Le destin ombragé de Mihidu

De
Publié par

Mihidu, dont le nom signifie "persécution", est destiné à devenir juge coutumier. Parti à Massiendjo pour des raisons scolaires, il est témoin de deux affaires de justice mêlant pouvoir et tradition. Plus tard, il décide de partir à Librevile au Gabon, où il fréquente les milieux pentecôtistes pour conjurer le mal.
Publié le : jeudi 1 mars 2012
Lecture(s) : 25
EAN13 : 9782296485167
Nombre de pages : 198
Prix de location à la page : 0,0112€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
Le destin ombragé de Mihidu
© L’Harmattan, 2012 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56836-5 EAN : 9782296568365
Euloge Makita-Ikouaya
Le destin ombragé de Mihidu
L’Harmattan
A
ma tendre mère, Véronique Bouanga, l'agronome empirique.
A
mon frère et ami de toujours, Yves-Marcel Ibala, le chevalier au sabre du destin.
A
mes aînés, Joseph Bouaha, Essous-Serges François Magnéhé et Georges Lao, les martyrs de la famille.
A
mes filles, Ambre et Admire pour leur courage.
Avant-propos : Les Terres Piole et Limogni au cœur de Massiendjo
Durant l’époque coloniale, le Moyen-Congo avait une organisation administrative pyramidale et celle de Massiendjo comprenait plusieurs villages, neuf Terres, un canton et une sous-préfecture. A la base de cette organisation, le village était le résultat d’un regroupement de familles, notamment batsangui, bapunu, téké et bakota, ayant des liens de sang et de mariage. Chaque village était administré par un chef nommé par l’administration coloniale, sur proposition du chef de Terre. Ce dernier était nommé par le sous-préfet, avec l’approbation de la population et du chef de canton, afin de superviser l’ensemble des villages appartenant à une même zone géographique. Au-dessus de la Terre, il y avait le canton, constitué de l’ensemble des Terres et dirigé par un chef de canton. Nommé par le sous-préfet, il jouait le rôle d’interface entre l’administration coloniale et ses administrés. Joseph Nzila Lipouma avait été nommé chef de Terre pour la circonscription de Piole. Né d’une mère tsangui et d’un père kota, d’où son nom de Lipouma, c’était un homme très grand et très beau. On disait qu’il avait hérité de ses parents le totemlikengnile rendait plus beau chaque minute de sa qui vie terrestre. Il avait exercé le métier de commerçant au Gabon entre Koulamoutou, Pana et Dienga pendant de nombreuses années, avant qu’on le rappelle de manière expresse pour occuper ce poste.
7
1 Dépositaire des reliques du clan Lumbu Bâ Mutatu , il avait été initié pour devenir juge coutumier. Métier qu’il exerçait avec tant de passion, qu’on lui avait attribué les vertus du perroquet, parce qu’il avait la capacité de parler des heures et des jours durant. Dans la contrée de Piole, il n’avait pas son égal pour administrer les villages de sa juridiction. Quant à la Terre Limogni, qui portait le nom de sa rivière principale, elle était dirigée par Daniel Mbehe Iwangou, chef de Terre tsangui résidant au village Malembo. Il avait été choisi pour ses compétences de juge coutumier, qui ont longtemps marqué l’histoire de cette région essentiellement peuplée de Batsangui. Il y avait aussi quelques Bapunu et Bakota, venus à la suite de migrations et de mariages. De son côté, Tombe A Ngomo, avait été investi des pouvoirs de chef de canton de Massiendjo et avait la lourde responsabilité de diriger les neuf Terres. Il était né au village Kibili, à la lisière des villages Kissielé et Mougoundou. D’origine kota, il avait été adopté et éduqué par les membres du clan Mululu de l’emblématique Ibouanga Ibooko de la tribu des Batsangui. Cette adoption lui avait conféré tous les droits de la famille Mululu et il fut l’un de ses plus grands héritiers dans le canton de Massiendjo. Tombe A Ngomo avait besoin des services d’un interprète, en particulier lorsqu’il devait adresser un rapport à son supérieur hiérarchique, le sous-préfet de Massiendjo qui était un Blanc. L’instituteur Antoine Koumba était l’un des premiers lettrés de la contrée et c’est avec compétence qu’il jouait son rôle d’interprète auprès du chef de canton. Parallèlement à cette organisation administrative, chaque clan des Terres Piole et Limogni devait avoir son juge coutumier pour parler devant les hommes. Une fois choisis dès leur plus jeune âge, ces juges étaient initiés, généralement avec les
1 Ce clan avait la particularité d’appartenir à la fois aux Batsangui et aux Bapunu, deux ethnies originaires du sud du Gabon, notamment de la province de la Ngounié et de Tchibanga.
