L'universalité de la culture

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Ce livre écrit en trois langues (français, anglais, yemba) tente de relever un défi inédit qui peut se décliner en trois étapes : établir un listing thématique des proverbes camerounais ; offrir ces proverbes dans leur consistance brute, en yemba ; chercher enfin les équivalents de ces proverbes non seulement en français et en anglais, mais aussi dans les autres aires culturelles et civilisationnelles de par le monde.
Publié le : jeudi 1 octobre 2009
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EAN13 : 9782296242869
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L'Universalité de la culture

Jean-Pierre Fogui

L'Universalité de la culture
La preuve par les proverbes

L'Harmattan

DU MÊME AUTEUR

Vers le Mont Cameroun (en collaboration avec Joseph Charles Doumba), Éditions ABC, Paris, 1982. L’intégration politique au Cameroun : une analyse centre-périphérie, Librairie générale de Droit et de Jurisprudence, Paris, 1990. Demain… (recueil de poèmes), éditions SOPECAM, Yaoundé, 1991. Plaidoyer pour l’unité, Éditions de la Renaissance, Yaoundé, 1994. Plaidoyer pour notre culture, Éditions de la Renaissance, Yaoundé, 1995.

© L’Harmattan, 2009 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-10544-7 EAN : 9782296105447

Je dédie ce livre : au Peuple Bafou vis-à-vis de qui j'ai une grande dette morale pour la confiance qu'il a placée en moi : en me désignant comme son porte-parole lors des plus grandes cérémonies que notre Groupement ait connues : l'installation du Chef Supérieur, S.M. Docteur Paul Kana, en mars 1990 ; lors de ses obsèques en avril 1994 ; enfin lors de la sortie de Lah-a Nkeum de son successeur, S.M. Victor Kana III, en janvier 1995 ; en me portant à la Présidence de la Commission "Culture et Traditions" au sein des "Forces Vives Bafou", et ce, malgré mon parcours académique et professionnel qui m'a longtemps tenu éloigné de notre terroir, et parfois même de notre Pays ; en me conférant le titre de Fô Nkong-ni, c'est-à-dire le Chef qui lutte pour le triomphe de l'amour et de la concorde ; à la Jeunesse Bafou, pour qu'elle ne laisse plus jamais l'herbe repousser sur le sentier que j'ai essayé de déblayer dans ce livre ; à la Princesse Mèfogui Dongmo Astia, pour tout ce qu'elle nous a apporté en cette Année de grâce 2009…

« C'est par notre langue que nous existons (…) Cette langue transmise par ma mère est mon âme » (Matoub Lounès).

Introduction
« Le proverbe est l'esprit d'un seul et la sagesse de tous » (John Russel). « Le proverbe est le cheval. Quand la parole se perd, c'est par les proverbes qu'on la retrouve » (Amadou Kourouma).

L'idée d'écrire ce livre m'est venue d'un constat amer : celui du recul de nos langues nationales au profit du Français et/ou de l'Anglais. J'ai senti venir le danger depuis longtemps, mais je ne savais pas exactement par quel bout prendre ce problème épineux qui est en fait celui de la sauvegarde de notre héritage culturel. La situation est plus grave qu'on ne le pense, et ce n'est pas le Directeur Général de l'UNESCO qui me démentirait, lui qui a lancé dès la fin des années 1990 ce pathétique cri d'alarme : si on ne fait pas attention, la moitié des 6 000 langues parlées de par le monde ne franchiront pas le seuil du Troisième Millénaire1. Malgré cette réalité, j'ai entendu un linguiste camerounais persifler un jour devant un groupe d'élèves à Yaoundé : « que ceux qui parlent de la mort des langues me montrent la tombe dans laquelle on a enterré l'une d'entre elles. » Le pauvre ! On aurait pu lui répondre que l'une de ces tombes se trouve dans l'Etat du Massachusetts où on a enterré, le 15 janvier 1996, Red Thunder Cloud, âgé de 76 ans et dernier locuteur du Catawba, idiome d'une tribu indienne d'Amérique du Nord qu'il était le seul à parler encore2. Or, une langue n'est pas seulement un "instrument" de communication : elle véhicule nécessairement une cosmogonie, une vision du monde, bref, une culture. Mieux, elle permet à cette culture de "voyager" dans le monde, de "lécher" au passage des rivages inconnus et de se nourrir de milliers
Koïchiro Matsuura, cité in Jeune Afrique l'Intelligent n° 2074 du 10 au 16 octobre 2000, page 12. 2 Voir l'article "Une langue vient de mourir" in Jeune Afrique n° 1830 du 31 janvier au 6 février 1996, page 19.
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de limons arrachés à ces rivages3. En un mot, la langue est l'instrument par excellence d'épanouissement et de sublimation d'une culture. Stendhal l'a dit peut-être mieux que quiconque : « le premier instrument du génie d'un peuple, c'est sa langue. »4 Dès lors, lorsque les experts estiment que 3 000 langues risquent de disparaître au cours du Troisième Millénaire, cela veut dire tout simplement que s'ils ne provoquent pas le sursaut nécessaire, les peuples concernés vont être dépossédés de leur culture. D'où cette mise en garde du linguiste Claude Hagège : « La perte de sa langue, pour tout individu, c'est aussi, en quelque façon, celle d'une partie de son âme. »5 Et pour le coup, l'Afrique me semble plus exposée que les autres continents, non seulement à cause de notre faiblesse au plan économique, mais aussi à cause de notre propension suicidaire à tourner le dos à nos valeurs au fur et à mesure que nous nous avançons dans la modernité. La situation est si grave aujourd'hui que la majorité des enfants nés en ville ne savent plus parler la langue de leurs parents. C'est ainsi que dans une thèse soutenue en 2005, un universitaire camerounais a révélé par exemple que dans la ville de Yaoundé, 40% d'enfants de plus de 15 ans ont le seul Français comme langue de communication6. J'ai pris l'exacte mesure de ce désastre le jour où un aîné de la première génération des intellectuels m'a avoué sans sourciller : « Dans cent ans, toutes nos langues maternelles auront disparu ; c'est pour cela que je préfère apprendre le Français à mes enfants, car c'est la langue de la science ». Tout en étant moins catégoriques, d'autres aînés n'en confessent pas moins leur impuissance lorsqu'ils affirment, toute hhonte bue : « Mes enfants comprennent quand-même la langue maternelle, même s'ils ne la parlent pas ». Or, comprendre la langue maternelle sans la parler (alors que par ailleurs, ils parlent couramment le Français ou l'Anglais), n'est-ce pas la preuve irréfutable que nos enfants ne sont plus enracinés dans notre humus culturel ? Car, parler une langue, c'est partager le patrimoine culturel dont cette langue est porteuse. A vrai dire, « une communauté
Voir, à titre d'illustration, l'éclatante exubérance du Français et de l'Anglais dans les ex-colonies françaises et britanniques. 4 Cité in Jeune Afrique l'Intelligent n° 2344 du 11 au 17 décembre 2005, page 4. 5 In Combat pour le Français : au nom de la diversité des langues et des cultures, éditions Odile Jacob, Paris, 2005. 6 Cf. Cameroon Tribune du 2 février 2006, page 11.
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humaine n'existe et ne se définit d'abord que par sa langue. »7 Dès lors, autant on ne saurait se prétendre Français si on ne parle pas la langue de Victor Hugo, autant on ne devrait pas se présenter comme Africain si on ne maîtrise pas sa langue maternelle. D'où cette profession de foi de Cioran : « Ma langue, c'est ma patrie. »8 D'où, également, cette interpellation d'Alpha Oumar Konaré à l'ouverture du Premier Congrès Culturel Panafricain en 2006 : « Si nous ne préservons pas nos langues, nous ne pourrons jamais préserver notre culture. »9 Faisant sien l'aphorisme espagnol "Lingua muerta, pueblo muerto" ("langue morte égale peuple mort"), le Professeur Ki Zerbo clot le débat (si tant est qu'il y en avait un…) par cette sentence : « Un peuple qui ne parle pas sa propre langue signe sa mort culturelle. »10 A l'ère des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication, la langue se présente donc comme le meilleur passeport pour ceux qui veulent tirer le maximum du phénomène de "Mondialisation". On comprendra dès lors pourquoi, dans un monde secoué par la crise économique, un pays comme la France dépense des sommes colossales pour la promotion de la Francophonie, à travers des "instruments" comme Radio France Internationale (RFI), Canal France International (CFI), France 24, l'Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT), l'Association des Universités partiellement ou entièrement de Langue Française (AUPELF) etc… L'ancien Ministre français des Relations Extérieures, Hubert Védrine, reconnaît d'ailleurs que ces « réseaux culturels, linguistiques et audiovisuels » représentent un grand atout diplomatique pour la France11. Autant le dire d'entrée de jeu : le présent livre n'a pas pour ambition d'apprendre à écrire notre langue ; des spécialistes en linguistique ont déjà commencé ce travail ardu et délicat qui exige une expertise certaine12. Dans les pages qui suivent, je me propose d'apporter une
Jean-Louis Curtis, discours de réception à l'Académie Française, in Le Monde des 28 et 29 juin 1987, page 9. 8 Cité in Le Nouvel Observateur du 1er juillet 1999, page 29. 9 Cité in Le Messager n° 2254 du 15 novembre 2006, page 3. 10 Cité par Radio France Internationale le 31 août 2004 à 14 heures 22 minutes. 11 In Rapport pour le Président de la République sur la France et la mondialisation, éditions Fayart, Paris, 2007, pages 31-32. 12 Après les premières tentatives faites par les pionniers qu'étaient MM. Djoumessi Mathias et Momo Grégoire, le flambeau a été repris par des universitaires comme
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modeste contribution à l'apprentissage de notre langue maternelle, le Yemba : en récapitulant les proverbes, dictons et expressions idiomatiques qui véhiculent la sagesse de nos parents ; en donnant leur signification (littérale ou approchée) et leur contenu moral et philosophique ; en précisant, le cas échéant, leurs équivalents en Français et en Anglais, afin de contribuer à l'expansion du bilinguisme dans un pays comme le Cameroun qui est à la fois membre de la Francophonie et du Commonwealth. On peut évidemment se demander pourquoi, s'agissant d'une démarche de réappropriation de notre culture, j'ai choisi cette voie et pas une autre. Ma réponse est simple : il est en effet admis, depuis l'antiquité, que l'étude des proverbes est un excellent moyen de bien connaître une langue et les peuples qui l'utilisent. Le Professeur Njoh Mouelle ne dit pas autre chose lorsqu'il définit le proverbe comme « l'énoncé d'un savoir ou d'une connaissance établie empiriquement », et le considère dès lors, dans notre contexte, comme « l'expression du génie créateur de l'Afrique »13. En constatant par exemple que les deux chapitres les plus fournis du présent recueil de proverbes sont ceux consacrés à l'"Ironie du sort" et au "Réalisme", on peut parfaitement émettre l'hypothèse selon laquelle on a affaire ici à un peuple philosophe et très réaliste ; ce que confirment d'ailleurs les études anthropologiques sur les peuples de l'Ouest-Cameroun. En plus –et comme le dit si bien un proverbe chinois–, " lorsqu'on a appris le livre des proverbes, on n'a plus d'efforts à faire pour parler ". C'est ainsi que nos parents avaient une façon bien à eux d'épicer le moindre de leur discours avec des dictons qui donnaient finalement à leurs propos une saveur, une poésie, une "percutance", bref, une force de persuasion qu'ils n'auraient pas eue autrement. C'est ce savoir-faire que j'ai voulu mettre à la disposition de mes frères et sœurs qui n'ont pas
Maurice Tadadjeu, Gretchen Harro, Nancy Haynes et Jean-Claude Ngnintedem. Les trois derniers cités ont publié un Manuel pour lire et écrire la langue Yemba (Société Internationale de Linguistique, Yaoundé, 1994,108 pages). 13 In Jalons II : l'africanisme aujourd'hui, éditions CLE, deuxième édition, 2006, pages 60-61.

