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L'Harmattan Burkina Faso 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou 12

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~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9383-5 EAN : 9782747593830

à Alain Simonnet au Dr. Yona Namyas

«Ah ! Bonjour Docteur... voilà, je voulais vous dire... Docteur! écoutez-moi: je vous assure, je vois des visions, je vois des détails, comme des chiens qui vous sautent à la gueule, les chiens-loups qui égorgent tout le bétail, et tous les détails qui m'assaillent, les guerriers fous qui bataillent et braillent. .. horribles démangeaisons mentales, je vois des visions, des phosphènes, j'entends des cris au loin, cris de haine, vociférations païennes. Dans les wagons de métal, incubateurs d'impensables succubes, je vois des horreurs, des erreurs dans les horaires du R.E.R. .. des horrifications vraiment. . . la vérité vous 9

suffoque, vous massacre au printemps... suffocation, horripilation, tout cela vous hérisse le poil, les nerfs à vif. . . Epilation, énervation, épuration, irritation, vivisection, docteur. .. ces chyiènes qui m'agrippent m'attrapent, m'étripent la farce, me laissent sans force, pantelant pantin aux pantalons infects, je lâche la rampe à force de crampes, je rampe, je rempile et m'écroule en nage dans le couloir... au crawl je m'écoule... J'ai des soupçons, les infirmiers ont encore craché dans la soupe, je vois ça à des détails, comme à la loupe je vois tout: tous les détails minuscules, infllTIes, ah ! les infâmes, faire de nous des inf1ffi1es,des cerveaux lents, des vociférants... Me faire ça à moi, qui vais survolant, qui vois dans la nuit des pluies de diadèmes, dégringolades de lumières, dégueulis de néons... de néant oui... Je suis l'éclopé au crâne criblé de balles, cœur de la cible, œil du cyclone, des câbles électriques dans les plinthes, isolation, électrocution. J'irai porter plainte pour passe-temps, passe-droit, harcèlement sans cesse, encerclement, martèlement, bourdonnement, fourmillement incessant qui vous crépite du jus dans les pattes... Tout se précipite, la cervelle qui s'éclate en compote, assurément c'est un complot compliqué, les autopsychiatres ont vendu mon corps à la science, m'ont épluché de partout, pour acheter du lait contaminé aux enfants des prostituées, c'est indigne, les plus grands professeurs pourtant. .. des éléphants fêlés, oui, de porcelaine, des laids porcelets. On me vole mes cigarettes, tout le pavillon fume à l' œil, six clopes, ma pension, en fumée, pensez donc: sous tutelle, c'est la totale, l'ablation totale de tout, mais de café surtout... Déshydratation, torréfaction rivale... à la cafèt' c'est l'enfer véridique, féerification de vérité, c'est injuste, c'est pas mérité ces tracas, ces fatras, ces fracas d' agarcement... 10

Non... nonchalance... c'est comme une péniche qui paresse, c'est une longue distance qui s'installe en moi à mon insu, qui s'insinue, des boules Quiès, une sinusite tenace, à peine si je me sens glisser sur la pente... m'enfoncer lentement dans les marais... dans le marasme d'un delta... dans les eaux stagnantes... Des ciels en fuite, ma raison s'excède en de mauvaises migraines, ma vue s'esquinte à suivre les oiseaux migrateurs chercheurs d'horizons, chercheurs d'air, dérision des visions. Dans un cabanon, bien malade, cauchemar en sueur de manades, chorale des taureaux avec Il

les cornes et le regard en dessous, était-ce shock-corridor ou chic corrida? Sur le sable des arènes on me réanime, je vois de l'or, de la soie, le fer sous le rouge, j'entends des cris, tout un tapage tu piges? Oh ! Tu piges toubib ? Avec tous ces salauds dans le saloon, fallait jouer serré en solo entre les silos et les citernes, éviter la potence, mauvais western. . . au loin devant, des cactus s'esquivent discrètement dans la chaleur floue, des kilomètres de goudron fondant qui se profilent, ça m'prométhée les plumes au cul, la corde au cou, hum... ça chanvre des indiens... un dieu... y aura-t-il un jour un dieu? Je sens des pâleurs, comment dire? Une légère douleur qui persiste et me saigne à blanc... mauvais signe, tout s'affadit, s'envenime, du moins à ce qu'il me semble... j'ai comme des chaleurs, que dis-je? des vertiges rouges, des pluies de myrtilles, tout s'écroule, les couleurs chatoyantes des tissus, est-ce de saison? mais alors, c'est quoi tout ce tulle noir au-dessus de ma tête? Le jour est incertain, ils ont changé 1'heure sans rien dire, la lumière, l'ambiance est au couteau: tout est flou et net à la fois, tout se fige et s'accélère.. . que s'est -il passé sur le trottoir? j'ai rien pu voir, j'avais le nez sur le zinc, pété la carlingue. Des sirènes vont au cataclysme, des alarmes sonnent, des abîmes en perspective, les images déferlent et déclenchent des polémiques, des pollutions, et ça empire, ça me transpire par tous les pores... Je ressens comme des aspérités, des disparités monétaires. .. mentales. Je me fais des frayeurs, la vie s'écoule à pleines dentelles, je me vois terrassé sur un chemin vicinal, estropié à la pelleteuse par un employé communal peu scrupuleux... la panse à l'air, abominable abdominal crevé, un pitoyable aboyant de boyaux déversés sur le pavé, inerte épave à bailler aux corneilles, corniaud bâtard 12

attendant les corbeaux... Je vois déjà des ailes, des becs: des vautours attroupés pour mes tripes en repas de trépas, le con dort rêvant à des colombes en effigies figées à jamais, jolies fugitives en dessus de satin, en dessous de Satan. Je vois... je sais pas, j'ai dû perdre les pétales, perdu pieds et racines, je vois quoi? des étamines à ciel ouvert, des sourires en sépia, des souvenirs en cendres, dédales et méandres, je vois le soleil couler de l'or dans les yeux des autos, des étoiles qui se défilent, des éboulis de diamants, pluie de cristal, des trésors sous l'écorce, de la sève et des rêves sous les murs capitonnés. Ailleurs, ce sont des îles couvertes de neige rose où éclatent des orages magnétiques, lumières, poussières dans l'azur, sur les palais, les masures. Dans des torrents rapides, les étincelles du sang de celui qu'on lapide... Je vois... Pas vous? Je vois des ortolans kamikazes en gare
de Perpignan. . .

suicide Je vois des éléphants qui emmènent au loin des enfants... livides. Je vois des lions qui téléphonent l'envers du désert. . . humide. de

Je vois des girafes en flammes qui se jettent dans des carafes... vides.
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