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Le turbot de Domitien

De
238 pages
Le poète latin Juvénal raconte qu'à Ancône un pêcheur prit dans son filet un turbot d'une grosseur stupéfiante et qu'il apporta à l'empereur Domitien. Juvénal ne s'intéresse pas au pêcheur, et se sert de l'événement pour critiquer Domitien. Mais Adrien, le personnage principal de cette histoire, refait ce voyage à travers l'Apennin italien. Il imagine, chemin faisant, le périple du pêcheur et se plaît à lui inventer un passé et un avenir. Ce livre est l'histoire de ces deux voyages, l'un à la fin du premier siècle après Jésus-Christ, l'autre de nos jours.
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© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12182-6 EAN : 9782343121826
I Rome
Adrien songeait qu’il était en train de faire son propre malheur, s’il fallait en croire Pascal. « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Quelles étaient les raisons de ce voyage ? Il y avait bien sûr l’histoire de ce pêcheur qui à l’époque de l’empereur Domitien avait traversé l’Italie d’est en ouest. Mais ce n’était qu’un prétexte. Comme toujours les raisons profondes étaient ailleurs, cachées aux regards superficiels. Ce n’était pas son premier voyage à travers des montagnes. Il y avait eu les Pyrénées, et plusieurs fois les Alpes italiennes. Etait-ce pour lui une manière d’échapper au temps qui passe, « ce rétiaire infâme », comme dit Baudelaire ? « Si tu peux rester, reste. Pars, s’il le faut. » Il ne le « fallait » peut-être pas, mais il en avait eu le désir. Il était convaincu que s’il y avait en lui une insatisfaction, un mal-être ou un quelconque problème, le déplacement ne résoudrait rien, ni d’ailleurs la sédentarité. Peut-être empruntait-il autant de chemins parce qu’il n’avait pas trouvé sa voie - quelque chose à faire en ce monde, son poème ? Il sourit en pensant qu’il y avait quand même des constantes dans ces voyages. C’étaient des voyages à pied, toujours en montagne, et presque toujours en solitaire. Il se souvenait de promenades dans le Tyrol, en Carnie, dans les Dolomites, au-dessus du Val de Susa, dans les Alpes françaises aussi, dans le Jura, dans les Cévennes, d’un périple dans le Sinaï, de balades dans les Montagnes Rocheuses… Il y avait toujours un effort physique important. Un psychanalyste aurait peut-être dit que là était
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la véritable raison de ces voyages, que la souffrance qu’on s’inflige permet d’oublier celle qu’on subit. Toujours est-il qu’il récidivait dans ce voyage d’un genre nouveau, d’une mer à l’autre de la péninsule italienne. Il lui plaisait de marcher sur les traces du pêcheur de Juvénal, de donner ainsi à son aventure une coloration antique, comme si quelque chose du passé allait quelque part surgir pour lui, comme si malgré les deux millénaires qui le séparaient de cet homme l’improbable rencontre pouvait quand même avoir lieu. Il lui plaisait de marcher sur les routes et dans les villes équipé comme un randonneur, avec ses chaussures de montagne, son bâton de bois à bout ferré et son gros sac à dos. Si son étrange aspect ne faisait pas fuir les gens à son approche, il favoriserait les rencontres. Qui sait s’il ne sortirait pas de cette expérience plus riche, plus instruit, plus sage, et surtout plus enclin à s’accepter lui-même ? Après tout, le mouvement pouvait être autre chose qu’une fuite. Il était arrivé le matin de bonne heure à l’aéroport de Rome-Fiumicino. Un métro, un bus et il était au nord de la capitale. Quelque part il avait vu un panneau indiquant la « Via Salaria » et il avait suivi cette direction. L’important était de sortir de Rome, il rejoindrait ensuite la « Via Flaminia » qui suivait un trajet plus au nord. Il marcha assez longtemps dans la banlieue romaine, sans voir ces différences qui existent en France entre le centre d’une ville et sa périphérie. En France toute la laideur utile – les grands espaces commerciaux, les zones industrielles ou artisanales, les stations d’essence – est chassée du centre de la cité et reléguée à ses marges, en vertu de la conception selon laquelle le beau ne peut être qu’inutile et historique. Là il lui semblait que le même paysage urbain se répétait sans cesse – mais son regard était sans doute superficiel. A un moment tout de même il lui sembla remarquer, peut-être parce qu’il le souhaitait, un subtil changement, et
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il eut l’impression d’arriver à un endroit qui pouvait être une sortie de ville. Une sorte de rond-point se prolongeait par une route en légère montée, et au pied de cette route il y avait un bistrot. Son intuition lui dit que là était peut-être le vrai commencement de son voyage. Il se sentait de bonne humeur. Il y entra. Ce bistrot était d’une totale banalité, sans aucun signe particulier, ce qui lui plut car le point de départ de l’Aventure peut être un endroit tout à fait quelconque. Trois ou quatre tables, auxquelles étaient assis des consommateurs, se serraient dans un espace un peu plus large qu’un couloir. Il y avait aussi quelques personnes debout au comptoir. La clientèle était exclusivement masculine. Quand Adrien entra les conversations s’interrompirent, le temps nécessaire à une évaluation réciproque, en un coup d’œil qui assure les uns que le nouveau n’a pas d’intention hostile, et l’autre que rien ne le menace. Il commanda un café en prenant bien soin de redoubler le f et d’ouvrir le e final. Les conversations avaient repris mais il ne les écoutait pas. Il se sentait soudain fatigué. Il regardait stupidement le soupçon de liquide noir et odorant, surmonté de sa mousse, au fond de la tasse à oreilles, en se demandant vaguement ce qu’il faisait là. La voix du patron le tira de sa torpeur. ─ D’où êtes-vous ? Malgré son effort de prononciation il n’avait donc pas réussi à passer pour un Italien. ─ Je suis français, répondit-il, et il attendit la question suivante. ─ Et où allez-vous comme ça ? dit l’autre en désignant d’un signe de tête le sac à dos et le bâton. ─ A Ancône. ─ A pied ? ─ Oui à pied.
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