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grandi au village, et qui n'ont pas eu l'occasion de recevoir, par osmose, ce premier maillon de notre chaîne culturelle. Parti donc pour dresser un listing thématique des proverbes et leur trouver, le cas échéant, des équivalents en Français et en Anglais, je me suis heurté à une première difficulté : en effet, la plupart de ces dictons sont intraduisibles en Français et en Anglais ; ou plus précisément, lorsqu'on les traduit, ils perdent ou bien leur sens, ou bien leur poésie, ou bien leur "percutance", ou même les trois choses à la fois ! On se rappelle d'ailleurs que de tout temps, l'exercice de traduction est regardé avec beaucoup de méfiance, ainsi qu'en témoignent ces aphorismes célèbres : " Tradditore trahitore ", c'est-à-dire " traduire, c'est trahir " (tradition italienne) ; « Les traductions sont comme les femmes : belles, elles ne sont pas fidèles ; fidèles, elles ne sont pas belles " (Goëthe) ; « Quatre-vingt pour cent des traductions sont exécrables" (Umberto Eco). Cette première difficulté m'a imposé un pari audacieux : celui de transcrire directement ces proverbes en langue maternelle. Pour ce faire, je n'ai pas utilisé l'alphabet Yemba tel qu'il a été développé par les linguistes, car cet alphabet –qui comporte des signes typographiques inconnus en Français et en Anglais–, n'a pas encore été vulgarisé à grande échelle. J'ai donc essayé de transcrire le patois tel que pourrait le prononcer un locuteur francophone, laissant aux linguistes le soin de réaliser plus tard une version Yemba de ce livre lorsque l'alphabet Yemba sera suffisamment vulgarisé. Ma démarche, qui se veut "conservatoire", vise donc à recueillir et à sécuriser le maximum de proverbes et de dictons, avant la disparition des quelques rares Personnes-ressources qui sont les derniers dépositaires de ces richesses. La deuxième difficulté est née de ce choix méthodologique : en effet, à l'image du Chinois, la langue Yemba joue énormément avec les intonations ; c'est-à-dire qu'un mot change de sens selon la manière dont on le prononce, comme on le verra dans le prochain chapitre consacré à l'initiation à la prononciation.

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J'ai publié une esquisse partielle du présent livre en 1995 sous le titre Plaidoyer pour notre culture. Face au grand succès obtenu en librairie par cette première version, je me suis rendu compte, avec le temps, que j'avais la possibilité –et même le devoir…– d'enrichir ce travail : en mettant à la disposition du grand public une version plus complète, aussi bien qualitativement que quantitativement ; en illustrant certains proverbes par des citations bien "senties" qui, tels des coups de cymbale à la fin d'une chanson, achèvent de conférer à ces proverbes leur caractère universel ; en situant ma démarche, au départ modeste et limitée à ma localité, Ce large. plus dans une perspective comparative redimensionnement de la focale m'a obligé, entre autres, à rechercher les équivalents de nos proverbes non seulement en Français et en Anglais, mais aussi dans les autres aires culturelles et civilisationnelles de par le monde. C'est ainsi que j'ai été surpris, à l'arrivée, de constater que des communautés humaines situées à des milliers de kilomètres les unes des autres –et n'entretenant aucun rapport–, avaient curieusement forgé, avec le temps, les mêmes proverbes pour décrypter le monde et ses mystères, en utilisant parfois les mêmes mots. Pour ne prendre qu'un seul exemple, je me suis rendu compte que pendant que mes aïeux, du fond de leur savane de l'Ouest-Cameroun, faisaient le constat suivant : e nou tsoukou’ ngneung , a’ lah-a tchœh-è ndjœo’ nhe-nhong’, e’ kœ kœ (ce qui veut dire : quand quelqu'un a été mordu par un serpent, il fuit même en voyant le mille-pattes), les autres peuples du monde leur répondaient comme en écho : " celui qui a fait naufrage tremble devant les flots tranquilles " (proverbe latin) " qui a été brûlé par un tison s’enfuit à la vue d’une luciole " (proverbe indien) " qui a été mordu par un serpent a peur d’une corde " (proverbe hébreu) " qui s’est brûlé avec du lait souffle sur la crème glacée " (proverbe turc) " le chien qui a léché des cendres ne se fie plus à la farine " (proverbe italien)

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" celui qui a été mordu par un serpent se méfie d’une chenille " (proverbe algérien) " même devenu maigre, l’éléphant n’ose jamais passer sur un pont " (proverbe Mandé du Mali) " chat échaudé craind l'eau froide " (proverbe français) " he that has been stung by a serpent is afraid of a rope " (proverbe anglais). Le lecteur découvrira donc, au fil des pages de ce livre, cette étonnante complicité culturelle qui existe entre les peuples, par-delà les frontières, par-delà les continents, par-delà les religions. Et puisqu'une telle complicité ne peut pas (toujours) s'expliquer par le phénomène de contagion par proximité, ne devrait-on pas y voir une preuve supplémentaire de l'existence d'un patrimoine culturel commun à toute l'humanité ? Telle est la problématique portée par ce livre dont l'ambition ultime est de répercuter, à sa manière, le message que le Président Jacques Chirac a lancé à la face du monde, le 20 juin 2006, à l'inauguration du Musée du Quai Branly (dit Musée des Arts Premiers) à Paris : « Il n'existe pas plus de hiérarchie entre les arts et les cultures qu'il n'existe de hiérarchie entre les peuples. C'est d'abord cette conviction, celle de l'égale dignité des cultures du monde, qui fonde le Musée du Quai Branly. »14 Le Président Abdou Diouf, Secrétaire Général de la Francophonie, est sur la même longueur d'onde lorsqu'il prévient : « L'universalité et la diversité ne sauraient s'affronter, tant elles sont vouées à se nourrir, à s'alimenter, à s'enrichir l'une l'autre. »15

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Cité par Serge Raffy in La guerre des trois, Fayard, 2006, page 247. Cité in Mutations n° 2294 du 3 décembre 2008, page 14.

