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Le Blanc qui s'était fait nègre

De
192 pages
C'est l'histoire d'un narrateur innommé qui part à la recherche d'un Blanc... qui s'était fait nègre...On connait l'auteur de romans pour la jeunesse, mais peu sa production de l'avant-guerre et notamment ce roman de 1932. Si c'est un voyage qui nous est raconté, il se déroule moins dans une contrée étrangère que dans les méandres d'une conscience, à travers une série de références littéraires qui constituent une première, incontournable forme d'altérité avec laquelle la narration se confronte.
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« “Nous” se déInit par “eux” ; sans eux nous ne sommes pas. »
René Guillot
LE BLANC QUI S’ÉTAIT FAIT NÈGRE
AUTREMENPTréMseÊntMatEioSn de Maria Chiara Gnocchi
LE BLANC QUI S’ÉTAIT FAIT NÈGRE
COLLECTIONAUTREMENT MÊMES conçue et dirigée par Roger Little Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l’ordre national du mérite, Prix de l’Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc. Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits de tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l’Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s’agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme : celui qui recouvre la période depuis l’installation des établisse-ments d’outre-mer). Le choix des textes se fait d’abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l’ouvrage, mais tient compte aussi de l’importance à lui accorder dans la perspective contem-poraine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique libérale, met en valeur l’intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte. « Tout se passe dedans, les autres, c’est notre dedans extérieur, les autres, c’est la prolongation de notre intérieur.» Sony Labou TansiTitres parus et en préparation : voir en fin de volume
René Guillot LE BLANC QUI S’ÉTAIT FAIT NÈGRE Présentation de Maria Chiara Gnocchi L’HARMATTAN
En couverture : Fragment de la couverture de la réédition duBlanc qui s’était fait nègreen 1946 chez SFELT. © L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00799-1 EAN : 9782343007991
INTRODUCTION par Maria Chiara Gnocchi
Du même auteur Actualité d’André Baillon, Actes du colloque de Bruxelles (25-26 octobre 2007) publiés sous la direction de M.C.G. et Geneviève Hauzeur,Les Nouveaux Cahiers André Baillon7-8, 2009-, n° 2010Correspondance André Baillon - Jean-Richard Bloch (1920-1930), édition établie et annotée par Maria Chiara Gnocchi, Tusson, du Lérot éditeur, 2009 Trois hommes et un minaretde Gabriel Audisio, réédition présentée par M.C.G., « Autrement Mêmes » n° 48, Paris, L’Harmattan, 2009 Tenebre bianche. Immaginari colonialide siècle, Reggio fin Emilia, Diabasis, « Passages », 2008 (avec Luca Acquarelli, Matteo Baraldi et Vincenzo Russo) Le parti pris des périphéries. Les « Prosateurs français contemporains » des éditions Rieder (1921-1939), préface de Valérie Tesnière, Bruxelles, Le Cri-CIEL, 2007 Bibliographie de et sur André Baillon (1898-2004), Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, « Series bibliographica », 2005 (avec Frans Denissen et Eric Loobuyck) Le letterature francofone in Italia (dossier dirigé par M.C.G.), Francofonia, n° 46, primavera 2004 Scrivere = Incontrare. Migrazione, multiculturalità, scrittura, Macerata, Quodlibet, « Troposfere », 2001 (avec Matteo Baraldi)
INTRODUCTION En 1932, à la parution de ce roman, qui s’appelait encore 1 Histoire d’un Blanc qui s’était fait nègre, René Guillot (1900-1969) était loin d’avoir la stature d’un « Kipling 2 saintongeais » . Le futur lauréat du prix Andersen était un professeur de 32 ans qui enseignait les mathématiques à Dakar, dans un lycée fondé quelques années auparavant. Son premier roman avait été publié trois ans plus tôt : curieuse-ment,La Grande Renaude, une histoire dans la veine réalistico-régionaliste, dont le décor est la Saintonge, pro-vince natale de l’auteur, avait été accueilli par un éditeur 3 sénégalais . Inversement, Guillot confie son premier livre « africain » aux éditions parisiennes Rieder, qui publiaient depuis une dizaine d’années, dans la collection « Prosateurs français contemporains » créée par Jean-Richard Bloch, des récits d’auteurs français et francophones, de préférence « périphériques », résidant soit dans la province française, soit dans différents pays francophones européens ou extra-4 européens . C’est ainsi que Rieder, qui avait déjà publié 5 François Bonjean, Louis Lecocq, Gabriel Audisio , Maurice
1  René Guillot,Histoire d’un Blanc qui s’était fait nègre, Paris, Rieder, « Prosateurs français contemporains », 1932. Le titre change lors de la réédition du texte chez SFELT en 1946.2  Voir Serge Drey,Kipling saintongeais. Biographie: le René Guillot d’un écrivain charentais, Rochefort, La Malle aux Livres, « Mémoires charentaises », 2000. 3 René Guillot,La Grande Renaude, Dakar, Ars Africae, 1929. 4  Voir Maria Chiara Gnocchi,Le Parti pris des périphéries. Les « Pro-sateurs français contemporains » des éditions Rieder (1921-1939), Bruxelles, Le Cri-CIEL, 2007. 5 Le volume de Gabriel Audisio publié par Rieder, intituléTrois hommes et un minaret, a été réédité dans la collection « Autrement Mêmes » de L’Harmattan en 2009 (n° 48).
