Les larmes de Clara

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La vie de Clara, qui défilait sans aspérités entre un mari tendre et aimant, trois beaux enfants et des parents attentifs à compléter la belle image d'un bonheur familial que rien ne semblait vouloir troubler, venait de basculer. Voilà...l'existence tournait court en quelques mots définitifs prononcés sans conviction: " -Sauveur, nous allons divorcer, -Si tu veux..."ŠComment en étaient-ils arrivés à cette situation de rupture? Clara n'était pas au bout de ses surprises: elle allait découvir que sa vie cachait des zones d'ombres qu'elle devrait désormais assumer...
Publié le : dimanche 1 mai 2011
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EAN13 : 9782296717282
Nombre de pages : 229
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                      Maquette Une de couverture :Alain Squadrelli     © LHarmattan, 2011 5-7, rue de lEcole polytechnique, 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-13970-1 EAN : 9782296139701
Les
larmes
de
Clara
Essais et documents
Du même auteur
Sanctuaires de l’Artois,Éditions Axial, Lille, 1976. Nationalisme corse, les points sur les i,Éditions U Ribombu, Bastia, 1996.
L’aliénation corse,L’Harmattan, Paris, 2005. De l’imposture à l’espérance,Édilivre, Paris 2009
Romans
La transgression,L’Harmattan, Paris, 2007.
Yves Bourdiec
Les larmes de Clara
roman
LHarmattan
À
Jeanne
I
Il était né dans une carte postale. Enfin… Presque. En fait, il était né derrière la carte postale, dans ce vieux quartier du marché où s’enfonçait le corps de l’église Saint Jean-Baptiste vue de dos, et qui avait été le centre nourricier de la ville avant de s’endormir mollement dans sa désuétude, après l’éclosion des supermarchés et du surgelé. La carte postale, une des plus connues de la Méditerranée et pour lui la plus belle, c’était l’église Saint Jean-Baptiste vue de face, avec ses deux clochers, provocants et impérieux, qui dominaient les toits en lauzes des immeubles aux couleurs incertaines enserrant le Vieux Port de leur étreinte immuable et dédaigneuse et les deux phares, le rouge et le vert, qui en surveillaient jalousement l’entrée. Le bassin du Vieux Port, envahi par la plaisance et ses mâts disgracieux, abritait encore quelques embarca-tions de pêcheurs et ses berges, autrefois dédiées aux hommes de la mer, étaient désormais livrées aux touristes et aux terrasses des cafés-restaurants sans âme où l’on ser-vait les sempiternels plats de poisson que l’on retrouvait au menu de toutes les cartes postales des bords de mer. Sauveur se retourna pour jeter un regard oblique sur son enfance, de la jetée qui menait au phare où il avait connu ses premiers émois et d’où l’on pouvait avoir une vision
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d’ensemble du port. Bateaux et voitures semblaient se mélanger dans un patchwork hétéroclite entre l’eau verdâtre de la marine et le béton des môles devenus des parkings. Les repères avaient changé, et jusqu’à cette odeur indéfinissable, qui lui aurait fait, jadis, reconnaître le Vieux port les yeux fermés, et qu’il ne retrouvait plus. Il avait les yeux dans le vague, alternant entre le spectacle de la réalité d’aujourd’hui et les évocations d’un passé aux épisodes multiples qui s’entremêlaient en un étrange jeu d’images se superposant comme un jeu de cartes que l’on bat avant la donne. Il laissait sa rêverie prendre le dessus et ses pensées lui échapper dans ce relâchement de la conscience où l’on se sent bien, où l’on perd le fil du temps et de la matérialité pour une vaporeuse plénitude ouatée. - À quoi penses-tu ? Clara le tirait de son absence, comme d’habitude, avec ses questions idiotes. C’est ainsi qu’il réagissait depuis quelque temps aux questions de sa femme. Il les trouvait systématiquement idiotes. Il savait pourtant que Clara n’é-tait pas idiote. - Non, à rien… - Comment à rien ? Tu n’as pas dit un mot depuis une demi-heure et tu ne penses à rien… Pourquoi essayer de lui expliquer qu’il existe des minutes, des demi-heures, d’évasion incontrôlée, de voyage hors de soi, où la vision, et le souvenir même, ne sont plus que les supports d’une sensation éthérée qui nous échappe. Oui, à quoi bon lui dire, comment le prendrait-elle, quelle ineptie allait-elle encore lui servir… Oh, et puis… - Ce n’est pas important, se contenta-t-il de dire en reprenant sa contemplation silencieuse, bien qu’elle en eût rompu le charme.