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INITIATION À LA PRONONCIATION DE LA LANGUE YEMBA
« La voie la plus courte pour aller vers l'avenir passe par l'approfondissement du passé » (Aimé Césaire).

Comme je l'ai dit à l'introduction, la langue Yemba joue beaucoup avec les intonations. La vulgarisation de l'outil informatique permet désormais de donner des indications sur les différentes intonations, en utilisant les signes typographiques suivants à la fin des mots : le guillemet anglais simple fermant (’)16 (ou l'apostrophe lorsqu'on écrit à la main) pour le ton haut ; le guillemet anglais simple ouvrant (‘)17 (ou l'accent grave lorsqu'on écrit à la main) pour le ton bas (il doit être placé juste après le mot, sans espacement). L'absence d'un de ces deux signes est une indication que le ton est moyen. C'est cette règle qui permettra de faire la différence entre le ton bas (e ndoou = le haut), le ton moyen (e ndoou = le mâle), le ton haut (e’ ndoou’ = mordre), et la combinaison des tons haut et moyen (e’ ndoou = faire chaud). Autres exemples : le ton moyen (e mbâ = haïr), le ton haut (e’ mbâ’ = se méfier), et le ton bas (e‘ mbâ = le village) ; le ton haut (e’ mbeu’ = interdire), le ton moyen (e mbeu = le beurre ou les cauris) et le ton bas (e mbeu = le corps). Il y a quelques rares cas compliqués où ces deux signes typographiques sont placés l'un à côté de l'autre, tout simplement parce que le ton descend à la fin du mot avant de remonter aussi tôt. Exemple : a voung ’ (la partie molle qui se trouve à l'intérieur de la tige de bambou) ; lesseung‘’ (sortes de petits coléoptères). C'est toujours grâce à ces accents qu'une phrase comme celle-ci peut avoir du sens : Ngneung ngneung-hè’ ngneung ngneung , qui veut dire littéralement : la personne de quelqu’un est sa personne (moralité : quand on fait confiance à quelqu’un, il faut le faire franchement, et il faut que la personne investie de cette confiance fasse tout pour la mériter vraiment). C'est enfin grâce à ces accents qu'on peut décrypter le sens des mots dans une longue phrase, surtout en face du phénomène bien connu de l'allitération. Exemple :
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Numéro de code : 2019 Numéro de code : 2018

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Jœo tsetseung-hè mô wouo le’ hho ntseung’, e ndok-o ntseung ntseung-hè’ ntseung-hè nguia zeug’, tè me’ toungtè hi’, a’ lok ntseung-ne ngo’ ntseung-hè nkah’, e ntseungnè nè miya’ ntseung-hè-piya’, me’ toou me ntseung-hèloung’, po’ hho ntseung-tè jou-o moh’ ndok chœh’ ntseunghè’ ntseung-hè tetâ’ (veut dire à peu près : regarde-moi cette idiote [de fille] qui est allée en ville souiller la réputation de notre famile avec son sexe ; et quand on lui a demandé de s’expliquer, elle est allée avec la colère se pendre sur un grand avocatier en bas du champ ; on a envoyé les ténors de la réunion dégager les bêtises pour venir accrocher ça en bas de la cour). En dehors des accents, plusieurs sons posent de sérieux problèmes en Yemba, ainsi que le montrent les exemples suivants : - le son doux et le son bloqué à la fin des mots : le son est doux lorsque le mot se termine par une voyelle, ainsi que nous l'avons vu dans les exemples précédents. C'est la lettre h qui permet de bloquer les sons lorsqu'elle est placée à la fin du mot et qu'elle est précédée d'une voyelle. C'est ce qui permet de faire la distinction entre e ntou (entonner une chanson) et e’ ntouh’ (puiser), à ne pas confondre avec e ntouh (la calebasse). Autres exemples : e’ mbâ’ (haïr) et e mbah (dégager), à ne pas confondre avec e mbah (la brousse), et e’ mbah’ (tisser ; par exemple : tisser un panier ou une corde) ; e‘ nkèh-è‘ (écl airer) et e’ nkèh-è’ (détacher). - les sons mélangés : on peut mélanger les sons soit en écrasant les voyelles o et e, auquel cas on utilise le signe typographique œ bien connu en Français (exemples : e ndœè = l'adulte ; à ne pas confondre avec e ndœ = la liane, ou e ndeu = le vampire, l'anthropophage) ; soit en mélangeant les sons o et ou (exemples : e koou’ = le lit ; e ndoou’ = le mâle ; e ntoou’ = le pont) ; soit encore en mélangeant les sons de plusieurs consonnes, notamment p et f (exemple : e‘ pfoouk’ = le veuvage ; le‘ pfouh = le mortier). On peut aussi mélanger m, p et f (exemples : e mpfoouk’ = la veuve ; e’ mpfèt’ = manger) ; - les sons traînants : nous utiliserons pour les sons trainants soit l'accent circonflexe pour éviter de doubler les voyelles comme on le fait traditionnellement (exemples : e Fô = le Chef, au lieu de e Fo’o ; e sâ’ = le marché, au lieu de e sa’a’) ; soit la combinaison i et y lorsque le son i 16

est prononcé avec emphase (exemples : e mbiyang = les arachides ; e nguiya = la distance, à ne pas confondre avec e nguia = donner et e nguia’ = la maison ; e nkiya = tracer, à ne pas confondre avec e’ kiya’ = exiger (le remboursement d'une dette par exemple), ou encore avec e’ nkia’ = piquer (en parlant du piment par exemple) ; tsitsiya = la souris, à ne pas confondre avec tsitsia = le Maître d'école) ; - le son gutturo-nasal : c'est l'un des sons les plus difficiles à transcrire, parce qu'il se prononce à la fois avec la gorge et le nez. C'est donc un son qui se situe à mi-chemin entre n et h, mais qui n'est ni le n (parce que la langue ne touche pas le palais), ni le h (parce qu'il n'y a aucun effet de souffle qu'on entend très souvent dans la prononciation de la lettre h). Exemples : e nhak = juger ; e nhoh-ne = être courbé ; e nhwah’ = les abeilles (ou le miel) ; e nhwang-ne = briller ; - les sons soufflés (effet de souffle au début du mot) : c'est naturellement la lettre h qui permet de transcrire les différents sons soufflés. Lorsque cette lettre est placée au début du mot, elle se prononce comme en Français. Exemples : hi’ = lui (ici, la lettre h se prononce comme dans holà). Par contre, on double la lettre h lorsque l'effet de souffle est plus prononcé et, à ce moment, on le prononce comme le h anglais (he, his, Henry), ou ch en Allemand ; ou encore comme la combinaison kh en Arabe (Khadafi ; Khomeiny). Exemples : a hhag’ = la gorge ; a hhô = la maladie) ; - les sons soufflés (effet de souffle au milieu ou à la fin du mot) : c'est toujours la lettre h qui permet de rendre cet effet de souffle, mais cette fois-ci, elle doit être doublée. Exemples : e nguihh = la voix ; e nguihh = donner à manger à un visiteur ; e nguihh’ (la fumée) ; e’ nguihh’ (voler en parlant de l'oiseau ou de l'avion), à ne pas confondre avec e’ nguuihh’ = être amer (il y a ici deux u qui se prononcent dès lors comme ü en Allemand) ; e ndzèhh (la route), à ne pas confondre avec e’ ndzèhh’ (savoir, connaître) ; a foouhh = le remède ou la feuille, à ne pas confondre avec e foouhh’ = le pus ; a hhœhhœhh = l'imbécile (ou l'idiot) ; e’ ndœhh’ = lutter, à ne pas confondre avec e ndœhh = la limite ; à ne pas confondre également avec e ndœh = le tamtam (ici il y a un seul h). Autre exemple : koukouhh = le voyou, à ne pas confondre avec kou’kouhh = la chique ; ou encore e nkoukouh = la canne à sucre (avec un seul h).

