//img.uscri.be/pth/ae8c0aa6d36fb58d99dc58a180b2c3a2830349fa
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Les tribulations orientales du baron de Castelfigeac

De
301 pages
De la tranquillité des collines du piémont pyrénéen et de son château, à la vie nocturne de Beyrouth et à la trépidation affairiste de Dubaï, ce périple romanesque nous fait voyager avec notre héros, le baron Philippe de Castelfigeac, consultant international et Capitaine Fracasse des temps modernes, entre le monde des affaires cartésien d'Occident et celui, fataliste, d'Orient.
Voir plus Voir moins

Le srtbilutaoisno enriletau sdrobaed nsaC filetcaeg al eDliuqnartc loilenilétd semont pyrs du pié ed noseénéte n l àvia âtchu,ea eeBend tcru eonla tt à th eyrouiaffa noitadipér, aïub Ddee striuqseon ef su tia pceipér rleanomerh réso ,elb ravoyager avec notegfiletsasnoc ,calihi Pon Cdee ppe tnolaatniaCipnt iultanatinterneer es,psemod md est serF esacaes cartés affairomdn eedtnerl elitafa, uiel cet tnediccOd neisen smet cit e ré.tL irned Ots,efirafs reco: s métnatlusnsediva s descènesonn pera xugasecaètc rarseuan veuit ux,ni ntsevessis ru de rémunération,sc daer susépirtlabus sed ,hallom cesptcos neerens uq iei noaduà At quremeen il sanabidémerias nt fde aiseittteo sbqéépettn ses interuieux, dexgrnee arfeul humaque met ine eC seriserf ette sinéréfaafs deemtn ,ottu enertontre que, finale sluavas stnm teilagé its delccas. Cutrees aet dnu sed sli sgreu oets go éux aseimuos tse esirpe pièce qnc cette ese tod,sq eull « :ai M bauonard ti eriuq eaf iu ple, olistpita tnumenemilpsus pieernnfoufboe ,nfinE» ? euqisreue sous ui se jo :u nipem seyxuvidee,llreètau vidégac eenu art ortn eesf cap sa. Noileshérotre arved s risiohcNoe tren bla, urc tô éoramcn,el es histoires de ruœcoc , emmruopes lff areai ns,ffad emmef ednobla la,hintCyt aroytu éb ae àalise anças fraireanab esitacoil elijoave nerut etnla,ee ig eroeiée de maenveloppsae unt ilam fga segarvunaçarterplanres res étai ,eLaielneut svAllteenig rceouednanne et à tnil deux premiers oatlb.eA rpsès seé ir fdes respintneheuqistiatua oman finafre un rd a’ffiacnei rte, ntvaLeu dtsanfo suon ruetuald dchan mardun smA teLtne rOeiiuqns ressiuc ,eseonleilenr es gna salfi ancn eniternationale, bauoryeB àa lI .htcat ai f dreièrrev s.sY kailaDbn né est955 en 1lo eedl r à’lcérofesseuéenne. Pe noporul edinU’up as rèliubesqusep ancnnefi re t expe etmistconoé-orcam siup ,enoiimtrpae dontievue Banque.Illu tapurd na salr mpcos te ldeta’Énfi eicna erè sedsai n esalysd’an-ouaelc d u’etruesl is,i ssaut esruoB airaP ed reuter: C âhetuastration de couv: NB879 3-2-0-34e drnSaueigISt.Yves Danbakli

€Les tribulations orientales

du baron de Castelfigeac

Récit

-5Pr0704 25 ix :




































©

LHarmattan,

2013

5
Ȭ
7,

rue

de

lEcole

polytechnique,

75005

Paris


http://www.librairieharmattan.com

diffusion.harmattan@wanadoo.fr

harmattan1@wanadoo.fr

ISBN

:

978
Ȭ
2
Ȭ
343
Ȭ
00704
Ȭ
5

EAN

:

9782343007045

Les

tribulations

orientales

du

baron

de

Castelfigeac


Écritures

Collection

fondée

par

Maguy

Albet



Lecocq

(Jean
Ȭ
Michel),

Portrait
Ȭ
robot
,

2013.

Pons

(François
Ȭ
Marie),

Fils
Ȭ
père
,

2013.

Carrère

(Pascal),

De

mémoire

et

de

gouache
,

2013.

Prével

(Jean
Ȭ
Marie),

La

bête

du

Gévaudan
,

2013.

Rode

(Jean
Ȭ
François),

Lenfant

projeté
,

2013.

Hermans

(Anaële),

Bananes

sauce

gombos
,

2013.

Jamet

(Michel),

Joute

assassine
,

2013.

Tirvaudey

(Robert),

Paroles

en

chemin
,

2013.

Mahdi

(Falih),

Dieu

ne

ma

pas

vu
,

2013.

Labbé

(François),

LImbécile

heureux
,

2012.

Le

Forestier

(Louis),

La

Vie,

la

Mort,

lAmour
,

2012.

Dini

(Yasmina),

Soroma

(Joseph),

LAmante

religieuse
,

2012.

Mandon

(Bernard),

LExil

à

Saigon
,

2012.

Mouton

de

Ponthieu

(Caroline),

Le

Cur

des

filles
,

2012.

Evers

(Angela),

LApnée
,

2012.



*

**


Ces

quinze

derniers

titres

de

la

collection

sont

classés

par

ordre

chronologique

en

commençant

par

le

plus

récent.

La

liste

complète

des

parutions,

avec

une

courte

présentation

du

contenu

des

ouvrages,

peut

être

consultée

sur

le

site

www.harmattan.fr

Yves

Danbakli






Les

tribulations

orientales

du

baron

de

Castelfigeac



Récit















LHarmattan

I



lon

retrouve

deux

amis

par

une

fraîche

matinée

dun

mardi

dautomne,

à

Toulouse

Auréolé

dun

halo

de

brume,

un

soleil

triste

se

levait

timi
Ȭ
dement

derrière

les

toits,

dardant

ses

rayons

à

travers

une

forêt

de

cheminées.

La

ville

baignait

sous

une

lumière

orange

qui

éclairait

de

biais

les

façades

en

briques

incarnates

et

pourpres

des

immeubles.

Novembre

sachevait,

égrenant

ses

derniers

jours

calendaires.

La

fraîcheur

du

matin

picotait

les

peaux

sensibles

;

la

Garonne,

à

son

plus

bas

niveau,

dévoilait

avec

nonchalance

ses

rives

boueuses

;

les

sommets

pyrénéens,

au

sud,

dressant

vers

le

ciel

leurs

chapeaux

blancs,

semblaient

converser,

telle

une

noble

assemblée

de

vieillards

veillant

sur

Toulouse,

diamant

urbain

serti

dans

son

écrin

fluvial.

Comme

tous

les

mardis,

la

vieille

cité

séveillait

au

son

joyeux

des

marchands

forains

de

la

place

du

Capitole,

assem
Ȭ
blant

les

structures

métalliques

des

stands,

enchâssant

les

tubes

en

acier,

montant

les

bâches,

posant

à

plat

les

étalages,

amon
Ȭ
celant

les

produits

locaux,

divers

et

colorés

:

savons

ou

parfums

à

base

de

violette,

rangées

de

potirons

et

de

citrouilles,

sacs

de

noix

ou

de

châtaignes,

conserves,

pâtés,

viandes

et

autres

con
Ȭ
fits,

magrets

ou

foies

gras

doies

ou

de

canards.

Deux

hommes

à

la

terrasse

dun

petit

café

de

la

place

Wilson

semblaient

jouir

du

spectacle,

tel

un

lever

de

rideau

dévoilant

la

scène

chaque

jour

renouvelée

de

la

comédie

humaine.

La

froi
Ȭ

7

dure

matinale

ne

semblait

pas

les

indisposer.

À

leurs

pieds,

un

épagneul

français,

sur

son

arrière
Ȭ
train,

suivait

avec

intérêt

lagitation

tranquille

des

forains,

la

marche

avinée

et

hésitante

des

clochards,

la

valse

saccadée

des

livreurs,

les

pas

empressés

des

passants,

la

foulée

légère

des

passantes...

