La caste supérieure

De
Publié par

César, fils de parents modestes, est contraint de fuir et d'émigrer au Koweït, victime d'une injustice provoquée par une dame de la haute société libanaise, lubrique et sans scrupules, qui convoitait le beau jeune homme. Obsédé par l'idée de vengeance, il pense que seule la fortune peut lui en ouvrir le chemin....
Publié le : jeudi 1 novembre 2007
Lecture(s) : 59
EAN13 : 9782336255859
Nombre de pages : 380
Prix de location à la page : 0,0118€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
LA CASTE SUPÉRIEURE
Du même auteur
Le Prince des cyniques(Buchet-Chastel/FMA, 1999) Trésors(FMA, 2003) La Pierre m’a parlé(FMA, 2005)
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés à l’auteur pour tous pays
FMA, Beyrouth, 2007
Contrairement auxconséquences sinistres du pre-mier conflit mondial, le second eut une influence plutôt heureuse sur le Liban, pays encore sous mandat français. Cette étrange situation justifiait l’adage qui prétend : « Le malheur des uns fait le bonheur des autres ». Sous la poussée des forces anglo-gaullistes, l’éviction du haut-commissairevichyste – le général Dentz– fut rapide et se déroula sans trop de dégâts. En fait, les Anglais étaient lesvrais maîtres de la région mais, pour ménager de Gaulle, ils faisaient mine de respecter sa tutelle de principe sur la Syrie et le Liban : l’af-faiblissement de l’autorité f r a nç a i s e e t l e s pr ome s ses faites de tous côtés poussaient les nations émergentes à réclamer et obtenir leur indépendance ; la diplomatie bri-tannique étant ainsi satisfaite de les soustraire à l’emprise française. Le peuple ne subit pas de très grandes épreuves. En fait, il n’yeut que quelques bombardements spora-
7
diques et les dommages tant matériels qu’humains furent insignifiants comparés aux dévastations en Europe. Dans la montagne libanaise unvieil hôtel avait cessé depuis quelques décennies d’être le plus beau et le plus luxueuxdu pays, mais il conservait encore la grande allure que lui avait conférée son fondateur et qui avait fait sa célébrité à la fin du siècle précédent. La clientèle avait changé. Les riches originaires de la région et lesvisiteurs étrangers qui peuplaient l’établissement en toutes saisons furent peu à peu remplacés par de petits bourgeois enva-cances d’été. D’ailleurs l’hôtel, froid et mal chauffé en hiver, ne retrouvait tout son attrait qu’à la belle saison. Hélas, les nouveauxhôtes n’étaient plus en quête de paix, de beauté et de naturevierge : ils avaient pris goût à la cohue, au bruit, au béton. Quelques années après la guerre, l’hôtel avait com-mencé à péricliter. De temps à autre, il reprenaitvie en abri-tant des exilés chassés par quelque conflit régional ou fuyant un coup d’Etat, mais dès que ceux-ci avaient regagné leur patrie ou s’étaient installés enville, la décevante rou-tine reprenait. Peu à peu, Véra, la propriétaire, dépensait toutes ses économies pour compenser les pertes subies par l’exploitation. Aussi, moins ébranlée par ces déboires que par l’usure des ans, la superbe bâtisse de pierre se mainte-nait, forteresse indestructible sur sa colline, attendant des jours meilleurs. César, fils de deuxemployés de cet hôtel, Elias et Simone, était un enfant à l’espritvif et de caractère ouvert qui avait hérité de la beauté de sa mère. Bien que de condi-tion modeste, son père l’inscrivit au collège des mission-naires anglaisvoisins. Ayant jadis souhaité faire des études supérieures et ayant renoncé faute d’argent, il prenait sa
8
revanche sur sa propre frustration en refusant de placer son fils dans une école publique – gratuite certes, mais manquant de sérieux et de discipline – et que les élèves abandonnaient à la fin du cycle primaire. L’enseignement des établissements privés était supérieur en qualité et l’on y apprenait au moins deux langues étrangères. Elias souhaitait ardemment que son fils devienne médecin, profession qui promettait à celui qui la pratiquait une ascension sociale et qui le mettait à l’abri du besoin pour la vie. En outre, la médecine inspirait à tous un pro-fond respect et exerçait une fascination d’ordre magique. Pour les villageois, le médecin, maître de la vie ou de la mort, jouissait d’une puissance presque divine. Les parents deCésar partageaient entièrement cette conviction et ne songeaient qu’à assurer l’avenir de leur enfant. Ayant grandi en âge et en sagesse, César demanda très tôt à travailler à l’hôtel durant la saison d’été afin de gagner quelque argent de poche. Véra accepta bienvolon-tiers. A douze ans, il aidait à entretenir le jardin et, quatre ans plus tard, il faisait office de réceptionniste. Cet emploi, au-delà du petit revenu qu’il lui assurait pour le reste de l’année, lui plaisait beaucoup car il lui permettait de conti-nuer à côtoyer tout l’été Alexandra, l’arrière-petite-fille de Véra, sa cadette d’un an. Chaque jour, il l’accompagnait sur le chemin de l’école et il en était secrètement amoureux. Belle et intelligente, elle avàait tout pour plaire. Quant César, large d’épaules et bien bâti, il avait levisage d’un ange et ses professeurs le jugeaient promis à un brillant avenir. Déjà, ses collègues et son père le surnommaient « docteur » ; c’était une plaisanterie certes, mais elle ca-chait un profond respect à son égard. Une complicité unissait les deuxadolescents. César
9
protégeait Alexandra et l’accompagnait le dimanche à l’église. Elle l’estimait et suivait ses conseils, lui deman-dant de temps à autre son aide pour résoudre un problème ou commenter un texte, mais leur apparente intimité pou-vait faire naître des soupçons. Pendant l’été, en revanche, la présence d’Alexandra auprès du réceptionniste ne surpre-nait personne.César coulait des jours heureuxen attendant que se réalise son rêve d’obtenir son diplôme car, espérait-il, lorsqu’il serait médecin, la main de la jeune fille ne lui serait pas refusée. En août 1958, ilvenait de fêter ses dix-huit ans et la vie lui souriait. Il avait obtenu son baccalauréat scientifique avec la mention bien et s’était inscrit au concours d’admis-sion à la faculté de médecine. Les épreuves devaient avoir lieu en septembre et il se plongea aussitôt dans la prépa-ration des examens tout en travaillant à l’hôtel. Entre deux appels téléphoniques ou réclamations de clients, il parcou-rait ses notes et ses livres. Seule la présence d’Alexandra pouvait l’arracher un instant à son travail. Cette année-là, l’hôtel connaissait une saison faste car de nombreuxclientsyfuyaient le climat politique ten-du de la capitale. Les factions favorables à l’Occident affrontaient le panarabisme nassérien dans un conflit que les intérêts opposés des divers leaders communautaires ou féodauxrendaient explosif. On en était encore auxmouve-ments de troupes et auxgesticulations guerrières et les rares échanges de tirs n’avaient fait qu’une dizaine devictimes. Cependant les rumeurs les plus catastrophiques circulaient et les bourgeois effrayés cherchaient refuge dans les hôtels de la montagne. L’intervention des marines américains, l’élection d’un nouveau président, la promesse de réformes et la confirmation du pacte national finirent toutefois par
10
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.