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De toute façon, tout est une question d’habitude. Car en Français par exemple, on prononce "pâte" comme si c'était un "a" court, sans accent circonflexe, alors qu’on prononce par contre "table" en traînant sur la lettre "a" comme si elle avait un accent circonflexe. Beaucoup d'autres curiosités de prononciation peuvent déconcerter ceux qui apprennent cette langue : on dit par exemple subsistance (zis), mais subséquent (sé) ; transit (zit), mais transi (si) ; transistor (sis), mais transiger (zi). Plus étrange encore : combien de gens savent que le mot désuétude, écrit avec un seul "s" intercalé entre deux voyelles, doit se lire "déssuétude" ? Tout comme le mot gageure, écrit avec "eu", doit plutôt se lire "gajure" ! Enfin, aucun locuteur francophone ne trouve bizarre le fait que pour former le pluriel du mot bonhomme, on soit obligé de déstructurer complètement ce mot, puis de le restructurer selon une logique qui oblige à ajouter non pas un "s", mais deux (pour ceux qui l'auraient oublié, le pluriel de bonhomme c'est… bonshommes ! ! !). Même la langue de Shakespeare –dont les spécialistes louent pourtant la facilité d'apprentissage…–, comporte aussi beaucoup de curiosités de prononciation. C'est ainsi que la lettre "y" se prononce tantôt "aï " (comme dans reply, supply), tantôt comme un simple "i" (comme dans assembly, country etc). Le "lieutenant", qui s'écrie de la même façon dans les deux langues, se prononce curieusement en Anglais "leftenent" ! Même chose pour "colonel" qui s'écrit de la même façon dans les deux langues, mais se prononce "keulnel" en Anglais. De même qu'en Français les lettres f et p ne se prononcent pas dans les mots "nerf" et "baptême", de même, en Anglais, les lettres b et r ne se prononcent pas dans les mots "debt", "bomb" et "iron" (on dit "aïen" !). Une autre difficulté de la langue Yemba qu'on va constamment rencontrer dans les proverbes est la formation du pluriel des mots. La règle de base est que le pluriel se forme par le préfixe "me". Exemples : moh-o’ (le père) ; me moh-o’ (les pères). E nguia’ (la maison) ; me nguia’ (les maisons). Mais cette règle comporte beaucoup d'exceptions. Exemples : me-ndju’ (la femme), a pour pluriel wo-ndju’ (les femmes) ; tout comme meung-nkœhh (l'enfant) a pour pluriel e wo-nkœhh (les enfants). Autre exemple : a zou’ (la chose), a pour pluriel e tsou’ (les choses).

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J'invite les lecteurs Yemba à ne pas se décourager face aux difficultés qu'ils vont éprouver en abordant pour la première fois cette nouvelle méthode de transcription. Car ces difficultés vont s'atténuer au fur et à mesure qu'ils vont faire des efforts pour se réapproprier ces proverbes qui sont le socle de leur culture. Je leur recommande notamment de lire d'abord la traduction française avant de revenir au patois. Pour que la version française soit aussi proche que possible du patois, j'ai été parfois obligé d'écorcher la langue de Molière, notamment lorsqu'il s'est agi de décliner la signification littérale des proverbes. Je sollicite donc l'indulgence des puristes pour certaines lourdeurs syntaxiques et pour certaines expressions typiquement "locales" : c'était le prix à payer pour rendre nos proverbes intelligibles et les mettre à la portée de tous, certes, mais tout en essayant de ne pas les dépouiller complètement de toute touche locale qui fait justement leur fraîcheur... Il m'est arrivé enfin de citer les "sources" de certains proverbes. Je précise qu'il ne s'agit pas des gens qui ont inventé ces proverbes, mais de ceux dans la bouche de qui je les ai entendus au moment où j'étais dans mon travail de "collecte". Puisque rien me m'y obligeait, on pourrait naturellement y voir un clin d'œil de courtoisie fait à ces Personnesressources qui, à leur insu, ont participé à mes recherches ; mais j'ai voulu aussi et surtout montrer que pour faire ce genre de recherches, on n'a pas besoin de fréquenter assidûment les bibliothèques, à la recherche improbable d'une bibliographie qui n'existe d'ailleurs pas : il suffit parfois d'être curieux et d'avoir une mémoire exercée pour récolter, dans les conversations de la vie courante, tout le matériau nécessaire. Car, comme le disait si bien le poète allemand Johan Wolfgang Goëthe, « pourquoi chercher le bonheur si loin quand il est si proche ? » * * * Voici donc –et tout à fait malgré son auteur…–, un livre écrit en trois langues. La chose est suffisamment rare en elle-même pour ne pas susciter d'emblée la curiosité. Mais par-delà cet aspect "gadget" qui risque de polariser les attentions, comment ne pas se rendre à l'évidence qu'il s'agit d'un pas significatif dans la bataille que nous devons livrer pour la survie de notre culture ? Il ne s'agit certes pas d'un pas décisif, mais je pense, à l'instar de Monseigneur De Courtray, qu'« il vaut mieux allumer une petite bougie que maudire l'obscurité ». 19

S'il est vrai que ma petite bougie ne va pas vaincre toute seule les ténèbres de l'aliénation culturelle dans lesquelles nous nous prélassons avec tant de sadomasochisme, il est tout aussi vrai que des centaines et des milliers de bougies pourraient faire reculer ces ténèbres ; à la seule condition que chacun d'entre nous prenne conscience du danger de mort (culturelle) qui nous guette en tant que peuple, et se résolve à allumer sa petite bougie. J'invite ceux qui en doutent à méditer ces belles paroles de Mère Térésa : « Nous avons le sentiment que ce que nous faisons est une goutte d'eau dans l'océan. Mais cet océan ne serait pas ce qu'il est sans cette goutte d'eau.»

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« La langue parlée et écrite d'un peuple est peut-être son héritage culturel le plus important » (UNESCO, 1995).

