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Le projet Gomorrhe

De
225 pages
Spirituelle-fiction, Le Projet Gomorrhe développe l'arrivée imminente du troisième Antéchrist prédit par Nostradamus. Homme de science converti en homme de lettres, c'est à travers un art divinatoire identique que nous est racontée l'histoire de Shams, memebre des Assassins, qui sera, malgré lui, pris dans les filets brumeux et douteux de la Conspiration.
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LE PROJET GOMORRHE
© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13874-2 EAN : 9782296138742
Acheraf Ghanem
LE PROJET GOMORRHE
De l’Antéchrist arabe
isez et écrivez pour vous rappeler. Lisez pour apprendre, Lnous vivons. Si j’écris, c’est pour le fantasme, c’est par écrivez afin de mieux comprendre l’univers dans lequel fanatisme du souvenir et par crainte de l’oubli irrévérencieux.
Mais qu’est-ce qu’écrire ?
Écrire, c’est comprendre que des visions et des voix s’entartrent et s’emmagasinent dans nos têtes.
Écrire, c’est être connecté avec un monde où la magie est possible ; un monde ou plutôt une dimension où tout est possible.
Sachez que plusieurs dimensions existent là dans notre tête. Vous rappelez-vous lorsque nous étions enfants, lorsque les grands nous racontaient un tas de contes, d’histoires et de légendes ? Rappelez-vous de l’époque où on s’immergeait dans les jouets, les adultes charmés disaient que nous étions dans notrepropre monde. Pensez-vous que c’est un hasard si Donald et Mickey nous emmenaient dans le "monde magique" de Walt Disney ? En réalité, nous étions littéralement dans une autre dimension. Nous avons inconsciemment donné vie à ces personnages en intégrant leurs images dans nos cœurs comparables à une page blanche. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Peu importe. Pour ma part, j’ai véritablement aimé ces personnages qui étaient devenus des amis de récréation parce que l’école me pompait dans tous les sens du terme ! Je m’ennuyais à l’école, on m’y a initié à la banalité afin de me rythmer et de me préparer à la routine à venir. Il m’était difficile de penser, d’inventer, d’imaginer, de rêver, et surtout, d’être créatif.
À l’école, on apprend et on se tait.
t e C’est S Augustin, un philosophe chrétien du V siècle, qui disait que chaque humain porte le péché originel en soi. Le péché originel, c’est lorsqu’Adam, le premier homme, a
6Le Projet Gomorrhe
désobéi à Dieu en mangeant le fruit défendu. Il a été banni du jardin d’Éden puis il est arrivé sur Terre. Nous sommes donc tous les porteurs de ce bannissement et nous portons tous, en nous, la marque de la culpabilité. Je ne suis pas aussi pessimiste que ce tunisien car personne ne porte le poids du péché d’un autre. De plus, l’arrivée de l’homme sur la Terre n’était pas la fin du monde mais plutôt le commencement de l’histoire. Néanmoins, j’aurais tendance à dire que nous portons une marque qui nous fut assignée. Ainsi, notre cœur n’est pas une page blanche et l’art en symbolise toute l’expression.
Écrire, c’est le plus beau et le plus noble des arts, dirait Hegel.
Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi les enfants dessinent toujours une maison à côté d’un jardin clôturé à l’intérieur duquel se tient un arbre, le tout sous un soleil éclatant ? Dr Freud, le père de la psychanalyse, dirait peut-être que la maison symbolise la famille et la stabilité, que le jardin est le symbole du secret et de l’intimité, que la clôture est la barrière qui représente la morale. Mais que dirait-il du soleil ? Autrefois, je pensais qu’il s’agissait du bonheur d’un dimanche sans pluie ; dimanche étant, selon la Bible, le jour où Dieu s’est reposé. Cependant, après plusieurs années d’écriture, j’ai appris que le soleil est le symbole de Dieu lui-même : le symbole de l’œil qui voit tout.
