Le Philosophe Nègre

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Publié en 1764 par Gabriel Mailhol (1725-1791), Le Philosophe nègre n'a jamais été réédité. Par son édition critique, Romuald Fonkoua apporte un éclairage nouveau sur une oeuvre hors du commun. Pour la première fois dans l'histoire de la littérature du XVIIIe siècle, le personnage du Nègre emprunte tous les traits d'un philosophe des Lumières. Sage étranger, il critique la pratique de l'esclavage européen et la prétendue supériorité de l'Occident civilisé.
Publié le : samedi 1 mars 2008
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EAN13 : 9782296193857
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LE PHILOSOPHE

NEGRE

COLLECTION

AUTREMENT

MÊMES

conçue et dirigée par Roger Little
Professeur émérite de Trinity College Dublin, Chevalier dans l'ordre national du mérite, Prix de l'Académie française, Grand Prix de la Francophonie en Irlande etc.

Cette collection présente en réédition des textes introuvables en dehors des bibliothèques spécialisées, tombés dans le domaine public et qui traitent, dans des écrits en tous genres normalement rédigés par un écrivain blanc, des Noirs ou, plus généralement, de l'Autre. Exceptionnellement, avec le gracieux accord des ayants droit, elle accueille des textes protégés par copyright, voire inédits. Des textes étrangers traduits en français ne sont évidemment pas exclus. Il s'agit donc de mettre à la disposition du public un volet plutôt négligé du discours postcolonial (au sens large de ce terme: celui qui recouvre la période depuis l'installation des établissements d'outre-mer). Le choix des textes se fait d'abord selon les qualités intrinsèques et historiques de l'ouvrage, mais tient compte aussi de l'importance à lui accorder dans la perspective contemporaine. Chaque volume est présenté par un spécialiste qui, tout en privilégiant une optique humaniste, met en valeur l'intérêt historique, sociologique, psychologique et littéraire du texte.

« Tout se passe dedans, les autres, c'est notre dedans extérieur, les autres, c'est la prolongation de notre intérieur.» Sony Labou Tansi

Titres parus et en préparation: voir en fin de volume

Gabriel Mailhol

LE PHILOSOPHE

NEGRE,

ET LES SECRETS DES GRECS
OUVRAGE TROP NÉCESSAIRE, EN DEUX PARTIES

Présentation de Romuald Fonkoua

L 'HARMATTAN

En couverture: Figurine représentant un hussard noir de 1746.

(Q L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com harmattan 1@wanadoo.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-05242-0 EAN : 9782296052420

INTRODUCTION par Romuald Fonkoua

AUTRES OUVRAGES DE ROMUALD

FONKOUA

-

Éd., La Critique liUéraire, Notre Librairie: revue des liUératures du Sud, n° 160, décembre 200S-février 2006 - Essai sur une mesure du monde au xr siècle. Édouard Glissant, Paris, Honoré Champion, «Bibliothèque de littérature générale et comparée », 2002 - Éd., Les Discours de voyages: Afrique-Antilles, Paris, Karthala, 1999 - Éd., Mémoire, mémoires. Actes du séminaire du Centre de Recherche Texte/Histoire, Cergy-Pontoise, Centre de Recherche Texte/Histoire, UCP,1997 - Éd., Écritures des villes, Actes du séminaire du Centre de Recherche Texte/Histoire, Cergy-Pontoise, Centre de Recherche Texte/Histoire, UCP, 1995 Ouvrages eoUectifs

- Avec Dominique
du

Wolton et al., Mondes francophones, Paris, ADPF, 2006 - Avec Bernard Mouralis et Anne Piriou, Robert Delavignette, savant et politique (1897-1976), Paris, Karthala, 2004 - Avec Christiane Chaulet-Achour et al., Albert Camus et les littératures

xr siècle,

Arras, Presses de l'Université

d' Artois, 2003

- Avec Brigitte Galtier et Caroline Jacot Grapa, Arts liUéraires, arts cliniques. Actes du séminaire du Centre de Recherche Texte/Histoire, Amiens, Cergy-Pontoise, Encrages Éditions, CRTH, 2003 - Avec Pierre Halen, Les Champs littéraires africains, Paris, Karthala, 2001 - Avec Christiane Chaulet-Achour et al., Esclavages: libérations, abolitions, commémorations, Paris, Séguier, 2001 - Avec Jean-Louis Joubert et Léon-François Hoffmann, 500 titres de linérature des Caraïbes et de l'océan indien 1991-1995, Notre Librairie: revue des littératures du Sud, n° 130, 1998

INTRODUCTION
Le Philosophe nègre et les secrets des grecs est régulièrement cité dans de nombreux travaux consacrés à la figure du philosophe du

siècle 1 ou à la représentation du nègre dans la littérature française2. Mais la popularité de cet ouvrage chez les spécialistes est inversement proportionnelle à sa connaissance réelle. Les informations sur son auteur, Gabriel Mailhol, sur le texte lui-même et sur les conditions de sa production sont si peu fiables qu'elles rendent nécessaire aujourd'hui l'édition critique que nous vous proposons.
XVllle

