Le triomphe des sans voix

De
Publié par

Le triomphe des sans voix tire sa substance de la crise ivoirienne. L'oeuvre retrace trait pour trait d'une manière singulière quelques points chauds du conflit : spécialement la sortie du Grand Nord de certaines populations et l'opposition au sud de nombreux jeunes aux puissances occultes. L'auteur allie dans sa narration d'une manière savante fiction et réalité pour dénoncer les tares d'une société fortement fragilisée.
Publié le : jeudi 1 juillet 2010
Lecture(s) : 44
EAN13 : 9782296704763
Nombre de pages : 122
Prix de location à la page : 0,0070€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

LE TRIOMPHE DES SANS VOIX

© L’Harmattan,2010
5-7,rue del’Ecolepolytechnique, 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN:978-2-296-12564-3
EAN:9782296125643

NarcisseTiburce ATSAIN

LE TRIOMPHE DES SANS VOIX

roman

L’Harmattan

A

Tous les patriotes tombés auchamp d’honneur ;

A tousceux quiont résisté

Et qui continuentderésister

àtoutes les tentativesde

déstabilisationdel’Eburnie.

Soudainun tonnerre d’applaudissementsetde cris
soulevamonattentionalors quej’étaisà bord d’unbus qui
avait pénétréle cœurduplateau.Jevenaisd’yprendreplace
àpeuprèsunevingtaine deminutesàla grande gare etdevais
merendre àPort-Bouét pour rencontrerunamidunomde
Constant.Le calme et latristessequi s’étaientemparésde
moi, àl’idée delevoir, avaientcédémaintenant l’élanàune
turbulenceinterne dont lamanifestation nepouvait plus
résisterautemps, bien quejemesoisefforcé d’exercer toutes
les techniquesdeself-contrôle apprises lorsdemes séances
deprières profondes.Comment puis-je faiblirainsialors
qu’en maintes occasions j’avais réussiàmettre finà d’autres
effrois plusgrands parcesexercicesvenusdes maîtresde
l’orientetdont l’efficacitésepasse de commentaire?
pensaije.Je décidaialorsd’affronterce brouhaha,neserait-ceque,
pouravoir le cœur netenaccédantauxinformations liéesà ce
tumulte.Jemerappelaiainsi les multiplesfois quemon père
avaitbravé certaines situationsalors quetout petit,j’étais
resté avecluiet mamère dans notre campement situé aux
confinsdela forêtduSonan.
Seuls,nous subissionsconstamment lesdiableriesdes
Angbé, cesêtres nainsetàla chevelurelongue.Bizarreset
dotésdepuissances maléfiques,ilsexcellaientdans l’artde
porteràvous la frayeuràsoncomble etalorsvotre cœur
battait incessamment jusqu’à cequela grâce dusommeil
vousemportât.LesAngbévenaientchaquesoir toutautour
denotrepaillote et lançaientdescris terrifiants,traînaient les
ustensilesde cuisinerangés sousunhangar ;quelquefois

traçaientdes signesgraphiquesdont ilsavaient seuls lesecret
dans lamarmite après s’êtrerepusdelasaucequemamèrey
avaitconservéepour lelendemain.Un jour, agacépar leurs
agissementset lemalaisequ’ils nouscausaient,mon père
choisitd’alleraucharbon ; il sortit sonfusil,ouvrit laporte et
tira en l’airdeuxcoups ;unevivelumièretraversal’écorce de
lanuitaccompagnée d’un sonassourdissant ;puisvintun
momentde calmeplat.LesAngbéavaient pris la fuite et l’on
entendaitfaiblement leurs jacasseries.Depuis lors,ils
s’étaientéloignésdenotre campementet leursfréquentes
apparitions s’étaient raréfiées.Cejour-là,mon pèrem’avait
signifiéqu’àlamenace delapeur,ilfallait opposer la force
ducourage.Donc en lieuet place des techniquesde
concentration,j’avais optépour lasolutiondemon père.
Je descendisdubusàl’arrêt leplus proche; j’accédaià
unepremièreruequi n’était traverséeparaucunvéhicule
mais qui pullulaitd’unbeaumonde dont lapensée,les
paroles,seréféraientàl’argent.Surdepetites tables
disposées lelong de cettevoie,leshabituésdu PMU(paris
mutuelurbain)venaient lesuns pour prendre descoursavec
de bavards "professeurs"habituésàlivrer les secretsdes
pronostics sans toutefois participeraujeuproprementdit.Les
autres,pourvalider lesbulletinsaprèsavoirfait toutes les
combinaisonsutiles qui pourraient leur ouvrir les "éclusesdes
cieux"etgagner la cagnotteoubienunequelconquesomme
toute aussiconsistante augurant leuradmissiondans le cercle
des nouveauxriches.C'estcelal’argentenvitesse. On
pourrait saluercetteinitiativequiconsiste à enrichir lesgens
sans qu’ils ne fournissentd’effort particulier. Cependant, de
nombreuxtémoignagesen notrepossession montrent
combiende foiscejeugangrènelasociététoutentière. Ce
matin,n’est-cepas quenousavionsattendule bus pendant
plusd’une heureparcequelesagentsen services’étaienten
majoritéinvestisà cette entreprise audétrimentdeleurs
devoirs ?Ilestaussifréquentdevoirbiendeschefsde

