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La plaie du passé

De
140 pages

Dans ce recueil de seize nouvelles réalistes et intimistes, Adam Mira nous invite à voir le monde contemporain à travers le regard d’un Palestinien ayant vécu dans un camp de réfugiés jusqu’à l’âge de quarante ans, puis ayant subitement immigré, lourdement lacéré des plaies du passé, au Québec. L’écriture dépouillée et directe de cet auteur, qui a appris des rudiments de français au cours de ses pérégrinations, nous fait entrer dans un univers mental et social étonnant, déroutant, à la fois tragique et presque comique. D’un récit à l’autre, on rencontre un homme ayant vu sa famille massacrée sous ses yeux... ou ayant vu le laitier d’un quartier d’Alger froidement abattu par la soldatesque juste parce qu’il commençait à bosser avant l’aube... ou côtoyant une mère atteinte de quasi-mutisme à cause des cruautés des camps et de la guerre. La souffrance aiguë, l’arrachement et le profond manque affectif sont omniprésents dans ces récits, à mi-chemin entre fiction et témoignage. Heureusement, la dimension poignante des drames évoqués dans ces récits est équilibrée par le ton tranquille et limpide du traitement. Le résultat est à la fois très authentique et d’une étrangeté presque décalée, le tout restant solidement installé dans l’ordinaire et le quotidien (même le quotidien bizarre des camps). En lisant ce recueil de nouvelles d’Adam Mira, on se dira sans doute, encore une fois, que le monde est si beau, que le monde est si cruel. Tel est le message fondamental de La plaie du passé.


Adam Mira : Journaliste indépendant, reporter et blogueur. Il a effectué un certain nombre de grands reportages dans plusieurs pays arabes, africains, européens et américains. Il a vécu au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Il habite depuis quelques années au nord de l’Amérique, à Montréal, où il occupe son temps entre lecture et écriture.