Gabriel Mailhol : inconnu, anonyme ou imposteur? Gabriel Mailhol n'est pas de ceux dont on retrace aisément la chronologie biographique. Il se dégage des différentes informations portant sur sa vie, imprécises, contradictoires ou aléatoires, tantôt la figure d'un anonyme à qui on attribue des identités multiples, tantôt la figure d'un génial imposteur, habile à jouer de ses différents statuts et postures pour faire une carrière de dramaturge et de romancier.

t

Cf entre autres: P. Stewart, «Prévost et son Cleveland: essai de mise au point

2

cr

historique »~Dix-Huitième Siècle, 7 (1975), p.181-208.

entre autres, Youmna Charara, éd., Fictions coloniales du xvnf sièèle, Paris,

L'Hannattan, 2005. Léon-François Hoffinann, Le Nègre romantique. Personnage littéraire et obsession collective, Paris, Payot, coll. «Le regard de l'histoire », 1973. Canninella Biondi, Ces esclaves sont des hommes. Lotta abolitionista e letteratura negrofila nella Francia del Settecento, Prefacione de Corrado Rosso, Pisa, Libreria Golardica, 1979. R C. Lancaster, A History of French Dramatic Literat:w-e in the Sevententh Century, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 9 t, 1929-1942. Roger Mercier, L'Afrique noire dans la littérature française: les premières images (xVIf-XVIIf siècles), Dakar, Faculté des Lettres et Sciences humaines, 1962. Guy Turbet-Delot: L'Afrique barbaresque dans la littératw-e française aux xvi et XVIf siècles, Genève, Dmz, 1973. WIlliam Cohen, Français et Africains: les Noirs dans le regard des Blancs, 1530-1880, traduction de C. Gamier, Paris, Gallimard, 1981.

vii

Une èhronologie nUe: 1725-1791 Né à Carcassonne en 1725, G. Mailhol serait mort le 4 juin 1791. Malgré leur précision, ces deux dates officielles n'emportent pas l'adhésion des biographes. Cenairts, le confondant à M. Louis Desbiefs (1733-1760), avoué à Dôle et auteur notamment du Passe-temps des mousquetaires ou le Temps perdu, situent sa mort en 11601. Une récente réédition du Cabriolet de 1160 entretient la méprise2. Cet ouvrage qui comprend, outre Le Cabriolet lui-même, Le Passe-temps des mousquetaires ou le Temps perdu semble confirmer que les deux textes seraient du seul Mailhol. Or, il n'en 0st rien3. Aucun commentaire ne vient éclairer les conditions de sa publication en 1760, ni les raisons de la réunion de ces écrits en un seul volume. Certains biographes encore le confondent à Ange Goudar (1708-1791)4 au point d'attribuer l'ouvrage de l'un à l'autres: originaires de la région du Languedoc - Montpellier pour Goudar et Carcassonne pour Mailhol -, nés et morts approximativement aux mêmes dates comme on peut le constater ci-dessus, et ayant
]

L. G. Peignot, Dictionnaire biographique et bibliographique,portatif, des personnages
illustres, célèbres, ou fameux de tous les siècles et de tous les pays du monde, avec les dieux et les héros de la mythologie, etc. À Paris, Au bureau de Lavater, rue des Marais, Faubourg Saint-Gennain, n° 18, Chez Hacquart, Imprimeur de la Chambre des Dépùfés, me Gît le cœur, n° 84, 1815, t 2, p. 389. 2 Q. Mailhol; Le Cabriolet avec le Passe-temps des mousquetaires ou Le temps perdu, USA, Adamant Mêdia Corporation, Elibron Classics, 2006 (fac-simile de l'édition de La Haye, 1760). 3 Le premier titre complet de l'ouvrage est le suivant: Passe temps des mousquetaires, ou les loisirs bien employés ,. choix: de petits contes modernes de M D. B. et d'un recueil d'Épigrammes tirées des meillew-s autew"S français, Au quartier général, de l'Imprimerie de Tambour-Major, En Tout Temps, in-8. Cf. Antony Meray, Bibliographie des chansons, fabliaux contes en vers et en prose, facéties, pièces comiques et bzulesques, dissertations singulières, aventures galantes et prodigieuYes ayant fait partie de la collection de M Viollet-Leduc avec des notes biographiques et littéraires SW"chacun des ouvrages cités, nouvelle édition augmentée d'un avant-propos, Paris, A Claudin; Libraire-Éditeur~ 1760, p. 86. 4 Ct: JeaJ1-Claude Hauc, Ange GotuJat: un avetilUfier des Lumières, Paris, Honoré Champion, 2004. 5 Ct: l'ouvrage attribué à O. Mailhol, L 'HIStoire des grecs ou de ceux qui corrigent la fortune aujeu, 2~ édition revue... et augmentée d'oo projet d'hôpital ou les grecs pozuront avoir à l'avenir une retraite [par A Goudar], La Haye, 1757,3 parties en I vol. in-12 (Notice n° FRBNF30860929).

