Le mangeur de cactus

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Un jour, un pêcheur est attiré par les chants d'une femme-poisson qui devient par la suite son épouse... Un jour, l'épouse et le petit garçon de Titiky lui sont arrachés car il n'a pas apporté de zébus pour les funérailles de son beau-père...Un jour encore, une cérémonie de crachats est organisée en faveur de Tava pour le désenvoûter...
Publié le : dimanche 1 décembre 2013
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EAN13 : 9782336333052
Nombre de pages : 96
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David Jaomanoro
Le mangeur de cactus
Lettres de l’Océan Indien
Récit
Le mangeur de cactus
Lettres de l’océan Indien Fondée par Maguy Albet et Alain Mabanckou, cette collection regroupe des œuvres littéraires issues des îles de l’océan Indien et tout particulièrement de l’archipel des Comores, des îles de Madagascar et de La Réunion, de Mayotte ou des Seychelles. La collection accueille des œuvres directement rédigées en langue française ou des traductions. Derniers titres parus : Umar TIMOL,Le monstre, 2013. Halima GRIMAL,Le Manuscrit de la femme amputée, 2013.Quraishiyah DURBARRY,Féminin pluriel, 2013. Christine RANARIVELO,Le Panama malgache, 2011.Catherine PINALY,Sur Feuille de Songe…, 2011. SAST,Le sang des volcans, Des Kalachs et des Comores, 2011. Jean-Louis ROBERT,Concours de bleus,2009. François DIJOUX,Le Marlé, 2008. TOAZARA Cyprienne,Au fil de la sente, 2007. MALALA Alexandra,Coup de vieux, 2006. Ces dix derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
David JAOMANORO LE MANGEUR DE CACTUSL’Harmattan
Du même auteur : La retraite– Éditions Promotion Théâtre, Belgique (théâtre) / 1990. Réédition 2006 Funérailles d’un cochon(nouvelle), in LES INÉDITS 93 DE RFI-ACCT – Éditions Sépia, Saint Maur / 1994 Pirogue sur le vide– Éditions de l’Aube, La Tour (nouvelles) d’Aigues / 2006
Épouse vendue aux enchères Ce matin, le vieux musicien arrête de jouer au moment où ma grande carcasse se casse pour franchir l’encadrement de la minuscule porte de sa maison. J’ai pris l’habitude de ne pas saluer, du moins tant qu’il joue, pour ne pas effaroucher comme le chant d’un oiseau sa musique que je dévore à pleines oreilles depuis la rue. Mais aujourd’hui, il s’interrompe. Un long silence s’installe, pendant lequel Marvane, je l’appelle ainsi, déplace et replace les tessons de calebasse qui tendent les cordes de son instrument. Il cherche de nouvelles tonalités. Un morceau original se prépare douloureusement à venir au monde. Une grosse émotion traverse l’air immobile que sature une senteur d’eucalyptus; il n’avait pas étouffé le brasier. Lentement se consument les quelques morceaux de charbons qui avaient servi à réchauffer son café. Lui-même se chauffe par la même occasion. Après avoir bu son café, il écarte négligemment sa couverture. Approche l’autre chaise 1 pour y appuyer la tête dumarovany. Les premières notes se mettent à pleuvoir. De temps en temps, un petit grincement quand le doigt impatient touche la corde encore toute vibrante de la note précédente. Les dents rongées de tabac à chiquer découvrent lentement un sourire. Le vieux solitaire m’a enfin remarqué. -C’est que j’ai une nouvelle histoire à te raconter, Vazaha, s’excusa-t-il. -Oui, Marvane. Et merci d’avance. Mais dis-moi d’abord quelle est la pensée du jour ? -La pensée du jour ? -Ee.
1  Marovany :Instrument constitué d’une caisse rectangulaire sur les parois de laquelle sont tendues les cordes.
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-: La pensée du jour estDralam-bazaha mimpoly am-paosim-bazaha avao. -L’argent des Blancs retourne inévitablement dans les poches des Blancs ? -Exact. Bravo. Tu parles maintenant ma langue presque mieux que moi. -Merci, Marvane. Venant de toi, ce compliment est un véritable baume sur mon cœur. Maintenant, si tu le veux bien, allons-ypour la nouvelle histoire. -…coute l’histoire de Titiky. Marvane cale son instrument sur la deuxième chaise en face de lui. L’abri est monté. Comme tous les soirs. Trois pagnes jadis bigarrés, aujourd’hui déteints, pâles, à la propreté douteuse. Tout comme ce peuple sans visage qui déambule dans cette région sauvage. Sans visage, sans yeux. Car on ne les voit pas. Ils ont beau crier, on ne les entend pas. Ils ont beau écarquiller les yeux, on ne les voit pas, car eux-mêmes obsédés par le « qu’est-ce que je mangerai », ne voient pas le temps leur filer entre les doigts comme le sable des plages. Trois pagnes montés en rectangle sous la véranda du magasin. Pas besoin de toit. Le balcon du premier étage habité par la fille du propriétaire protège de la pluie et du soleil. Rien à craindre côté pluie, car il pleut vingt jours par an, et ce n’est pas la saison. Il faut plutôt penser aux piqûres de l’hiver austral, et aux morsures des boyaux toujours vides, ou presque. Payer le pousse-pousse.
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