10

familleutiliser lepeud’argenten leur possession pourcet
exercice et priver lesenfantset leurs mèresdelapitance
journalière.
Je franchisune deuxièmerue après latraversée d’un très
joli jardin public,où l’après-midi quelques travailleurs
venaient sereposer,ouécouter les prophètesdes temps
nouveauxquicroyaientdurcomme ferarracher quelques-uns
de cettemultitude d’incroyantsdela granderoutepour
l’enfer qu’ils s’étaienteux-mêmes tracée, à force d’ignorer le
message d’amouretdepardonduSeigneurJésusChrist.A
côté de cesbons samaritainsdelaparole divine,
s’égosillaientàvous rompreles tympansdes
naturothérapeutes qui proposaientdes médicamentsdont la
particularité estde guérir toutes les maladies.Laprésenterue
était régentéepardesfeuxtricolores.Ainsià chaque feu
rouge, des jeunes, desvieux, des travailleursetdes
désœuvrés,se faufilententrelesvoitures pour rejoindreun
endroitforclosd’oùd’un tempsàl’autre des
applaudissementsetdescrisenvahissaient le cielduplateau.
Lemouvement se faisaitaussidans lesens inversepourceux
quiétaienten transitet qui semblaient s’affairerautour
d’autres sujets.Ainsidoncj’accédaià cetendroitgrouillant
demonde; j’étais surpris parcemicrocosme. On pouvait
distinguerdesvendeurs par-ci,par-là. Tous lesabordsdela
muraillerenfermantcettepopulationhétéroclite étaient
occupés.Achaquepas,onvous interpellait pourvous
proposerdesarticles: des journaux, deshabits, desbeignets,
des jusde fruits.QuelquesChinois se distinguaient par leur
présence;deuxd’entre eux vendaientdes médicaments
venusdela grandeChinesurdes tablettes,unautresituéun
peuplus loind’eux,proposaitdes nems ;unespécialité des
metschinois.Une autreoriginalité de celieu;c’est
l’ensemble des restaurants quivousaccueillaient.Des
vendeusesdetchèperivalisaientd’ardeuravec desvendeuses
de garba, de foutou, de foufou;autantdireunerestauration

11

tous azimuts.Chacunytrouvait pour soncomptesauf ceux
quivenaienten retard.Aumilieudetoutce décor,se dresse
fièrementdans le ciel,un immense et imposant immeuble
d’unesoixantaine d’appartements, abandonnéprovisoirement
pour nécessité deréaménagement.En réalité, c’est tout son
espacequidonnelieuà ces nombreusesactivités.Enfindeux
grandsattroupementsétaient perceptibles ;ils réunissaient
quasiment quelquescentainesd’hommes.Aumilieude
chaque attroupement,setenaitunhommequi,montésurun
podiumdressépour la circonstance, entretenait lepublic.Les
applaudissementsetcris perçusdans le bus,qui m’avaient
donnétantde frayeur,provenaientde cesdeuxendroits.Au
furetàmesurequeles orateursexposaient,lepublic
répondaitàleur prouesseoratoire, àleuréloquence, àla
pertinence deleurs propos pardesapplaudissements soutenus
oudescrisde colère.Ce futfacilepour moide faireun
rapprochementavecles retrouvailles sous l’arbre àpalabre
danscertainesdenoscontrées.
Rassuré,jemerésolusàquittercelieu; jesortiset pris
un taxicette fois-ci.J’étaisun peuen retardpar rapportà
mon rendez-vous.Sur le chemin,j’admirais les nombreux
immeublesde cequartierdesaffairesdont lamétamorphose
sautait toutdesuite àl’œil.«Si tous les maires pouvaient
être aussidynamiques...»me dis-je.Letaxifranchissait
maintenant lepontdeGaulle;etcommeunfilm,merevenait
les principales imagesdemarécente descente dubus,
ignorant l’immense désert lagunairequeparcouraient
quelquesbateauxdetransport.«Ridicule etaberrantd’être
inquiété, effrayé àtout instantet n’importe comment par
quelquepetitbruitdepuis quepersiste cette attaque dupays
d’Eburniepardes justiciers inhabituels.Et maintenant, c’est
la crispation partout.Quandon sortde chezsoi,on n’est par
sûrd’arriver oùl’onvaniderentrercommeprévu.N’importe
quoi.»m’offusquai-je.

12

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.