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Fuyant les mîsères afrîcaînes, le jeune Sembraïrî émîgre clandesïnement à Parîs. Il y rencontre Jeanne, plus âgée que luî. Ils mènent une vîe de couple dîicîle, luî quî aîme tant jouer à la machîne à sous... Accusé înjustement du meurtre de la Françaîse, îl s’enfuît en compagnîe de la charmante Faïma, vers le Rocher. Toujours persécuté, et cee foîs accusé d’autres homîcîdes, îl arrîve par mîracle à s’échapper vers l’Afrîque. Sur les pas du coupable se lance l’înspecteur Saîntmuté quî veut à tout prîx luî faîre payer des crîmes qu’îl n’a jamaîs commîs. En collusîon avec les autorîtés îndîgènes, l’înspecteur françaîs cerne Sembraïrî quî se voît perdu…
Le oupable c
homme
L’Enfant barbare
ISBN : 978-2-343-12078-2 22
anhakeia Hîstoîre d’un cadavre quî étaît un
JeHasnsaPnieBrrAeNHPAiKsEeItAta
Le coupable Roman
Le coupable
Écritures Collection fondée par Maguy Albet Cathelin (Annie),En attendant les matins clairs, 2017. Chambaud (Henri),Des rencontres nécessaires, 2017. Lissorgues (Yvan),Sous la pierre, 2017. Pommier (Pierre),Masques, 2017. Bejjani Raad (Nada),Le jour où l’agave crie, 2017. Lamy (Laurya),Marée montante, 2017. Payet (Sylvie),Camélia rouge, 2017. Maeght (Brigitte),Puisque c’est écrit, 2017. Serrie (Gérard),Au bord du Gouf, 2017. Noël (Sébastien),Conquête du pouvoir, 2017. Steinling (Geneviève),Histoires d’amour, de folie et de mort, 2017. Augé (François),Début de roman, 2017. Mandon (Bernard),Belleville tropical, 2017. Lemna (Camille),Alors, on fait comment pour les clés ?, 2017. Denis (Guy),Le souffle d’Allah, 2017. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.editions-harmattan.fr
Hassan BANHAKEIALe coupable
Roman
Du même auteur Tutlayt Tarifit, gramatica i lexic(en collaboration), publications de Universitat Autonoma, Barcelone, 1995 Llibertats tatuades, poèmes, Jardins de Samarcanda, Barcelone, 1996 Iles-inu (III), Université de Tilburg, Hollande, 2000 Le Maure errant(roman), Trifagraph, 2001 L’histoire de l’homme qui était cadavre(roman), Editions Tawiza, 2012 L’enfant barbare(roman), Editions Tawiza, 2012 De la récriture à la réception, publications de la FP Nador n°1, 2013 Mots et maux(essai sur les récits de voyage en Afrique du Nord), Editions Tawiza, 2013 Histoire de la pensée nord-africaine, L’Harmattan, Paris, 2016* La traduction poétique amazighe, coll. Traductologie, L’Harmattan, Paris, 2016 © L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12078-2 EAN : 9782343120782
Chaque fois que l’homme désespéré per-sévère à réaliser son Rêve, une nouvelle dé-faite naît pour lui faire entrevoir la culpabi-lité de croire en la Victoire.
DE L’ILLUSION DE PARTIR I Comme un commandement, le crime était inévitable. La voix invisible l’exhortait à commettre l’irréparable. Ce cou était tendre à écraser. Sembratiri tremblait vivement, il n’entendait pas sa respiration qui était celle d’un homme en plein naufrage. Il tendit les deux mains vers la gorge endormie, comme à une bouée de sauvetage. Les dix doigts pouvaient tordre le cou du serpent parlant, extirper la tête de la colonne vertébrale, la presser pour bien la briser. Ce son, ces cris et ces insultes se tairaient à jamais. Mais, c’est horrible de tuer une femme ! lui criait une autre voix. Pas une femme. Il desserra les mains irritées : il perdait promptement sa force. Le serpent parlerait à sa guise. La noyade était alors assurée pour lui. A son réveil d’une sieste tardive, Jeanne de Montesquieu continuait à lever la tête dans un air arrogant. Elle portait une grosse tête, et cet excédent coulait sur sa gorge, débordait sur la poitrine et le ventre. Planté dans un fauteuil vert, Sembratiri ne pouvait rien lui dire : les mots se bousculaient dans sa gorge. Elle n’allait pas l’écouter. L’entendre, c’était encore inconcevable : la femme n’avait pas d’argent à lui donner. Il se releva, s’éloigna d’elle, fit quelques pas vers la fenêtre qui dévoilait les feux d’une ville géante. Paris, elle se nomme. Cette cité lui rongeait les os, envenimait son sang : elle le tuait de peine. Dehors tout demeurait mal éclairé pour l’âme qui rêvassait d’un meilleur jour. Jeanne ne se soucia pas de préparer le dîner. Sur la table, les plats étaient là, bien placés. Les verres aussi, vides. Personne n’avait l’appétit, ce soir-là. Elle se releva, s’essuya lentement les joues comme si elle cherchait des larmes. Elle fit quelques pas vers l’autre fenêtre avant de se laisser choir dans un fauteuil creux et vert, le souffle totalement coupé. Tout près d’elle, Sembratiri répétait tant de choses aigres sans utili-ser de mots, ni de gestes. Au début, il applaudissait à ce que son esprit détestait, cela s’imposait d’une manière ou d’une autre. Trop, c’est trop ! Il n’était pas question d’honneur, mais plutôt de principes. Les mots lui manquaient face à Jeanne, il ne les retrouvait pas et en utili-
