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La nuit où elle comprendra

De
134 pages
Un roman noir et rouge, Noir comme un polar, Rouge comme la passion. Une vallée perdue, un château "grave et triste"... La figure diabolique de Barbe-Bleue n'a jamais cessé de fasciner l'écrivain, le compositeur ou le cinéaste. En voici un nouvel avatar qui fait fi de toutes les interprétations psychanalytiques pour ne raconter que le désir.
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Michel François-Thivind
La nuit où elle comprendra
Un roman noir et rouge,
Noir comme un polar,
Rouge comme la passion. La nuit
Une vallée perdue, un château « grave et triste »… où elle comprendraLa fgure diabolique de Barbe-Bleue n’a jamais
cessé de fasciner l’écrivain, le compositeur ou le
cinéaste. Roman
En voici un nouvel avatar qui fait f de toutes les
interprétations psychanalytiques pour ne raconter
que le désir.
Né à Lyon, Michel François-Thivind, après
des études scientifques, a partagé sa vie
professionnelle entre Paris et Lyon avant de
se retirer en Ardèche et y concrétiser son
envie d’écriture.
L’auteur a déjà publié aux éditions La Fontaine
de Siloé un roman historique ardéchois
intitulé L’Escambarliat ou Le destin de Pierre-Esprit (Amours
et Trahisons en Vivarais) et aux éditions L’Harmattan Agnès
de France, Impératrice de Constantinople.
ISBN : 978-2-343-03748-6
14 €
Michel François-Thivind
La nuit où elle comprendra©L’Harmattan,2014
57, ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:9782343037486
EAN:9782343037486
111111111111,111111111,,111111111111111111111111,1,11111111Lanuitoùellecomprendra
111111Écritures
Collectionfondée par Maguy Albet
Serrie(Gérard), J’ai une âme,2014.
Godet(Francia), La maison d’Elise,2014.
Dauphin(Elsa), L’accident,2014.
Palliano(Jean), LanaStern,2014.
Gutwirth(Pierre), L’éclat des ténèbres,2014.
Rouet(Alain), Chacuneen sa couleur,2014.
Cuenot(Patrick), Dieu au Brésil,2014.
Maurel Khonsou et lepapillon,2014.
D’Aloise(Umberto), Mélodies,2014.
JeanMarc deCacqueray, Lavie assassinée,2014.
Muselier(Julien), Les lunaisonsnaïves,2014.
Delvaux(Thierry), L’orphelin de Coimbra,2014.
Brai(Catherine), Une enfance àSaigon,2014.
Bosc(Michel),MarieLouise. L’Or et la Ressource,2014.
Hériche(MarieClaire), La Villa,2014.
*
**
Ces quinzederniers titresde la collection sont classéspar ordre
chronologiqueen commençantpar leplus récent. Laliste complètedes
parutions,avecunecourteprésentationducontenudes ouvrages,
peut être consultée surle sitewww.harmattan.fr
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Lanuitoùellecomprendra
roman
L’Harmattan
111111111111111,111111111111111Or,j’ouvrirailaporte,elleentrera,l’attendue,la
toutepuissanteetlatoutinoffensive,
Pourrégner,rireetchanterparmimespalais,
Meslotus,meseauxmortes,meseunuquesetmesvases,
Pour–lanuitoùellecomprendra–êtredoucement
pousséedanslepuits.
VictorSegalen
(Stèles–CitéVioletteinterdite)
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11Sous les lettres mangées par la rouille et illisibles, le logo
rouge d’un château fort, comme un masque avec ses trois
meurtrières pour lesyeuxetlenez,etsonportail enguise
debouche.
C’était, sur la croupe pierreuse du col que le car venait
defranchir,l’uniquetracehumaine,dumoins,luisembla
t il,àtraverslalucarnequesesdoigtsavaienttracéesurla
vitre embuée. Elle avait bien tourné la tête pour essayer
d’entrevoir l’autre côté de la route, mais le vieux paysan
endormi sous sa casquette rabattue sur les yeux se fichait
biendelavue,iln’avaitpasessuyésavitre.
Çan’étaitqu’unsignepourelleseule,leseuild’unconte
dont elle serait l’héroïne ; elle venait d’y pénétrer, elle ne
s’appelaitpasAlice,maisleciels’étaitsoudainobscurciet
la route en lacets serrés plongeait dans ses contrées nébu
leuses.
Elle cherchait dans les volutes nuageuses des figures
prémonitoires, la tête de son beau frère par exemple. Jeu
d’enfant avec la volumineuse barbe qu’il portait. Sa sœur
neluiavaitjamaisenvoyédephoto,mêmedeleurmariage,
mais sa barbe, elle la décrivait dans ses premières lettres
avecpresquedesmotsdevolupté.
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santlalignenoiredescrêtes,quelquespansbleusduciel;
c’était les derniers puisqu’on sombrait maintenant dans
l’automne humide et lugubre où sa sœur vivait. Elle re
montasoncolrouléjusquesouslementon.
De longs arbres noirs effilochaient un brouillard gras.
Pinsousapins,ellenesavaittrop.Lespentesétaientmoins
désoléesquesurleplateau,c’étaitpourtantlà hautqu’elle
eût aimé le terminus, à l’air vif, à la lumière ; les flux des
nuages,en l’absence detout relief, ne devaientque glisser
et non comme ici croupir, agglutinés aux escarpements et
auxarbres,engorgerindéfinimentcettefosseabrupte.