Absence - Ngneung-hè te sî a’, a jou-o zi’18 teung-ne teung-ne’ veut dire à peu près : quand quelqu'un est absent, ses affaires ne peuvent pas bien marcher. Moralité : les intérêts des absents ne sont jamais bien protégés. A rapprocher de : " qui va à la chasse perd sa place " ; " les absents sont vite oubliés " (proverbes français) ; " the nearest, the dearest " ; " long absent are always wrong " (proverbes anglais). Accoutumance - Ngneung-hè nang-ha’ lepè, e juèt, a‘ te‘ jouh’ veut dire à peu près : celui qui habite près d'une chute d'eau n'entend pas le bruit de la chute (source : M. Dountsop Jean à Yaoundé le 10/6/95). Moralité : on finit par s'habituer à tout, même aux choses désagréables (nous verrons plus loin une autre signification de ce proverbe). - E ndeu hi tchuihh-è’ mbâ ndzô veut dire littéralement : c’est le vampire (ou l'anthropophage) qui a grandi dans la concession où il y a des ordalies. Moralité : on utilise ce dicton pour se plaindre de quelqu’un (un enfant têtu, un voleur ou un criminel endurci par exemple) qui ne change pas de comportement malgré les conseils qu’on lui donne ou les punitions qu’il subit19. C'est l'équivalent de : " l’apothicaire ne sent pas ses drogues " (proverbe belge) ; " qui cultive l’oignon n’en sent plus l’odeur " (proverbe allemand) ; " les enfants du forgeron n’ont pas peur des étincelles " (proverbe danois) ; " si tu vois une chèvre dans le repaire
A jou-o zi’ est la contraction de A zoou-o zi’ qui signifie "la chose qui lui appartient". C'est une forme de contraction que nous rencontrerons dans beaucoup de proverbes, mais nous avons préféré donner cette précision une fois pour toutes. 19 En effet, dans l’Afrique traditionnelle, en cas de décès par vampirisme, l'accusé pouvait subir l'épreuve des ordalies pour se disculper. Il est évident qu'une telle épreuve ne pouvait avoir aucun effet sur celui-ci s'il avait grandi au milieu de ces ordalies, car comme on le sait, les microbes qui se développent dans un hôpital sont très résistants aux remèdes…
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du lion, crains-la " (proverbe Bambara du Mali). A rapprocher de : "l’habitude est une seconde nature" (proverbe grec, Evenus, cité par Aristote in Ethique à Nicomaque) ; " use is a second nature " (proverbe anglais). Accusation (fausse accusation) - Me’ neung mbap leu-è tchouhh meung veut dire littéralement : on a mis dans ma bouche la viande du vampirisme (ou de l'anthropophagie) (source : M. Vouffo Tâ Nkoumbo Albert à Ndziih le 10/10/97). Moralité : je suis victime d'une fausse accusation. - Me koou-o wou’ zou’, ou ke nguœhh’ veut dire : si on t’accuse [faussement] d’avoir commis une faute, alors, commets-la ! (source : M. Takouezim Pierre à Ndziih le 22/12/92). Moralité : une fausse accusation est une incitation au crime. C'est l'équivalent de : " si tous disent que tu es un âne, il est temps de braire " (proverbe hébreu) ; " si trois personnes te disent que tu es ivre, couche-toi " (proverbe géorgien) ; " si à midi le Roi te dit qu’il fait nuit, contemple les étoiles " (proverbe persan) ; " comme on le traite de chat sauvage, il se met à voler des poules " (proverbe malgache). A rapprocher de : " il vaut mieux être pendu pour un mouton que pour un agneau " (proverbe général) ; " better to be hanged for a sheep than a lamb " (version anglaise) ; « si tu te tais, tu meurs ; si tu parles, tu meurs. Alors, parle et meurs » (Tahar Djaout). Adulte - A touhh-o’ ndœè, a’ si ngo nkô soû’ hi veut dire littéralement : c'est un adulte qui peut raser la tête d'un autre adulte (source : M. Zeumo Emmanuel à Ndziih le 13/7/96). Moralité : même si un adulte commet une faute, c'est un autre adulte qui peut le réprimander, pas un enfant. - Me’ hho te’ nkiak-nè ndœê’ veut dire littéralement : on ne relève jamais publiquement la faute d'un adulte (ou d’un aîné, ou d’un supérieur). Moralité : quand des gens qui ont une certaine importance sociale commettent une faute, il ne faut jamais les interpeller publiquement, afin de leur éviter la hhonte. A rapprocher de : " les chefs n'arrangent pas leurs palabres devant l'Assemblée " (proverbe Libinza de la République Démocratique du Congo).

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- Me’ hho te’ nhah-a ndzouhh-o’ touhh tsouh’, a’ song-hô veut dire littéralement : on n'enlève jamais en public la tenue qui couvre la tête du griot. Moralité : la même que dans le dicton précédent. - E fô nteum’ ndzeum, me’ zô veut dire : quand le Chef tourne le dos, on lui profère des injures. Moralité : on n’injurie jamais les Chefs (ou les grands) en leur présence, mais dès qu’ils tournent le dos, les langues se délient. C’est pour cela que ceux-ci ne doivent jamais prêter attention aux ragots. - Me’ hho te’ ndzô’ ndœê song-hô’ veut dire littéralement : on n'insulte jamais en public un adulte (ou un aîné, ou un supérieur). Moralité : la même que dans le dicton précédent. - Me’ hho te’ tchû jou-o’ mô, e nguiâ’ mbou ndœê’ veut dire littéralement : on ne prend jamais la chose de l’enfant pour donner à l’adulte. Moralité : lorsqu’on est un adulte (ou un grand), on ne doit pas s’abaisser pour disputer certaines choses avec les enfants (ou avec les "petits"). - E moh’ ndœê’ mô kè veut dire : est-ce qu’un grand est un petit ? Moralité : ce dicton s’utilise pour rappeler quelqu’un à l’ordre, et signifie alors : " il faut te comporter en adulte ". Dans certaines circonstances, il signifie aussi : " je ne suis pas un enfant, je sais ce que je fais ". - E nkia’ sâ’ seum a’, e mbo’ fang’ veut dire : lorsque le raphia donne des fleurs, ça veut dire qu’il est déjà grand (source : M. Zeumo Emmanuel au téléphone le 1er/6/95). Moralité : il y a certains signes qui montrent que l’enfant est déjà adulte (ou qui montrent que quelque chose est arrivé à maturité). Adultère - A tchœh-è hi ou wouè me-ndju’, a’ ngnimne’ nang’, e mbing ndzèt chœhh, e tchœh’ a, a’ toou ndzingte, ou ping ngue chœh , a’ nang-ha’ nguia’ nong ndjû veut dire littéralement : plutôt que d’avoir une femme fidèle mais triste, il vaut mieux avoir une femme qui "tourne" dehors, mais qui rentre accueillir son mari avec le sourire à la maison. Moralité : une femme adultère mais joyeuse est préférable à une femme fidèle mais triste.

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Aide (aide-toi...) - Me’ hho te’ souk-ou nèt ngneung te hi’ ndjuh-tê veut dire : on ne peut pas bien aider quelqu’un à se laver s’il ne se frotte pas le corps lui-même. Moralité : l’aide n’est efficace que si la personne aidée fournit déjà des efforts pour résoudre son problème. C'est l'équivalent de : " aide-toi et le ciel t’aidera " (proverbe général) ; " heaven helps those who help themselves " (version anglaise) ; " le fruit mûr tombe de luimême, mais, il ne tombe pas dans la bouche " ; " le Maître ouvre la porte, mais c'est à toi d'entrer " (proverbes chinois) ; " Dieu nourrit les oiseaux qui s’aident de leurs ailes " (proverbe danois) ; " la victoire vient de Dieu, mais le guerrier doit lutter de toutes ses forces " (proverbe indien) ; " demande au ciel une bonne récolte et continue de labourer " (proverbe de Slovénie) ; " celui à qui Dieu a révélé l’emplacement d’un trésor doit le mettre au jour lui-même " (proverbe tchèque) ; « Dieu ne va jamais au secours que des gens qui savent nager » (Achille Chavée). - Me’ hho te’ tchû ngneung-hè pih , a’ wouah-a lepah-â’ veut dire à peu près : il ne faut pas jeter le coussin dès que quelqu'un t'aide à porter ta charge. Moralité : la même que dans le dicton précédent. - Zi tchuh-è pâ kekang’, te’ ngah-te nguè me’ tchû wou’ veut dire : essaie d’abord de soulever ton sac toi-même avant de demander de l’aide. C’est l’équivalent de : " aide celui qui porte lui-même son fardeau, mais non pas celui qui le dépose à côté " (proverbe général) ; " assist him who is carrying his burden but by no means him who is laying it aside " (version anglaise) ; " si tu veux que le passant t’aide à charger ta jarre sur la tête, fais d’abord toi-même l’effort de la porter à la hauteur de tes genoux " (proverbe béninois). - A le lah-a’ ngo’ hi me’ hho nhah-a lemœèt ngneung, a’ souhhoû ! Veut dire littéralement : ah, si on pouvait ouvrir les fesses de quelqu'un pour qu'il pète ! Moralité : il y a des choses qu'on ne peut pas aider quelqu'un à faire. Alarme (cri d’alarme) - Mî-mî, a mî’ ngneung‘ ntseum‘ veut dire littéralement : l'avaleur avale tout le monde (source : Tègni Nguimfack Etienne à Yaoundé le 5/6/95). Moralité : méfie-toi de quelqu'un qui est réputé faire du mal ; car, même s'il te manifeste de l'amitié, il finira par te faire aussi du mal. C'est l'équivalent de : " le glas sonne pour tous " (proverbe général) ; 24