On ne peut pas réellement blâmer les enfants d’une quelconque hérésie car ils ne font que reproduire l’environnement dans lequel ils évoluent. Il leur arrive même de jouer à Dieu en créant des formes avec de la pâte argileuse car l’inconscient s’intronise selon l’imaginaire fantaisiste qui aspire étrangement à la beauté. Et n’est-ce pas face à la beauté que l’humain retrouve la béatitude contemplative de ses Avant-Jours ?
Le Projet Gomorrhe7
Les Avant-Jours c’est lorsque n’existaient que sur les brouillons.
les
personnages
Mais le temps avance et, dans sa course folle, il ternit sans hâte les couleurs vives de la peinture. L’écrivain Oscar Wilde a peint une métaphore en imageant cette grisaille impermanente qui plane au-dessus de nos têtes. Tout comme une épée de Damoclès, la mort rôde et rien ne peut nous en préserver. Cette fatalité s’apparente à une vague qui risque, à tout moment, de terrasser nos pâtés de sable. Nos dessins ne sont finalement que les piètres reproductions de nos illusions dépassées. Dès lors, la déception réduit la dimension de nos rêves devenus des délires infantiles dont seul l’oubli sait en atténuer la douleur.
Alors allez-y ! Écrivez ! Retracez l’histoire et rappelez-vous le passé ! Écrivez afin de comprendre pourquoi ça bouillonne en vous. N’écrivez pas pour changer le monde mais écrivez pour comprendre le monde dans lequel nous nous observons à rêver. Essayez de comprendre l’univers qui nous précède et osez écrire l’histoire selon la logique suivante : Dieu est créateur, nous sommes créatures, nous ne pouvons pas créer néanmoins nous pouvons écrire.
On dit que Dieu a rédigé et régi le destin de l’Univers avant même son explosion. Dieu est non seulement un créateur mais aussi un écrivain créatif. Ce qui nous pousse à croire que la vie est un processus en marche que chacun découvre au fil des événements qu’on reconstitue. En d’autres termes, la vie est une lecture que chacun découvre à la mise en œuvre de son karma.
Si tout est écrit, il y a des événements auxquels on peut s’attendre. Inutile, pour cela, d’être doté d’un immense pouvoir d’intuition. Il suffit simplement d’observer l’histoire découpée par les âges et les empires, par les successives dominations des uns sur les autres. Apollinaire, ce poète
8Le Projet Gomorrhefrançais mort de la grippe A, disait que les empires sont mortels.
L’empire c’est un monde. La fin d’un empire, c’est la fin d’un monde et c’est précisément de la fin du monde dont il est question ici.
Michel de Notre-Dame, plus connu sous le nom de Nostradamus, avait prophétisé la fin du monde moderne. Il a dit que cela se ferait en trois étapes successives. Pour tout vous dire, l’écriture est un don d’écoute et de retransmission. Ce n’est guère une question d’imagination. D’illustres hommes comme Jésus, David, Abraham, Moïse et Mahomet sont venus avec des livres ditsrévélés. On les appelleMessagers parce qu’ils apportentla Révélation. Comme ces hommes exceptionnels avaient prédit et prophétisé des événements, nous les appelons aussiProphètes.
Quant à nous, les simples gens de la plèbe, les moutons de la bergerie, nous sommes également dotés de ce potentiel mais à un degré moindre. On appelle çal’inspiration. Que dire de Nostradamus ? Était-il un authentique astrologue ? Un charlatan ? Un génie illuminé ? Disons qu’il a au moins eu le mérite d’avoir gratté… du papier.Dans ses prédictions eschatologiques, ses prédictions sur la fin des Temps, Nostradamus disait donc que cela se ferait par l’apparition de trois antéchrists. Le premier s’appelle Napoléon Bonaparte, c’était un empereur français qui était lié à la Franc-Maçonnerie. Le second s’appelle Adolf Hitler, un homme dont le nom fait frémir ! Ce dictateur occultiste était affilié à la Société Thulé. Quant au troisième, c’est un mahométan membre de la société des Assassins des Aurès. Il est, en fait, le fil conducteur de l’histoire qui suit.
