La fille du Caire

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Pour rester vivant en Perse au XIe siècle, l'homme doit être influent et la femme discrète. Samarkand, ville souveraine, est à la croisée des plus grandes routes commerçantes du monde. A la tête de cet empire, Malek, le plus grand des sultans, délaisse le Divan depuis quelque temps. Les ministres et notables de Samarkand tremblent. Des complots naissent dans les rues et les alcôves du palais.
Publié le : mardi 1 avril 2008
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EAN13 : 9782336254265
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La fille du CaireRoman historique
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La fille du Caire
L'Harmattan@ L'Harmattan, 2008
5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo. fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-05368-7
EAN : 9782296053687CHAPITRE 0
ne nuit noire est tombée sur Samarkand, de lourds
nuages empêchent les rayons de lune d'éclairer la villeU
bleue.
Les couloirs du palais, si chauds autrefois, ressemblent ce
soir à de sombres coupe-gorge, d'un froid glacial.
Dans l'aile sud du palais, une jeune femme habillée de soie,
faiblement éclairée par quelques bougies, dicte, d'une voix
douce mais teintée de tristesse, les dernières lignes d'un long
texte au jeune scribe assis en tailleur à même le marbre de la
grande pièce.
La mort rôde, et Han Ina sent son souffle froid dans sa
nuque.
Ses yeux sont à jamais secs. Plus aucune larme ne peut venir
mourir sur ses joues ou dans son cou gracile.
Les trois êtres qui lui étaient les plus chers ne sont plus
aujourd'hui, et, mécréante parmi les mécréantes, elle peut
affirmer qu'Allah et son jugement ne sont que pour très peu de
chose dans son chagrin.
La mort peut venir de partout, et même d'ailleurs encore.
Pour sa part elle viendra de ce bain. ..
Elle sait qu'elle ne sera plus demain, ainsi elle nous livre sa
V1e,ses songes.
Que ceux-ci permettent à l'Amour de survivre au Mal et à
ses armes: la Jalousie et la Trahison.
7CHAPITRE 1
l faisait déjà chaud sur l'esplanade de terre rouge au
caravansérail Hasnah de la porte sud du Caire.I
Quelques bœufs et autres moutons se reposaient à
l'ombre des hauts murs en pisé du bâtiment.
La cour centrale était remplie d'étals de bois couverts de
montagnes de cardamome, de clous de girofle en provenance
des Indes, de piments africains jaunes, rouges, verts, en poudre
ou en grappe, ou encore de vanille de Madagascar.
Plus loin, les régimes de bananes éthiopiennes
embaumaient l'air chaud de leurs odeurs lourdes; les citrons
verts côtoyaient les pamplemousses et les figues juteuses.
Encore plus loin, les vendeurs d'étoffes et de soie criaient
pour attirer l'attention des clients.
Enfin, dans la partie ombragée de ce souk, elle était là,
allongée sur un divan recouvert de soie légèrement encrassée
par le sable et l'usure du temps.. .
Lasse, terriblement lasse.
Son regard se perdit au-dessus de la foule, ne s'attachant
pas un instant à cette masse bruyante, et encore moins à la
présence d'Hassan à ses côtés.
Ce dernier, le vendeur d'esclaves, aimait laisser ses mains
aller à la rencontre de la peau d'ébène de la jeune fille, toucher
par-dessus les soieries le bout d'un sein ou lui mordiller une
oreille.
Han Ina ne le sentait même plus. Le souffle chargé de
l'homme à la tunique bleue ne lui soulevait plus le cœur, la
peau sèche de ses mains ne la touchait plus.
Sa vie, elle ne la pleurait même plus. Même son nom, Han
Ina, n'avait jamais été le sien. Quand elle cherchait au plus loin
dans ses souvenirs, elle ne se rappelait plus le nom que les
9sages lui avaient donné à sa naissance, elle ne se souvenait que
de quelques odeurs, de quelques lumières, de quelques sons.
Quelques sons...
Des sons métalliques de chaînes et de sabres.
