La Boue de Saint-Pierre

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Tanu est un pays d'Afrique centrale, Saint-Pierre l'un de ses quartiers pauvres, surnommé Tchibodo, à cause de la boue noire engendrée par les eaux de pluie ; une boue qui est à l'image même des moeurs des résidents de ce faubourg : inceste, ivrognerie, prostitution, violences conjugales... La Boue de Saint-Pierre est un récit de vie : des hommes, des femmes, des enfants avec leur quotidien, leurs joies et déboires, leurs viles résignations aussi.
Publié le : mardi 1 janvier 2013
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EAN13 : 9782296514706
Nombre de pages : 162
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Ralphanie Mwana Kongo
La boue de Saint-Pierre
 
   
 La boue de Saint-Pierre
Encres Noires Collection dirigée par Maguy Albet et Emmanuelle Moysan  La littérature africaine est fortement vivante. Cette collection se veut le reflet de cette créativité des Africains et diasporas.  Dernières parutions  N°364, Usmaan PARAYAA BALDE, Baasammba maa Ni$e nder koyxol, 2012. N°363, Stéphanie DONGMO DJUKA, Aujourdhui, je suis mort , 2012. N°362, Néto de AGOSTINI, Immortels souvenirs , 2012. N°361, Epi Lupi ALHINVI, Pays Crépuscule , 2012. N°360, Elie MAVOUNGOU, Les Safous , 2012.  N°359, Cosmos EGLO, Du sang sur le miroir , 2012. N°358, AYAYI GBLONVADJI Ayi Hillah, Mirage, Quand les lueurs sestompent , 2012. N°357, Léonard Wantchékon, Rêver à contre-courant, 2012. N°356, Lottin Wekape, Jappartiens au monde , 2012. N°355, Kolyang Dina Taïwé, La rupture ou les déboires dune conversion, 2011. N°354, Blaise APLOGAN, Gbêkon, je journal du prince Ouanilo , 2011. N°353, Saah François GUIMATSIA, Des graines et des chaînes , 2011. N°352, Sémou MaMa DIOP, En attendant le jugement dernier , 2011. N°351, Lottin WEKAPE, Montréal, mon amour , 2011. N°350, Boureima GAZIBO, Les génies sont fous, 2011. N°349, Aurore COSTA, Les larmes de cristal. Nika lAfricaine III , 2011. N°348, Hélène KAZIENDE, Les fers de labsence , 2011. N 347, Daniel MATOKOT, La curée des Mindjula. Les enfants de Papa , 2011. ° N° 346, Komlan MORGAH, Étranger chez soi , 2011. N°345, Matondo KUBU TURE, Des trous dans le ciel , 2011. N°344, Adolphe PAKOUA, La République suppliciée , 2011. N°343, Jean René OVONO MENDAME, Les zombis de la capitale , 2011. N°342, Jean René OVONO MENDAME, La légende dEbamba , 2011. N°341, Ndo CISSÉ, Les cure-dents de Tombouctou , 2011. N°340, Fantah Touré, Des nouvelles du sud , 2011. N°339, Harouna-Rachid LY, Les Contes de Demmbayal-LHyène et Bodiel-Le-Lièvre , 2010. N°338, Honorine NGOU, Afép, létrangleur-séducteur , 2010. N°337, Katia MOUNTHAULT, Le cri du fleuve , 2010. N°336, Hilaire SIKOUNMO, Au poteau , 2010. N°335, Léonard MESSI, Minta , 2010. N°334, Lottin WEKAPE, Je ne sifflerai pas deux fois , 2010. N°333, Aboubacar Eros SISSOKO, Suicide collectif. Roman , 2010.
Ralphanie MWANA KONGO     La boue de Saint-Pierre                            
 
 
                           
  © L'H ARMATTAN , 2012 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris   http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-336-00519-5 EAN : 9782336005195
A mon mari, pour son dévouement.
  