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Constantin-Weyer et, dans la collection « Témoignages », le tirailleur sénégalais Bakary Diallo, ajoute à son catalogue deux romans signés par René Guillot : en 1932 celui qui fait l’objet de la présente réédition et un second en 1934,intitulé Taillis, dont le décor est encore une fois la province rurale française. Il faudra attendre quelques années pour que l’auteur se spécialise dans la littérature pour enfants, dont le cadre sera désormais presque toujours l’Afrique : c’est surtout à partir des années 1950 que René Guillot conquiert la célébrité 1 avec des récits commeSirga la Lionne, (1951) Crin-Blanc2 (1959),Le Maître des éléphants(1960) et tant d’autres . D’une certaine manière,Le Blanc qui s’était fait nègremarque le début d’une intuition – le déplacement, le cadre africain, quelques personnages destinés à revenir – et anticipe les fresques colorées de l’après-guerre. Mais, comme on le verra, les raisons profondes de ce livre se situent ailleurs : c’est bien un voyage qui nous est raconté, mais moins dans une contrée étrangère que dans les méandres d’une cons-cience ou qu’à travers une série de références littéraires qui constituent une première, incontournable forme d’altéritéavec laquelle la narration se confronte. L’Afrique et le mystère« Je reste dans ce mystère qui m’attache et me retient. » (p. 124) Depuis les récits de voyage de l’explorateur Henry Morton Stanley, qui ont profondément influencé à la fois la littérature de voyage et les romans d’aventure, bien au-delà des limites de la période ou de l’idéologie coloniale, l’Afrique sub-saharienne a toujours été le « continent mystérieux ». La traduction françaisedu titre du premier récit de Stanley 1 Luc Besson a adaptéSirga la lionneau cinéma en 1993, sous le titre de L’Enfant lion. 2  Pour la bibliographie complète (et immense !) de Guillot, nous renvoyons au livre de Serge Drey cité.
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Through the Dark Continent(1878),À travers le continent mystérieux (1879), : les ténèbresn’est pas vraiment abusive et le mystère ne semblent faire qu’un, en relation avec l’Afrique. Ce qui est original, dansLe Blanc qui s’était fait nègre, c’est que si mystère il y a, et si le cadre des « aventures » est bien l’Afrique, ledit mystère n’est pas dû au cadre. L’énigme principale tient plutôt à la figure de Barail, le protagoniste, un Blanc qui, au moment où le narrateur en entend parler pour la première fois, s’est « fait nègre » depuis plusieurs années, dans le sens où il vit dans une baraque au cœur de la brousse malienne, chef d’un village uniquement peuplé par des Noirs, refusant depuis longtemps d’avoir le moindre contact avec d’autres Blancs. Encore une fois, le renvoi s’impose aux récits de Stanley et à une tradition littéraire qui, à partir de son modèle, n’a fait que s’enrichir : comme Stanley (explora-teur et narrateur) l’a fait, le narrateur duBlanc qui s’était fait nègre pénètre dans le cœur de l’Afrique à la recherche d’un Blanc qui a été englouti par son mystère. La remodulation de la matrice deHeart of Darkness de Joseph Conrad est tout aussi évidente (on y reviendra), ce qui n’est pas du tout surprenant, puisque c’est bien dans le récit de Stanley que Conrad trouve sa référence première. Au fil des pages, que prend en charge un narrateur homo-diégétique, le lecteur apprend les phases principales de la vie de Barail, un personnage qui gardera toujours une aura de mystère. Pour commencer, son prénom n’est jamais men-tionné. On ne connaît pas non plus l’identité du narrateur. Non que son identitéde personnageimportante – son soit rôle se réduit presque uniquement à la prise de contact avec le protagoniste et à la narration conséquente –, mais le fait de parler à la première personne tout en taisant son propre nom est une manière de cligner de l’œil aux récits souvent autobiographiques de voyage, et donc de suggérer – mais seulement de suggérer – l’identité entre auteur et narrateur, ainsi que l’authenticité possible de ce qui est conté. Ce n’est
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