poitrine. À onze ans ! Quel bébé ! Je plaisante :
– Ton biberon n’est pas encore prêt, mon petit-Mimilou-d’amour !
Il pousse un cri de rage :
– Crétine !
J’éclate de rire. Garance aussi.
– À vous asticoter comme ça, vous avez l’air de vrais frère et sœur, dit-elle en entrant dans la pièce.
Émile grogne.
– Merci du cadeau.
Il est vexé. J’essaie de me racheter, je lui fais un gros bisou :
– Un petit frère comme toi, c’était mon rêve !
– Ben, ça y est, tu l’as, réveille-toi ! grommelle-t-il.
Dans un grincement de tabourets, on s’installe à table. Le thé fume dans les bols, Garance met des tartines dans le grille-pain, Émile fait dégringoler un torrent de corn-flakes dans son assiette, moi, j’attaque mon yaourt.
« Qu’est-ce qu’on est bien, tous les trois… ! »
On ressemble à une vraie famille. La maman d’Émile a raison. Il faudra que j’écrive ça à Papa. Il en sera content, là-bas, très loin, dans son Égypte. C’est drôle… je ne regrette plus du tout de ne pas habiter chez les Gardel… !
– Avant d’aller à l’école, tâche de ranger un peu ta chambre, me conseille Garance entre deux gorgées de thé.
Je réponds précipitamment :
– O.K., je vais m’y mettre, ne t’inquiète pas.
Je la tutoie, et j’accepte ses remarques. Si Odile – ma belle-mère – voyait ça ! Avec elle, je n’y suis jamais arrivée…
Je termine mon yaourt, dévore une tartine de miel, liquide mon bol. J’ai aussi faim de toutes ces bonnes choses que de la belle journée qui m’attend !
C’est simple, le bonheur.
Par moments…
2
Et quelques ratés !
« Ouah-ah ! »
Cet aboiement de Coppélia ! On l’entend déjà en poussant la porte cochère de l’école Camargo.
– Elle se prend pour un pitbull… ou quoi ? marmonne Émile.
– N’importe quoi ! Elle a ses têtes, c’est tout !
– À part la tienne, y en a pas beaucoup qu’elle supporte, surtout !
Je rigole : il a raison. Cet animal irascible (et adorable) m’a adoptée. Moi seule. J’en suis très fière. Pressée de lui faire un petit « gâté », comme disait Maman, je traverse la cour en trois bonds, et je me précipite dans l’entrée, suivie d’Émile.
– Coppélia… !
La joie ! Elle s’en tortille de la tête à la queue. Je m’accroupis pour la caresser, quand une voix sèche me stoppe en plein élan. Celle de Mme Suzette, à son poste derrière le bureau de l’accueil.
– En principe, dit-elle, on salue les êtres humains avant les chiens. Enfin… quand on est bien élevé !
Émile se dépêche de susurrer, la bouche en cœur, l’horrible faux jeton :
– Bonjour, madame Suzette.
Écarlate, je bredouille :
– Excusez-moi.
Un petit ricanement tombé de l’escalier me fait lever la tête. Julie-la-Peste ! Arrêtée à mi-chemin, elle penche son museau pointu par-dessus la rampe. À sa vue, Coppélia montre les dents ! Une fois, elle l’a pincée pour me défendre. Bien fait ! Moi, je l’ignore. Je ne lui dis pas bonjour.
Mais j’ai bien envie de l’embêter un peu. Alors, je demande haut et fort à Mme Suzette :
– C’est vrai que lorsqu’un chien a mordu quelqu’un, il essaie toujours de recommencer… ?
– Absolument ! claironne-t-elle.
Julie détale comme si les crocs de Coppélia menaçaient déjà ses précieux mollets. Et, satisfaite, je câline le fauve en attendant Émile, parti chercher des bonbons au distributeur – une manie !
– Nina… ! m’appelle-t-il soudain, tout excité.
– Quoi ?
– Viens voir.
Mme Suzette renchérit aimablement :
– Oui, vas-y, petite, tu auras une bonne surprise.
J’abandonne Coppélia, qui couine de dépit, et je rejoins mon petit frère. Il est planté devant le tableau de service. Je lui chuchote :
– Tu ne sais pas ? La mère Suzette m’a presque souri !…
Il pointe l’index vers les papiers punaisés sur le liège.
– À cause de ça.
Sur une étiquette, il est écrit en gros : NOS DANSEURS À L’HONNEUR. Et, en dessous – j’étouffe un petit cri – ma photo ! Celle qui a paru dans le journal, après la représentation à la salle Noverre1.
– Je l’avais pas vue, dit Émile. Tu es super.
– Merci, mais… il n’y a pas que ça !
À côté, j’aperçois une coupure de presse. L’Écho d’Aubry. Une photo encore. De groupe. Tous ceux qui ont dansé au collège Youri-Gagarine se trouvent sur ce cliché, un peu brouillé et grisâtre, d’accord, mais où on nous reconnaît bien. Entre le bel Alex et Mo, je fais un de ces sourires ! Qu’on a l’air contents, tous – hip-hop ou classiques ! Je nous regarde longuement. C’était avant-hier, et j’ai l’impression d’un événement déjà très très ancien.
Ça me fait un peu triste. Pour me secouer, je m’écrie :
– Toi aussi, tu es super, Mimile…
Devant, un genou en terre, il lui manque juste le ballon !
– … Tu as l’air d’un footballeur !
Il se fâche tout rouge.
– Tu rigoles ? Je ressemble à un danseur. Point barre.