   
 
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    Elle avait pris place sur le rebord dun bac à fleurs en ciment, nosant sasseoir sur les chaises blanches et luisantes de propreté qui ornaient la grande véranda. Recroquevillée et silencieuse, elle se tenait dans lombre, mal à laise dans la cour de cette villa cossue.  Son pagne trop court laissait entrevoir des mollets forts et galbés, et lon devinait à la souillure de ses pieds quelle avait marché longtemps. Elle venait de très loin en effet, de Saint-Pierre, de ses rues noires et crasseuses. Saint-Pierre et sa misère ; ses enfants en guenilles qui dans la boue rivalisaient en diableries de tout genre : on les laissait traîner dehors, jusquà lheure du repas du soir quelquefois ; cela faisait de la place dans les maisons, et accordait un brin de répit aux pauvres mères éreintées par les dures besognes du quotidien. Mais quand des bagarres éclataient entre les petits diables, et que leurs rires étaient remplacés par des cris denfants quon assassine, elles  les mères , rappliquaient en courant pour voir. Lon assistait alors à de sacrées empoignades, de formidables crêpages de chignons, car ces querelles de bambins engendraient souvent celles de leurs génitrices. Les badauds, toujours nombreux, accourraient et observaient ces combats de furies en gloussant. Un mari alerté par le voisinage intervenait en tirant sa femme par les cheveux, la
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giflant même parfois, avant de lentraîner au logis avec des coups de pieds dans le derrière, pour la punir de sêtre ainsi donnée en spectacle. Et la foule, mécontente de cette récréation interrompue trop vite, se dispersait avec des rires navrés. Le lendemain tout cela était bien vite oublié, on sétait rabibochés, on avait même rit des fâcheries de la veille. La vie continuait. Une bestiole vint doucement se poser sur son bras, dun geste agacé de la main, la jeune femme la chassa avant de resserrer le foulard sale et déchiré qui emprisonnait sa chevelure touffue. Elle avait le front plat, le nez droit et fier. Ses joues creuses, et le contour de ses yeux noirci par les tourments dune vie de souffrance, lui conféraient un air méchant  air qui contrastait singulièrement avec la douceur de son regard. Des voix et des rires denfants parvinrent jusquà ses oreilles, ainsi quun bruit de couverts et de casseroles. Ils doivent être en train de manger à lintérieur, pensa-t-elle en avalant sa salive. Le domestique lui avait demandé dattendre là. Depuis vingt minutes déjà, elle patientait, lâme préoccupée. Obtiendrait-elle largent ? Sa fille Léonide se tenait accroupie tout près et samusait à cracher sur des fourmis. « Maman, jai faim. », dit la gamine pour la deuxième fois. La mère, absorbée par ses pensées, ne répondit pas. Lenfant se releva alors et voulut sasseoir à ses côtés, mais le bac à fleurs était bien trop haut, vainement elle essaya de poser sa croupe en saidant de ses petites mains. « Quest-ce qui vous amène à pareille heure, Pélagie ? » Cétait Gaspard qui arrivait enfin. Il sortait tout juste de table, satisfait et repu, une ride horizontale barrait cependant son front. Pélagie se leva en voyant son frère et réajusta sa camisole.
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- Bonsoir, yaya 1 ! Léonide que cet oncle grand et imposant terrorisait, se blottit instinctivement contre sa mère. - Bonsoir ! Tu sais que je naime pas que lon débarque comme ça à limproviste. Quest-ce que tu me veux ? Pélagie, telle une enfant baissa la tête, confuse et gênée. - Jai un grand problème, dit-elle. - Tu nas que des problèmes, quand tu viens me voir. Cest quoi cette fois-ci ? Il la regardait de la tête aux pieds : elle était bien plus jeune que lui, mais faisait vieille femme avec sa figure ravagée par des journées sans pain et laspect négligé de sa tenue. Il se souvint de lavoir adorée quand ils étaient enfants. Sur elle il veillait alors, en grand frère protecteur, pansant ses plaies et essuyant ses larmes. Mais très jeune, âgé de quatorze ans seulement, il avait dû partir, fuir la tyrannie dune mère et les ignominies dun père, abandonnant la petite fille quétait Pélagie. Jamais il ne la revoyait sans souffrir tout au -dedans. Sa présence le mettait mal à laise, réveillait les souvenirs enfouis dans sa mémoire, rouvrait les blessures de son âme. Une sale époque que cétait, ce passé quil occultait ; leur enfance là-bas à Saint-Pierre ! Lui, en faisait encore des cauchemars certaines nuits, mais ça ne lavait pas empêché de sémanciper, de trouver sa voie, de se construire. Il lui en voulait de sêtre résignée à son sort, de navoir jamais rien tenté pour sen sortir. Oui, elle avait souffert, beaucoup souffert, mais est-ce que cela justifiait sa dégénérescence ? Est-ce quune enfance malheureuse excusait la ruine dune existence tout entière ? Il la contemplait toujours, la gorge nouée.
                                                            1 Terme employé pour marquer le respect, il veut dire grand frère ou grande sur.  
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