viii

écrit sur le même sujet (le jeu)1, ils pourraient donc être interchangeables. D'autres biographes, au contraire, insistent sur sa vie provinciale. Pour eux, Mailhol est mort le 4 juin 1791 à Saint-Papoul, ville du Languedoc dans laquelle il aurait passé toute sa vie. Son implantation dans cette ville est si ancienne et profonde qu'il en a même été élu député au Parlement des États du Languedoc. Il y a entrepris une activité littéraire intense, remportant nombre de prix parmi lesquels celui de l'Académie des jeux floraux ainsi que celui de pau2. Toutefois, l'histoire du Parlement des États du Languedoc ainsi que la liste des lauréats de jeux floraux n'ont pas permis d'attester ces deux points biographiques. La méconnaissance de la vie de Mailhol siaccentue par l'impossibilité de reconstituer les étapes précises de sa formation intellectuelle à Paris ou ailleurs, de rétablir l'histoire de sa vie privée (mariage, divorce, et autres relations ). Malgré ces lacunes et ces imprécisions chronologiques qui renforcent son statut d'écrivain anonyme, on peut se faire une idée de la vie mondaine de G. Mailhol dans la société de son temps en recoupant les informations diverses tirées des sources biographiques et bibliographiques. Celles-ci nous ramènent toutes à t'ombre du duché de Fleury. « Au service du Duc de Fleury )) Les biographies des hommes célèbres et autres bibliographies du XVIIIesiècle s'accordent sur le fait que Mailhol fut «au service du duc de Fleury». Le Dictionnaire portatif historique et liUéraire des théâtres contenant l'origine des différents théâtres de Paris de

M. de Leris affirme même que l'auteur « né à Carcassonne» est le « secrétaire de M. le duc de Fleury »3. L'auteùr de cet article du
1

A. Goudar, L 'H'lStoire grecs ou de ceux qui corrigent lafortune aujeu, A Londres, des

Chez Nourse et se trouve à Li~ chez Dessain, 1758. Quérard confirme que G. Mailhol a publié un «polm1e qui a remporté le Prix de l'Académie de Toulouse en 1750». La France littéraire, ou dictionnaire bibliographique, Paris, Finnin Didot, 1833, p. 438. Cette infonnation est reprise de nombreuses décennies plus tard par le Dr Hoefer, Nouvelle biographie générale, t 32, p. 870-871. 3 M. de Leris, Dictionnaire portatif; historique et littéraire des théâtres contenant l;origine des différents thêâtres de Paris, seconde édition, revue, corrigée et 2

ix

Dictionnaire ne précise malheureusement ni les conditions de l'entrée en fonction de l'auteur du Philosophe nègre auprès de ce duc, ni les dates exactes de son office. D;autres sources ne corroborent d'ailleurs pas cette information. En effet, pour l'année 1771, la liste des «secrétaires de nos seigneurs les premiers gentilshommes de la Chambre, du colonel des gardes françaises, du gouverneur de Paris, etc. » établie par le comédien Lekain dans ses Mémoires, montre que c'est un certain M. Limanton, intendant de Mgr le comte d'Eul, qui est autorisé à assister gratuitement aux représentations de la Comédie fraf1çaise « pour M. le duc de Fleury »2. Sa fonction est d'ailleurs attestée dès 1756 par son adresse. M. Limanton a en effet occupé le premier étage de l'Arsenal à 1;est avant de le céder à M. de Pau1my. L'anarchie qui règne dans les conditions d'attribution des droits d'entrée à la Comédie française fait que l'information n'est pas fiable. Mais cette liste indique clairement l'absence de G. Mailhol auprès du premier gentilhomme du roi à cette date. Paradoxalement, elle maintient un flou sur sa position sociale réelle et sert utilement son statut d'anonyme. Le titre de « secrétaire du duc de Fleury» qui lui est attribué dans sa vie mondaine est abusif En effet, à la faveur d'une critique de la représentation de Paros, Charles Collé, lui-même auteur de pièces de théâtre et de chansons, dévoile la supercherie: Le lundi 21 [janvier 1754], je fus aux Français voir la dernière représentation de Paros, tragédie du Sieur Mailhol; c'est un jeune homme de 26 à 27 ans, qui est secrétaire de M. le Commandeur de Fleury, frère du Duc de Fleury.
Cette pièce qui est pitoyable fut applaudie du parterre3.

