Le roman d'actualité sous la République de Weimar

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Ce travail d'envergure de Jacques Durand propose un passionnant et enrichissant voyage à travers cette littérature qui, en Allemagne, de 1918 à 1933, s'était fixé pour tâche d'être le reflet d'une réalité quotidienne marquée du sceau de l'angoisse et du rêve et, conséquemment, par la virulence des antagonismes idéologiques. (...) Par sa restitution des implications socio-historiques de cette époque troublée, l'ouvrage de Jacques Durand contribue à la connaissance des ébranlements politiques qui déboucheront sur l'avènement du Troisième Reich. Thierry Feral (directeur de la collection Allemagne d'hier et d'aujourd'hui).
Publié le : mercredi 1 septembre 2010
Lecture(s) : 145
EAN13 : 9782296265929
Nombre de pages : 473
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Allemagne d’hier et d’aujourd’hui Collection dirigée par Thierry Feral L’Histoire de l’Allemagne, bien qu’indissociable de celle de la France et de l’Europe, possède des facettes encore relativement méconnues. Le propos de cette collection est d’en rendre compte. Constituée de volumes généralement réduits et facilement abordables pour un large public, elle est le fruit de travaux de chercheurs d’horizons très variés, tant par leur discipline, que leur culture ou leur âge. Derrière ces pages, centrées sur le passé comme sur le présent, le lecteur soucieux de l’avenir trouvera motivation à une salutaire réflexion. Dernières parutions Jacques DURAND,Le roman d'actualité sous la République de Weimar, 2010. MarieAmélie zu SALMSALM,Témoignages sur les échanges artistiques francoallemands après 1945, 2009. Alexandre WATTIN,Rétrospectives francoallemandes, 2009. Maud DUVAL,L’Influence de la sœur chez Goethe, Kleist, Brentano et Nietzsche, 2009. François WETTERWALD,Les morts inutiles, présenté, annoté et commenté par Thierry Feral, 2009. Véronique FLANET,La RAF : vie quotidienne d’un groupe terroriste dans l’Allemagne des années 1970, 2009. Olivier SCHMITT,La R.F.A. et la Politique Européenne de Sécurité et de Défense, 2009. Florence PACCHIANO,Le Jumelage BordeauxMunich (19642008), 2009. Ludwig KLAGES,De l’Éros cosmogonique, traduit de l’allemand et présenté par Ludwig Lehnen, 2008. JeanPhilippe MASSOUBRE,Histoire de l’IGFarben (1905  1952), 2008. L. BOURCETSALENSON,Stefanie Zweig et l’exil juif au Kenya sous le Troisième Reich, 2008. Hanania Alain AMAR,Otto Gross et Wilhelm Reich. Essai contre la castration de la pensée, 2008. Thierry FERAL,Contre la vie mutilée, 2008. PierreFrédéric WEBER,Le triangle RFARDAPologne (19611975), 2007.
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Remerciements  Ce livre constitue la version très légèrement remaniée d’une thèse de Doctorat soutenue à l’Université de Lille III en juin 1999 sous le titre «Le ro-man d’actualité, reflet des réalités weimariennes», sous la direction de Monsieur le Professeur Pierre Vaydat. Je tiens à le remercier sincèrement pour ses conseils précieux et sa grande disponibilité ; sa rigueur scientifique a été pour moi un modèle auquel je me suis efforcé de rester fidèle. Je n’oublie pas non plus mon ancien professeur et ami Antoine Rigau-dière de l’Université de Clermont-Ferrand, qui, le premier, grâce à ses excellents cours sur la République de Weimar, m’a permis de découvrir toute la diversité et la richesse de cette période de l’histoire allemande.Je remercie également mon ami Hartmut Kircher de l’Université de Co-logne pour ses suggestions et conseils concernant la littérature secondaire.  En ce qui concerne la recherche des livres et documents, j’aiété très sensible àl’aide que m’ont apportée Annick Carlier, documentaliste à l’UFR d’études germaniques de l’Université de Lille III,Hiltrud Hoffmann-Richter et Gert Liengert, bibliothécaires aux bibliothèques universitaires de Cologne et d’Oldenbourg; ma reconnaissance s’adresse également à eux. Un grand merci aussi à Thierry Féral pour ses encouragements à publier et à Doreen Pannek pour ses conseils en informatique.  Je pense également à mon épouse Barbara et à mes enfants Patrice et Stéphanie que je remercie tous les trois pour leur patience pendant ces années de recherches.  Une dernière pensée va à mes parents qui ont suivi les prémices de ce travail, mais n’en auront, malheureusement, pas vu la concrétisation.  Jacques Durand, Longuenesse, Mai 2010.