Shams
L’antéchrist mahométan
out ce que nous écrivons a été visualisé, chaque ligne que T vous lisez active un neurone tel un pixel sur un écran. Celui-ci s’illumine doucement, narguant le néant d’une brillance grisâtre. La vue se prolonge dans la brume cotonneuse du ciel, puis la descente s’entame vers l’immensité grise de la Manche. Sur ce parallèle au chiffre incertain, se dessinent bientôt les plages de la Normandie. Nous sommes en terre de France, dans l’Hexagone, terreau abondant d’intrigues triangulaires. L’envolée se poursuit le long de la côte que la mer ne se lasse pas de lécher. Lentement, le paysage se dentèle à l’apparition du port du Havre tout clignotant. La France, le Havre, voilà bien des lieux inaccoutumés qui contrastent bien l’habitude des aventures ayant pour fief les mégapoles d’outre-Atlantique.
Rien ne se passe encore. En France, tout est toujours si tranquille… sauf quand le feu s’allume mais là, rien ne se passe encore. C’est seulement la nuit qui s’achève au-dessus des tuiles suintantes de la ville. Rien ne présage l’intrigue d’un personnage en voie de résurrection. C’est l’obscurité qui fait grise-mine dans ces appartements, précisément un appartement où vacille notre regard qui s’approche vers l’angle intime d’une fenêtre de la rue Dupleix.
Nous entrons dans un salon spacieux et richement meublé. Sur le mur qui fait face est suspendue une horloge dont les aiguilles s’alignent nord-sud. Il est six heures.
10Le Projet Gomorrhe
Derrière la façade tapissée se creuse une chambre à l’intérieur de laquelle un appareil est sur le point de s’enclencher. La cloche électrique va amorcer son ton grinçant lorsqu’une main vient l’interdire à temps. Comment débuter l’action si ce n’est par un banal réveil ? Le personnage reste en mode veille. Il savoure ces délicieux moments d’inexistence que nous procure le sommeil. Lentement, la réalité l’arrache de son doux cercueil. Il inspire profondément et expulse le carbone de sa cavité buccale. Fin de la légèreté et de la chaleur du rêve, place au froid et à la crispation d’un corps soumis aux besoins et à la pesanteur. Il enjambe la couette d’un large mouvement et se redresse. Il reste immobile. Il ne bouge pas. C’est alors qu’il inspire avec fermeté et recase quasi violement les éléments osseux de son épine dorsale. Il ouvre un œil, le regard fixé dans le vôtre puis il le referme aussitôt. Il se met en marche paupières closes, dicté par le lent battement sous sa carcasse dont les membres engourdis endolorissent ses pas traînants dans le couloir. Hésitant le pas plus pour stress que par paresse, ses articulations couinent, sa malléole grince, tarses appuyés, le mollet tire, l’huile synoviale s’active et les hanches emboîtent le pas. Il a mal mais l’homme se complaît dans la douleur. Machiste, masochiste, Shams, car c’est son nom, prend le malin plaisir à se sentir vivant dans ce corps qui se tord. La tension est palpable dans ses mains. Poignet godillé, ses phalanges craquèlent lorsqu’il presse l’interrupteur de la salle de bain. Le stroboscope agit, le néon martèle ses paupières encore endormies. Il ouvre ses volets. Son reflet lui apparaît dès lors et sans heurt. Sa peau s’est embaumée par le ton artificiel du néon. Immobile et muet comme une poupée de cire, il s’observe et il attend la lecture de sa description. Il a l’aspect typique d’un méditerranéen. Cheveux qui frisent, regard ténébreux, pilosité facile et sourire délicieux, sa corpulence est digne d’un homme que le spectateur imaginerait volontiers arborant filet et trident sur le sable