«

Dis

tout

de

suite

que

tu

ne

me

crois

pas

!

pesta

le

plus

robuste

des

deux

en

agitant

son

abondante

chevelure

dorée.

Phil,

je

te

le

répète,

je

suis

sur

un

contrat,

un

gros,

un

très

GROS

contrat

!

»

Aignan

Kattan,

ex
Ȭ
pilier

gauche

de

la

prestigieuse

équipe

de

rugby

du

Stade

Toulousain,

reconverti

depuis

cinq

ans

aux

affaires,

exhibait

sans

complexes

une

carrure

de

géant,

toni
Ȭ
fiante

et

solide,

un

visage

jovial

et

sanguin,

une

tignasse

blonde

et

fournie

encadrant

un

regard

bleu

dazur

éternellement

sou
Ȭ
riant,

un

cou

de

taureau

et

des

épaules

dont

lexcessive

largeur

témoignait

danciennes

mêlées

aussi

énergiques

que

brutales.

Ses

jambes

aux

cuisses

épaisses

et

noueuses

allongées

devant

lui,

il

arborait

courageusement

chemise

rose

et

cravate

rouge

dissimulées

sous

un

élégant

costume

gris

foncé

dont

la

laine

fine

épousait

ostensiblement

les

contours

de

biceps

volumi
Ȭ
neux.

«

Tu

as,

en

effet,

un

GROS,

un

très

GROS

sujet

de

préoccupation,

nota

tranquillement

son

voisin

en

usant

du


Ȭ
me

qualificatif.

Je

le

vois,

ta

cravate

est

de

travers,

le

troisième

bouton

de

ta

chemise

Lacoste

est

défait

Et

tiens,

regarde

!

Ta

chaussette

gauche

retombe

sur

ta

cheville

!

Un

tel

laisser
Ȭ
aller

ne

te

ressemble

guère,

cher

Aignan.

»

Philippe

de

Castelfigeac,

garçon

aux

cheveux

bruns

séparés

avec

soin

par

une

raie

centrale,

une

silhouette

souple

descri
Ȭ
meur

dessinant

une

musculature

saillante

mais

longiligne,

affi
Ȭ
chait

un

sourire

triste.

Sa

tenue

décontractée



mocassins,

pan
Ȭ
talons

en

velours

marron

et

polo

kaki



contrastait

avec

celle

dAignan,

impeccable

malgré

les

touches

dexcentricité.

«

Phil,

veux
Ȭ
tu

mécouter

?

rouspéta

le

géant

blond

en

sénervant.

Jattendais

impatiemment

ton

retour

de

Kiev

8


Impatiemment

Hem

Dois
Ȭ
je

comprendre

que

Môssieur

Kattan

de

chez

Kattan

International

a

besoin

de

moi

?


Pour

une

fois,

oui

!

»

avoua

Aignan,

se

décidant

à

re
Ȭ
boutonner

sa

chemise,

ajuster

sa

cravate

et

remonter

sa

chaussette.

Attendant

ce

moment

pour

participer

à

la

discussion,

lépa
Ȭ
gneul

donna

un

coup

de

langue,

rugueux

mais

affectueux

sur

la

lourde

main

dAignan,

laissant

une

trace

humide

sur

la

manche

de

la

veste.

« Miraut

!

Quas
Ȭ
tu

fait,

vilain

cabot

?

grogna

Aignan.

Mon


costume

tout

neuf,

acheté

hier

chez

C&A

!

Philippe,

ton

chien

est

insupportable,

sécria

lancien

rugbyman

en

sessuyant

avec

une

serviette

préalablement

mouillée

avec

leau

dune

carafe

Et

tu

ne

dis

rien

!


Bah

!

soupira

son

voisin

avec

indulgence.

Ta

colère

ne

limpressionne

guère,

tes

muscles

non

plus.

Du

reste,

Miraut

adore

quand

tu

le

grondes

Regarde

comme

il

bat

de

la

queue


Môssieur

fait

de

lesprit.

Soit.

Mais

il

paraît

que

Môssieur

na

pas

compris

ce

que

je

viens

de

lui

dire.

Je

te

parle

de

GROS

SOUS,

mon

cher,

de

quoi

assurer

mes

vieux

jours

et

les

tiens

aussi,

par

la

même

occasion

car

si

tu

maides,

nen

doute

pas,

ta

part

sera

comptée.

Autrement

dit,

foi

dAignan,

toi

et

moi,

nous

pourrions

devenir

millionnaires,

et

je

ne

te

cause

pas

en

anciens

francs

comme

le

ferait

cette

vieille

pomme

toute

ridée

qui

tient

notre

loge

de

concierge,

mais

en

euros

sonnants

et

trébuchants

!

»

Philippe,

affichant

cet

air

désabusé

qui

ne

le

lâchait

plus,

écarta

cette

éventualité

dun

geste

de

la

main

:

«

Tu

exagères,

comme

toujours.

Dailleurs,

tu

mennuies

et

tes

affaires

ne

mintéressent

pas.

À

chacun

son

métier.

Et

puis

je

suis

fatigué.

Je

reviens

dune

longue

mission

en

Ukraine

et

Dieu

sait



je

serai

le

mois

prochain

!

Brazzaville,

Amman,

Skopje,

Nuuk


Nuuuk

?

Jamais

entendu

parler

Cest

quoi

cte

bes
Ȭ
tiole

?

9


Cest

la

capitale

du

Groenland,

mon

vieux

Une

partie

du

globe

qui

ne

tintéresse

guère.


Groenland,

dis
Ȭ
tu

?

Aucun

de

mes

clients

na

développé

dactivité

dans

ce

coin

perdu

du

monde


Pour

une

bonne

raison

:

cest

la

chasse

gardée

des

Danois.

Kattan

de

chez

Kattan

International

ny

sera

jamais

sollicité

pour

dispenser

ses

précieux

conseils

en

matière

dimport
Ȭ
export


Soit

!

En

ce

qui

me

concerne,

je

le

comprends.

Mais

que

veulent
Ȭ
ils

de

toi,

ces

Esquimaux

?


Ces

Inuits,

plutôt...

Le

Groenland,

mon

vieux,

était

sous

hégémonie

danoise

depuis

près

de

trois

siècles

quand

la

cou
Ȭ
ronne

du

royaume

a

décidé,

récemment,

de

lui

accorder

le

statut

d
autonomie

élargie
.


Qui

sen

fiche

!


Toi,

à

nen

pas

douter.

Il

nempêche

que

les

jeunes

autorités

groenlandaises

ont

souhaité

être

assistées

pour

la

mise

en

place

dun

cadre

budgétaire

transparent,

strict

et

fiable


Charmant

!

Et

elles

font

bien

sûr

appel

aux

services

du

baron

de

Castelfigeac,

économiste

distingué

et

expert

notoire

en

finances

publiques


Jai

juste

répondu

à

un

appel

doffres.

Rien

nest

décidé

pour

linstant


Cest

bon,

jai

compris

:

Môssieur

appartient

à

la

race

des

seigneurs,

Môssieur

na

besoin

de

rien

ni

de

personne.

Môssieur

est

fatigué

épuisé,

même


Nexagérons

rien

!

Tu

peux

ajouter

cependant

que

Môssieur

aimerait

profiter

de

ce

rayon

de

soleil

pour

siroter

en

paix

son

petit

crème

et

déguster

un

bon

croissant.

Cela

fait

deux

mois

que,

dès

son

réveil,

Môssieur

respire

les

relents

des

petits

déjeuners

ukrainiens,

oignons

crus

ou

frits,

uf
Ȭ
mayonnaise

et

crêpes.


Jentends

bien,

cher

ami,

et

je

compatis

à

tes

malheurs

de

travailleur

itinérant

qui

promène

sa

brosse

à

dents

et

son

micro
Ȭ
ordinateur

à

travers

les

nations

pauvres

ou

en

voie

de

développement

Mais

je

sais

aussi,

cher

Baron,

que

vous

avez

10

un

besoin

dargent

frais,

ne

serait
Ȭ
ce

que

pour

empêcher

que,

comme

un

château

de

cartes,

ne

sécroule

la

tour

est

de

votre

charmante

gentilhommière


Aïe

!