«… die Romane der Epoche sagten ihr nichts. Sie hatten das Weltbild, die Kon-ventionen der bürgerlichen Gesellschaft zur Voraussetzung und machten unge-heuer viel Gewese, bis einer mit seinen Geschäften Erfolg oder Miβerfolg hatte,oder bis einer mit einer schlief. »  Lion Feuchtwanger (Erfolg)
Introduction Dans l’avant-propos de son livreLe discours du roman, dont l’objet est le roman réaliste du 19ème et du 20ème siècle, Henri Mitterand prend pour hy-pothèse l’idée «que tout roman proposeà son lecteur, d’un même mouvement, le plaisir du récit de fiction, et, tantôt de manière explicite, tantôt de manière 1 implicite, un discours sur le monde » . Par « discours », Henri Mitterand entend «l’imposition d’un savoir –c’est la fonction didactique du romanou d’une illusion de savoir, et l’imposition d’un jugement, insidieusement présenté au 2 lecteur sous les aspects d’une évidence à partager» . Les deux mots « plaisir » et « savoir » peuvent constituer un point de départ pour une réflexion sur le roman, puisqu’ilsexpriment ce qui nous semble être sa double finalité, les deux buts vers lesquels il tend, sans nécessairement réussir à les concilier de manière har-monieuse. Le roman répond en effet à une double fonction: d’un côté, une fonc-tion poétique qui met l’accent sur la matérialité des signes et relègue ainsi leur rôle signifiant au second plan (on dira dans ce cas que le roman est littéraire), d’un autre, une fonction didactique, chargée essentiellement d’apporter au lec-teur une information (un « savoir », comme dirait Henri Mitterand), voire de transmettre un message (on parlera alors de roman instructif ou communicatif). Ces deux fonctions n’arrivent pas toujours à s’équilibrer et sont bien souvent soumises à une hiérarchie. Prenons, afin d’illustrer notre propos, l’exemple d’un autredomaine artistique, l’architecture,où nous retrouvons un type semblable de dualité ; ici, la fonction esthétique entre en concurrence avec une fonction pra-tique qui est l’exigence de créer un espace dans lequel loger des gens. Les deux tendances entre lesquelles le roman oscille, « les deux forces contraires qui si-3 multanément l’organisent et le désorganisent» ,ne sont que l’expression de deux conceptions générales, diamétralement opposées, de la littérature :d’un côté, ce qu’il est convenu d’appeler «l’art pour l’art», de l’autre, une littérature engagée, axée sur le message à délivrer. Sans trop s’attarder sur la première doc-trine, il convient néanmoins d’en dégager la finalité, ne serait-ce que pour mieux lui opposer les caractéristiques de la littérature à tendance didactique.
1 Henri Mitterand,Le discours du roman, Presses Universitaires de France, Paris, 1980, p. 5. 2 Ibid., p. 5. 3 J.Mukarovsky, « Aesthetic Function, Norm and Value as Social Facts », cité dans : Susan Sulei-man,Le roman à these ou l’autorité fictive, Presses Universitaires de France, Paris, 1983, p. 30.
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Le représentant le plus célèbre de «l’art pour l’art» est Théophile Gau-tier. Dans la préface de son romanMademoiselle de Maupin(1835), il élabore la théorie d’un art qui doit rester désintéressé et estime qu’ «il n’y a de vraiment 4 beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid » . La beauté ne doit pas naître à partir d’un contenu ou d’un message, mais d’une forme ou d’une combinaison de formes dont l’ensemble constitue une totalité autonome. Le plaisir esthétique provient de la perception, de la découverte de la nécessité interne qui réunit les éléments disparates de cette totalité. Le travail de la forme, les recherches techniques deviennent la préoccupation essentielle de l’artiste qui élabore des structures qui ne sont que leur propre finalité. La sensation qui naît lors de leur contemplation n’est pas une émotion passionnelle vis-à-vis du sujet représenté, mais elle correspond à un plaisir purement esthétique. Il va de soi que les œuvres d’art ainsi conçues demeurent indépendantesde la morale et des questions sociales et politiques et que l’artiste se place délibérément à l’écart des grands problèmes de son époque. Dans le domaine littéraire, «l’idéal qui naît alors est celui d’un art qui ne s’immisce en aucune manièredans les événements du temps; qui évite toute tendance susceptible d’orienter moralement, politi-quement ou de toute autre manière pratique la vie des hommes,et dont l’unique 5 mission est de satisfaire à des exigences stylistiques » . Aux antipodes de cette conception, on trouve un art engagé, grâce au-quel l’artiste veut éclairer ses concitoyens sur eux-mêmes, la société ou le monde dans lequel ils vivent et espère pouvoir ainsi opérer un changement dans les consciences. Les œuvres d’art produites sont conçues avant tout comme un moyen d’influencer le public; elles ont un contenu essentiellement politique. Citons, dans le domaine cinématographique,Le cuirassé Potemkined’Eisenstein, enpeinture, les tableauxL’Internationaled’Otto Griebel etGuer-nicaPicasso, en littérature, de Germinald’Emile Zola,Der Untertan[Le Sujet de l’Empereur]d’HeinrichMann ouL’espoird’André Malraux. Si on se limite au domaine de la littérature et, plus précisément à celui du roman, on remarque que ce type d’ouvrage s’apparente, en ce qui concerne les intentions de l’auteur, à un article journalistique ou à un essai politique et on ne peuts’empêcherde se
4 Théophile Gautier,Mademoiselle de Maupin, Folio Classique, Gallimard, Paris, 1973, Préface, p.67. 5 Erich Auerbach,Mimesis, traduit de l’allemand par Cornélius Heim, Editions Gallimard, 1968, p.498.
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