considérablement augmentée, À Paris, Chez C. A Jombert, Libmire du Roi en son Artillerie, rue Dauphine, à l'image Notre Dame, avec approbation et privilège du Roi, 1763. 1 cr Bulletin de la Société d'histoire de Paris et de l'Re-de-France, Paris, Librairie D'Argences, 1929, p. 94. 2 Henri Louis CaJ11Lekain, Mémoires de Lékain préœdés des réflexions stir Cét atlletd et SW"l'art théâtral par M Talma, À Paris, Chez Étienne Ledoux Libraire, 1825, p. 160. 3 Charles Collé, Journal historique, ou mémoires critiques et littéraires, sw- les ouvrages

dramatiques et les

événements

les plus mémorables, depuis 1748 jusqu'en 1772,

inclusivement, imprimés S1Ule Manuscrit de l'Autew-, et précédés d'une notice S1Usa vie et sur ses écrits, Paris, De }iimprimerie bibliographique, 1807, tome Second, p. 3.

x

La précision apportée par Collé sur le statut social réel de son auteur permet d'établir une congruence entre la qualité médiocre de l'œuvre et le statut social tout aussi médiocre de son auteur. Le commandeur de Flemy est un personnage public important certes, mais d'un rang moins élevé et d'une stature moins prestigieuse. Il n'est pas le duc de Flemy ! Collé révèle ainsi que Mailhol qui est au service de l'un des frères de Flemy a réussi grâce à un subter.. fuge admirable à faire confondre leurs titres de noblesse, attribuant la qualité de l'un à l'autre; à se prévaloir du titre de l'un pour faire jouer sa pièce. Il suffit de comparer les biographies des deux frères Fleury . Le second, né Jean-André-Hercule de Rosset de Ceilhes (17261781), est chevalier puis dignitaire de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Il fut, successivement, Chevalier, Commandeur et Bailli de Fleury. Colonel en 1738 d'un régiment de cavalerie de son nom, il participe à la guerre de succession d'Autriche (1740.1748) et d@vi@nt brigadier de cavalerie dans les armées du roi en 1748. Il prend part à la guerre de Sept ans (1756-1763) au cours de laquelle il est nommé maréchal de camp en 1761 avant de devenir gouverneur de Montlouis en 1763. Chevalier de l'ordre de Malte en 1767 et ambassadeur de son ordre en France en 17721, il est fait lieutenant général des armées du roi en 1780, peu avant sa mort te 13 octobre 17812. Ces nombreuses qualités et distinctions militaires peuvent expliquer celles du personnage du nègre philosophe, hussard déchu, lui aussi, comme on le verra, adepte des armes. Le premier, le plus connu, né André-Hercule de Rosset de Rocozel de Fleury (1715-1788), marquis de Perpignan puis second duc de Fleury, sénéchal de Câreassonne, Béziers et Limoux en 1734, est nommé duc et pair de France en 1736. Nommé le 24 octobre 1737 gouverneur général des provinces de Lorraine (Nancy) et de Barrois (Bar-le-Duc), il reçoit la charge de premier gentilhomme de la chambre du roi à la mort du duc de La
1 M A-F. baron de Gauja4 Études historiques sur le Rouergue, ouvrage donné par l'auteur au défJaft(!Jttenl de I ~veyron, et publié après sa mort par ordre et sous les
auspices Dupont, 2 Hippolyte hommes p. 636. du conseil général de I ~veyron, Paris, Imprimerie administrative de Paul 1859, tome N, p. 291. de Bamm, Documents historiques et généalogiques sur les familles et les remarquables du Rouergue dans les temps anciens et modernes, Rodez, 1857,

xi

Trémouille le 5 juin 17411. Il est fait chevalier des ordres du roi le autorité sur ces provinces militaires par l'intermédiaire des gentilshommes, lieutenants et autres commandants4. Au regard de ces biographies rapides, on comprend qu'en se recommandant du duc de Fleury plutôt que du commandant de Fleury, Mailhol n'a pas seulement joué sur les titres honorifiques. Il a aussi joué sur les relations que ce duché entretenait avec sa famille qui compte quelques figures intellectuelles remarquables. Le tableau des Audois célèbres nous en donne un bref aperçu. Dans la généalogie de Mailhol, on retrouve un prince de l'église, le père Jean-Pierre Mailhol (1729-1799). Élevé à Paris, il est bachelier en Sorbonne avant d;entrer dans les ordres. Chanoine théologal, curé de La Valette dont Philippe de Rosset, baron de Montpaon, l'ancêtre du duc de Fleury, fut seigneur en 1444, ce père Mailhol, grand vicaire à Mirepoix, reste une gloire locale pour avoir prononcé, en 1774, l'oraison funèbre de Louis XV, «le bienaimé roi de France et de Navarre» en la chapelle de la Confrérie royale des Pénitents bleus de Carcassonne5. Un autre membre de la famille, Claude Mailhol (1703-1775), y tient une place importante. Élevé lui aussi à Paris, génovéfain savant en grec et en hébreu - reconnu, il a consacré son temps et ses travaux à faire la lumière sur une ancienne controverse portant sur l'origine d'une célèbre stèle de Béziers attribuée auxjuifs6.
1