« don't send to know for whom tolls the bell : it tolls for thee » (John Donne). A rapprocher de : " who chatters to you will chatter at you " c'est-à-dire " celui qui vous parle mal des autres finira par parler mal de vous aux autres " (proverbe anglais) ; « qui sait flatter sait aussi calomnier » (Napoléon 1er). - Me hhè tchœo lè, ou kœ jou’ kœ veut dire à peu près : quand tu entends des cris d’alarme, il faut faire comme les autres et fuir aussi. Moralité : il est prudent de s’enfuir quand on entend un cri d’alarme, sans chercher à savoir si le danger est avéré ou pas. - A’ teum-è’ ke-ndong, e mbo’ lèrè tô veut dire littéralement : si ça touche le bananier plantain, c'est que, fais-quoi-fais-quoi, ça va toucher aussi le tuteur [qui soutient ce bananier]. Moralité : quand tu es très proche de quelqu'un, ses malheurs rejaillissent sur toi. A rapprocher de : " si la maison de ton voisin brûle, prends garde à la tienne " (proverbe général) ; " when your neighbour's house is on fire, beware of your own " (version anglaise) ; " au lieu de te moquer de la barbe de ton voisin qui prend feu, pense plutôt à mouiller la tienne " (proverbe tchadien). Alibi - Me’ le hhô’ ntsong, a’ hhè hi’ nong sang-hâ messong’ mvoouhh veut dire : on a arrêté un voleur et, pour se défendre, celui-ci a dit qu’il ne faisait que compter les dents de la chèvre. Moralité : le voleur ne manque jamais d’alibi. - A’ zeung kekang’, e chuang’ nèt tchuâ mô veut dire : incapable de bien danser, il s'est retourné pour frapper l'enfant [comme si c’est l’enfant qui l’empêchait de bien danser !]. Moralité : il a trouvé un alibi, un prétexte. C'est l'équivalent de : " le mauvais danseur accuse le batteur de tam-tam " (proverbe Luluwa de la République Démocratique du Congo) ; " quand on ne veut pas danser, on dit que la terre est mouillée " (proverbe de Malaisie). - Mô le hhe’ nœhh-è nguia’, e nguè jœh’ si seung-hè veut dire à peu près : l’obscurité a servi d’alibi (ou de prétexte) à l’enfant qui voulait faire caca dans la maison. Moralité : quand on veut commettre un acte répréhensible, on ne manque jamais d’alibi.

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- Ngneung-hè môtè koukou’ leya’, ou zehh nguè a fah-a tchuèt’ veut dire : si quelqu’un triture longuement le koukou’20, il faut savoir qu’il cherche le grumeau. Moralité : si quelqu’un retourne une marchandise dans tous les sens, il faut savoir qu’il cherche à tout prix à lui trouver un défaut. - Me’ le hhe’ joung-ho’ meung-mbœhh’, e nguè a’ nœhh-è nkah’ kia’ veut dire : on a chassé le chien sous prétexte qu’il a fait caca dans le champ de tabac. Moralité : quand on est décidé à faire du mal à quelqu’un, on ne manque jamais de prétexte pour le faire. C’est l’équivalent de : " qui veut noyer son chien l’accuse de rage " (proverbe français) ; " give a dog a bad name and hang him " (proverbe anglais). - Me’ le toungtè Moh-o’ Ndê nguè a ko’ nguœhh tè tsouhh lewoueuhh’ lè, a’ hhè lewoueuhh mè mboû ndzang-ha hi’ zang’ veut dire : interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à manquer à un deuil, Moh-o’ Ndê a dit que c’est parce que ce deuil l’a beaucoup touché (source : Dr Nanda Pierre-Roger à Yaoundé le 8/4/96). Moralité : nous ne sommes jamais à cours d'alibis pour excuser nos manquements. - Me’ le tchuh-è’ ngneung-hè-foouhh’ nteum-è si , a’ hhè lekœng’ mè-wouob’ sâ’ veut dire : on a renversé un Bafou [lors d’une bagarre] et, pour justifier sa mésaventure, il a prétexté que la marmite de sa mère s’était cassée [et qu’il n’avait donc pas mangé]. Moralité : le lâche et le faible trouvent toujours des prétextes pour justifier leur sort. C'est l'équivalent de : on a craché à la figure du lâche et il a dit : « il pleut » " (proverbe libanais) ; " l’autruche, quand il faut voler, dit « je suis un chameau » ; et quand il faut porter un fardeau, elle dit : « je suis un oiseau » " (proverbe égyptien). Ambition (ambition démesurée) - E ntong’ ngneung’ tsoh-o lehia’, a’ le fou’ koou-o’ jou-ô veut dire à peu près : quand on est trop gourmand (ou trop ambitieux), on ne peut rien faire de bien dans la vie. C’est l’équivalent de : " une ambition trop grande est condamnée à la chute " (proverbe français) ; " a shoe too large trips one up " (proverbe anglais).

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Le Koukou’ c'est du macabo pilé qui se mange soit avec la sauce, soit avec des légumes.

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- E mbâ ou le hho feû’, e nguè ou si ngo’ ntâ veut dire littéralement : Il ne faut pas être la patte et dire que tu es la cuisse [car on sait que la cuisse de l’animal est plus charnue que la patte]. Moralité : il faut savoir être modeste et ne pas se donner plus d’importance qu’on n’en a. C’est l’équivalent de : " la grenouille veut se faire aussi grosse que le bœuf " (proverbe latin) ; " on venait ferrer le cheval du Pacha et le scarabée a tendu la patte " (proverbe persan) ; " ne vous lancez pas dans une entreprise qui dépasse vos moyens " (proverbe français) ; " don’t try to fly without wings " (proverbe anglais). A rapprocher de : " c’est en voulant suivre le criquet-pèlerin en vol que meurt le criquet rouge " (proverbe ouest-africain) ; " ne charge pas tes épaules d’un fardeau qui excède tes forces " (proverbe latin). A rapprocher de : " parmi les faibles, le plus fort est celui qui n’oublie pas sa faiblesse " (proverbe suédois). - Ngneung-hè nkièrè pâ zi’ jœh-è a kouh wou’ veut dire à peu près : que chacun accroche son sac à une hauteur telle qu’il n’aura pas de difficultés à le reprendre. Moralité : il ne faut pas avoir des ambitions démesurées. C’est l’équivalent de : " selon ta bourse, gouverne ta bouche" (proverbe général) ; " ne forçons point notre talent " (proverbe français) ; " cut your coat according to your cloth " ; " strech your arm no further than your sleeve will reach " (proverbes anglais). A rapprocher de : " le boiteux veut jouer à la balle " (proverbe latin) ; " ne charge pas tes épaules d’un fardeau qui excède tes forces " (proverbe latin) ; « l’ambition dont on n’a pas la compétence est un crime » (Châteaubriand). - Te tchuh-è pâ zi ou hho’ le pih veut dire : ne soulève pas le sac que tu ne peux pas porter. Moralité : la même que dans le dicton précédent. C'est l'équivalent de : « tu n’as point d’ailes et tu veux voler ? Rampe » (Voltaire) ; « un vers de terre amoureux d’une étoile » (Victor Hugo). Ame (aux âmes bien nées...) - Me’ hho ndzihh-è mô chûâ’ me ntsoh-o’ touhh’ hi veut dire : le petit chûa21 naît toujours avec des cheveux sur la tête. Moralité : un enfant intelligent se remarque dès son plus jeune âge. C'est l'équivalent de : " un bébé né avec des moustaches " (proverbe algérien) ; « aux âmes
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Le chûa est un oiseau bavard à longue queue, très intelligent et très vigilant.