8
2 totems dukussu ou dulitondo, qui leur conféraient la capacité de parler longtemps. On leur faisait également avaler de l’huile de palme, pour son pouvoir mystique, et l’initié devait posséder certains attributs comme l’arc-en-ciel, pour savoir délimiter le bien et le mal. La plupart des activités sociales, comme l’agriculture, la chasse, la danse et la musique, donnaient lieu à diverses pratiques mystiques, tandis que chaque famille avait ses totems, capables de protéger ou de faire du mal, selon les circonstances. Ainsi, dans les Terres Piole et Limogni, aucun village ni aucune famille n’était innocent. A propos de totem, le lion est celui du clan Punda et Muhambu aime raconter comment elle et sa petite belle-sœur croisent un jour un troupeau d’éléphants en revenant des plantations. En rage, les pachydermes se mettent à hurler et se précipitent sur les deux jeunes femmes qui s’enfuient vers le village. Soudain, un lion apparaît et s’interpose entre elles et les éléphants qu’il fait fuir à force de rugir. Puis le roi des animaux accompagne ses protégées jusqu'à l’entrée du village, avant de disparaître. C’est pourquoi les membres du clan Punda n’ont pas peur du lion qui veille toujours sur eux en cas de danger. Dans les Terres Piole et Limogni, la tradition était aussi marquée par le mode d’attribution d’un nom. En effet, un nouveau-né portait le nom de son père, ou de sa mère, à moins qu’on lui donne celui de son grand-père, de sa grand-mère ou d’un autre membre de la famille méritant ce privilège. Le nom de l’enfant pouvait également indiquer son destin. Dans tous les cas, le nom de chacun avait une signification plus ou moins symbolique. Chez les Batsangui, outre celui qui figure sur l’acte de naissance, un être humain porte un nom de malchance, oundoho,connu uniquement au sein du cercle familial. Mais il arrive qu’un enfant ne porte qu’un seul nom, selon les circonstances de sa naissance.
2 Respectivement perroquet et rossignol, dans la langue des Batsangui.
9
Du point de vue traditionnel, il y avait également des interdits en ce qui concerne les mariages. Ainsi, les Bakota n’avaient le droit d’épouser ni les Batéké, ni les Batsangui. Quant à ces derniers, leur complexe de supériorité les empêchait de marier leurs filles dans d’autres tribus. Mais cette conception d’autrefois tombait en désuétude, si bien que dans les Terres Piole et Limogni, il y avait souvent des alliances interethniques. Comme les autres Terres de la sous-préfecture de Massiendjo, celle de Limogni a eu ses premiers 3 « intellectuels », dont le célèbre Ngoyi Itongosso, Egaud pour les intimes. D’après Placide Iballathe, Egaud était un vrai magicien qui roulait à bicyclette sur les rails du chemin 4 de fer de la Compagnie minière de l’Ogooué et changeait de métier à sa guise. Il avait étudié la science des talismans avec un certain docteur Salomon et était réputé pour résoudre les difficultés sociales de ceux qui venaient le consulter. Quant à Jérôme Mussali, né à Mutsiehe, il fait également ses études primaires à Madouma, mais n’obtient pas le certificat. Il devient catéchiste protestant dans la Terre de Limogni, puis rattrapé par la tradition tsangui, il est initié au métier de juge coutumier par son oncle Nziengue Imbolo. Après avoir réussi
3 Né à Mavouadi vers 1938, Egaud fait ses études primaires à Madouma, où il obtient le Certificat d’études primaires élémentaires (CEPE). En 1944, il s’engage dans l’armée française et bénéficie d’une formation militaire à Madagascar, après un bref passage dans la province du Kouilou, dans le Mayombe. Sa formation se termine en 1951 et il est affecté au camp Baraka de Libreville, au Gabon, où il reste deux ans. Puis il entre dans l’administration générale, où il est affecté à l’Agence spéciale d’Ouesso, avant de devenir opérateur radio à la Poste. Plus tard, il devient secrétaire du gouverneur à Dolisie. Après l’indépendance, il est nommé chef du Poste de Contrôle Administratif (PCA) par intérim de Banda (Congo-Brazzaville), puis secrétaire principal du district de Kibangou. Enfin, il revient à Dolisie pour y être greffier comptable. 4  La Comilog exploite les mines de manganèse à Moanda, dans le sud-est du Gabon.
1
0
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.