1er janvier 17532. À ce titre, il vit à Versailles3, exerçant son

Cf Edmond Jean-Fmnçois Barbier, Chronique de la Régehcé et du fègne de loUis XV

(1718-1763) ou Journal de Barbier, troisième série (1735-1744), Paris, Charpentier Libmire-Éditeur, 1858, p. 57; E. J. B. Ratbery, Journal et Mémoires du Marquis d'Argenson publiés po18 la première /ois d'après les manuscrits autographes de la bibliothèque du Louvre, [déco 1742; janv. 1743], À Paris, Chez Mme ye Jules Renouard, Libraire de)a Société d'Histoire de France, 1848, p. 46-50. 2 Ibid. 3 M. de Leris, Dictionnaire portatif.. 4 Cf Alexandre Martin, Le Pays lorrain, année 1912, p. 269. S J .-P. Mailho~ Oraison fimèbre de très-haut, très-puissant, très-excellent prince Louis Xli: le Bien-aimé, roi de France et de Navarre, prononcée dans la chapelle de la Confrérie foyalé des Pettitens bleus de Carcassonne, Carcassonne, Imprimerie de R. Heirisson, 1774, in-12, 42 p. 6 Cf Rémy Cazals et Daniel Fabre, Les Audois. Dictionnaire biographique, Carcassonne, Association des Amis des Archives de l'Aude, Fédération Audoise des Œuvres laïques, Société d'études scientifiques de l'Aude, 1990, p. 224-225 ; Dr Hoefer (sous la direction de), Nouvelle bibliographie générale, t 32e, p. 861.

X11

Cette filiation permet de relever, d'une part, que G. Mailhol a appartenu à une famille de lettrés appointés comme tant d'autres par des membres de l'aristocratie; d'autre part, que sa famille était traditionnellement au service du duché de Fleury sans qu'il y ait pour eux une distinction entre les membres de celui-ci; enfin, que Paris est une destination privilégiée pour ces Rastignac du Sudouest. Elle éclaire aussi sur les confusions créées par le titre de « secrétaire du duc de Fleury» dont a pu jouir l'écrivain tout au long de ses vies parisiennes et provinciales - malgré la difficulté

qu'on éprouve à se faire une idée certaine et précise de celles-ci sur les plans littéraire et politique. En effet, il ne semble pas avoir appartenu à quelque cénacle prestigieux, ni avoir joui du privilège de correspondre avec les figures intellectuelles les plus en vue de son temps comme les philosophes par exemple dont il reprendra pourtant certaines des idées dans quelques-unes de ses œuvres. On ne trouve pas trace non plus de sa fréquentation des salons littéraires (philosophiques ou antiphilosophiques), de ses amitiés (personnelles ou intimes), de ses réseaux intellectuels, de ses cercles de pensées ou de ses affinités sociopolitiques. En se réclamant du duc de Fleury plutôt que du commandeur de Fleury, G. Mai lho1 a voulu se présenter comme un homme appartenant à la cour de Versailles qui redore le duché de Fleury de son lustre plutôt que comme un homme dépendant du seul duché de Fleury dont l'influence est limitée à la ville de Carcassonne et à sa région. On peut aussi penser qu'étant au service du commandeur de Fleury qui avait lui-même des attaches à la cour au moment de la guerre dè Sept arts, il a pu passer sans conteste pour le secrétaire du duc. Cette confusion d'étiquettes où tout est vrai et faux a favorisé l'entrée de Mailhol dans le monde des Arts et des Lettres. Îl a bénéficié de ta protection tacite de l'une des figures potÎtÎques les plus influentes du règne de Louis xv. (( Littérateur » : auteur de théâtre

Les circonstances de l'entrée de Mailhol sur la scène littéraire révèlent l'efficacité de la protection royale dont il a bénéficié. Plusieurs journaux, telle la Correspondance littéraire, le présentent xiü

ainsi: «littérateur, auteur de romans et pièces de théâtre». En effet, le nombre de ses écrits publiés entre 1751 environ et 1771 permet de mieux apprécier les stratégies de reconnaissance utilisées dans ses prétendues fonctions de «secrétaire du duc de Fleury ». Il montre assez rapidement un goût pour le théâtre. Sa production dramatique relève aussi bien du répertoire français que du répertoire italien. À la faveur du portrait de Mlle Hus repris dans sa Galerie historique des acteurs du théâtre français depuis 1600 jusqu'à nos jours (1810), P. D. Lemazurler raconte comment Mailhol a réussi à faire jouer sa pièce de théâtre, Paros, en se servant du sésame de « secrétaire du duc de Fleury» :
Gabrièl Mailhol, né à Carcassonne, et secrétairè du duc de Fleury, gentilhomme de la chambre, était parvenu, en s'étayant de cette protection, à faire recevoir une tragédie intitulée Paros. fi conçut que celle du trésorier des parties casuelles [un certain Bertin, amant de Mlle Hus]1 convenait infiniment à la pièce, qui avait besoin d'être appuyée d'une forte émission de billets gratis, et ce fut à Mlle Hus qu'il offrit le rôle d'Aphise, quoique Mlle Dumesnil, Mlle Clairon et Mlle Gaussin fussent alors au théâtre2.

