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Les vierges folles

De
234 pages
A travers la vie de Monsieur Prospère, l'auteur définit sur un ton à la fois sarcastique et plein de vérité un système philosophique universel des Afriques. La vie de Monsieur Prospère, sa famille et ses idées fondent les Afriques d'aujourd'hui et leurs contradictions. Ce roman innove sur la compréhension de l'Africain et son mode de pensée, apportant ainsi un nouvel éclairage sur ce continent à clichés.
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LES VIERGES FOLLES Le parcours philosophique de Monsieur Prospère
Corinne N’GUESSAN
  
     Les vierges folles
Le parcours philosophique de Monsieur Prospère
Écrire lAfrique Collection dirigée par Denis Pryen
 Romans, récits, témoignages littéraires et sociologiques, cette collection reflète les multiples aspects du quotidien des Africains.   Dernières parutions  Maurice HASLÉ, Un seul pied ne trace pas le sentier , 2012.  Laurence RANDALL, La production littéraire camerounaise , 2012. Arnold NGUIMBI, Pascaline, dans les flots de la chute , 2012. Marilaure GARCIA MAHE, Le mythe de lenfant fondateur , 2012. Facinet, Kiridi , 2012. Rachel KAMANOU ATSATITO, Mirages de migrants , 2012. Yacine BODIAN, Les bois de Béssir , 2012. Laurès DOSSOU, Alafia. Voyage dillumination , 2012. Christian MOUBAMBA BAGWANGUI, Le Testament de Mbanga , 2012.  G.K MWANABWATO , LEden est triste , 2012. Joseph Marie NOMO, Un enfant de la forêt , 2012. Ibrahim O. FALOLA, Odyssée arc-en-ciel , 2012. Adama TRAORE, Lassociation des mères délèves de Dibougou , 2012. Yaya Sickou DIANKA, Un petit baobab pour vivre ensemble , 2012. Pius NGANDU Nkashama, Dialogues et entretiens dauteur , 2012.  Hélène MILLET, Roman Bambéen , 2012. ITOUA-NDINGA, Le roman des immigrés, 2012. Paul-Evariste OKOURI, Prison à vie , 2012. Michèle ASSAMOUA, Le défi. Couples mixtes en Côte dIvoire , 2 e édition revue et corrigée, 2012 Angeline Solange BONONO, Marie-France lOrpailleuse , 2012. Jules C. AGBOTON, Ma belle-sur (et quatre autres nouvelles) , 2012. Joseph NGATCHOU-WANDJI, Le Vent du Printemps , 2012.
 
 
 
 
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Corinne NGUESSAN         
S VIERGES FOLL
Le parcours philosophique de Monsieur Prospère 
            LHarmattan  
SE
 
  
 
 
                                 © LHarmattan, 2012 5-7, rue de lÉcole-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-00318-4 EAN : 9782336003184
Ejagham
J’ai vu ces figures de style Aux esprits hostiles. Tels sont les vainqueurs agissants Du léopard rugissant.
Assemblage d’objets usuels, Ils transforment la décoration en art factuel, Et de nobles artisans, En artistes du bienfaisant.
Regardez-les, ces postures ancestrales, Qui envahissent l’espace au fil de leurs lattes. J’ai rarement vu art plus original, Que ces bouts de vie aux airs fatals.
VIVRE N’EST PAS UN INSTINCT
« Tout est apparence en ce bas monde. L’Afrique cultive cette apparence sous forme d’authenticité avec une habileté née de son absence de conceptualisation. La difficulté d’abstraction des peuples dits primitifs est à l’origine de l’établissement d’un jugement de valeur de ces sociétés basé sur l’observation de la nature selon Lévi Strauss, donc sur les apparences. Or, comme l’ont démontré Platon et Aristote, ce que nous voyons n’est pas la connaissance vraie. » Une trentaine de têtes semblaient écouter attentive-ment ces syllogismes, attentif étant un bien grand mot pour qualifier des yeux ronds d’étonnement et d’incompréhension. Pour la première fois depuis six mois de cours de philosophie du programme de Terminale, les élèves paraissaient s’intéresser à la démonstration magistrale de l’honorable professeur démontrant par a+b l’infériorité induite des Africains. Sur la trentaine de têtes, une vingtaine fronçaient les sourcils, comme larguées par l’explication. Une dizaine à peine avait retenu pour l’essentiel que la sorcière blanche, comme l’avait surnommée les élèves, traitait les africains d’imbéciles attardés. Enfin ! Pour ce qu’ils comprenaient du terme “primitifs”. Le raccourci fut facile : la preuve de son racisme notoire venait d’être enfin établie publiquement.
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LES VIERGES FOLLES
Tout le monde savait que cette exécrée cinquante-naire était dégoûtée de l’Afrique (et accessoirement usée par son mariage avec un Black). Elle désespérait également de notre manque d’intérêt pour sa matière. S’ensuivirent de chaudes empoignades verbales, à défaut d’être physiques, compte tenu de la sensibilité du sujet ! Même Pichou, qui pourtant ne suivait jamais en cours, cria du fond de la classe un très clair : « Putain, mais quelle connasse ! ». Un autre d’ajouter : « On va crever tes pneus. Et pas seulement ceux de ta voiture, grosse vache ! Tu verras à quel point on est terre à terre quand tu auras à gratter 1 pour rentrer chez toi. » Passons toutes les autres expressions du même acabit. La vérité était que nous n’avions aucun argument philosophique pour la contrer. Pouvait-il en être autrement à 17 ans, avec comme seul actif six mois de cours de philo ? Nous nier la capacité d’abstraction ? Etres primitifs ? Nous ne luttions pas à armes égales. Qu’importe ! Suivons donc : D’une voix fluette, rendue forte par l’excitation de ces joutes oratoires, elle rétorqua très vite par une déclaration d’anthologie : « Tout ce qui est écrit est vrai. Tout ce qui n’est pas écrit, n’existe pas. Le « Donc » qui suit n’est pas un syllogisme mais une déduction logique :
1 « Gratter = marcher » en nouchi (argot ivoirien dont l’origine vient de l’expression : chez nous (chi nou), exprimée à l’envers).
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VIVRE N EST PAS UN INSTINCT
Vous n’avez pas d’histoire écrite, donc vous n’avez pas d’Histoire. Et par ricochet, vous êtes des peuples anhistoriques, donc sans histoires. De toute façon, les culs-de-jatte ne font pas de course à pied ! » Ce jour, ces deux heures de cours fatidiques, je me demande aujourd’hui encore s’il faut les regretter. Vivre n’est pas un instinct. Comme une mouche qui arrêterait de battre des ailes pour se demander pourquoi elle doit le faire, j’ai cessé de respirer. Et vécu en apnée. Pour rien. Comme ça. Sur cette révélation ! En effet, jusqu’à cet instant, la pensée occidentale n’était pour moi que de l’eau de javel qui pollue les esprits africains. Je redoutais d’être d’ailleurs déjà délavée. Les questionnements contradictoires sur des sujets éloignés de mon quotidien que posait la philosophie me touchaient si peu que cela se ressentait dans mes notes. Moi si brillante, première de la classe de Terminale D1, collectionnais les 8 et les 9/20 en philo. En série scientifique avec un coefficient 2 en philo contre 7 pour les maths, la physique et la biologie, il était évident que mon rang ne risquerait pas d’être inquiété. Mais une partie de moi souffrait de ces notes en dessous de la moyenne. Pêle-mêle Levi Strauss, Socrate et Platon venaient de m’offrir le plus beau défi de tous mes dix-sept ans,
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