Ton

affaire

doit

être

sérieuse

pour

que

tu

me

don
Ȭ
nes

du

«

Baron

»

et

tinquiètes

de

la

toiture

de

mon

manoir,

que

tu

fréquentes

si

peu

par

ailleurs

»

Interrompant

Philippe,

le

serveur

surgit

brusquement

devant

eux,

tablier

blanc

et

gilet

noir,

la

commande

en

équilibre

sur

le

plateau.

Il

déposa

sur

la

table

et

sans

ménagement

tasses

de

café

et

panière

de

viennoiseries

fleurant

bon

la

farine

de

blé

et

le

beurre

de

Normandie.

«

Dites

donc,

Lucien

!

sécria

Aignan

en

repoussant

son

siè
Ȭ
ge,

faites

attention,

que

diable

!

Vous

renversez

du

café

hors

de

la

tasse

!

»

Pour

toute

réponse,

le

dénommé

Lucien

émit

un

grogne
Ȭ
ment

suivi

dun

raclement

de

fond

de

gorge.

Philippe

nota

quant

à

lui

que

le

serveur

avait,

comme

dhabitude,

oublié

dapporter

les

verres

deau

quil

ne

manqua

pas

de

lui

récla
Ȭ
mer

comme

toujours.

«

Il

est

réconfortant

de

constater

que

rien

ne

change

en

notre

bonne

ville

de

Toulouse,

surtout

les

garçons

de

café

»,

maugréa

le

baron.

Son

sourire

revint

cependant

quand

il

vit

Aignan

engloutir

dune

seule

bouchée

la

moitié

dune

chocolatine
1
,

glissant

sans

rancune

sa

mini
Ȭ
tablette

de

chocolat

servie

avec

le

café

dans

la

gueule

de

Miraut,

lequel

goba

la

friandise

en

moins

de

temps

quil

nen

faut

pour

lécrire.

Grignotant

la

deuxième

moitié,

le

géant

blond

poursuivit

la

bouche

pleine

:

«

Je

disais

donc

que,

de

plus,

tu

fais

toujours

en

sorte

de

terminer

la

rédaction

de

tes

rapports

sur

place,

avant

ton

retour

à

Toulouse.

Donc,

et

si

jai

compris,

tu

jouis

actuellement

dun

temps

libre

avant

la

prochaine

mission


Dis

tout

de

suite

que

je

nai

rien

à

faire



1

Nom

couramment

utilisé

dans

le

Sud
Ȭ
Ouest

pour

désigner

le

pain

au

chocolat.

11


Jajoute

que,

lhiver

étant

à

nos

portes,

les

terres

de

Monsieur

le

Baron

sont

au

repos

et

les

travaux

de

réfection

du

château

sont

arrêtés...

faute

de

sous

et

non

pour

cause

de

mauvais

temps.


Autrement

dit,

je

ne

perds

rien

à

técouter.


Exactement

!

Enfin,

loisiveté

étant

la

mère

de

tous

les

vices,

je

compte

tempêcher

de

croupir

dans

une

inactivité

malsaine,

aussi

bien

pour

ta

santé

physique

que

morale


Bon,

daccord,

tu

as

gagné,

lâcha

Philippe

non

sans

amusement.

Mais,

pour

lamour

du

ciel,

cela

fait

trop

long
Ȭ
temps

que

je

rêve

dun

café

crème
Ȭ
croissant.

Laisse
Ȭ
moi

prendre

le

temps

dapprécier

celui
Ȭ
ci

!


Prends

ton

temps,

mon

vieux,

prends

ton

temps

Disons

cinq

minutes,

mais

pas

une

de

plus

! »

Philippe

ne

se

laissa

pas

bousculer.

Connaissant

ce

trait

de

caractère

si

particulier

à

son

ami,

il

savait

quAignan

faisait

en

toute

chose

preuve

dune

joyeuse

impatience.

Il

fallait

le

tem
Ȭ
pérer,

voilà

tout.

Souriant,

une

main

posée

sur

la

tête

de

Miraut,

il

trempa

posément

sa

viennoiserie

au

parfum

prometteur

dans

le

liquide

onctueux

aux

reflets

bruns

satinés,

et

prit

le

temps

de

déguster

sa

première

bouchée

En

cet

instant

précis,

le

baron

Philippe

de

Castelfigeac,

gen
Ȭ
tilhomme

de

vieille

souche

et

de

la

meilleure

noblesse

qui

soit

en

Gascogne,

était

sans

doute

un

homme

heureux.

Ne

jouissait
Ȭ
il

pas,

après

plusieurs

semaines

dabsence,

de

cette

plénitude

bienfaisante

qui

lemplissait

chaque

fois

quil

retrouvait

sa

bon
Ȭ
ne

ville

de

Toulouse

?

Ne

sabandonnait
Ȭ
il

pas

au

plaisir

de

respirer

à

nouveau

lair

vivifiant

de

ses

Pyrénées

natales

?

Ne

se

laissait
Ȭ
il

pas,

enfin,

bercer

par

cette

douce

et

unique

quiétude

que

lon

ressent

quand

on

foule

sa

terre,

celle

de

ses

ancêtres

?

Pourtant,

le

soleil

matinal

et

froid

de

ce

dernier

mardi

de

novembre

éclairait

les

traits

tirés

dun

homme

au

visage

fatigué

et

mélancolique

12

II



lon

fait

meilleure

connaissance

avec

Philippe,

baron

de

Castelfigeac

Célibataire,

proche

de

la

quarantaine,

fils

unique,

orphelin

de

père

et

de

mère,

Philippe

était

un

garçon

tranquille,

le

compa
Ȭ
gnon

idéal

des

soirées

entre

amis.

Bien

quil

vécût

dans

la

modernité

de

son

époque,

sa

vie

et

ses

pensées,

comme

les

terres

de

ses

ancêtres

qui

lentouraient,

battaient

la

mesu e

r
dune

symphonie

pastorale

intemporelle,

loin

de

toute

aliéna
Ȭ
tion

contemporaine,

à

labri

de

la

démesure

et

de

la

folie

qui

secouent

régulièrement

la

société

des

hommes.

Gascon

de

naissance,

les

amis

de

Philippe

laffublaient

pourtant

dun

sobriquet

voisin,

le

surnommant

«

le

Basque

»

à

cause

de

ses

origines

maternelles

mais

aussi

de

son

caractère

réservé,

solide,

franc

et

droit.

Ce

quil

aimait

par
Ȭ
dessus

tout

:

son

château

des

Baronnies
2
,

ses

montagnes

pyrénéennes

et

le

pays

de

sa

mère,

née

Iruléguy.

Son

château.

À

lextrémité

dun

chemin

carrossable

tracé

entre

deux

rangées

de

platanes

plantés

au

garde
Ȭ
à
Ȭ
vous,

comme

des

poilus

mal

fagotés,

il

se

dressait

en

pays

de

Bigorre

au

sommet

dune

colline

boisée,

entre

vallée

de

Campan

et

vallée



2

Région

du

piémont

pyrénéen

;

collines

forestières

situées

à

louest

de

Toulouse,

entre

Capvern

et

Bagnères
Ȭ
de
Ȭ
Bigorre,

peu

habitées

et

encore

sauvages.

13

de

Neste,

au

pied

du

versant

nord

du

Bassia.

Émergeant

dune

honorable

assemblée

de

frênes,

noyers,

platanes

et

marronniers,

le

manoir

exposait

timidement

ses

deux

tours,

lune

restaurée,

lautre

en

mauvais

état.

Lédifice

tentait

en

vain

de

faire

bonne

figure

face

à

celui

de

la

butte

voisine,

bâtiment

fortifié

datant

du

Moyen

Âge,

res
Ȭ
tauré

et

rutilant

de

briques

rouges,

dont

la

construction

avait

été

achevée

sous

le

règne

de

Gaston

Phbus
3
.

Bâti

plus

tard,

le

manoir

de

Castelfigeac

nen

paraissait

pourtant

que

plus

déla
Ȭ
bré,

une

ruine

sous

bien

des

aspects.