Lecieléteint,lecardévalaituneopacitédeplombd’où
n’émergeaient de temps à autre que les masses grises et
floues d’elle ne savait trop quoi. Le brouillard et la litanie
des virages l’avaient vite désorientée, c’était une descente
erratique dans le labyrinthe blet de quelque substance vé
gétativejusqu’endesbas fondsoùlesoleilnedevaitbriller
quequelquesheuresparjour.
Elledevaitsacrémentytenir,sasœur,àcetype.
La buée s’entêtait à barbouiller la vitre, et le bout
mouillé de ses doigts était glacé : elle cessa de s’obstinerà
vouloirdevinerlepaysage.
Le vieux de l’autre côté de l’allée dormait toujours.
Moustache grise et drue, buissonnante jusque par dessus
labouche,hâlesquameuxdu cou, vermeildespommettes
et du nez (teint fleuri d’une santé gaillarde ou couperose
d’ivrogne, elle n’avait jamais su faire la distinction, les
deux peut être), canadienne marron et pantalon de gros
drapàrayures;danslesveinesnoueusesdespoingsposés
sur ses cuisses elle crut voir battre le sang et détourna les
yeux.Lesautresvisagesétaienttoutaussirudesetburinés.
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menttroppâlesau dessusdesnuquestannéesparlegrand
air, comme indécentes sans leurs couvre chefs. Les
femmes,moinsnombreuses,étaienttoutesdesvieilles,ma
lingres ou grosses, pâlichonnes ou rubicondes, le cheveu
souvent clairsemé. Leurs jacassements avaient cessé, elle
les regrettait presque, ils l’auraient distraite d’une nausée
naissante, de l’ennui, d’une angoisse confuse. Elle compta
les lacets de la route, s’essaya à décrocher le cendrier mé
tallique devant elle, le doigt qu’elle y glissa laboura un
magmafilandreux.Unechique?Non,deuxfétusnoirâtres
s’étaient incrustés sous son ongle, elle les renifla : odeur
sure de tabac froid, répulsive. Accoudée, elle maintint
pourtant le doigt sous son nez. Non, elle était idiote, elle
n’enavaitquelecœurplusbarbouillé.
Une embardée dans un long glapissement des freins la
jetacontrelavitre.
«Couillondechien!»pestalechauffeur.
Onauraitjuréuncahot,unécrasementflasque.
«Unloup,oui!jetaunevoixd’hommeàl’arrière…Par
icic’estquasisûr!»
Ellepassalesdoigtssursavitre:brouillardàcouperau
couteau, éventré par leur vaisseau automobile, arche pi
teuse, sans le moindre animal, hors peut être quelque
poulehagarde,lespattesligotéessousunsiège;seuleune
douzainedebipèdesdesdeuxsexes,dontelle,etàlafinil
n’yauraitpasdemontArarat,seulement,toutenbas,une
gare routière miteuse et ventée. Pourquoi diable avoir
choisi novembre pour venir jusqu’ici ? Mais non, attendre
leprintemps,c’étaitunanetdemisansvoirsasœur,c’était
trop.Direqu’elleavaitcruqu’endescendantverslesud…
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vitres. Elle essuya la sienne : quelques boutiques et le cli
gnotement d’un feu orange ! Le car s’ébroua, le vieux de
l’autre côté s’était réveillé, avait relevé sa casquette, il la
dévisagea quelques secondes de ses petits yeux sombres
avantdelesfrotteràdeuxpoings.
Quelques manœuvres, le moteur se tut, le chauffeur
descenditlepremier.
Toutlemondesemblaitvouloirlesuivre.Elledemanda
si c’était là le terminus. Non, l’arrêt suivant. Elle resta
seule,pelotonnéesursonsiège,unfroidhumides’engouf
frait par la porte restée ouverte. Pas le courage de se lever
pour aller la fermer. Faite comme un rat. Non, elle était
idiote à être si cafardeuse parce qu’un courant d’air, un
après midi de brouillard, dans un car déserté… Dans une
heureoudeuxelle embrasserait sa sœur,millechosesàse
dire,lavisiteduchâteau.Etluiaussibiensûr.
Un souffle rauque, des coups de canne sur le marche
pied.Ellelevalesyeux:ratatiné,chafouin,levisaged’une
vieille sous un informe feutre noir ; dans des orbites trop
creusesl’éclatdesyeuxdardéssurellelatroublamoinsque
le nez, son absence plutôt, monstrueuse, obscène. Elle re
garda ailleurs jusqu’à ce qu’elle se fût assise sur le siège
justederrièreceluiduchauffeur.
« Ça va, la vieille ? » cria t il en montant à son tour et
refermantlaporte.
Ellen’entenditpaslaréponse.Ilparcourutl’allée,regar
dant consciencieusement dans chaque travée ? À sa hau
teur il lui fit un clin d’œil. « C’est pas encore aujourhui la
cohuepourleterminus,hein?»
Elleréponditunbrefsourire.
Moteur. Manœuvres. Dédale de rues. Clignotement
oranged’unfeu(lemêmequ’àl’arrivée?Rebroussaient ils
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