En proposant le rôle principal de la pièce à Mlle Hus, il ne Ghoisit pas l'actrice la plus douée mais la plus intrigante et la plus hautaine. Il comptait sur la gratuité de l'entrée pour assurer un sUccès certairt à la reptésetttatiofi. Mais cette manœuvre fie sauva pas la pièce. «Paros eut un de ses succès pires que des chutes qui n'empêchent point une tragédie d'être emportée rapidement par les eaux de Léthé3. » En effet, la pièce n'eut que huit représentations4.

1

Pierre David Lemazurier, Galerie historique des actew-s du théâtre français, depuis 1600 jusqu'à nos jOW"s. Ouvrage recueüIi des Mémoires du temps et de la tradition, et rédigé paf P. D. Lèmaiurier, de la société philotechniqùe, etè., Paris, Joseph Chawnerot, Libraire, PaJajs royal, Galerie de bois, n° 188, 1810, tome second, p. 252. Cette observation est confinnée dans des tenDes identiques par Charles Collé dans son Journal historique..., p. 3-6. 3 Lernazurier, Galerie historique... 4 ibid., p. 253. Chartes Collé est d'accord sur ce chiffie. Jozunal historique..., p. 5-6.

2

Sur cette précision,lire Ch. COUé, ournal historique...,«Année 1754 », t 2, p. 4. J

xiv

La réponse de Mailhol aux critiques de sa pièce confirme ce
naufrage1. Son œuvre dramatique n'a pas trouvé son public. Ces manœuvres témoignent néanmoins du rôle joué dans la vie littéraire de l'époque par les gens proches de la cour malgré la médiocrité de leur talent. Dans ses Mémoires, le sociétaire du Français, Louis Lekain, remarque qu'en sa qualité d'auteur de «pièces de théâtre lues et non jouées », Mailhol a conservé longtemps après qu'il eut expiré le droit d'assister gratuitement aux représentations données à la Comédie française « pour une pièce en cinq actes, lue le 4 mai 1763 ; fini le 4 mai 1766 »2. Commentant ces abus - qui durent depuis cinq ans (on est en 1771) et vont durer peut-être plus longtemps si on tient compte du fait que le commandeur de Fleury est mort en 1781, le duc de Fleury en 1788 et Mailhollui-même en 1791 -, Lekain observe ceci:
Cet abus n'est pas le moindre de tous. fi motive la paresse des auteurs, accroît leur indolence, et fomente en eux cet esprit d'orgueil et de hauteur qui dirige leurs démarches à l'égard des comédiens: un peu plus de justice et moins de condescendance les rendrait peut-être plus honnêtes3.

En effet, la médiocre qualité des pièces de Mailhol confirme en tous points ces critiques d'indolence, d'orgueil et de malhonnêteté. Il semble s'être soucié longtemps du bénéfice qu'il pouvait tirer de sa position sociale pour faire admettre au public ses œuvres plutôt que de la qualité intrinsèque de son invention littéraire. Son intense activité dramatique en 1753 correspond au moment où le duc de Fleury jouit pleinement de ses pouvoirs: c'est à cette date, rappelons-le, que celui-ci est fait chevalier des ordres du roi. Ses trois pièces écrites entre 1753 et 1754 sont mises en scène. Les femmesj eomédie-ballet en un acte1 a été jouée pour la première fois par les comédiens ordinaires italiens du Roi le 2 août 17534. Pa'ros, la tragédie du répertoire français, a été représentée, elle, pour la première fois, par les comédiens ordinaires du Roi le
1

et: Lettre de l'auteur de « Paros» [Gabriel Mailhol] à M le MIS de M.. sur les

2
4

critiques de cette tragédie insérées dans les feuilles périodiques, 1754, in-12, 12 p. Mémoires de Lekain..., p. 165. 3lbid.
Paris, Chez Duchesne, Libraire, 1753.