Si

la

toiture

avait

été

sinon

restaurée

du

moins

consolidée

par
Ȭ
ci,

par
Ȭ




poutres,

chevrons

et

solives

redressés,

lauzes

dardoise

mal

taillées

comblant

les

cavités

creusées

par

lusure

et

les

tempêtes  la

tour

dangle


,

située

à

lest,

ouverte

aux

quatre

vents,

nécessitait

durgents

tra
Ȭ
vaux

de

réfection

:

étaiement

des

ouvertures,

maçonnerie

des

murs,

sans

parler

des

finitions.

Une

ruine

en

vérité

car

même

si

les

missions

de

Philippe

étaient

bien

rémunérées,

les

revenus

de

ce

dernier

disparais
Ȭ
saient

dans

les

travaux

dentretien

des

seuls

espaces

habités

du

manoir,

leur

sauvegardant

un

semblant

de

respectabilité.

Mal
Ȭ
gré

cela,

le

visiteur

occasionnel

pouvait

nen

percevoir

que

déla
Ȭ
brements

et

dégradations

:

un

fossé

envahi

de

broussailles

lon
Ȭ
geant

un

mur

denceinte

aux

moellons

effrités

;

au

nord,

un

porche

dentrée

aux

ferronneries

rouillées

;

un

logis

composé

dun

corps

de

bâtiment

gardé

par

deux

tours

dangle

carrées,

coiffées

de

toits

en

éteignoir

:

celle

douest

à

la

maçonnerie

solide

mais

au

crépi

tombé

par

écailles,

celle

dest

aux

murs

lézardés

et

aux

ouvertures

béantes,

inhabitable

hormis

pour

ce

couple

deffraies

qui

ne

quittait

labri

des

combles

que

la

nuit

venue,

et

cette

famille

de

lérots

qui

se

contentait

joyeusement

dun

premier

étage

dépourvu

de

plafond

et

pour

lequel,

en

guise

de

sol,

ne

demeuraient

que

poutres

et

traverses.

Le

manoir,

élevé

en

briques

du

pays,

ne

portait

dune

gloire

passée

que

des

témoignages

à

moitié

effacés

:

la

pierre,

agré
Ȭ


3

Comte

de

Foix

et

vicomte

de

Béarn,

personnalité

du

XIVe

siècle,

contestée

et

haute

en

couleur.

14

mentant

les

murs

incarnats,

apparaissait

par
Ȭ
ci,

par
Ȭ
là,

en

ban
Ȭ
deaux

horizontaux

et

en

chaînes

verticales

appareillées

en

besace

aux

angles

du

bâtiment

;

les

huit

fenêtres

hautes

et

rectangulaires

tentaient

datténuer

la

misère

de

leurs

menui
Ȭ
series

en

se

parant

dencadrements

en

marbre,

fendus

et

entaillés

à

maints

endroits

;

enfin,

la

grande

porte

elle
Ȭ
même

pleurait

son

lustre

dantan,

ses

vantaux

écaillés

et

son

linteau

en

pierre

érodée,

gravé

jadis

aux

armes

et

blason

de

la

famille.

Lintérieur

était

plus

présentable

:

un

hall

d
ȇ
entrée

pavé

de

pierre

donnait

accès,

à

droite,

à

la

cuisine

et

à

son

office,

à

gauche,

à

un

escalier

flanqué

dune

rampe

de

bois

ornée

d
ȇ
un

pommeau

en

cuivre

;

les

marches

usées

menaient

à

létage

noble

puis

aux

combles

éclairés

par

des

lucarnes

;

le

toit

en

ardoises

reposait

enfin

sur

une

console

aux

échancrures

carrées

en

tuiles

rouges,

et

ne

servait

quà

protéger

le

bâtiment

de

la

pluie,

de

la

neige

et

du

vent,

entièrement

perméable

en

revanche

au

froid

de

lhiver

ou

bien

aux

chaleurs

de

lété.

Ne

montant

à

létage

que

pour

y

coucher,

Philippe

passait

le

plus

clair

de

son

temps

dans

un

bureau

aménagé

dans

la

tour

ouest,

au

rez
Ȭ
de
Ȭ
chaussée.

Y

accédant

par

derrière

les

escaliers,

la

porte

en

retrait,

illustrée

dun

blason,

était

gardée

par

le

buste

dun

chevalier

portant

larmure

et

le

heaume,

et

ornementé

de

part

et

d
ȇ
autre

détendards

présentant

les

armoiries

de

la

famil
Ȭ
le,

une

fleur

de

lys

surmontée

dun

ours.

Recevant

peu,

le

baron

de

Castelfigeac

navait

pas

vraiment

loccasion

de

pénétrer

dans

la

grande

salle.

Pour

lui

garder

cependant

un

semblant

de

vie,

il

sefforçait

de

boire

son

café

dans

cette

pièce

sur

laquelle

sou
Ȭ
vrait

la

grande

porte

située

au

centre

du

hall

dentrée.

Ce

vaste

séjour

aux

meubles

Empire

fatigués

et

inconfortables,

était

agrémenté

dune

cheminée

au

manteau

de

marbre

blanc

sup
Ȭ
porté

par

deux

piliers

encadrant

des

faïences

à

fleurs

de

lys

;

son

parquet

sombre

répondait

silencieusement

aux

poutres

ap
Ȭ
parentes

du

plafond.

La

pièce

était

éclairée

par

quatre

croisées

et

une

porte

vitrée

offrant,

au

sud,

un

accès

à

une

terrasse

pavée

de

dalles

émoussées.

Une

balustrade

en

fer

forgé

rongé

de

rouille

surplombait

un

parc

broussailleux

qui

descendait

en

15

pente

douce

vers

la

vallée,

espace

sauvage

quune

allée

étroite,

sillonnant

cette

forêt

darbustes

indisciplinés,

tentait

dappri
Ȭ
voiser

en

vain,

domaine

privilégié

des

hérissons,

lièvres,

be
Ȭ
lettes

ou

autres

carnassiers

maraudeurs.

Les

coteaux

des

Baronnies,

ondulations

géologiques,

multiples

et

monotones,

et

la

chaîne

majestueuse

des

Pyrénées

servaient

de

toile

de

fond

à

ce

tableau

bucolique.

Si

cela

nétait

pas

le

château

de

la

Misère

décrit

par

Théophile

Gautier

dans

les

premières

pages

de

son

célèbre

roman,

les

amis

de

Philippe

ne

len

avaient

pas

moins

affublé

dun

deu
Ȭ
xième

surnom,

celui

du

héros

de

lécrivain

tarbais,

«

capitaine

Fracasse

»,

nobliau

gascon

désargenté,

cavalier

émérite

et

épéis
Ȭ
te

de

talent,

autant

dattributs

qualifiant

tout

aussi

bien

le

baron

imaginaire

de

Sigognac

que

celui,

bien

réel,

de

Castelfigeac.

Philippe,

loin

den

prendre

ombrage,

était

entré

dans

le

jeu,

allant

même

jusquà

baptiser

son

chien

du

nom

de

celui

du

capitaine

Fracasse,

la

ressemblance

sarrêtant



car,

à

linverse

du

Miraut

de

Sigognac

qui

flottait

dans

sa

peau

trop

large,

celui

de

Philippe,

en

pleine

santé,

avait

les

mouvements

vifs

et

la

silhouette

élégamment

dessinée

par

la

musculature

dun

animal

rompu

aux

courses

en

forêt

ou

en

montagne.

Pour

ne

rien

omettre

de

ce

tableau

provincial

et

champêtre,

concluons

sur

une

note

contemporaine

en

précisant

quunique

descendant

des

Castelfigeac,

Philippe

avait

hérité

des

terres

rattachées

à

son

château

:

vingt

hectares

de

forêts

aux

essences

riches

et

diverses



hêtres,

chênes

et

bouleaux,

mais

aussi

quelques

sapins,

frênes

et

marronniers



et,

en

plaine,

cinquante

hectares

de

terres

arables

dont

dix,

situées

aux

portes

du

Gers,

étaient

consacrés

à

une

vigne

exploitant

les

cépages

du

Madi
Ȭ
ranais

:

tannat,

cabernet

franc

et

cabernet

sauvignon.

