La Malédiction du Roi Sage

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Légende des Hommes, aux origines disparues dans les brumes du temps. Une parmi tant d'autres, de celles qui se racontent à toute occasion, chantées ou dites par ceux dont la mémoire remonte aux temps de leur enfance ; quand leurs pères et grand-pères étaient à leur place, et contaient avec passion les histoires de tout genre qui couraient à propos de leur peuple, et de son passé.
En un pays lointain, règne un Roi qui ne vit que pour son peuple et pour sa femme, la Reine. Sa sagesse n'a d'égale que son désir de justice, et son usage du pouvoir est apprécié de tous ; tant et si bien d'ailleurs, que le bonheur s'étend partout dans le royaume.
Hélas, un jour, la Reine vient à mourir, causant à son mari le Roi chagrin si intense, qu'il en oublie de s'occuper de son peuple.
Car sa vie alors n'a plus de raison d'être, du moins autre que de ramener sa femme la Reine à la vie.
Alors, lorsqu'il rencontre un Mage se déclarant connaisseur du secret de la résurrection, la sagesse du Roi sera rudement mise à l'épreuve.
Et ses actes prouveront que l'amour, bien souvent, fait perdre leur discernement aux hommes.
Même les plus sages...
Publié le : vendredi 4 novembre 2011
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L A M
ALÉDICTION
 DU R OI S
A
Contes et légendes du Monde
GE
F.B.Inconnu
La Malédiction du Roi Sage En un temps éloigné existait un royaume lointain, dont le seigneur et maître le Roi était homme de sagesse et d’intelligence. L’amour envers son peuple le guidait dans chacune de ses décisions, et il cherchait la justice tant que la justesse dans l’exercice de ses ordres. Sa femme la Reine l’assistait de sa tâche, et sans avoir nécessité d’être une beauté, aimée était-elle du peuple, tant bonté était vertu qui la qualifiait bien. Le Roi aimait sa Reine et son peuple plus que toute autre chose qui fut et put être. Tout le temps que possédait le Roi était dédié à répandre le bien auprès du peuple, sa justice se trouvait dans la mesure humaine être la plus équitable et la plus fine qui soit ; chaque fois qu’il était nécessaire il usait de son trésor et de sa voix pour aider le peuple ; et chaque fois, quelle qu’elle fut, le peuple se soumettait à sa décision, tant elle était sue juste et sage. Hélas, la Reine était stérile. Si cela causa un intense chagrin au Roi, tout autant qu’aux gens du royaume lorsqu’ils l’apprirent, elle n’en perdît pas leur amour pour autant. Bien que sachant vain désormais tout espoir de voir naître de la Reine un descendant à qui il offrirait son savoir, le Roi ne se résigna jamais à prendre héritier auprès d’une autre femme. Et le peuple, peu certain de voir jamais enfant du Roi aussi sage et bon que lui monter sur le trône, n’en choisît pas pour autant de pousser le Roi à la répudier, sous peine de perdre sa légitimité au trône. Alors, durant de nombreuses années, le royaume prospéra sous les attentions ordonnées de son Roi et de sa Reine, et grâce aux efforts perpétuellement renouvelés de ses gens. Le Roi avait fait de son pays un lieu de paix
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prospère, et ainsi le royaume terrible de ses jours. Jusqu’au jour
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La Malédiction du Roi Sage Sur la tombe de la Reine, le peuple déposa fleurs d’amour et larmes de tristesse ; si bien que petit à petit le marbre couvert de pétales se chargea d’une aura de recueillement sacré, et devînt un lieu où le fardeau de la peine semblait s’alléger, où chaque infime rayon de soleil apparaissait soleil à lui seul, et où le voile diaphane de la mort lui-même paraissait se dissiper un peu devant la ferveur des prières. La tombe donc devînt lieu hautement sacré, propice à la révérence et au recueillement. Le Roi lui, s’ôta à la vue de tout être vivant en ce temps, et une année entière durant, nul ne le vît. Si d’aucuns pensaient qu’il était tombé foudroyé par la peine, d’autres le croyaient fou et errant sans but dans la forêt ; si d’aucuns encore l’imaginaient reclus en un coin obscur de sa chambre, pleurant à longueur de temps, d’autres à nouveau le supposaient s’être donné la mort, unique échappatoire pour lui à l’obscurité nouvelle de sa vie. Mais tous devaient apprendre plus tard leur tort dans l’affaire. Car suite à une année de disparition, le Roi s’offrit de nouveau à la vue des gens du royaume. Jamais quiconque apprit de sa bouche quoique ce fut quant à l’activité qui l’occupât durant cette année, où le peuple seul s’était arrangé seul des problèmes du royaume. Cependant, il revînt, et ce retour fit grande nouvelle auprès du peuple, qui souhaitait, à défaut de retrouver sa Reine, ne pas perdre son Roi. Cependant, dans le plus grand secret, le Roi s’était tenu en compagnie d’un homme au visage caché dans l’ombre d’un capuchon noir, et vêtu d’une cape tout aussi obscure. De forte carrure, grand et visiblement
La Malédiction du Roi Sage
puissant, son visage jamais ne fut aperçu, et toujours resta bardé de ténèbres. L’homme était un grand Mage, dont le savoir remontait aux temps lointains où la vie avait commencé d’exister. Si son passé resta, tel son visage, caché sous un capuchon de secret, la raison de sa venue fut éventée. Le Mage connaissait le secret de la résurrection.