xv

lundi 21 janvier 1754 avec les succès qu'on saitl. Les lacédémoniennes ou Lycurgue: comédie en vers et en 3 actes, a été portée sur scène pour la première fois par les comédiens italiens ordinaires du Roi le 13 juillet 1754. Comme pour les précédentes, la critique de cette dernière pièce fut mitigée2. Le succès relatif de ses pièces ne décourage pas le jeune écrivain qui veut faire une canière d'auteur dramatique. On lui doit Le Prix de la beauté) ou lejugement de Pâris, lu par les comédiens ordinaires italiens du Roi le 3 juillet 17553 et Ramir, comédie héroïque en quatre actes en vers tirée de l'italien, lu par les comédiens italiens du Roi le 31 janvier 1757. Comme on peut le constater, on est passé de la mise en scène des pièces à leur seule lecture par des comédiens. Ces pièces qui ne suscitent aucun engouement pour la représentation ne défraient pas plus la chronique que les précédentes. Sa production théâtrale va connaître dès lors une éclipse. Il faudra attendre près de vingt ans, pour qu'il donne, en 1775, L'Avare, comédie de Molière, en cinq actes et en vers avec des changements5. En revertant au théâtre avec cette adaptation de Molière, Mailhol dévoile une des constantes de sa technique d'écrivain: la réécriture des grands textes du répertoire littéraire français (ou italien) et d'auteurs célèbres nationaux (ou étrangers). On se souvient que dans son Joumal historique, Charles Collé n'avait pas de mots assez durs pour qualifier Paros: «pitoyable )}, «détestable », « funeste », écrivait-il. « Tous les caractères de cette tragédie sont manqués~ ou plutôt il n'yen a point [ ]; jamais le mot propre; point de dialogue, nul intérêt6. » Mais ce qui suscitait le plus l'indigrtation du critique c'était que Mailhol avait êopié maladroitement l' œuvre de l'Abbé de Metastasio :
]

2

3 Paris, 1755. 4 Paris, Cuissart,

Paris, SébastienJony, 1754. ct: Elie-CatherineFréron, L'Année littéraire, 1791,p. 153.
1757 ; Paris, La Compagnie des Libraires; 1773j

s

L ~vare, comédie de Molière, mise en vets, avec des changements, Bouillon, Imprimerie de la Société typographique, 1775, in-8°, 142 p. Sur cette œuvre, cf
Alliance des Arts, Bibliothèque dramatique du Pont de Vesle, augmentée de }'Alliance et complétée des Arts, 1846, par les soins du bibliophile Jacob, Paris, Administration p. 6.

p. 144-145.
6 Charles CoUé, Journal historique...,

xvi

n n'eût pas été facile d'en venir à bout, car le fond du drame est si déraisonnable et décousu, que je ne sais si j'eusse pu aisément en suivre le fil. La seule situation qui se trouve dans cette tragédie, est prise de l'Artaxerxes de l'Abbé de Metastazio1, et encore, est-elle si défigurée, qu'elle n'est presque pas reconnaissable. Cette situation est celle d'un père qui, ayant voulu assassiner son roi, en accuse son fils, avec la différence que, dans Paros, celui qui charge du crime son fils prétendu, n'en est pas réellement le père ; et que le spectateur est dans la col1fidence que c'est le fils du roi, et que l'accusateur le sait. On sent combien cela affaiblit la situation2.

Pour Charles Collé, un « roi imbécile », urt « héros doucereux », un ambitieux « sot et fou», une princesse qui « tombe des nues», une «versification [...] boursouflée et pleine d'amphigouri» ne font pas une situation dramatique. Ayant préféré l'extravagance à la vraisemblance, l'auteur a rendu le jeu des acteurs illogique:
Mlle Hus [...] y jouait le grand rôle, et même l'unique rôle de femme qui soit dans la pièce. On ne peut guère le rendre plus mal qu'elle l'a rendu; il faut lui rendre cette justice-là. Mais quand Mlle le Couvreur serait revenue au monde pour jouer ce rôle, elle ne l'aurait pas trouvé meilleur, et n'en aurait pas davantage imposé, je ne dis pàS aux connaisseurs, mais aux gens qui ont un peu de sens commun3.

ToUtes les remarques de Collé peuvent s'appliquer encore à L'Avare, malgré le soin apporté par Mailhol à l'adaptation. Le roman va
apporter une preuve supplémentaire de cette pratique de la réécriture des auteurs reconnus et des grandes œuvres du pa1rimoine littéraire.

L'épreuve du romancier (1753)4 - où l'auteur traite entre autres, des plaies de l'allégorie, donne son sentiment sur l'opéra et les musiques, italienne et française (qui permet d'ailleurs de comprendre mieux la fascina1

Si on laisse de côté, La Nouvelle du jour ou les feuilles de la Chine

L' orthographe est erronée. TI s'agit de Pietro Metastasio, le dmmaturge italien (1698-

1782).
2

3 Ibid, p. 4.
4 À Londres,

Charles Collé, Journal historique..., p. 4-5.
s.n., 1753.