Robert

Débat,

chef

dune

exploitation

agricole

voisine



autrement

dit

«

petit

paysan

»

selon

un

vocable

ancien

sans

doute

rudimen
Ȭ
taire

mais

bougrement

concis

,

avait

consenti

à

travailler

les

terres

de

Philippe,

sans

pour

autant

les

prendre

en

fermage.

Quadragénaire

au

ton

bourru,

à

la

phrase

courte,

au

verbe

malicieux

et

aux

doigts

ingénieux,

Maître

Robert

faisait

tout

à

la

16

fois

office

de

métayer

et

de

régisseur.

Doté

dun

bon

sens

paysan

inébranlable,

il

aidait

Philippe

à

décider

des

semailles

de

la

saison



maïs,

colza

ou

blé

,

des

engrais

à

épandre,

des

arbres

à

élaguer,

des

vendanges

à

préparer,

se

payant

en

nature

dune

partie

des

récoltes,

de

quelques

fûts

de

vin

ou

de

quelques

stères

de

bois

Bien

quil

pût

prétendre

à

la

qualité

de

gentleman

farmer
,

Philippe

nen

était

pas

moins

économiste

et

expert

en

finances

publiques.

De

cette

vie

double,

il

lui

arrivait,

durant

ses

mis
Ȭ
sions

à

létranger,

de

recevoir

un

appel

de

son

métayer
Ȭ
régisseur

:

des

arbres

mis

à

terre

par

un

coup

de

vent,

un

bras

de

tracteur

à

remplacer,

un

coup

de

gel

sur

les

fruitiers

Il

lui

fallait

alors

endosser

la

peau

du

propriétaire

terrien,

refermer

la

case

«

économiste

»

de

son

cerveau

pour

ouvrir

celle

d«

exploi
Ȭ
tant

agricole

»,

puis

prendre

les

décisions

appropriées

alors

même

quil

se

trouvait

à

mille

lieues

de

son

domaine,

plongé

corps

et

âme

dans

lévaluation

du

processus

délaboration

budgétaire

dun

état

maghrébin

ou

dans

lanalyse

des

bilans

de

la

banque

centrale

dun

pays

de

lEurope

de

lEst

Enfin,

et

outre

les

terres

et

le

château

de

son

père

en

Bigorre,

Philippe

avait

hérité

de

sa

mère

une

belle

demeure

labourdine
4

construite

sur

le

versant

est

dune

colline

verdoyante,

aux

environs

de

Saint
Ȭ
Jean
Ȭ
de
Ȭ
Luz,

maison

blanche

au

toit

vermillon,

adroitement

zébrée,

à

létage,

de

colombages

peints

en

rouge

basque

un

peu

foncé

appelé

«

sang

de

buf

».

Dune

orientation

est
Ȭ
ouest,

elle

était

constituée

dun

bâtiment

dissymétrique

surmonté

dune

toiture

débordant

généreu
Ȭ
sement

à

lest,

et

offrant

au

regard

du

visiteur

ses

deux

versants,

lun

court

au

nord,

lautre

beaucoup

plus

long,

sétirant

en

pente

douce

vers

le

sud.

Lentrée

occupait

la

façade

orientale,

protégée

des

vents

chargés

de

pluie

provenant

de

l
ȇ
océan

et

dotée

de

larges

ouvertures

aux

volets

pleins,

en

bois

à

barre,

peints

de

la

même

couleur

que

les

colombages.

La

porte

était

joliment

travaillée.

Le

linteau

sculpté

donnait

les



4

Le Labourd est la province la plus occidentale d
Iparralde,
la partie
française (nord) du Pays basque

17

informations

sur

la

famille

Iruléguy.

Les

contrastes

du

rouge

avec

le

blanc

chaulé

des

murs

ainsi

que

la

dissymétrie

de

la

construction

conféraient

à

la

façade

une

légèreté

distinctive

et

surprenante

pour

une

maison

de

cette

taille.

Ces

bâtisses

étant

très

recherchées

par

les

vacanciers,

Philippe

nhésitait

pas

à

mettre

la

sienne

en

location

afin

de

couvrir

les

frais

dentretien

et

le

paiement

des

taxes.

Quant

au

petit

hectare

de

prairie

environnant

la

construction,

Philippe

le

laissait

gracieusement

à

pâturage

à

lagriculteur

voisin,

charge

à

ce

dernier

dy

faire

brouter

ses

moutons,

nettoyant

le

terrain

et

évitant

la

prolifération

de

broussailles.

Quand

il

le

pouvait,

quand

la

maison

labourdine

était

libre

de

locataires,

le

jeune

châtelain

aimait

séjourner

en

Pays

basque

car

si

ses

origines

ancestrales

se

trouvaient

en

Gascogne,

dans

le

château

de

son

père,

il

se

sentait,

ici,

dans

les

bras

de

sa

mère.

Tout

dans

cette

grande

demeure

lui

rappelait

cette

femme

solide

et

tranquille,

gaie

et

avenante.

Lors

de

ses

promenades

dautomne,

longeant

avec

Miraut

les

plages

désertes

de

Ciboure

ou

dHendaye,

il

lui

arrivait

de

se

rappeler

certaines

paroles

que

lui

murmurait

sa

maman

à

loreille

:

«

Tu

sais

mon

petit

Philippe,

il

y

a

en

toi

un

Basque

et

un

Bigourdan.

Tu

nes

pas

Atlantique

ou

Pyrénées,

mais

Pyrénées

ET

Atlantique.

De

ton

père,

tu

auras

toujours

ce

côté

terrien,

un

peu

réservé,

bourru

et

vif

;

de

mon

côté,

tu

seras

toujours

un

homme

de

la

mer,

civilisé,

calme

et

honnête.

Tes

deux

natures

cohabiteront,

elles

sopposeront

quelquefois.

Mais

dis
Ȭ
toi,

mon

grand,

quen

chaque

circonstance,

elles

se

mettront

daccord

pour

céder,

sil

le

faut,

la

place

à

ce

que

ton

père

et

moi

te

léguons

en

commun

:

ta

noblesse

paysanne.

»

La

mère

de

Philippe

était,

elle

aussi,

issue

dune

famille

de

riches

propriétaires

terriens.

Mais,

quatrième

et

dernière

née

de

la

fratrie

Iruleguy,

son

père

avait

accepté,

ex
Ȭ
cep
Ȭ
tion
Ȭ
ne
Ȭ
lle
Ȭ
ment,

doffrir

sa

main

à

un

non
Ȭ
Basque.

En

contrepartie

de

quoi,

lors

du

partage

de

la

propriété,

elle

ne

reçut

en

héritage

légitime

que

cette

demeure

à

laquelle

était

rattaché

ce

petit

hectare

de

terres

environnantes.

Il

nempêche

que

lesprit

de

la

18

terre

était

en

elle

vivace

car

elle

concluait

son

discours

par

une

note

rassurante

:

«



Et

cette

nature

de

paysan,

mon

chéri,

écoute
Ȭ
la

toujours

car

elle

nobéit

quà

une

seule

règle,

celle

du

bon

sens

»

Les

Pyrénées,

enfin

Elles

habitaient

les

pensées

de

Philippe

tout

autant

que

son

château

et

ses

propriétés.

Il

les

aimait

en

solitaire.

Rien

ne

lui

plaisait

tant

que

sillonner

des

journées

entières

ces

sentiers

de

montagne,

tortueux

et

escarpés,

avec

Miraut

pour

unique

compagnon,

mâcher

une

tranche

de

saucisson

de

porc

noir

au

sommet

dun

pic

venteux,

se


Ȭ
saltérer

au

goulot

dune

outre

emplie

dun

vin

râpeux

du

Madiran,

ou

bien

se

rafraîchir

la

nuque

à

leau

claire

dun

ruisseau.

Ses

saisons

préférées

étaient

le

printemps

et

lautomne,

hors

de

toute

fréquentation

touristique.