La Malédiction du Roi Sage Et le Roi, on l’imagine aisément, désirait savoir tout de ce secret. Son chagrin incommensurable, sa peine infinie, la détresse qu’il avait ressentis furent balayés par un simple espoir. Cependant, le Mage était récalcitrant, il ne souhaitait divulguer son secret. Car son savoir était grand en effet, plus que nul ne pouvait l’imaginer, et plus encore que ce qu’il n’en avait dit avec sage humilité. Sa vue portait bien plus loin que le commun des mortels, et de fait, pourfendait les ombres obscurcissant le futur, révélant les dangers que son secret ferait peser sur le royaume, s’il venait à le révéler. De suite, il avertît le Roi, déclarant qu’éventer ce formidable secret ne saurait être une juste décision, de par les actes qui irrémédiablement s’ensuivraient. Il ajouta qu’à sa grande joie, il était encore temps pour le Roi de sauver le royaume, s’il daignait, dans sa sagesse, renoncer à ce désir dénué de raison. Cet argument même ne fit hésiter le Roi. Le Mage en appela tant à sa sagesse qu’à son intelligence, à son amour pour son peuple et sa conscience aigüe de la justice, rien ne sût au final faire changer d’avis au royal personnage. Aucune raison, aucun sentiment, ne put faire virer le Roi de bord, et il resta intransigeant, campé sur ses positions. Une longue année, ce fut le temps que durèrent ces discussions sans fin, et le Roi à nouveau ne s’occupa nullement de son peuple. Mais lorsque vînt l’anniversaire du décès de la Reine, le Roi exaspéré usa finalement de son pouvoir. Et pour la seule et unique fois de sa vie, il en usa avec abus. Ce jour le Roi s’adressa solennellement à son peuple, guidant le Mage à ses côtés jusqu’à l’estrade, et de sa
La Malédiction du Roi Sage voix la plus autoritaire, la plus puissante et la plus majestueuse, proclama tant au peuple qu’à l’homme qui à ses côtés se tenait : Durant une année l’on a tenté de me persuader, de me convaincre de la folie que représente mon plus profond et ardent désir. Durant une année, l’on m’a refusé avec véhémence, puis calme ; avec compréhension puis indifférence ; avec violence, puis douceur ; enfin, l’on a repoussé l’échéance de ma décision. Sachez que désormais l’instant vient pour moi de vous forcer à tous la main, et que le temps de mon ordre ne peut plus être différé. Le Roi marqua un silence rhétorique, annonçant à l’avance les mots lourds de conséquences qu’il se préparait à prononcer. – Ma patience est arrivée à son terme, et aujourd’hui je veux agir, car le manque que produit en moi la disparition de ma femme la Reine m’est tout bonnement insoutenable. Et, se tournant vers le Mage consterné à côté de lui. – Aussi, en tant que Roi, je vous ordonne de me livrer de suite le secret de la résurrection. Je le fais au nom de mon peuple, qui se languit de moi, et qui, si mon vœu point n’est exaucé, si ma femme point ne m’est rendue, jamais ne me reverra. Je délaisserai sans haine et sans peine ce royaume, car je me juge publiquement, à partir de cet instant, inapte à le diriger sciemment ! Et tantôt, ici-même, si les conditions précédentes ne sont pas remplies, je m’engage à me défaire des fonctions qui m’ont été attribuées, au bénéfice du peuple de ce pays !
