L'âne de sagesse

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296404571
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L'ÂNE DE SAGESSE

Collection Écritures arabes

sonniers politiques marocains. ABA Noureddine, L'Annonce faite à Marco ou A l'aube et sans couronne. Théâtre. ABA Noureddine, C'était hier Sabra et Chatila. N° 6 AMROUCHE Jean, Cendres, Poèmes. N° 7 AMROUCHE Jean, Étoile secrète. N° 8 SOUHEL Dib, Moi, ton enfant Ephraim N° 9 BEN Myriam, Sur le chemin de nos pas. Poèmes. N° 10 TOUATI Fettouma. Le printemps désespéré. N° Il ABA Noureddine, Mouette ma mouette. Poèmes. N° 5
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N° 1 BAROUDI Abdallah, Poèmes sur les âmes mortes. N° 2 ACCAD Evelyne L'Excisée. N° 3 ZRIKA Abdallah, Rires de l'arbre à palabre. Poèmes. N° 4 La Parole confISquée. Textes, dessins, peintures de pri-

N° 12BELHRITI Mohammed Alaoui, Ruines d'un fusil orphe-, N° N° N° N° N° N° N° N° N° N° N° 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 25
lin. Poèmes, suivi de L'Epreuve d'être. Pamphlet BENSOUSSANAlbert, L'Échelle de Mesrod. Récit. MORSY Zaghloul, Gués du temps. Poèmes. BELAMRI Rabah, Le Galet et l'Hirondelle. Poèmes. BEKRI Tahar, Le chant du roi errant. Poèmes. HOUARI Leila, Zeida de nulle part. LAARI Abdellatif, Discours sur la colline arabe. BEREZAK Fatiha, Le regard aquarel. AMROUCHE Jean, Chants berbères de Kabylie. KALOUAZ Ahmed, Point kilométrique 190. Roman. SAOUDI Fathia, L'oubli rebelle. Beyrouth 82. Journal. FARÈs Nabile, L'exil au féminin. Poème d'Orient et d'Occident GUEDJ Max, Mort de Cohen d'Alger. Roman à deux vitesses avec jeux. BEN Myriam, Sabrina, ils t'ont volé ta vie. Roman. RAITH Mustapha, Palpitations intra-muros. YACINE Jean-Luc, L'escargot. Roman. LAARI Abdellatif, L'écorché vif. LAARI Abdellatif, Le baptême chacaliste. COlSSARD G., DJEDIDI H., Chassés Croisés.

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TAWFIK EL HAKIM

L'ÂNE DE SAGESSE

Traduit de l'arabe par Anne-Marie Luginbuhl et Khaled Falah

Éditions L'Harmattan 7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Collection Écritures arabes

Cette collection se propose d'accueillir des textes arabes de langue française, qu'ils viennent du Maghreb ou du Machrek, ainsi que des textes traduits de l'arabe. Il s'agit, avant tout, de donner aux jeunes auteurs la possibilité de s'exprimer en contournant le pouvoir des groupes d'édition pour lesquels compte surtout l'impact commercial du texte littéraire. Dans cet esprit, nous nous attacherons à découvrir de nouvelles écritures, romanesques ou poétiques, de nouveaux modes d'expression capables d'ébranler les formes sclérosées du discours littéraire dominant. Aux auteurs plus connus ou déjà célèbres, nous donnerons la place qui leur revient dans la mesure où leur renom reste étranger à toute application de recettes à succès, sommaires et démagogiques. Nous nous efforcerons enfin de faire entendre toute voix capable de transmettre une parole, une expérience, un vécu dont la force émotive excède l'écriture
elle-mêrrte.

Marc Gontard

La version originale de cet ouvrage a été publiée en 1940 en Égypte par Maktabet Al Adab, sous le titre:

HIMAR EL HAKIM
@ L'Harmattan, 1987 ISBN: 2-85802-874-5

A mon ami qui est né et est mort sans m'avoir parlé mais... qui m'a enseigné.

L'âne de Thomas le sage dit: « Quand le temps fera-t-il justice, que je sois cavalier? Car si je suis un simple ignorant, mon maître est un ignare. » On lui dit: Et quelle est la différence entre
un simple ignorant et un ignare? Il répondit : Le simple ignorant sait qu'il est ignorant, /'ignare, lui, ignore qu'il est ignorant. »

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Vieille Ugende

Je fis sa connaissance un jour de l'été passé, en plein cœur du Caire, dans une avenue des plus luxueuses. Je me rendals ce matin,-là chez mon coiffeur, et l'air était chaud, mêlé de douce brise. Mon cœur, dans ma poitrine, était léger; je venais de croiser un visage gracieux, celui d'une jeune femme blonde accompagnée de son chien, qui avait pris en même temps que moi l'ascenseur de l'hôtel où je demeurais; je marchais et j'aurais presque siffloté et chantonné; j'arrivai au salon de coiffure et soudain, je le vis. Je vis celui qui - le destin en avait décidé ainsi pour moi - serait mon ami. Je le vis qui s'avançait sur le trottoir, tel une gazelle, une bride rouge autour de son joli cou et, à ses côtés, son maître; un campagnard, un rude paysan. Les passants s'étaient arrêtés pour le regarder, fascinés; et devant la beauté et la légèreté de son pas, ils étaient là, captivés. Il avait la taille d'une poupée, la blancheur d'un marbre sculpté, la perfection d'un objet d'art. Et il marchait tête baissée, avec docilité, comme s'il disait à son maître: emmène-moi où tu veux, rien sur la terre ne me fera détourner la tête... Tel était ce minuscule "ânon" qui attirait les regards dans cette grande avenue; et la présence d'un âne dans un tel quartier suffisait seule à jeter l'éton9