Il

goûtait

alors

le

plaisir

de

partager

les

lieux

avec

les

animaux

sauvages



isards,

sangliers,

marmottes

et

vautours



qui

réapparaissaient

comme

par

magie

après

le

départ

des

vacanciers.

La

beauté

ineffable

des

vallées

daltitude,

la

présence

de

dangers

latents,

un

orage

à

lhorizon,

une

falaise

à

varapper,

un

col

à

franchir,

autant

de

grains

de

sel

qui

donnaient

du

goût

à

une

vie

moderne

envahie

de

quiétude

et

de

confort.

Philippe

avait

besoin

de

ces

moments

de

solitude

pour

se

ressourcer,

se

retrouver

seul

avec

lui
Ȭ
même,

en

phase

avec

la

nature.

Ses

terres,

son

château,

les

montagnes

Pyrénées,

voici

ce

qui

formait

le

socle

du

tempérament

flegmatique

et

pondéré

de

Philippe.

Son

entourage

sétonnait

de

le

voir,

imperturbable,

supporter

déceptions,

tracasseries

ou

autres

difficultés

de

la

vie

avec

une

patience

à

toute

épreuve

et

un

calme

éternellement

olympien.

19

III



lon

parle

de

gros

sous

au

café

de

la

place

Wilson,

à

Toulouse

Les

tasses

étaient

vides,

des

miettes

épargnées

traînaient

au

fond

de

la

panière

à

viennoiseries.

Philippe

ramassait

celles

qui

parsemaient

la

table

ronde

en

faux

marbre

vert

pour

les

lancer

à

un

groupe

de

moineaux

qui

se

les

disputait

sous

lil

indif
Ȭ
férent

de

Miraut.

Le

ciel

se

chargeait

de

nuages.

La

belle

lu
Ȭ
mière

matinale

cédait

du

terrain

face

à

la

grisaille.

«

Brrrr

La

pluie

givrante

nest

pas

loin,

observa

Philippe.

Le

ciel

est

menaçant,

lorage

va

bientôt

gronder,

les

éléments

vont

se

déchaîner

Jadore

cette

atmosphère

!


Bon,

trêve

de

banalités,

jobserve

que

Môssieur

a

enfin

terminé

son

café
Ȭ
croissant,

ricana

Aignan

avec

impatience.

Puis
Ȭ
je

poursuivre,

maintenant

?


Tu

peux

répondit

tranquillement

Philippe

en

cares
Ȭ
sant

les

oreilles

de

son

épagneul.

Mais

le

tonnerre

va

bientôt

gronder

et

nous

devrons

décamper

en

vitesse.


Ne

ten

fais

pas.

Je

nen

aurai

pas

pour

longtemps.

Bon.

Alors,

écoute
Ȭ
moi

!

As
Ȭ
tu

entendu

parler

de

la

société

Europe
Ȭ
Espace

?

»

Comme

tout

économiste,

Philippe

connaissait

les

sociétés

qui

animaient

les

marchés

nationaux

et

internationaux

et

bien

21

que

la

firme

colmarienne
5

ne

fût

quun

modeste

acteur

dans

son

secteur,

il

savait

qu
Europe
Ȭ
Espace

était

lun

des

nombreux

sous
Ȭ
traitants,

jouant

une

partition

mineure

sur

la

scène

de

la

très

puissante

industrie

aéronautique.

«

Tu

peux

dire

«

gros

sous
Ȭ
traitant

»

précisa

Aignan

en

se

rengorgeant,

fier

dexhiber

dans

son

carnet

dadresses

ce

mo
Ȭ
dèle

de

réussite

économique.

Outre

des

composants

pour

Airbus

et

Dassault,

la

firme

construit

ses

propres

avions.

Et,

tiens
Ȭ
toi

bien,

ajouta
Ȭ
t
Ȭ
il

sur

le

ton

de

la

confidence,

elle

re
Ȭ
cherche

un

nouveau

partenaire.


Un

banquier

?


Mais

non,

il

ny

a

pas

que

des

banquiers

dans

la

vie,

Dieu

merci

!

Europe
Ȭ
Espace

a

besoin

dun

agent

com
Ȭ
mer
Ȭ
cial,

un

distributeur

dans

une

région



la

firme

nest

pas

représentée

:

le

Proche

et

Moyen
Ȭ
Orient,

zone

qui

va

de

la

Turquie

jusquau

Golfe

persique.


Mais

enfin

!

protesta

Philippe,

je

pensais

que

lexport

ou

les

relations

internationales

relevaient

de

ton

domaine

dactivité

plutôt

que

du

mien.

Le

baron

de

Castelfigeac

nest

quun

petit

expert

financier

comparé

à

Aignan

Kattan,

de

chez

Kattan

International
...

Export
Ȭ
Import,

recherche

et

étude

de

marché

à

létranger

et

autres

affaires

en

tout

genre,

surtout

quand

le

client

rémunère

vite

et

bien


Allons,

Phil

!

Tu

sais

que

si

jaccompagne

mes

clients

dans

le

développement

de

leur

marché

à

linternational,

mes

contacts

se

limitent

à

lEurope

et

à

lAfrique.

Je

ne

connais

personne

en

Orient


Cest

vrai,



avais
Ȭ
je

la

tête

?

Mais

pourquoi

ne

diriges
Ȭ
tu

pas

ce

client

vers

une

structure

publique

?

Il

nen

manque

guère

:

services

des

chambres

de

commerce

et

d
ȇ
industrie,

chambres

de

commerce

arabes,

sans

oublier

les

missions

éco
Ȭ
nomiques

de

nos

ambassades

dans

la

région

qui

fournissent

moult

renseignements

quant

aux

pratiques

locales.



5

De

Colmar.

22


Allons,

allons,

soyons

sérieux.

Ce

que

tu

proposes



est

bon

pour

les

entrepreneurs

du

quartier,

traîne
Ȭ
misère

ou

autres

crève
Ȭ
la
Ȭ
faim

qui

ne

savent

pas

quoi

faire

pour

gagner

trois

sous.


Toutes

mes

excuses,

très

cher

!

Europe

Espace

est

suffisamment

riche

pour

se

payer

les

services

inestimables

de

Kattan

International

qui,

pour

linstant,

est

à

bout

de

ressources

et

se

tourne

vers

moi.


Cela

te

va

bien

dironiser

bêtement,

grommela

Aignan.

Nous

parlons

quand

même

de

quelques

centaines

de

milliers,

voire

des

millions

deuros,

à

partager

entre

toi

et

moi,

à

parts

égales

!

Du

reste,

je

nai

pas

ce

genre

de

contacts.

Toi,

en

re
Ȭ
vanche,

tu

voyages

beaucoup.

Tu

as

fatalement

croisé

LA

per
Ȭ
sonne

quil

faut

pour

ce

projet

:

un

riche

armateur

grec,

un

nabab

libanais,

un

cheikh

du

Golfe


Mais

enfin,

les

pays

que

je

fréquente

nauraient

nul

besoin

de

mon

aide

sils

étaient

riches

!

A
Ȭ
t
Ȭ
on

jamais

entendu

parler

de

milliardaires

macédoniens,

de

capitalistes

albanais

ou

de

tycoons

kosovars

?


Non,

sans

doute

pas.

Mais

enfin,

ancien

banquier,

éco
Ȭ
nomiste

qui

sillonne

la

planète,

cest

bien

le

diable

si

tu

ne

trouves

pas,

caché

au

fond

de

ta

mémoire,

le

nom

dun

homme

daffaires

de

la

région,

suffisamment

fortuné

pour

aligner

quelques

dizaines

de

millions

deuros

!


Pourquoi

ne

proposes
Ȭ
tu

pas

les

services

de

profes
Ȭ
sionnels

rompus

à

ces

techniques

dintermédiation

?

Il

existe

des

Voyageurs
Ȭ
Représentants
Ȭ
Placiers,

ces

VRP

internationaux

et

autres

marchands

davions

spécialisés

dans

ce

domaine.

Les

Libanais

par

exemple

excellent

dans

ce

genre

dexercices.