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bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années » (Pierre Corneille) ; " greatness knows no age " (proverbe anglais) ; " pendant que l’épine est jeune, elle pousse ses pointes " (proverbe hébreu) ; " c'est dès l'aurore qu'on connaît la bonne matinée " (proverbe Toucouleur du Sénégal) ; " le coq beau parleur chante dès qu'il sort de l'œuf " (proverbe arabe) ; « tôt pique ce qui sera une épine » (Richard Hills). Ami / Amitié - A piya’ hho te’ mboung-ho soû hî’ veut dire : même un fou ne manque pas d'ami. Moralité : l'amitié est quelque chose de subjectif qui échappe à toute rationalité. A rapprocher de : « il n'est si laide marmite qui ne trouve son couvercle » (Cervantès). - E ngueû mboung’, a lâ mbâ ngang-nkap’ hhœô veut dire : le visiteur du pauvre ne s'est jamais détourné de son chemin pour aller plutôt chez le riche (source : M. Zeumo Emmanuel à Ndziih le 13/7/96). Moralité : même un pauvre a des amis que l'argent ne peut pas détourner. - Essoû ntsong’, a’ si ngo ntsong veut dire : l'ami d'un voleur est un voleur. Moralité : on finit par ressembler à ses amis. - Te kièrè pâ jou’ a’ le zeung-hè piya, me’ nang-ha ndjœô’ wè’ hi’ veut dire : n’accroche pas ton sac à côté du fou, de peur qu’on vous voit tout le temps ensemble. Moralité : choisissez bien vos amis (et vos voisins), car, on vous jugera à travers eux. A rapprocher de : " dis-moi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es " (proverbe général, tiré de Cervantès, Don Quichotte) ; " qui se ressemble s’assemble " (proverbe général) ; " birds of a feather flock together " (version anglaise) ; " la compagnie des gens vulgaires gâte l'esprit " (proverbe français) ; " low company taints the mind " (proverbe anglais). - Ou nkong-ho ngneung, pê hi’ kouèrè kê mè-dzèhh leh-i’ sâ’ : veut dire à peu près : si tu aimes vraiment quelqu'un, attache la clôture avec lui sur la route le jour du marché (source : M. Takouezim Pierre à Ndziih le 1er/12/95). Moralité : quand on a un véritable ami, on ne doit pas le cacher. - E mbong soû’, a tsiè meung’ miya veut dire : un ami sincère dépasse un frère. Moralité : il y a des circonstances dans la vie où des amis volent à notre secours alors que nos propres frères sont indifférents. C'est l'équivalent de : " l’ami est quelquefois plus proche qu’un frère " (la 28

Bible, Livre des Proverbes) ; " ruiné, tu peux aller chez ton ami, mais non chez ta sœur " (proverbe indien). A rapprocher de : « famille, je vous hais » (André Gide) ; « le lien familial est un lien pourri » (Jean-Paul Sartre). - E nguiya mpong, e’ hho te’ sak-â veut dire littéralement : la distance qui mène à l'amitié n'est jamais trop grande (c'est-à-dire que la distance ne rentre pas en ligne de compte lorsqu’il s’agit de se faire des amis). Moralité : les bons amis ne sont pas nécessairement ceux qui habitent tout près de nous ; on peut avoir de bons amis qui vivent loin (source : Mme Kenfack Lydienne au téléphone le 23/10/96). A rapprocher de : " loin des yeux, près du cœur " (proverbe général) ; " out of sight is not out of mind " (version anglaise). - Levoouhh nkong-ne, e’ hho te’ nguuihh-ê veut dire : la kola de l’amitié n’est jamais amère (source : Mme Kenfack Lydienne au téléphone le 23/10/96). Moralité : ce qu’on fait (ou ce qu’on donne) par amitié n'est jamais mauvais. - Pouh-nguia’, a’ loou’ tèh veut dire littéralement : le couteau de la maison est très tranchant. Moralité : celui qui te connaît très bien [c'est-àdire ton ami, ton frère ou ton parent] peut te faire beaucoup de mal. C’est l’équivalent de : " on n’est jamais trahi que par les siens " (proverbe général) ; " chacun a pour ennemis les gens de sa maison " (la Bible) ; "le poisson a confiance en l’eau, et c’est dans l’eau qu’il est cuisiné" (proverbe du Sénégal) ; " le couteau sur le cou, la tortue déclare : « c’est le couteau d’une personne familière qui tue » " (proverbe du Togo) ; " on accepte une coupe de poison de celui qui vous a offert cent coupes de nectar " (proverbe indien) ; " courroux de frères, courroux de diables d’enfer " (proverbe français, tiré de Gabriel Meunier, Trésor des sentences) ; " le feu qui te brûlera, c'est celui auquel tu te chauffes " (proverbe Bantou) ; " le baiser d’une tante est froid " (proverbe écossais) ; " nul ami tel qu’un frère, nul ennemi comme un frère " (proverbe indien) ; « c’est de la familiarité que naissent les plus tendres amitiés et les plus fortes haines » (Rivarol) ; « les pires guerres sont, après tout, les guerres entre frères » (Raymond Aron). - A jou-o’ hho te’ nè wou pène , a’ le wou’ tsouk’ veut dire littéralement : si quelque chose n’est pas collé sur toi, ça ne peut pas te piquer. Moralité : il faut se méfier des amis et des intimes qui, parce qu’ils sont très proches de nous, sont nos plus dangereux ennemis 29

potentiels. A rapprocher de : " un faux ami est plus dangereux qu’un ennemi déclaré " (proverbe général) ; " a false friend is worst than a bitter enemy " (version anglaise) ; " le cueilleur de vin de palme a dit : « c’est le couteau de sa propre gibecière qui blesse » " (proverbe du Togo). A rapprocher de : « que Dieu me garde de mes amis ; mes ennemis, je m’en charge » (Jean-Jacques Rousseau). - Essoû’ pœo-metseum , a te’ soû ngneung-hè veut dire : " l'ami de tout le monde n'est l'ami de personne " (proverbe français) ; " avoir beaucoup d’amis, c’est n’avoir point d’amis " (proverbe latin) ; " everybody's friend is nobody's friend " (proverbe anglais). A rapprocher de : " qui goûte de tout se dégoûte de tout " (proverbe français) ; " he who tastes everything tires of everything " (proverbe anglais). - Hhe ntong-ho’ ngneung lè soû wou, e ndzi ndzèhh’ hi’ veut dire littéralement : avant de dire que quelqu'un est ton ami, il faut d'abord le connaître. Moralité : méfiez-vous des amis que vous ne connaissez pas bien. C’est l’équivalent de : " avant de bien connaître un homme, il faut avoir mangé une livre de sel avec lui " ; (proverbe général) ; " before one knows a man well, one must have eaten a pound of salt with him " (version anglaise). - A hô mèzezeung’ hi veut dire littéralement : il est vraiment son ombre. Moralité : on le voit partout avec lui. C’est l’équivalent de : " ils sont comme cul et chemise " ; " ils sont copains comme cochons " (proverbes français) ; " they are as thick as thieves " (proverbe anglais). - Po’ hi’ pah’ messong po’ leû’ la’ veut dire : ils sont comme les dents et la langue (c'est-à-dire qu'ils s'entendent comme les dents et la langue). C'est donc une autre variante du dicton précédent. - E mbœhh’ po’ kouna zing-hè, po hi’ le jouh-ne veut dire littéralement : si un chien "marche" avec un porc, ils ne peuvent pas s’entendre (source : Tègni Nguimfack Etienne à Yaoundé le 11/11/96). Moralité : si nos amis sont trop différents de nous, nous ne nous entendrions pas facilement avec eux. C’est le contraire de : " tout ce qui se ressemble s’assemble " (proverbe général) ; " birds of a feather flock together " (version anglaise). - A nkâ’, a wouâ’ kâ veut dire littéralement : que le singe fréquente le singe. Moralité : la même que dans le dicton précédent. 30

- Meung ndah-a ngo’ soû Fô, a’ hhe’ kô zâ, meung kô tchouhhmbouh-e’ veut dire : que ne suis-je un ami du Chef pour profiter de la construction de son King Place22 (a zâ) pour aménager l'entrée de ma concession (tchouhh-mbouh ). Moralité : on ne perd jamais à être l’ami des grands. Cela signifie, d’un point de vue machiavélique, qu’on doit choisir ses amis en fonction des avantages qu'on peut en tirer (source : M. Dountsop Jean à Yaoundé le 20/8/96). - Me-ndju le hhè « ou nang-ha‘ ou‘ te‘ zihh’, ou te hhô, ou’ le’ soû wou‘ zehh » veut dire : la femme a dit : « si tu n'accouches pas et tu ne tombes pas malade, tu ne peux pas connaître ton véritable ami ». Moralité : " c’est dans le malheur qu’on reconnaît ses véritables amis " ; " à bourse pleine, amis nombreux " (proverbes français) ; " a friend in need is a friend indeed " ; " friends are plenty when the purse is full " (proverbes anglais). - A hô soû melouh veut dire littéralement : ce n’est qu’un compagnon d’ivresse. Moralité : c’est un ami des beaux jours sur qui on ne peut pas compter en cas de malheur. C'est l'équivalent de : « donnezmoi un compagnon de larmes, je trouverai seul un compagnon d’ivresse » (proverbe de Serbie). Amour - E nkong-ne , e tsiè’ jou-o tseum veut dire littéralement : l’amour est au-dessus de tout. C’est l’équivalent de : " l’amour dépasse tout " (proverbe général) ; " love and lordship never like fellowship " (version anglaise). - Me’ kong-ho wou’ tè mi’, ou koueuhh’ veut dire : si tout le monde t’aime, tu meurs. Moralité : quel que soit le bien que tu fais, tout le monde ne peut pas t’aimer. - Me’ hho te’ mveung-hè ngneung lè hiyâh-â’ veut dire littéralement : on n'accepte jamais quelqu'un sans réserve. Moralité : la même que dans le dicton précédent. - Ou kong-ho’ ngneung , e’ mveung’ melâ mi’, e’ mbing mbâ’ ngneung , e ndœh-è nou-neu-è zi’ veut dire : quand tu aimes quelqu’un,
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Il s'agit de la grande place des fêtes qui se trouve à l'entrée des chefferies traditionnelles.