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sait d’autres qu’il n’avait jamais aimés depuis l’école. Tout se glissait vite dans sa tête, et ses idées ne trouvaient point d’assise. Cette langue n’était pas son verger à lui, un verger où il pouvait recueillir tel fruit pour telle idée, élaguer tel rameau insignifiant ou bien caresser telle branche pour bien dire. Etant un désert, la langue à elle ne mettait à sa disposition que des airs de colère, il n’existait pas de mots pour lui faire entendre son désarroi. Face à elle, il vomissait continûment des mots au lieu de les remâcher lourdement pour en saisir la saveur et la consistance. Les masques de Sembratiri tombaient un après l’autre. Son art de les dissimuler devenait suranné. Bien que trois années les eussent unis, ils continuaient à utiliser différemment les mêmes mots, chacun dans son propre jardin. Le couple n’était pas uni jusqu’à la mort ; une fissure rongeait l’amour dit éternel. Si la nature avait fait de Sembratiri un être faible et timide, et la famille le rendit un être complexé, Jeanne le burinait lentement comme un être dur à écraser quand il aspirait pas-sionnément à la vie. C’était bien elle qui avait fait de lui un adulte plein de vie. Alors qu’il ne savait même pas se moucher le nez, elle lui avait ouvert les yeux sur un autre monde, elle lui avait ensuite rempli la tête d’idées intéressantes, enfin elle lui avait montré quelle place occuper dans le monde, précisément la plus avantageuse. Et s’il pariait tout ce que ses mains touchaient, c’était aussi à cause d’elle : elle lui avait donné des billets de cinq et des billets de dix que les machines à sous engloutis-saient vivement, en plus des pièces qu’il chipait par-ci par-là. Avec tout l’argent qu’il avait d’elle, il le brûlait en dix minutes. Pourtant, il ne comprenait jamais que la machine le tuait, empoisonnait ses rela-tions avec Jeanne. Elle en souffrait. Sa folie, qu’elle découvrait en lui, était passion. Ce n’était pas de l’orgueil, ni de l’arrogance pour lui de dire ce qu’il pensait de cet univers étranger. Cela enrageait Jeanne qui voyait dans son monde à elle un espace immaculé, pas sacré, mais qu’il faut res-pecter. Cette pensée, dont Sembratiri eut depuis toujours des difficul-tés à saisir les sens, constituait le point d’achoppement entre eux. Ce soir-là, le mâle trouva enfin des mots libérateurs : – Ton argent, ben, tu le gardes pour toi ! Face au mutisme hautain de Jeanne, il cria encore qu’il n’était pas un mendiant. Oui, il n’avait pas besoin de son aumône. Si les fins de mois étaient difficiles à boucler, ce n’était pas de sa faute. Cela l’exaspérait beaucoup qu’on l’indiquât comme responsable.
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Afin de l’irriter à son tour, elle rajouta : – Je t’ai présenté à tout le monde, te voilà en train de me violenter par tes insultes. Je ne sais pas si nous allons continuer. Rien de plus facile que de parler comme ça de la rupture, de dire ce qu’on pensait réellement, et pour quelqu’un de barbare qui prenait des airs hautains, c’était une chose bien naturelle. Cette voix résonnait sans mots, mais si fortement, pour le chasser à grands coups invisibles dans le derrière. Dans leur verger commun, l’amour commençait à pourrir vraiment : de la fougue à l’inertie, en passant par des crises de folie, des mo-ments de tension inextinguible. C’était parfois du calme, mais souvent une quiétude dérangeante. Rien n’allait bien comme avant. L’homme qu’il était, éprouvait plus que jamais, en ce moment, les piqûres d’un ennui qui lui signifiaient qu’il était captif d’une femme hideuse aux écailles de serpent, comme s’il était dans une cellule sans âme, don-nant sur des routes spacieuses, sans frontières où tout le monde courait allègrement, et à lui d’observer le silence, de sentir le froid dans ses os et de cracher du sang. Il se sentait seul et triste, en pensant au mariage comme un supplice obligatoire, surtout si les papiers de sa résidence par union étaient en suspens. Sur le mur, Sembratiri voyait différemment, pour la première fois, ce grand tableau accroché où un jeune blond enlaçait Jeanne à bord d’un paquebot. Il était jaloux ! Il avait aussi de la furie envers ces tapis in-connus de plusieurs tailles et de couleurs plus violentes que la chambre. Il entrevoyait l’instant où il se mettrait à les déchirer, à les mettre en mille morceaux, à les réduire en fils, et à les jeter par la fe-nêtre sur toute la ville. Paris guérirait de ses cauchemars par ces mille et mille fils et pans faits amulettes… Ce soir-là, la violence n’avait pas lieu d’être. Elle se dissipa dans l’air pollué de Paris. * * * La veille, Jeanne lui cria : – Tu m’as trahie ! Elle jura au milieu de sanglots de ne plus lui adresser la parole, elle l’observait en plissant les lèvres, les mains tenant fébrilement la per-sienne. Ce « je ne savais pas » était fréquent chez lui, le refrain des idiots. Comment peut-il savoir des choses, lui, l’Africain clandestin ? Il lui dilapidait la fortune entre les bulletins de jeux et les machines à
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