Jen

connais

un

ou

deux

qui

pourraient


Cela

nest

pas

le

style

de

la

maison

Europe
Ȭ
Espace
,

lin
Ȭ
terrompit

Aignan.

Tu

ne

mas

guère

écouté

:

mon

client

recher
Ȭ
che

un

agent

commercial

local

et

non

pas

un

joueur

de

pipeau,

un

troubadour

de

luxe.

Je

dois

le

mettre

en

relation

avec

quelquun

de

bien

établi

dans

la

région,

assez

puissant

ou

riche

23

pour

développer

un

marché,

voire

même

pour

acheter

lui
Ȭ
même

quelques

appareils

avant

de

les

revendre

»

Philippe,

de

guerre

lasse,

promit

dy

réfléchir.

Le

vent

sétait

brusquement

levé.

Aignan

dut

crier

pour

se

faire

entendre

:

«

Ne

rentres
Ȭ
tu

pas

ce

soir

au

château

?

Profites
Ȭ
en

pour

jeter

un

coup

dil

à

ton

répertoire

de

cartes

de

visite.

Je

suis

per
Ȭ
suadé

que

tu

en

sortiras

deux

ou

trois

Oncl

Picsou

»

Philippe

ninsista

pas.

Cela

ne

servait

à

rien

de

contrarier

limpatience

de

son

ami

qui,

de

plus,

était

capable

dargu
Ȭ
menter

à

linfini

sans

jamais

céder

le

dernier

mot.

Le

baron

avait

dautres

préoccupations,

à

commencer

par

le

dépouil
Ȭ
lement

de

son

courrier

avec

son

lot

de

factures

et

de

publicités

inutiles.

Un

rendez
Ȭ
vous

lattendait

ensuite

avec

son

banquier

de

lagence

située

en

face

de

la

gare

Matabiau

:

un

prêt

à

négocier

pour

lachat

dun

nouveau

tracteur.

Il

devait

enfin

se

rendre

à

Auch

pour

un

déjeuner

qui,

dans

la

capitale

du

foie

gras,

sannonçait

riche

et

bien

arrosé.

Un

long

trajet

en

perspective,

mais

un

ami

boulanger

de

Toulouse

avait

insisté

pour

avoir

son

avis

avant

de

se

lancer

dans

lacquisition

dun

hôtel
Ȭ
restaurant

établi

à

Fleurance
Ȭ
du
Ȭ
Gers.

Deux

rendez
Ȭ
vous

en

une

journée

ne

représentaient

pas

un

emploi

du

temps

chargé.

Le

temps

faillit

cependant

manquer

à

Philippe

qui

en

perdit

beaucoup

sur

les

routes.

Sans

sénerver

pour

autant,

sans

pester

contre

les

piétons

imprudents

ou

contre

les

camionneurs

inconscients,

le

baron

tint

ses

deux

réunions,

lune

à

Toulouse,

lautre

à

Auch

;

et

pour

dire

les

choses

franchement,

il

neut

guère

le

temps

de

se

pencher

sur

la

requête

de

son

ami

Aignan

;

Europe
Ȭ
Espace
,

la

recherche

dun

nabab,

les

millions

à

la

clé,

tout

cela

lui

était

même

complètement

sorti

de

la

tête.

Lancien

rugbyman

devait

sen

douter.

En

fin

de

journée,

alors

que

Philippe

avait

décidé

de

passer

la

nuit

dans

son

manoir

et

quil

sy

rendait

en

roulant

prudemment

sur

les

routes

gersoises

balayées

par

les

vents,

un

message

sannonça,

faisant

carillonner

son

téléphone.

Cétait

Aignan

:

«

Phil,

tu

as

sûrement

oublié,

mais

je

compte

sur

toi

pour

me

donner

le

nom

24

dun

Cheikh

Abdallah
Ȭ
Pleindsous

ou

dun

Sultan

Ben

Machin
Ȭ
Truc
Ȭ
Muche
Ȭ
à
Ȭ
millions

pour

demain

à

la

première

heure,

OK

?

»

OK

!

OK

!

Comme

si

tout

pouvait

se

régler

en

un

claquement

de

doigts

ou

bien

en

cet

horrible

raccourci

de

deux

lettres

inventé

par

Dieu

sait

quel

quidam

anonyme

ou

unknown

fellow

:

OK

À

lextérieur,

le

soleil

couchant

teintait

dorange

le

ciel

de

louest

dégagé

de

nuages

;

dans

la

voiture,

une

station

de

radio

diffusait

le

Boléro

de

Ravel,

obsédant

et

monotone,

mêlant

les

plaintes

des

violons

au

hurlement

du

vent

qui

secouait

le


Ȭ
hicule.

Philippe

retrouva

sa

sérénité.

Allons,

il

allait

tenter

de

se

pencher

sur

la

question

que

lui

avait

soumise

son

ami

:

comp
Ȭ
tait
Ȭ
il

dans

ses

relations

orientales

ce

genre

dhomme

ou

de

femme

assez

riches

ou

puissants

pour

se

lancer

dans

le

commerce

des

avions

?

Aignan

le

savait,

Philippe

avait

croisé

tant

dindividus

que

son

carnet

dadresses

en

était

bien

fourni.

Cependant,

lex
Ȭ
banquier

et

lactuel

expert

international

quil

était

reconnut

que

ceux

qui

pouvaient

aligner

quelques

mil
Ȭ
lions,

voire

quelques

dizaines

de

millions

deuros

sil

fallait

acquérir

les

appareils

avant

de

les

vendre,

se

comptaient

sur

les

doigts

de

ses

deux

mains.

Bon.

La

tâche

nétait

finalement

pas

si

ardue.

Philippe

commença

par

ses

anciens

clients

de

la

banque

genevoise.

Des

noms

défilèrent

dans

sa

mémoire.

Les

premiers

furent

ceux

dEzra

et

de

ses

deux

frères,

trois

requins

en

affai
Ȭ
res.

Regroupés

autour

dune

société

familiale

de

négoce,

ils

alimentaient

de

grandes

nations

africaines

en

produits

de

première

nécessité.

Mais

Ezra,

aux

dernières

nouvelles,

était

décédé

et

Philippe

navait

jamais

vraiment

entretenu

de

bonnes

relations

avec

les

autres

membres

de

la

famille.

Il

songea

un

instant

à

tel

dirigeant

politique,

tyran

de

la


Ȭ
gion,

quil

écarta

aussitôt,

nayant

servi

ce

dictateur

que

con
Ȭ
traint

et

forcé

par

ses

fonctions

au

sein

de

létablissement

fi
Ȭ
nancier

Pascal

Michelot

!

Pourquoi

pas

25

Cet

homme

d une

quarantaine

dannées,

porté

à

bout

de


bras

par

le

réseau

«

gay » de

Paris,

avait

connu

très

jeune

une


ascension

fulgurante

dans

le

secteur

hôtelier.

Aux

dernières

nouvelles,

il

était

toujours

à

la

tête

de

cette

chaîne

hôtelière

européenne

fortement

présente

en

Orient.

Homme

daffaires

touche
Ȭ
à
Ȭ
tout,

il

serait,

à

nen

pas

douter,

intéressé

par

une

ac
Ȭ
tivité

aussi

prestigieuse

que

celle

de

la

vente

davions

Pour
Ȭ
tant,

au

souvenir

pénible

de

lindividu

et

de

son

comportement

orgueilleux,

quasi

tyrannique,

surtout

vis
Ȭ
à
Ȭ
vis

des

secrétaires

de

la

banque,

Philippe

décida

de

léliminer

à

son

tour.

Finalement,

et

pour

diverses

raisons,

il

ne

retint

aucun

nom

parmi

la

dizaine

de

clients

fortunés

de

la

banque

plus

ou

moins

impliqués

dans

la

région

du

Proche

et

Moyen
Ȭ
Orient.

Soctroyant

une

pause,

Philippe

se

laissa

aller

au

charme

de

la

route

de

crête

qui

le

menait

à

Marciac,

village

typique

du

Gers

avec

ses

cafés

qui

sanimeraient

à

la

belle

saison

pour

accueillir

le

festival

international

de

jazz.

Son

regard

se

perdit

vers

cet

horizon

paisible

de

vallons

ocrés.