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tu acceptes ses mensonges, et quand tu détestes quelqu’un, tu refuses sa vérité (source : M. Takouezim Pierre à Ndziih le 29/3/96). Moralité : nous pardonnons tout à nos amis, et nos ennemis ne trouvent jamais grâce à nos yeux. A rapprocher de : " même si tu n’aimes pas le lièvre, reconnais au moins sa vitesse " (proverbe du Burkina-Faso) ; " l’amour et la haine dépassent toujours les bornes " (le Talmud) ; " un cheveu de qui l’on aime tire mieux que quatre bœufs " (proverbe allemand) ; " la morsure de la bouche qu’on aime vaut mieux que le baiser d’une autre " (proverbe libanais) ; « je préfère mes amis à tout. Même à la vérité » (Pierre Rey) ; « sortant de certaines bouches, la vérité elle-même a mauvaise odeur » (Jean Rostand) ; « lorsque les femmes nous aiment, elles nous pardonnent tout, même nos crimes. Quand elles ne nous aiment pas, elles ne nous pardonnent rien, pas même nos vertus » (Honoré de Balzac) ; « Il faut se faire aimer, car les hommes ne sont justes qu'envers ceux qu'ils aiment » (Joseph Joubert). - Ngneung-hè hho me’ wou , ou hho me’ hi’ veut dire littéralement : si quelqu’un est avec toi, il faut être avec lui. Moralité : si quelqu’un t’aime, il faut aussi l’aimer. C'est l'équivalent de : " aime qui t’aime, serait-ce un chien " (proverbe Touareg). A rapprocher de : " le verbe aimer est un verbe qu’il faut conjuguer à deux " (proverbe général) ; " it takes two to tango " (proverbe américain). Anguille (anguille sous roche) - E mbab-ndoou le hhè‘ « a nou’ me’ hhœoh » veut dire littéralement : le rat a dit : « il y a beaucoup de choses dans les joues » [c’est en effet dans les joues que le rat transporte sa réserve de nourriture]. Moralité : on utilise ce proverbe pour faire comprendre à un interlocuteur qu’on n’est pas dupe, et qu’on sent bien qu’il cache quelque chose. C’est donc l'équivalent de " il y a anguille sous roche " (proverbe général) ; " there is more than can meet the eye " ; " there's a snake in the grass " ; " there's something fishy going on " ; " there's something ominous " (proverbes anglais) ; " celui qui cache quelque chose de pourri sentira mauvais " ; " si quelqu'un veut mentir, il éloignera d'abord le témoin " (proverbes Toucouleur du Sénégal). - Lepoh hho te’ mbî te hho’ hi a jou-o’ tsouk-oû veut dire : le melon ne pourrit jamais sans avoir été piqué par quelque chose. Moralité : il n’y a pas d’effet sans cause. C'est l'équivalent de : " il n’y a 32

pas de fumée sans feu " (proverbe général) ; " there is no smoke without fire " (version anglaise). A rapprocher de : " si le paralytique menace de te lancer un caillou, sache qu'il a le pied sur le caillou " (proverbe Bamiléké du Cameroun) ; "si le paralytique lance des pierres après quelqu’un, c’est sûrement un homme valide qui les a placées à côté de lui" (proverbe du Togo). - E ntsihh’ teu-è pah-a’, melah me nteung veut dire : la rivière est dangereuse parce qu’il y a des endroits profonds. Moralité : la même que dans le proverbe précédent (source : M. Folefack Fidèle à Yaoundé le 24/3/94). - E ntsihh’ teu-è teû mbeung veut dire littéralement : la rivière est forte à cause de la force de la pluie (c’est à dire que le débit de la rivière est d’autant plus important en aval que la pluie est tombée abondamment en amont). Moralité : la même que dans le proverbe précédent. C'est l'équivalent de : " les vents de mars et les giboulées d'avril produisent les fleurs de mai " (proverbe général) ; " March winds and April showers bring forth May flowers " (version anglaise). - A pou ngnik-e’, a’ hho te’ nguœô tchouhh-ô’ ; te ngo hi a’ hho tchouhh ngnik-i’, ou zehh nguè a’ hho tchœhh‘ ngoung veut dire : la main vide ne va jamais à la bouche ; si jamais elle le fait, c’est que c’est pour pousser un cri d’alarme (source : M. Ghokeng Thimoléon à Dschang le 1er/7/95). Moralité : il y a des choses qu’on ne fait pas pour rien. A rapprocher de : " on se lie d’amitié avec le singe pour que son bâton ne reste pas accroché à l’arbre " (proverbe du Niger) ; " si tu vois le poisson sortir de l’eau, c’est qu’il fait chaud là-dedans " (proverbe de Côte d'Ivoire) ; " si l'enfant t'insulte, c'est que chez lui, on a dit du mal de toi " (proverbe Dida de Côte d'Ivoire) ; " si tu vois un crocodile s’acheter un pantalon, c’est qu’il a trouvé une solution pour faire sortir sa queue " (proverbe éthiopien) ; " si tu vois les mouches s’attacher à un lieu, c’est qu’il y a une odeur " (proverbe de Mauritanie). - Ngneung-hè hho le ntongte’ le-nhwè’ te’ hho’ hi lok-o ndzob-o jou-ô veut dire littéralement : quelqu’un ne peut pas siffloter sans chanter quelque chose (c’est à dire sans rythme). Moralité : la même que dans le dicton précédent.

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Anticipation - Ou lê nteum-ê lekong-ho ntchouhh feung veut dire littéralement : tu ne fais que piquer la plaie avec la lance. Moralité : ce que tu dis –ou ce que tu fais– arrive à point nommé. Dans certaines circonstances, ça signifie aussi : tu m’as devancé de peu pour dire exactement ce que j’allais dire (ou pour faire exactement ce que j’allais faire). Parfois, cette expression signifie également : ce que tu dis est la pure vérité. C’est alors l’équivalent de : " ce que tu dis coule de source " (proverbe français) ; " it’s a round peg in a round hole " (proverbe anglais). - A pou-tœhh’ a’ zi ngue’ chûa, meung-seung-hè’ nong ngo’ nguihh-è veut dire : avant que la branche ne se casse, l’oiseau était déjà prêt à s’envoler. Moralité : j’avais anticipé le danger et trouvé une parade. Apartés - E‘ ntseum‘ me’ wê’ lah’ veut dire littéralement : ce sont les apartés qui portent le pays (source : M. Mezatio Fabien au téléphone le 13/4/09). Moralité : c'est au cours des apartés [et non en public] qu'on trouve les solutions aux problèmes qui se posent dans un village. - Ou hho te ntseum melâ juh-te, ou lah’ le zi‘ nouneu’ juh-te veut dire littéralement : si tu ne prends pas part aux apartés où se disent des mensonges, tu rateras aussi les apartés où se dit la. Moralité : pour acquérir de l'expérience dans la vie, il faut fréquenter tous les milieux, bons ou mauvais. A rapprocher de : " celui qui craind tous les buissons ne dénichera pas un gibier " (proverbe anglais) ; « si vous fermez la porte à toutes les erreurs, même la vérité restera dehors » (Rabindranath Tagore). - E pœo-foouhh’ hig’ te nang-ha’ si’ mepiya, e ndzeung ntong’ ntseum veut dire : les ressortissants du Groupement Bafou (dans l’Ouest-Cameroun) sont tellement intelligents qu’il leur arrive de tenir des apartés alors qu’ils ne sont qu’à deux23 (source : M. Dountsop Jean à Yaoundé le 18/9/95). Moralité : l’excès d’intelligence peut rendre idiot.

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Normalement, c’est quand on se retrouve à plusieurs que quelques personnes peuvent ressentir la nécessité de se retirer en aparté pour parler discrètement ; mais lorsqu’on est à deux, l’aparté est évidemment superflu.

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