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Elle savait qu’elle n’en tirerait plus rien, qu’il répondrait systématiquement à côté ou qu’il se réfugierait dans une absence muette. Elle était exaspérée. Elle ne supportait plus son attitude distante et sereine. Si au moins il l’agressait, s’il répondait mal, s’il devenait vul-gaire ou grossier, s’il récriminait, s’il lui reprochait son atti-tude ou ses questions… Mais non, il semblait s’enfermer dans un espace où elle n’existait plus. - Sauveur, nous allons divorcer… - Oui, si tu veux… Elle avait risqué de créer un choc, avec la certitude de provoquer une réaction. Bonne ou mauvaise, mais une réaction. En seize ans de mariage, ils n’avaient jamais parlé de divorce, ni de séparation. Le mot n’avait même jamais été prononcé entre eux. Et voilà qu’il l’accueillait avec cette indifférence affectée, sans seulement lui accorder un regard, comme si elle lui avait proposé la prochaine séance de cinéma. Ce n’était pas possible, il jouait un rôle. Au fond de lui, il avait encaissé le coup… Mais comment savoir. Seize années de vie commune pour en arriver à cette incertitude abyssale, comme si elle venait de rencontrer un étranger. Mais maintenant qu’elle avait tenté le drop sans résultat, l’initiative lui appartenait, il fallait dire quelque chose, ne pas perdre la face, jouer le coup jusqu’au bout… - Bon, en rentrant je contacterai l’avocat de mon père… Tu as bien plus à perdre que moi dans l’affaire, tu n’as pas oublié que nous sommes mariés sous le régime de la sépa-ration des biens… - Oh ! Non… Mais je te rappelle simplement que c’est moi qui l’avais exigé comme condition à notre mariage. C’était vrai.
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Il avait même insisté, au désespoir du père de Clara qui y avait perçu une volonté d’indépendance qui ne présageait rien de bon pour l’avenir de cette union qu’il avait tant souhaitée pour elle. Son futur gendre lui avait plu dès l’abord, lorsque Clara le lui avait présenté, sans entrer, à l’époque, dans le détail de leurs relations. Une première impression qui s’était confirmée par la suite, quand les pro-jets des deux jeunes gens se précisaient et qu’il rêvait d’ac-cueillir ce fils qu’il n’avait pas eu, ce gendre qui serait son partenaire dans ses affaires, avant d’en devenir l’héritier ; qui rendrait sa fille heureuse et lui donnerait de beaux petits-enfants… Pour les petits-enfants, il n’avait pas eu à se plaindre. Sauveur et Clara lui en avaient fait trois, et les abandon-naient volontiers à leurs grands-parents. Pour le reste, rien ne s’était passé comme il l’avait espéré… Clara pensa à son père. Avait-il saisi l’imperceptible mais inexorable dégradation de ce mariage modèle ? Sans doute, même s’il n’en disait rien. Clara elle-même, dès les premiers indices, avait refusé l’évidence. « Un passage à vide, pensait-elle, rien de sérieux». Elle s’en persuadait avec d’autant plus de force que rien dans l’attitude de Sauveur ne laissait supposer une crise majeure. Il demeu-rait égal à lui-même, poli et attentionné, avec les paroles et les gestes d’un époux avec elle, d’un père de famille avec ses enfants. Elle aurait dû percevoir qu’il ne s’agissait plus que d’un comportement mécanique, une posture. La con-viction naturelle avait laissé la place à une absence, à peine dissimulée. Sauveur n’était plus là. Mais il n’en disait rien. Et elle n’avait pas osé l’interroger, de peur de déclencher une vérité qu’elle excluait d’envisager. Clara ne comprenait plus, elle avait du mal à remettre ses idées en place, ces
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