L'éclat

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"Je suis le clown que vous attendez, les poches bourrées d'antidépresseurs, la phrase alerte. Vous avez payé pour me voir, approchez, oui, plus près, c'est vrai j'ai l'air humain à cette distance, ne vous y fiez pas, je ne suis qu'un clown et vous ne serez jamais que mon public. Au-delà il n'y a rien, oui, venez plus près." Premier roman, livre malade, livre sans cirque et sans remords. Histoire sans début ni fin, période dont on aurait réussi à garder, à prélever l'éclat.
Publié le : mardi 1 novembre 2011
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EAN13 : 9782296472853
Nombre de pages : 183
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© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-56652-1 EAN : 9782296566521
L’éclat
« Que le soleil se lèvera demain est une hypothèse ; c’est-à-dire que nous ne savons point s’il se lèvera. »
Ludwig Wittgenstein,Tractatus logico-philosophicus
Benoît Vincent
L’éclat
roman
L’Harmattan
I
«Derrière chaque objet réel, il y a un objet rêvé. »
JeanBaudrillard,Le système des objets
est pitoyable un clown qui pleure ; tout le monde se Cdéfigure, se flétrit le faciès à qui mieux mieux, lui n’a plus que les yeux pour pleurer. Sa bouche, son corps, tout rigole en permanence, se marre sans répit. Il doit se pencher, chialer léger pour que ça ne coule pas, le visage horizontal pour ne pas ravager le maquillage. Sur le bariolé de rouge et de blanc, la transparence – en mince ruisseau ou abondant torrent – ça tache.Et personne ne voudrait s’égratigner le sourire, se délaver le teint, surtout pas le clown.Ce n’est pas qu’il soit morose, sans le masque social peu de personnes sont de joyeux drilles, mais le visage
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quand il s’oublie, le relâchement des traits fait qu’il est tout en descente et en chute. Parce que sourire c’est de l’effort, faut se tendre la lippe et se rehausser la pommette,smile, cheese, petit oiseau, vous voyez bien que ce n’est pas naturel. Il faut être imbécile pour avoir le zygomatique haut, ou alors grimé jusqu’au cou.Flamboyant ou peinturluré, j’amuse la galerie et les miroirs, aux gosses j’extorque leur babil, aux vieux leur dentier.En échange je leur offre des postillons et toujours plus de cotillons.De quoi siffler, danser, se disloquer.
Ce n’est plus un métier facile, tout s’est mis à divertir. Sur les grands panneaux on rivalise de jeux de mots, les slogans se la jouentcool, il n’est pas jusqu’à votre brosse à dents qui ne blague (à croire que c’est elle qui vous le donne, le sourire).Acroire que c’est une culture du calembour qui s’est développée. Mais les objets ne sont pas mes principaux concurrents : les machines à laver et les biscottes n’auront jamais autant d’esprit que votre banquier, vos parents ; même le président est devenu distrayant.En fin de compte je suis le seul à assumer ma
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pitrerie jusqu’au bout.C’est ma vie les confettis.Ah ah. Là où vous faites un intermède pour relâcher la pression et tous les sérieux du travail par une plaisanterie (forcément douteuse, proportionnelle à l’ampleur de la tâche précédente), je ne me repose jamais de la légèreté, heureux malgré moi.
Je suis consciencieux. Les feinteurs sont légion, on en est venu à aduler les pince-sans-rire, là on acclame les cyniques, je veux redorer le blason de la vanne. Je reviens à la pureté, à la naïveté de la percée euphorique.Ah ah. La gentillesse c’est ne pas attaquer mais y aller d’une boutade alliée, la fendaison amie.Ça rend vulnérable.C’est si fragile une bonne intention. Pourquoi croyez-vous que j’ai ce teint vif, rouge comme une cible ?En vérité je suis si pâle, un linge, un nuage.C’est tabou la joie, on ne s’esclaffe pas en public, ou alors on s’expose, on se livre à l’ennemi.Comme une voix honteuse, un acquiescement vigoureux ou une réaction incontrôlée, le rire explose avec la pudeur. Moi je grimpe sur les estrades, je beugle plus fort, je ne saurais donner l’exemple mais j’incite.C’est parfois pire que
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d’attiser le feu, on vous prend pour un pyromane, à faire des étincelles de gaieté, mais là où le feu refroidit, le silence glace.
Les imperturbables, les aigris, tout le cortège blafard des croque-marre, vous renvoient à votre inutilité première. Je ne produis rien.Du pétillant, du flash, certes, mais mon plus grand plaisir c’est de gaspiller, mon énergie, leur attention. Je dilapide hardiment, pétards, artifices, pour de maigres crépitements, une odeur scélérate. Je me sacrifie pour des esquisses et des airs amusés.Am’en fendre la poire et me dévider les poumons j’exulte et trépigne. J’ai maigri légèrement, je regarde les autres s’attrister et s’enticher, je les imagine baiser et sombrer.C’est asexué un clown, il faut pouvoir toucher les enfants pour les photos, se ménager des approches rassurantes, et le désir c’est effrayant, monstrueux.
Je ne rechignais pas à m’exhiber avec les marmots. Ils restaient dupes eux, la bonté naturelle leur paraissait possible, imaginable.D’un chapeau troué il voyait la souris,
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