La Malédiction du Roi Sage Le silence se fît dans la foule, qui fut si oppressant que les oiseaux n’en osèrent plus chanter. Le mage alors fît trois pas en avant, et déclara d’une voix puissante et terrible, tonnante et bourdonnante, comme parvenue d’à travers les âges : – Votre Majesté le Roi, nul mieux que moi ne peut vous mettre en garde contre le mal qui émergera des tréfonds du Monde, suivant la voie ouverte par le retour à la vie de votre femme la Reine. Puisque votre ordre a été prononcé je m’y plierai. Mais sachez que je ne le fais pas de bonne grâce, et parce que je ne condamnerai pas moi-même un peuple si glorieux à la déchéance. Le Mage haussa le ton, et avec une voix plus forte encore, qui fit trembler la foule, il déclara : – Avant de plonger dans l’ombre, trois pas vous restaient-ils à faire ! Votre Roi à l’instant s’est chargé de faire le premier, et tel qu’il est parti, bien vite fera le second ! Ce sont de longues et obscures années qui vous attendent, car la nuit bientôt tombera sur le ciel de votre royaume, et n’en quittera plus jamais les altitudes ! » Le seul espoir qu’il vous reste est de voir votre Roi changer son avis, se résigner à admettre la loi de la vie ! La décadence vous guette, et elle viendra, si nul ici n’est à même d’entendre raison ! Car alors, dans votre désespoir infini, seule l’attente d’un jour vous sauvera peut-être ; l’attente d’une lame de lumière, de sa venue qui dans la noirceur la plus totale, éclairera la vérité de votre déchéance ! Mais alors, si longtemps aurez-vous souffert avant que ce jour ne naisse, que la folie déjà aura emporté vos âmes et vos esprits ! Sachez seulement que sur ce chemin où vous vous engagez, il n’y aura, pour aucun d’entre vous, nul espoir de retour.
La Malédiction du Roi Sage
Alors le Mage se retira dans la chambre du Roi, discuta avec le souverain et, comme il l’avait annoncé, disparut à jamais.
La Malédiction du Roi Sage Un mois plus tard, le Roi fut prêt et dans le plus grand secret, humblement vêtu de peu, camouflé à l’aide d’une cape et d’un capuchon, il quitta le pays. Il n’était muni que d’une simple besace et d’un long bâton de marche, car il se devait de voyager sans être reconnu. Nul n’apprît jamais quelle direction il prît, pas plus que lui s’en souvint d’ailleurs. Car s’il suivit les indications apportées par le grand Mage, sa mémoire ne gardait trace que du repère suivant, oubliant, chaque fois qu’il en atteignait un, tous ceux qui l’avaient précédés. Conformément aux ordres du Mage, le Roi n’avait pris pour nourriture que de quoi se sustenter durant trois jours de marche. Son trajet, lui, en dura sept. La faim rapidement tenailla le Roi, mais il suivit le chemin indiqué par le grand Mage, et sa volonté ne se brisa qu’au crépuscule du septième jour. Le Roi alors était parvenu à un petit bosquet, et à la faveur de son ombre bienfaisante et de sa fraîcheur apaisante, il décida de mettre fin à sa marche. La faim lui empoignait le ventre sans aucune envie de le lâcher, et la douleur était telle qu’elle en rendait sa vision floue. Son estomac était aussi douloureux que ses jambes, un mal de crâne féroce tempêtait dans son crâne et ses yeux fatigués le piquaient sous ses paupières tombantes. En un effort qui lui parut héroïque, le Roi parvînt à observer les alentours. Il se rendit compte après un long moment que les arbres paraissaient être tous issus d’une essence différente, comme si en ce lieu précis la diversité complète du monde des végétaux se trouvait condensée. Un jeune individu de chacune des espèces d’arbres semblait avoir été planté en ce bois, en fier représentant de son peuple.
La Malédiction du Roi Sage Entre les racines vénérables, de nombreux petits ruisseaux gazouillaient en toute tranquillité, et dans le coin du regard, il devinait s’égayer une faune diverse et discrète, à l’ombre des frondaisons clairsemées, se désaltérant dans les cours d’eau limpides. Or le Roi se trouvant en ce lieu étrange et splendide, entendît une voix s’adresser à lui, comme parvenue de nulle part et pourtant omniprésente. A son entente, tout autre son, toute sensation disparut. L’esprit du Roi redevint clair, et son corps fut nimbé d’un bien-être enchanteur, repoussant la fatigue et la faim au rang de mauvais souvenirs. Alors le Roi, aux questions provenant du néant, répondît, et avec son interlocuteur inconnu échangea longs discours et nombreux arguments. Après un temps indéterminable de débat passionné, il y eut un long silence, et le Roi crut que la discussion était terminée. Mais la voix finalement retentit de nouveau : – La force de ta justice réside dans sa justesse, et cela est trait bien trop rare parmi ceux de ta race. Comme les mots de ta bouche vont dans le même sens que ceux de ton esprit et de ton cœur, j’accéderais au souhait qui t’as mené jusqu’à moi. » Parles à présent, et fais entendre ton désir. Le Roi ressentit une profonde joie à l’entente de cette déclaration : enfin il allait revoir sa femme la Reine, qu’il aimait tant. Je souhaite que ma femme décédée il y a de cela deux ans et une semaine me soit rendue, car elle me manque et je ne puis souffrir la vie alors qu’elle se trouve éloignée de moi.
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