Les sons de cette nuit sans lune, les sons de cette nuit où le
vent tourna sur le désert d'Erouhan et sur sa vie. Que le désert
lui semblait loin...
La vie y était douce pour une enfant de 13 ans, la journée
était partagée entre les jeux et quelques exercices d'initiation à
la vie d'adulte.
Aucune différence de sexe n'était inculquée aux enfants du
Sangé ; l'art de la fauconnerie, la chasse aux lions et les travaux
culinaires étaient enseignés par les anciens aux enfants, filles ou
garçons.
Han Ina aimait cette vie.
Elle aimait son désert, elle aimait par-dessus tout
chevaucher avec son père sur les plus beaux chevaux et sentir
le sable fouetter ses jambes, déjà longues...
Un autre de ses passe-temps favoris était la danse, art pour
lequel elle se savait douée. Son corps de jeune fllle aimait
onduler au rythme des tambourins et de la flûte.
Sa mère lui avait appris l'art suprême de la séduction, du
langage du corps, cet art qui rendait les femmes du désert les
plus belles du monde.
Certes, leur peau était douce et chaude, certes, leur odeur
était envoûtante, mais par-dessus tout elles étaient connues de
par les mers pour être des maîtresses hors du commun.
Depuis l'âge de 5 ans, les filles étaient instruites sur le
moindre muscle de leur corps; chaque centimètre carré de leur
peau était préparé, chaque mouvement, même imperceptible
pour un œil profane, était enseigné.
Les jeux se prolongeaient jusque tard dans la nuit, puis
autour du feu, le clan se rassemblait et les anciens racontaient
des contes et des histoires du passé. La vie s'écoulait lentement
aux humeurs du vent. ..
Et puis il y eut cette nuit.
10Une nuit dans le désert.
Ce furent les chiens qui les sentirent les premiers. Ils étaient
nerveux, tournaient en rond, aboyaient vers le nord. Les
hommes ne s'inquiétèrent pas, ils crurent que la nuit sans lune
avait suffi à énerver les animaux.
Puis le vent monta, envoyant des odeurs inconnues.
Lorsque les sages comprirent, il était trop tard. ..
Trente chevaliers et une meute de chiens fous déferlaient
sur le village.
Tout se passa très vite, les tentes furent brûlées, les pères,
les fils, les frères eurent la tête tranchée et le ventre ouvert
avant même que la première étoile ne cligne dans les cieux.
Seules les têtes de deux sages furent conservéés, empalées
sur de long bâtons de bambou et exhibées par ces hommes
venus de nulle part en signe de victoire.
Les femmes du village furent alignées et sélectionnées,
triées comme du bétail. Seules les filles entre 6 et 15 ans furent
enchaînées.
Les mères, les sœurs, les cousines furent violées puis eurent
la gorge tranchée. En moins d'une nuit, cent vies basculèrent
vers l'au-delà ou, pour certaines, vers le néant. ..
11CHAPITRE 2
an Ina sursauta, une voix d'homme à l'accent du Sud
de Téhéran attira son attention.H
Son allure la troubla, sa tenue était simple malS
faite d'un tissu d'une rare légèreté et d'un noir profond.
Il s'adressa à Hassan:
- Es-tu Hassan du Caire?
Le vendeur d'esclaves se retourna lentement, surpris par
l'ignorance de cet étranger. Il était dans sa ville, qui pouvait
bien être cet homme qui feignait de ne pas le reconnaître?
Au-delà des mers, son nom résonnait dans les plus
prestigieux palais, dans les harems les plus fermés, plus d'un
calife aurait payé cher pour avoir en son harem une femme
d'Hassan d'Al Caïra.
Que lui veux-tu,
étranger?Son ton était volontairement hautain.
- Tu dois donc être le fameux Hassan, reprit l'homme en
noir. Je veux cette fille.
Hassan, tournant nonchalamment la tête vers Han Ina,
répondit:
- As-tu seulement le dixième de sa valeur dans ton village,
jeune inconnu? Va, passe ton chemin, ou mal te sera fait.