Je plaisante parce que ça me fait drôle de revoir Mo. Même en photo. L’autre jour, on a vécu avec lui quelque chose d’exceptionnel. Et je me demande si un moment pareil peut se répéter. Peut-être que non…
« Ouah-ah… ! »
L’aboiement de Coppélia brouille cette question un peu mélancolique. Et, venue de l’accueil, une voix bien connue l’efface tout à fait.
– Bonjour, madame Suzette !
– Zita !
Trois secondes plus tard, top chrono, je lui saute au cou. Ma meilleure amie ! On s’embrasse fort.
– Coucou, Nina !
– Alice !
Derrière Zita, je ne l’avais pas vue. D’ailleurs, je vois toujours Zita « plus » que les autres. Elles ont dû arriver ensemble. On s’embrasse aussi. Et, toutes les trois, on parle en même temps.
– Qu’est-ce que je suis contente de te voir !
– Et moi, alors !
– Bonne année !
– C’est vrai, bonne année !
– Avec plein de succès !
Neutralisée par ce tir de points d’exclamation, Coppélia gît sur le flanc, ahurie. Mme Suzette contemple Alice avec un sourire extasié.
– Tu ne me dis pas bonjour, ma jolie ?
Ses cheveux blonds voltigeant dans tous les sens, sa préférée s’élance vers elle, et lui administre trois bises théâtrales.
– Tous mes… clac… meilleurs vœux, madame Suzette… clac, clac… !
Émile émerge du couloir.
– Salut, les filles !
Après les bisous et les souhaits de rigueur, il présente à la ronde un sachet de petits animaux fluo :
– Vous voulez… ?
– Merci bien, refuse Alice. La couleur fait déjà mal aux yeux, alors je vous dis pas à l’estomac…
– Si t’en veux pas, ne dégoûte pas les autres !
Zita refuse aussi, et Mme Suzette en fait autant. Le pauvre ! Par solidarité « familiale », j’accepte un crocodile vert et jaune. Et on se dirige vers l’escalier.
– Hé, les filles… !
Émile freine Zita par un pan de son manteau :
– Venez voir le tableau de service.
– On a bien le temps !
– Surtout que, pendant les vacances, il n’a pas dû se passer grand-chose… ! l’envoie bouler Alice.
Émile a un sourire mystérieux.
– Si. Plein de trucs. Qu’est-ce que tu crois… ?
Je murmure :
– C’est vrai. On est allés danser…
– Oh !
– … en banlieue.
Zita soupire, soulagée.
– Tant que ce n’est pas à l’Opéra… !
Ce dédain me froisse un peu. N’empêche… ! Les deux filles se précipitent dans le couloir. On les accompagne.
– Ma parole ! s’écrie Alice. Une photo de Nina, le jour du spectacle salle Noverre !
Zita marmonne :
– Je l’avais déjà vue.
– Et vous ne m’aviez rien dit !
– Tu étais déjà en vacances quand elle a paru dans le journal.
Alice fronce les sourcils :
– C’est drôle qu’on t’ait choisie, Nina, vu que tu n’étais pas soliste… (Sous-entendu : moi, je l’étais)… tu ne trouves pas, Zita ?
– C’est comme ça. Voilà tout, dis-je en haussant les épaules.
Je me sens intimidée, tout à coup, contrariée, et agacée. Un mélange très désagréable.
– Et là, c’est quoi ? demande Zita. L’Écho d’Aubry-sur-Marne… Ah ! oui, le fameux gala en banlieue… Oh ! là là ! bonjour la capitale !
Je riposte d’un ton nerveux :
– En tout cas, c’était vachement sympa.
Alice épluche la coupure de presse.
– Dis donc, Nina, d’où sortent-ils, tous ces zouaves, à côté de vous ?
Elle a de ces mots, quelquefois, Alice, des mots un peu vieux jeu. Peut-être parce qu’elle habite chez sa grand-mère.
Émile proteste :
– Des zouaves ? N’importe quoi ! Ce sont des danseurs de hip-hop.
– Ouille ! grimace Zita.
Émile s’étonne :
– Quoi… ouille ? Ils étaient super !
– Super ou pas, mes parents n’aimeraient pas me voir au milieu de ces gens-là ! remarque Alice.
– Les miens… pas trop non plus.
Ça alors ! Zita qui fait chorus… ! On se regarde, stupéfaits, Émile et moi. Je me sens vraiment mal à l’aise, gênée. Comme si j’étais vaguement fautive. Une drôle d’impression. Ça m’ôte l’envie d’en dire plus. Je ne parlerai pas de Mo. Pas aujourd’hui, en tout cas. Et, faisant un gros effort, je m’écrie d’un ton joyeux :
– Vous venez, les filles ? Y a plus rien à voir !
On repart au galop. Dans l’escalier, je monte quatre à quatre devant les autres. Si je me remue, je vais peut-être semer ma drôle d’impression. Mais non ! elle me colle.
Dire que je rêvais de tout raconter à Zita… !
Quelle déception !




Émile nous lâche devant le vestiaire des garçons. La porte est grande ouverte. J’hésite… mais puisque ce n’est pas fermé… Du seuil, je fais un petit coucou au bel Alex. Depuis notre pas de deux, il me semble qu’on est un peu copains… non ?
Non.
Il m’ignore. À croire qu’en un clin d’œil je suis devenue invisible. Les quatre ou cinq garçons qui l’entourent se marrent bêtement. Maxime le pousse du coude :
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