Le mouchoir

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Publié le : lundi 1 janvier 0001
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EAN13 : 9782296396463
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Ecritures arabes

Collection dirigée par Marc Gontard

Collection Écritures arabes

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BAROUDIAbdallah, Poèmes sur les âmes mortes. ACCAD Évelyne, L'Excisée. ZRIKA Abdallah, Rires de l'arbre à palabre. Poèmes. La Parole confisquée. Textes, dessins, peintures de prisonniers politiques marocains. ABA Noureddine, L'Annonce faite à Marco ou A l'aube et sans couronne. Théâtre. ABA Noureddine, C'était hier Sabra et Chattla. AMROUCHE Jean, Ç.endres. Poèmes. AMROUCHE Jean, Etotle secrète. SOUHELDib, Moi, ton enfant Ephraim. BEN Myriam, Sur le chemin de nos pas. Poèmes. TOUATIFettouma, Le pn'ntemps désespéré. ABA Noureddine, Mouette ma mouette. Poèmes. BELHRITI ohammed "Alaoui, Ruines d'un fustl orphelin. M Poèmes, suivi de L'Epreuve d'être. Pamphlet. BENSOUSSAN Albert, L'Échelle de Mesrod. Récit. MORSYZaghloul, GuéS du temps. Poèmes. BELAMRI abah, Le Galet et l'Hirondelle. Poèmes. R BEKRITahar, Le chant du roi errant. Poèmes. HOUARILeïla, Zeida de nulle part. LAABIAbdellatif, Discours sur la colline arabe. BEREZAK Fatiha, Le regard aquarel. AMROUCHE Jean, Chants berbères de Kabylie. KALOUAZAhmed, Point ktlométn'que 190. Roman. SAOUDIFathia, L'oubli rebelle, Beyrouth 82. Journal. FARÈs Nabile, L'EXtI au féminin. GUEDJMarc, Mort de Cohen d'Alger. BEN Myriam, Sabn"na, tIs t'ont volé ta vie. Roman. RAITH Mustapha, Palpitations intra-muros. Roman. YACINEJean-Luc, L'escargot. Roman. LAABIAbdellatif, L'écorché vif.

Mohamed Kacimi el-Hassani

LE MOUCHOIR
roman

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

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L'Harmattan,

1987

ISBN 2-85802-829-X

Samedi Comme tout fonctionnaire, j'entame toujours ma semaine avec un mor~J de démissionnaire. Cette réticence n'est guère due à une quelconque allergie au travail, le mien me convient, que dis-je... me comble, mais à la douloureuse transition d'une pause que je croyais définitive, à une activité qui hélas s'avère inéluctable. N'est-il pas vrai qu'à chaque week-end, l'humanité entière se croit en congé pour l'éternité? Mais depuis que l'Etat a décidé, par souci d'authenticité, de réagencer l'ordre des jours en décrétant le vendredi jour férié, la reprise hebdomadaire est devenue moins pénible. Victime des habitudes anciennes, je n'ai pu me faire à ce changement. Le lundi m'inspire encore la même aversion alors que, dans ma tête, le samedi conserve tout son caractère ludique. Ainsi, comme tous les autres, j'entame ma semaine en ayant l'impression de la finir et ne fais presque rien durant. Ce matin, mon réveil était ordinaire. Sans angoisse ni incertitude, juste la légère frustration de ne pouvoir jouir de cinq minutes de sommeil supplémentaire. Je l'aurais conquise depuis longtemps cette salutaire marge, toujours fuyante comme la ligne d'horizon, où l'on pressent à portée de main la plénitude, s'il n'y avait la sonS

nerie du réveil, guillotine qui, prenant la relève des muezzins, décapite selon la logique du méridien de Greenwich, le rêve d'un milliard d'individus, les cris d'une femme préoccupée par le contenu des biberons, puis la supplique d'une mère soucieuse de la promotion de son fils. Nul besoin de se laver le visage, il suffit de traîner les pieds dans l'eau des ablutions par qui s'inonde la salle de bains! Le traitement garantit une parfaite lucidité. Mais cette lancée vitale s'estompe dès qu'il s'agit d'atteindre la cuisine. Prendre son café suppose d'abord de passer sur le corps des autres membres de la famille, endormis dans le couloir. Véritable exercice d'artificier où il faut déceler avec tact les rares points d'appui possibles, d~ns une masse compacte de corps soudés par draps et couvertures afin d'éviter les plaintes de ceux dont l'estomac reçoit, à sept heures du matin, une poussée de soixante-dix kilogrammes. La pudeur exige que l'on ne laisse transparaître de soi, ni pores ni ongles! Variable est la durée de cette périlleuse traversée! L'arrivée impromptue et fréquente des cousins la rend parfois presque impossible et me contraint d'attendre derrière une porte condamnée, jusqu'à des heures tardives, que les femmes s'habillent pour que le passage devienne libre. Une fois la cuisine atteinte, d'autres problèmes surgissent. Insensible aux contraintes de l'espace, boudant évier et cuisinière, la vieille a installé son réchaud à gaz et sa gaçâa à même le sol, afin de faire les galettes comme avant. Aussi, la place est devenue rare. Le privilège de l'unique tabouret dépend d'une double pyramide des âges, d'abord, celle des hommes, puis celle des femmes. Ça commence par le père et ça se termine deux heures plus tard par la plus jeune des filles. L'apothéose, c'est la cigarette. Pour en jouir il faut presser la sortie du père. La vieille accélère le repassage de la gandoura. Armées de serpillères et de balais, les 6

filles répandent plusieurs seaux dans sa chambre, puis, les garçons se mettent à la fenêtre, ils doivent s'assurer qu'il a bien pris le chemin de la mosquée avant de me donner le feu vert. Toutes ces péripéties matinales m'empêchent d'être à l'heure, mais ne sont pas pour moi sources de tracas ou d'inquiétude. Ce ne sont ni les excuses ni les alibis qui me font défaut, le quotidien en est si chargé. Si par hasard, on venait à m'en faire la remarque dans mon service, chose très improbable d'ailleurs, je n'aurais qu'à citer la longue liste des handicaps courants qui disculpent le fonctionnaire et accablent l'administration: l'éloignement de mon domicile, le retard de réception des voitures de service, les pannes chroniques du bus municipal... Grâce à cette infaillible couverture, j'évite, sauf les jours de réunions, le lourd et pénible rituel de la mise en marche de la machine administrative. L'odeur du désinfectant dont abuse la femme de ménage, le susurrement des bonjours monosyllabiques, les visages où se lit la toilette hâtive ou la coupure d'eau, les attroupements autour de la page sportive. Le retard, c'est peut-être la seule promotion qu'un fonctionnaire peut s'accorder sans passer par la voie hiérarchique. Depuis que ma nomination à la fédération du Parti s'est sue en ville, je ne me sens plus habiter la périphérie, les distances se sont singulièrement raccourcies. Il me suffit de faire semblant d'attendre le bus qui de toute façon ne viendra pas, pour que s'ouvre devant moi une multitude de portières de véhicules fraîchement importés dont les occupants se disputent ma compagnie. Là, entre un craquement de vitesse et un feu rouge, j'ai le temps de connaître les doléances et les requêtes de mes concitoyens. Les passeports semblent être la préoccupation collective la mieux partagée. Il y a aussi les permis de construire, les demandes de logement, mais en fin d'année, c'est surtout la sélection des élèves qui revient le plus souvent. Certains me demandent mon pronostic sur les pourcentages d'admission aux exa7

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