nement dans les esprits. Mais cet âne était sans nul _ doute en lui-même un beau spécimen d'âne, et les yeux des passants brillaient plus d'admiration que d'étonnement. Des dames anglaises qui entraient dans la pâtisserie Groubbi s'arrêtaient à sa hauteur et ne pouvaient s'empêcher de manifester leur amour pour lui. S'il avait été un objet qui se porte, elles n'auraient pas hésité à l'acheter et à le porter comme on achète et porte des bijoux. Son maître voulait le vendre, me sembla-t-il. Je l'avais entendu dire à ceux qui l'entouraient, passants, vendeurs de journaux, enfants: - Cinquante pi~stres ! Et mes pieds, malgré moi, me menaient au groupe qui entourait l'âne. Et mes yeux, malgré moi, ne se détachaient pas de cette petite créature et soudain ma bouche, malgré moi, lança ce cri: - Trente piastres! Ils se tournèrent tous vers moi. Un tumulte s'éleva, des paroles fusèrent et soudain, je vis un homme surgir du groupe: c'était un vendeur de journaux qui me connaissait, il me vendait ses journaux. Il se proposait d'agir en mon nom. Il arracha l'âne des mains de son maître, l'âpre paysan, et lui cria au visage: - Notre Seigneur Bey a donné un ordre et son ordre passe avant tout, sur ma vie... Le paysan agrippa le cou de l'ânon et cria: - Trente piastres! C'est le prix d'un poulet d'importation! - Tu devrais avoir honte, mon gaillard, de répondre au Bey! - Par Dieu, je ne céderai pas à moins de quatre barizas. Et, dans le feu de l'action, chacun tirait de son côté à qui mieux mieux, si bien que le cou du pauvre ânon faillit leur rester dans les mains. L'affaire se termina -par la victoire de mon intercesseur improvisé. La ~archandise se retrouva entre ses mains, de 10

force. Il se tourna vers moi en disant: - Donnez les trente piastres, mon' Bey. Le vendeur hésita, faiblit puis voulut tout de même protester un peu; l'autre, d'un. geste, lui cloua le bec en criant: - Tais-toi, ou je te mets mon poing sur la gueule! Seigneur Bey, donnez l'argent et prenez l'ânon, qu'il vous porte chance! Le marché est tout ce qu'il y a de plus régulier. Il avança vers moi, tirant l'ânon pour me remettre la bride rouge qui pendait à son cou. L'ivresse se dissipa, revint la raison. La transaction avait abouti sans que je le souhaite, sans que je m'y attende. Tout

s'était passé alors que j'étais dans une sorte d'inconsdence et le prix de.trente piastres que j'avais ftxé était sorti de ma bouche sans réflexion ni préméditation: un chiffre lancé sur le mode du jeu; et la plaisanterie avait tourné au sérieux. L'ânon était entré maintenant en ma possession et propriété; qu'allais-je faire de lui, moi qui entrais dans le salon de coiffure? Où le mettre, alors que je n'avais pour tout logis qu'une chambre avec salle de bains dans un hôtel réputé? Par dessus le marché, je n'avais pas en poche à ce moment-là les trente piastres. Je n'avais sur moi qu'un billet de banque que j'avais l'intention de changer contre de la menue monnaie et je voulus revenir sur la transaction; impossible. Le vendeur et l'intercesseur étaient à mes trousses avec l'âne. Je dis, contrarié et confus, en montrant le salon de coiffure: -Mais... je vais me faire raser... Le vendeur de journaux répondit derechef: - Je vous en prie, monsieur, allez-vous faire raser en toute tranquillité... Je vais m'asseoir avec l'ânon sur le pas de la porte, sans façon, et vous attendre... Je dis mal à l'aise, perplexe: Mais l'argent... 11

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L'homme s'empressa de répondre: - Je vais faire la monnaie pour monsieur tout de suite chez le marchand de tabac... Les deux hommes me bouchèrent toute issue, je ne pouvais plus leur opposer aucune réponse, ni argument. Toute excuse était vaine, et je me trouvai flanqué de l'âne. J'en pris mon parti. Je leur fis un signe, ils me suivirent avec l'ânon jusqu'au salon de coiffure et j'entrai. Je demandai au coiffeur de me faire une avance sur sa caisse et il la fit. Le paysan s'en alla et le vendeur de journaux resta sur le pas de la porte du salon de coiffure, avec l'ânon; il chassait ceux qui s'attroupaient autour de lui, passants, enfants, curieux; moi, assis, je réfléchissais à la situation et à ce que j'allais faire ensuite de ce fardeau, tandis que le coiffeur m'enduisait le menton de savon, chantait la beauté de l'ânon, louait sa sagesse, discourait de la nourriture et des soins qui lui étaient nécessaires... et évoquait l'avenir brillant qui l'attendait le jour où il serait beau comme une jument grise. Tous les clients me regardaient, regardaient la scène, en étouffant leur rire, et cachaient les pensées qui les envahissaient à mon propos; quand je fus rasé, je me levai, j~ tendis le billet de banque au coiffeur et il prit son dû. Je sortis et le vendeur de journaux vint au devaIlt de moi; il me remit la bride le l'ânon en disant: - Lâchez-le dans le jardin, honorable monsieur... Je dis comme pour moi-même: - S'il y avait un jardin, il n'y aurait pas de problème! L'homme dit : - Lâchez-le sur la terrasse ou dans la cour avec... si je peux me permettre... les moutons. Je dis, imaginant mon logement à l'hôtel: - Et si nous le lâchions dans la salle de bains... 12

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