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tion qu'il a nourrie pour Metastasio1) -; sa Lettre contte Fréron (1754) - où il répond aux critiques formulées par l'adversaire juré des philosophes contre sa tragédie, Paro;' - ; ou encore ses Lettres aux Gascons sur leurs bonnes qualités, leurs défauts, leurs ridicules et leurs plaisirs suivies de deux héroïdes (1771)3 - qui est une sorte d'anthropologie morale -, on notera que la production romanesque de Mailhol suit en effet quelques grandes tendances4 de son siècle sans aucune prédilection particulière pour l'une ou l'autre. L'une, sur laquelle 011ne s'appesantira pas longuemertt ici, est la « littérature du cœur et de l'esprit ». Il va s'essayer au roman de la confession dans Le Cabriolet (1755)5. « Dérobé à son auteur Madame de ***», cet « ouvrage qu'on ne portera point aux Toilettes des petites maîtresses [et qu'on] ne dira pas aux Prudes qu'il est défendu »6est un roman licencieux. Il y est fait le récit d'une jeune femme qui raconte par le menu les détails de sa vie amoureuse et intime en changeant les noms des personnages pour ne pas être identifiée par ses proches et singulièrement par son mari. Le sujet de l'amour et l'exposition des sentiments féminins sont si parfaitement rendus dans l'écriture de Mailhol qu'on lui attribue aussi un opuscule, Lettre en vers, de Gabrielle de Vergy, à la comtesse de Raoul, sœur de Raoul de Couey (1766)7. L'autre tendance, qui ne nous intéressera pas non plus, est le roman « historique ». On peut le voir par exemple à travers Euménie et Gondamir, histoire française du temps où commença la Monarchie (1766)8. Plus de vingt ans avant la convocation des
1

ét Mémoiresde I~cadémie royaledes sciences,des lettreset des beaux-artsde

Belgique, Classe des lettres, et des sciences morales et politiques, 1971, p. 70. 2 Elie-Catherine Fréron, L'année littéraire, 1154. 3 Toulouse, Dupleix et Laporte; Paris, Lejay, 1771. 4 Sur les deux premières tendances, et: MM Fragonard, Précis d'histoire de la littérature française, «Tendances générales des Temps Modernes », Paris, Didier, l (f édition, 1981. Pour quelques éclairàges, Cf aussi Robert Horville, XVIf siècle, Paris, Nathan, colli «Itinéraires littéraires »~1981. 5 Amsterdam, Marc-Michel Rey, 1755. Rééd 1760. 6 Le Cabriolet, « Avertissement », édition de 1760, p. 2. 7 Lettre en vers, de Gabrielle de Vergv, à la comtesse de Raoul, sœw- de Raoul de Couey suivie de La Romance S18les amours iriforttmés de Gabrielle de Vergy et de Raoul de Couey attribuée (aussi) au Duc de la Vallière, 1766. 8 À Londres et Paris, DelaIain, 1766; Paris, Jorry, 1166.

xviii

États généraux (1788) - suivant une autre tendance de la littérature de l'époque - Mailhol défend par un conte l'idée d'une monarchie tempérée en comparant celle qui a cours sous ses yeux à celle de ses débuts. La dernière tendance - la plus importante pour nous - relève du roman d'aventures et du rêve exotique, qui est une des conséquences de l'influence des voyages et des découvertes dans les littératures et les sciencesl. Chez Mailhol, le rêve exotique prend d'abord la couleur de l'Afrique. Avant d'engager la courte carrière de dramaturge qui l'a fait connaitre au public lettré parisien, il publie, à 26 ans, en 1751, un premier récit, Chimoëta ou le prince singulier: histoire monomotapienne, traduite du monomotapien2. Denière ce titre, on peut lire la reprise de la fameuse fable de La Fontaine, « les deux amis» 3, dont l'action se déroule précisément dans cet empire de l'Afrique australe situé au bord du Zambèze, le Monomotapa (Munhutapa). Ce pays est considéré au cours du XVIIe siècle comme un espace propice au récit exotique, en raison de son éloignement de l'Europe. Mailhol s'empare de ce lieu dès sa première œttvre de fiction et ert construit un véritable espace imaginaire de la littérature. La Fontaine y avait juste situé l'action de sa fable. Mailhol situe, en plus de l'action elle-même, l'édition matérielle de son roman. L'éditeur a pignon sur rue dans ta capitale de l'empire, «À Quiloa» : un nom à consonance polynésienne... Dans les paragraphes précédents, on avait du mal à faire la lumière sur son itinéraire personnel, sa fonnation intellectuelle et ses réseaux littéraires. Ce premier roman permet au moins de découvrir ses lectures, conformes à celles d'un siècle où La Fontaine règne en« maître-fâble». Treize ans après son premier récit, Mailhol publie un autre roman, Les Avontures du prince de Mitombo ou le philosophe nègre (1764). Pour écrire ce roman, il s'est servi visiblement du
1

Cf Sur ce sujet, entre autres, G. Chinard, L 'Amérique et le rêve exotique dans la

littératwe française au XVII et au xvuf siècle, Paris, Dmz, 1934; P. C. Hogg, The AjfitJan Slave Trade and its Suppression: A Classified and Annotated Bibliogfaphy of Books, Pamphlets and Periodical Articles, London, Frank Cass, 1973 ; Peter-Eckhard Knabe, Roland Mortier et Fmnçois Moureau, L'Aube de la modernité 1680-1760, AmsterdarnIPhiladelphia, John Benjamins Publishing Company, 2002. 2 À Quiloa, 1751, XVI-IS1 p. 3 Jean de La Fontaine « Les deux amis », Les Fables, Livre VIn, fable 11.

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