Revenant

malgré

lui

au

problème

dAignan,

il

se

pencha

sur

la

liste

suivante,

celle

des

relations

nouées

lors

de

ses

missions

dexpert

international.



aussi,

il

ny

avait

pas

vraiment

de

quoi

satisfaire

les

attentes

de

son

ami.

Dailleurs,

avait
Ȭ
il

vrai
Ȭ
ment

croisé

des

hommes

ou

des

femmes

fortunés

?

Tel

haut

fonctionnaire

de

Jordanie

ou

de

Syrie,

peut
Ȭ
être,

ou

bien

tel

banquier

central

dEurope

de

lEst.

À

vrai

dire,

il

nen

savait

rien.

Depuis

quil

avait

quitté

les

bureaux

feutrés

de

linstitution

financière

genevoise,

il

ne

percevait

plus

les

individus

à

travers

les

listings

quotidiens

des

situations

de

leur

compte

en

banque.

Il

ne

connaissait

plus

de

la

fortune

des

uns

ou

des

autres

que

ce

que

lon

voulait

en

laisser

paraître

:

un

complet

blanc

impec
Ȭ
cable,

un

gros

cigare

planté

entre

les

lèvres,

une

belle

limousine,

des

serviteurs

zélés...

Observateur

à

présent

des

sociétés

en

voie

de

dévelop
Ȭ
pement,

Philippe

savait

que

dautres

critères

pouvaient

être

considérés

:

certaines

attitudes,

des

comportements

supérieurs,

invariablement

froids

et

hautains,

une

manière

de

traiter

les

26

subalternes

et

les

indigents.

Malgré

cela,

le

baron

nétait

pas

dupe.

Quoi

de

plus

trompeur

que

le

«

paraître

»

dans

des

pays



la

richesse

reste

ostentatoire,



les

hommes

se

doivent

dafficher

une

prospérité

exagérée,

souvent

factice,

façade

mas
Ȭ
quant

parfois

une

montagne

de

dettes,

pour

dominer,

ou

tout

simplement

être

pris

au

sérieux

ou

attirer

les

clients.

Nétait
Ȭ
ce

pas

ce

dentiste

jordanien

qui

avait

avoué

en

riant,

lors

dun

dîner

auquel

assistait

Philippe,

que,

jeune

praticien,

aucun

patient

neût

fréquenté

sa

salle

dattente

sil

navait

décidé

d«

investir

»

laide

financière

de

ses

parents

dans

lacquisition

dune

voiture

Mercedes

?

En

conclusion,

Philippe

dut

admettre

quil

était

à

bout

de

ressources.

Il

avait

parcouru

de

mémoire

tout

son

carnet

dadresses

sans

trouver

trace

dun

quelconque

Sultan

Ben

Machin
Ȭ
Truc
Ȭ
Muche
Ȭ
à
Ȭ
millions.

Lancien

rugbyman

ne

serait

certes

pas

content,

mais

que

faire

?

Le

baron

attendrait

néan
Ȭ
moins

le

lendemain

pour

annoncer

à

son

ami

quil

navait

décidément

aucun

nom

à

lui

proposer.

«

Finalement

se

dit
Ȭ
il,

après

avoir

frayé

avec

les

nababs

les

plus

riches

du

monde

et

les

industriels

les

plus

importants

de

la

planète,

je

ne

fréquente

plus

que

les

pauvres

de

la

terre.

Pour

nombre

de

mes

amis,

je

suis

passé

de

la

crème

des

hommes

à

la

lie

humaine,

des

puis
Ȭ
sants

aux

moins
Ȭ
que
Ȭ
rien.

Quant

à

moi,

je

pense

que

si

jai

connu

le

superflu,

à

présent

je

moccupe

de

lessentiel.

»

Le

vent

était

tombé

;

la

pénombre

se

faisait

envahissante.

Traversant

la

place

centrale

du

village

de

Castelnau
Ȭ
Magnoac,

Philippe

huma

avec

envie

le

fumet

délicat

qui

se

dégageait

des

fourneaux

de

«

Chez

Dupont

».

Y

reviendrait
Ȭ
il

pour

dîner

?

Peut

être.

Ses

terres

nétaient

plus

très

loin.

Repoussant

à

plus

tard

la

perspective

dun

magret

de

canard

en

cocotte,

spécialité

unique

en

son

genre

de

ce

restaurant

du

Magnoac,

Philippe

reprit

le

fil

de

ses

pensées.

Il

convint

quil

éprouvait

effec
Ȭ
tivement

plus

de

joie

à

boire

un

thé

fort

dans

un

verre

à

peine

propre,

en

compagnie

dun

petit

fonctionnaire

dans

un

café

minable

aux

murs

écaillés

dune

ruelle

populaire

de

Louxor,

que

de

supporter,

à

Paris,

un

déjeuner

chic

et

guindé

à

la

Tour

27

dArgent,

et

les

élucubrations

présomptueuses

mais

complè
Ȭ
tement

farfelues

dun

magnat

du

négoce

quant

à

lévolution

du

taux

de

change

de

leuro

en

dollar,

ou

vice
Ȭ
versa.

Louxor

Le

Caire

Le

baron

se

remémora

une

longue

mission

quil

avait

menée

en

Égypte

lannée

précédente

:

le

Nil

éternel

et

majestueux,

les

pyramides

féériques

et

mystérieuses,

mais

aussi

les

palais

des

courtisanes

transformés

en

ministères,

lamabilité

des

gens,

lamitié

chaleureuse

des

collaborateurs

locaux,

les

bazars

dignes

de

la

caverne

dAli

Baba,

le

parfum

entêtant

des

goyaves,

la

formidable

anarchie

qui

anime

les

rues

surpeuplées,

les

ânes

trottinant

en

pleine

ville

Et

puis

lindigence

absolue

La

pauvreté

du

pays

Toute

la

misère

du

monde

Ali

!

Ce

nom

lui

vint

soudain

à

lesprit.

Pourquoi

ny

avait
Ȭ
il

pas

songé

plus

tôt

?

Ali,

bien

sûr

!

Le

richissime

Ali

!

Miraut

aboya.

Le

château

était

en

vue.

28

IV



Philippe

se

souvient

de

lexistence

dAli,

le

soir

de

ce

même

mardi,

au

château

de

Castelfigeac

La

nuit

était

tombée.

Au

bout

de

lallée,

coincée

entre

une

di
Ȭ
zaine

de

hêtres,

de

noyers

et

de

sapins,

lombre

du

manoir,

masse

sombre

mais

bienveillante,

se

détacha

sur

le

ciel

de

la

nuit

étoilée.

Passé

le

porche

dentrée,

Philippe

gara

sa

voiture

entre

les

deux

frênes

qui

sélevaient

avec

noblesse

à

plus

de

vingt

mètres

de

hauteur.

Ouvrant

la

portière,

il

libéra

Miraut

qui

sauta

joyeusement

hors

du

véhicule.

Gascon

de

naissance,

basque

dans

lâme,

châtelain

par

filiation,

hobereau

des

temps

modernes,

Philippe

voyageait

beaucoup

et

logeait

dans

des

hôtels

parfois

luxueux,

souvent

modestes,

selon

les

capacités

daccueil

des

capitales

de

pays

pauvres

ou

bien

en

voie

de

développement

quil

fréquentait.

Cependant,

et

quand

il

nétait

pas

en

mission

à

létranger,

il

résidait

«

en

son

château

»,

comme

on

lécrivait

autrefois,

bien

quil

eût

loué,

pour

plus

de

commodités,

un

pied
Ȭ
à
Ȭ
terre

à

Toulouse.

Il

lui

avait

fallu

du

temps

pour

shabituer

à

vivre

seul

en

cette

demeure

austère

et

le

contraste

restait

violent

à

chaque

retour

de

voyage

entre

le

silence

intemporel

du

manoir

et

lagitation

permanente

du

groupe

quil

venait

de

quitter,

consultants

et

hauts

fonctionnaires

sactivant

nuit

et

jour

pour

atteindre

en

un

temps

restreint

les

objectifs

assignés.

29