La phrase d'Hassan flottait encore dans l'air qu'il se trouva
cloué au sol, le jeune homme en noir debout à ses côtés.
Mon village, comme tu dis, vendeur d'esclaves,
s'appelleSamarkand. Ma bourse contient plus que ce que tu peux
espérer boire dans toute ta vie d'ivrogne et mon sabre est
aiguisé à souhait... Il adorerait trancher ta langue de vipère.
Han Ina ne comprenait pas ce qu'il se passait, elle était trop
loin des deux hommes pour entendre leur discussion, mais la
détermination et l'agilité de l'homme en noir l'intéressaient.
13De plus, un homme plaquant à terre Hassan du Caire
méritait déjà toute sa considération.
L'homme en noir, la main droite toujours serrée sur le
pommeau de son sabre, aida Hassan à se relever en ne le
quittant pas des yeux un instant.
Une foule s'était rassemblée pour voir et entendre ce qu'il
se passait.
Qui pouvait être cet homme que personne ne connaissait et
qui osait s'attaquer ainsi à un notable du Caire?
Trois eunuques, hauts de plus de deux mètres chacun,
attendaient un seul signe de leur maitre pour s'emparer de
l'inconnu.
Hassan ne bougea pas, enfonça son regard dans celui de
l'homme en noir et, après de longues minutes, demanda enfin:
Qui es-tu,
étranger?Mon identité ne te regarde en rien, mais sache que
cesminutes peuvent être les dernières de ta vie et que bien des
armées pourraient se relever de l'au-delà pour te mettre en
garde de ne point me faire attendre. Je te le répète pour la
dernière fois, vendeur d'esclaves, quel est le prix de cette
femme?
Un moment de silence vint souligner cette phrase et, la
main sur le pommeau de son sabre, l'inconnu attendit quelques
courts instants. Hassan répondit en bégayant:
- 3 000 dinars or. .. Mon seigneur.
Voici 4 500 dinars or, vaurien! Jete savais homme de
peud'intérêt, mais je te croyais bon marchand, je te la paie
4 500 dinars or, et elle en vaut dix fois plus! Mais sois heureux
d'avoir la vie sauve.
Il jeta les pièces au sol comme de vulgaires graines pour
cochons.
Dans un mouvement souple et rapide, il se retrouva aux
côtés d'Han Ina, lui prit le poignet avec délicatesse, mais
fermeté. Il descendit ensuite de l'estrade et l'installa sur un
cheval.
14Après s'être assuré du confort de la jeune fille, il enfourcha
le sien et d'un coup de talon, prit à vive allure la direction de la
porte de la ville.
Les deux montures passèrent la porte nord.
Le cheval d'Han Ina suivait celui de l'homme en noir.
Jamais ce dernier ne se retourna. La jeune fille n'était entravée
par aucun lien, aucune chaîne.
Son cheval et son corps étaient libres, elle aurait, à tout
moment, pu engager sa monture dans une autre direction. Son
aptitude à l'équitation lui aurait permis sans aucun mal de
distancer l'étranger... Mais elle ne le fit pas.
Par peur de ne savoir où aller, ou par intérêt, voire curiosité
envers cet homme inconnu?
Après quelques minutes, ils arrivèrent à la porte du désert.
L'homme prit la direction de l'est, Han Ina guida sa monture
dans son sillage.
La jeune femme crut un moment retrouver un plaisir
d'enfant, profondément enfoui en elle... Souvenir où derrière
son père, elle chevauchait à vive allure le désert d'Erouhan, où
le vent venait s'engouffrer dans ses cheveux et où seul le
soudain arrêt du vol du faucon lâché quelques heures plus tôt
pouvait les faire ralentir.
Après un long moment, elle vit au loin un point sombre
grossir à l'horizon. Au début, il était presque invisible, mais de
seconde en seconde il prit la forme d'un petit camp de tentes
fortement gardées. Il devait y avoir une quinzaine de tentes de
tailles différentes, ainsi que de longs mâts de bambou au
sommet desquels flottaient des drapeaux noir et or.
Elle ne connaissait aucune tribu arborant ces couleurs...
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