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LA PLAIE DU PASSÉ Nouvelles
ADAM MIRA
© ÉLP éditeur, 2016 www.elpediteur.com elpediteur@gmail.com
ISBN : 978-2-924550-14-4
Image de la couverture : Adam Mira :Parc La Fontaine à Montréal
Polices libres de droit utilisées pour la composition de cet ouvrage : Linux Libertine et Libération Sans
Adam Mira –La plaie du passé/ 2
Avis de l’éditeur
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ÉLP éditeur est une maison d’édition 100% numérique fondée au printemps 2010. Immatriculée au Québec (Canada), ÉLP a toutefois une vocation transatlantique: ses auteurs comme les membres de son comité éditorial proviennent de toute la Fran-cophonie. Pour toute question ou commentaire concernant cet ouvrage, n’hésitez pas à écrire à : ecrirelirepenser@gmail.com
Note de l’éditeur
En sa qualité d’éditeur francophone, ÉLP se fait un devoir de respecter les particularités historiques et eth-noculturelles des variétés de français du monde. Une grande langue de civilisation est aussi une grande langue de variation et le nier ou affecter de l’ignor er serait occulter la richesse dépaysante de la vie. L’ ou -vrage que vous êtes sur le point de lire a été rédigé par un palestinien arabophone pour qui le français est une langue seconde, acquise à l’âge adulte. Nous avons res-pecté le rythme, le ton, la syntaxe et l’élocution, dans toutes leurs inflexions, du français de cet auteur. Même les francisants historiques du monde francophone sont francophones et leur langue inimitable est de plain-pied un objet tant vernaculaire que littéraire.
Bonne lecture et bonne découverte.
Table des matières
Un automne lugubre
Lutter en français
Mes tentatives de suicide !
La langue me faisait mal
J’ai déniché un travail
La femme suspecte et les deux samaritains
La Blanche !
Je suis tombé amoureux d’une Japonaise
À la recherche de Nadia
Histoire d’une maison
Bénévole indésirable
République bananière
La plaie du passé
Un voyage à travers le temps
De la part d’une princesse célibataire
Chez les frères Castro
Adam Mira –La plaie du passé/ 6
À mon père
Un automne lugubre
C’était l’automne, le temps où les arbres se dénu-daient, au fur et à mesure, de tout leur feuillage. Le vent s’intensifiait, balayant le sol jonché d’un amas de feuilles mortes colorées et le soleil se cachait timidement der-rière les nuages épais qui s’unissaient doucement afin de pleuvoir et d’irriguer la terre. J’adorais profiter de l’automne à Montréal. Je faisais de longues randonnées, contemplant les arbres à moitié nus et scrutant les écureuils qui cherchaient activement leur nourriture avant l’arrivée de l’hiver.
Mon travail à l’université, comme professeur, m’ac-cordait la chance d’encadrer des étudiants de différentes cultures, ayant eu l’intention de continuer leurs études supérieures. Un jour, au cours de ma saison préférée, j’étais dans mon bureau en train de préparer mes cours, lorsque quelqu’un a frappé à ma porte puis l’a ouverte.
— Bonjour professeur. C’était Amina, une étudiante brillante qui poursuivait des études au deuxième cycle. Le dos voûté, elle a fran-chi la porte d’un pas hésitant. Ses cheveux en brous-sailles laissaient entrevoir son visage lugubre et ses yeux pleins de tristesse. — Asseyez-vous ! lui ai-je dit.
Elle s’est assise, la tête penchée et les mains trem-blantes. Généralement, je ne la voyais que lorsqu’elle avait besoin d’un conseil pour son mémoire.
Après un bon moment de silence, elle a remué sur sa chaise, comme pour se donner du courage puis elle a dit à voix basse :
— Désolée de me présenter à l’improviste, je suis venue pour vous informer que j’ai l’intention de quitter l’université pour un certain temps. En fait, j’ai des obli-gations…
Les larmes étouffaient ses mots. Néanmoins, elle essayait de contenir son émoi et c’est avec beaucoup d’effort qu’elle a fini sa phrase :
Adam Mira –La plaie du passé/ 8
— Voilà, il faut que je parte à mon pays. Comme je vous l’ai déjà dit, j’ai des obligations.
— Pas de problème, cependant, j’aimerais connaître vos impératifs. Nous nous connaissons depuis un an et honnêtement, je ne crois pas que votre décision soit rai-sonnable.
Elle s’est mordu les lèvres, essayant de ne pas pleurer. Elle cherchait une réponse, puis m’a lancé :
— Seulement, je veux partir à mon pays, pour que je puisse voir ma famille.
— Il me semble que vous avez eu assez de temps pour vous rendre auprès des vôtres l’été dernier. Écoutez, vous êtes parmi mes meilleurs étudiants, et j’aimerais vous dire que je peux vous aider. Les larmes coulaient doucement sur ses joues, cette fois-ci, elle n’a pas tenté de les cacher. — Comprenez, je ne veux pas être indiscret, vous avez décidé de nous quitter et…
Avant que je finisse ma phrase, Amina a éclaté en san-glots, elle pleurait à chaudes larmes. J’ai baragouiné
Adam Mira –La plaie du passé/ 9
quelques mots en lui tendant la boîte de papier-mou-choirs. Elle en a pris quelques-uns, puis s’est lancée dans de longues explications. « Il y a deux ans, grâce à un mariage arrangé, j’ai débarqué à Montréal. Kamel, mon mari, vivait dans la métropole depuis longtemps bien avant mon arrivée. Il s’était entretenu avec sa mère dans le but de se trouver une fille du bled pour se marier. Sa maman, une femme dévouée, généreuse et très gentille, conservait d’excel-lents rapports avec la mienne. Nous étions en effet voi-sines depuis longue date. Bref, la mère de Kamel a avoué à ma mère qu’elle me voulait moi, Amina, comme épouse pour son fils. »
« Ma mère n’a jamais accepté que ses filles partent à l’étranger, mais cette fois, il s’agissait de sa voisine pré-férée. Elle a donc promis à la mère de Kamel d’y penser et de me demander mon avis. » « En effet, j’étais comblée que notre voisine m’ait choisie, des milliers de filles algériennes rêvent de s’ins-taller au Canada, et moi aussi j’en rêvais tout autant. J’étais donc la chanceuse du quartier, un voisin voulait
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